‹ Histoire de la laura gerardiaeChapitre 12 sur 25 · DU NAUPLIUS · texte numérisé non relu

DU NAUPLIUS

Le Nauplius (1) naît bien souvent sous les yeux de l'observateur. Il sort de son enveloppe éminemment élastique par la tête et le dos. Ses pattes restent souvent engagées dans la sorte de coiffe ridée que le chorion forme, et presque toujours la première paire de pattes, celle qui est simple et non bifide, se dégage d’abord.

La forme, à ce moment, n’est pas encore tout à fait celle qu'on verra un peu plus tard, mais elle ne tarde pas à changer, car les effets du milieu nouveau dans lequel se trouve l’embryon se font bien vite sentir.

L'animal se gonfle et prend très rapidement une autre physionomie, comme si ses traits généraux s’accusaient plus fortement et devenaient plus caractéristiques.

Vu par le dos (2) au moment de sa naissance, le Nauplius est cordiforme, mais sa base ne présente point d’échancrure, une courbe fort régulière la remplace, c’est presque la disposition d’un cerf-volant ou d’un triangle

() Voir PI. VII fig. 89.

(2) Voir PI. VUL, fig. 90, 91 et 94

isocèle dont la base serait remplacée par une ligne courbe à convexité marquée et extérieure.

Les parois du corps s’accusent par une épaisseur qu'indique un double contour.

Au centre (1) la masse colorée, formée de globules encore bien nets, devenue tout à fait digastrique, ressemble dès lors à un biscuit à la cuiller fort court ou bien mieux à un corps de guitare : on se rappelle que la tendance à un étranglement de cette partie nutritive, toujours reconnaissable, s'accusait déjà dans une période précédente.

Cette partie finit par paraître isolée dans la cavité générale du corps où l’on voit des traînées nuageuses que l’on ne peut encore bien caractériser.

Sur les côtés et les dépassant de beaucoup, on reconnaît encore distinctement cinq paires de pattes qui semblent rayonner du dessous du lobe supérieur de la masse centrale.

Si l’on pose l'animal sur le côté (2) on ne distingue plus les deux lobes de la partie centrale; le corps n’est plus cordiforme, mais paraît tout à fait ovalaire et la partie centrale à globules réfringents est appliquée contre la paroi antérieure. Le haut ou partie céphalique est arrondi et le bas se termine par une pointe aiguë, au-devant et au-dessus de laquelle en est une seconde plus petite.

Les pattes dans cette position se dirigent en avant et entre elles se montre un gros appendice (3) descendant de

(1) Voir PI. VII, fig. 90.

(2) Voir PI. VII, fig. 103.

(3) Voir PI. VII, fig. 103, R.

la partie supérieure et arrivant bien au-dessous de l’insertion des pattes inférieures, jusque vers le milieu de la longueur du COTPS ; c’est le rostre, sorte de trompe répondant sans nul doute à la bouche.

Si maintenant l’on regarde le Nauplius par la face ventrale (1) ou antérieure, on reconnaît qu'il n'a pas cinq paires de pattes, mais trois seulement; que les deux inférieures se sont profondément bifurquées, et que la bifurcation, quand on l’observe par le dos, est masquée par les parois du corps, qui débordent latéralement la base d'insertion.

Nous aurons à revenir sur la description et les caractères des pattes.

Voyons d’abord les changements accomplis dans le corps.

C’est en cherchant dans la carapace des Laura que l’on rencontre le Nauplius à des états différents plus avancés les uns que les autres. Mais ce n'est qu'en cherchant au hasard que l’on arrive à trouver les faits principaux de l’évolution.

Les deux points oculiformes (2), qu'on a vus fort distincts de très-bonne heure, se rapprochent et se confondent en un seul, qui prend une teinte d’un rouge vif et occupe exactement la base de l'origine du rostre ou du milieu de l’espace laissé entre les deux insertions des deux

() Voir PI. VII, fig. 101.

(2) Voir PI. VII, fig. 97.

premières pattes. A ce moment donc, le Nauplius est monocle.

Le rostre n’est plus arrondi, il s’est aplati d'avant en arrière, et son extrémité libre inférieure est devenue pointue; il occupe très exactement l'espace laissé entre les insertions des pattes.

Un changement remarquable s'accomplit dans la masse centrale nutritive qu'on à vu devenir bilobée, il conduit peu à peu et nettement à la transformation en un tube digestif; d’abord les éléments constituant cette masse deviennent plus tassés à la périphérie, tandis qu’ils semblent dans le milieu se désagréger, et, par une sorte d’érosion, dans le centre former une cavité (1). Enfin le travail se poursuit et finit par transformer les limites de cette masse en véritables parois qui ont une apparence cellulaire fort caractérisée dans les Nauplius les plus développés que j'ai pu obtenir. [Il m'a paru aussi que la cavité de cet organe central, vrai tube digestif, s’allongeait et prenait de plus en plus la forme d’un biscuit à la cuiller, et ne renfermait plus dans son intérieur qu'une traînée rougeàtre, reste ou résidu de la masse nutritive primitive et centrale de l'œuf.

Je n'ai pu voir clairement la formation d’un æsophage se rendant à la base du rostre, ni la naissance d’un rectum allant à l'extrémité inférieure.

La figure (2) du corps, sur les Nauplius les mieux con-

me

(4) Voir PL. VII, fig. 104 (1).

(2) Voir PI. VI.

stitués qu'il m'a été donné de rencontrer, était, vue du côté du dos, absolument celle d’une toupie dont la queue eût été retranchée, et dont la pointe eût été très aiguë.

Les traînées vagues (1) qui d'abord se dessinent à peine dans l'intérieur du corps, s’accusent mieux et l’on reconnaît bientôt absolument les cellules à bords rameux anastomosés et formant des réseaux irréguliers; déjà même la teinte un peu Jaunâtre, qu'on a vue exister chez l'adulte, se présente dans les Nauplius les plus développés.

La surface du corps n'est plus lisse comme elle l’était à la naissance; de loin en loin de petites dépressions semblent indiquer des annelures, et deviennent très nettes vers la pointe de la toupie ou extrémité inférieure.

On peut, à ce moment, remarquer que l’épine antérieure et supérieure de l'extrémité inférieure du corps est fort remontée, et que la partie au-dessus du clou de la toupie s'est franchement annelée et présente jusqu’à trois segments bien distincts (PI. VII, fig. 91, a").

Les pattes sont poilues, et les poils qu’elles portent disposés d’une façon assez régulière.

Dans la recherche des analogies qui peuvent faire distinguer les différents Nauplius, on devra peut-être s'attacher à mieux étudier qu'on ne l’a fait jusqu'ici la disposition des poils, des articles, et la forme générale des pattes. Les

() Voir PI. VII.

renseignemenls qu'on trouve dans les ouvrages laissent quelque peu à désirer sur ces points.

La première paire (1) est, dit-on, destinée à devenir une paire d'antennes; elle est toujours plus relevée que les autres. Mais cependant, l'embryon étant vertical, je ne l'ai jamais vue au repos dépasser la ligne horizontale passant par la base du rostre; les Nauplius des Cirrhipèdes et de beaucoup de Copepodes sont représentés comme ayant cette paire tout à fait relevée. Ce n'est point le cas

Elle (2) porte en général un cirrhe terminal assez long, à la base duquel deux autres plus petits naissent; ils dépendent de l’avant-dernier article, le poil terminal étant à mes yeux le dernier article prolongé.

Sur le bord terminal de l’article précédant l’avant-dernier, il y a également deux poils; puis vient un article qui n’en portent pas, et les deux qui suivent en ont chacun un.

Les deuxième et troisième (3) paires de pattes, par leur bifurcation, se différencient suffisamment de la première, mais elles offrent quelques autres caractères qui les distinguent entre elles; dans chacune, la disposition des poils est différente : ainsi l’on peut constater, sur Îles branches formant les deux paires inférieures, la présence de deux poils par article (4) vers la base ; enfin, tandis que

) Voir PI. VII, fig. 100.

) Voir PI. VIIL, fig. 100 — (c) cirrhe terminal, (c’) les deux autres. 3) Voir PI. VIII, fig. 96 et 98.

les paires de poils se trouvent à l'extrémité dans la première paire de pattes, c’est à la base dans les autres et les poils uniques sont à l'extrémité.

Les pattes bifurquées (1) présentent toujours leur rameau le plus long en haut, le plus court en bas.

Dans ces deux paires, le rameau le plus long ou supérieur ne porte qu'un poil à chacun des articles, et le nombre des articles est différent dans chacune des paires.

La deuxième paire (2) est la plus longue et les cinq derniers de ses articles sont poilus, la troisième est la plus courte : on ne trouve que trois de ses articles ayant un poil.

Le dernier et l’avant-dernier article (3) du rameau le plus long portent chacun un poil, mais les trois articles suivants en portent une paire. Celles-ci (4) sont courtes et recourbées, si bien que sur les Nauplius, vus de face, on croirait que les derniers articles des pattes sont armés de doubles rangées symétriques de forts crochets.

Dans la deuxième et la troisième paire, la disposition de ces trois paires de cirrhes imitant les crochets est différente (5); dans la deuxième paire, les deux derniers poils sont au niveau de la bifurcation; par conséquent la base de la patte est glabre; au contraire, dans la troisième, ce sont les deux derniers crochets qui se trouvent en face de la

) Voir PI. VIII, fig. 96 et 98.

) Voir PI. VII, fig. 98.

) Voir PI. VIIL, fig. 98.

) Voir PI. VIII, fig. 96 et 98.

) Voir PI. VIII, comparez fig. 96, 97 et 98.

bifurcation; par conséquent, on trouve une paire de ces poils en crochets sur la base de la troisième patte.

On dessine, et j'ai dessiné moi-même à grands coups de crayon, des Nauplius, afin d'en donner la physionomie générale, et dans les figures ainsi faites il n’y à point la régularité que je viens d'indiquer, il ne l'y faut point chercher.

En considérant à un plus fort grossissement, par exemple à trois ou quatre cents diamètres (1), l'extrémité de la plus longue branche de la deuxième paire, on reconnaît que les articles s’emboîtent les uns sur les autres et que les poils sont produits par l'allongement du bord libre inférieur de chacun des cinq derniers articles. 11 n’est donc pas exact de dessiner les appendices pileux comme on le fait habituellement en donnant au hasard les coups de crayon destinés à représenter ces poils.

Tels sont les détails d'organisation présentés par les Nauplius les plus développés trouvés dans les cavités de la carapace de la Laura.

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