‹ Histoire de la laura gerardiaeChapitre 2 sur 25 · STATION DE LA LAURA · texte numérisé non relu

STATION DE LA LAURA

On ne peut songer à se procurer la Laura si l’on ne commence par rechercher l’animal dans lequel elle se loge et vit en parasite.

L'Antipathaire qu'elle habite a été décrit sous trois noms différents, suivant qu'on l’a trouvé desséché dans les collections avec ou sans son enveloppe animale, ou bien qu'on l’a étudié conservé dans les liquides. Desséché et couvert de ses polypes volumineux, sa forme est tuberculeuse, c’est alors la Gorgonia tuberculata de Lamarck ; le polypier seul, sans la couche animale, est noir et lisse, on l'appelle lArtipathes qlaberrima. Quelques auteurs, ayant cru voir dans le vrai Antipathes qlaberrima des différences suffisantes pour séparer ce polypier du genre Antipathes, ont proposé de faire du polypier de la Gerardia le genre ZLæiopathes, espèce Lamarki (Milne-Edwards et Jules Haine). Enfin j'ai trouvé dans les galeries du Muséum des échantillons parfaitement conservés dans lespritde-vin, dont les polypes, très-bien épanouis, étaient étiquetés Palythoa.

Ce n’est qu'après des études multipliées et relativement difficiles, faites sur les lieux où les animaux sont vivants, qu'il m'a été possible d'arriver à reconnaître que tous les noms précédents se rapportaient à une seule et même es-

TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. 5 pèce, laquelle n’appartenait à aucun des genres que je viens d'indiquer, et c’est pour cela que j'ai dû imposer un nom générique nouveau, celui de GÆRARDIA, à un être bien connu, mais sur lequel régnait la plus grande confusion (1), ainsi qu'on vient de le voir.

C’est donc la Gerardia qu’il faut chercher pour avoir son parasite.

Ce Zoanthaire vit sur les fonds coralligènes et habite les mêmes localités que le corail.

Les conditions biologiques favorables au développement de l’un sont aussi éminemment favorables au développement de l’autre, et les pêcheurs savent très-bien que là où ils rencontreront la Gerardia ils feront bonne pêche. Aussi ne peut-on espérer avoir cet animal qu’en s’adressant aux corailleurs.

Mais on se tromperait si l’on pensait obtenir aisément dans toutes les circonstances des échantillons en bon état et en abondance : la raison en est facile à comprendre. Le polypier de la Gerardia est très-fragile, très-cassant, et il peut atteindre jusqu’à la hauteur de 50 centimètres. Je ne serais même pas étonné qu’on pût en rencontrer ayant jusqu'à 1 mètre d'élévation : il dépasse par conséquent et de beaucoup les zoanthodèmes du corail, et les filets que l’on traîne et retraîne sur les fonds où vit celui-ci doivent ébouter, ébrancher la Gerardia avec une grande facilité, en raison même de sa fragilité et de la longueur de ses rameaux. Aussi l'engin du corailleur ne rapporte souvent

(1) Voir H. de L. D., Ann. des sc. nat. zool., année 1865, Hastoire de la Gerardia, et mon livre, sur les animaux invertébrés de la Tunisie et de l'Algérie.

que des gros troncs, les bases des zoanthodèmes incomplets et qui m'ont paru être porteurs d'un bien moins grand nombre de Laura, que les branches complètes. Il est peu facile d'obtenir des pêcheurs des échantillons trèscomplets et tout à fait intacts ; voici pourquoi : quand l’engin rapporte une Gerardia dont les rameaux n’ont point les extrémités cassées, il est évident, d'après ce qu'il vient d'être dit, que le banc sur lequel elle à été enlevée n'a point encore été pèché, et conséquemment, comme le co rail vit à côté d'elle, il est probable que le banc est inexploré et peut fournir une bonne récolte.

Il suffit de connaître ces faits pour prévoir que les pècheurs se gardent bien de montrer les Gerardia intactes lorsqu'ils les trouvent; car ceux qui les verraient se hâteraient de conclure qu'elles viennent d’un banc non pèché, et ils iraient dans la station où elles auraient été trouvées en suivant ceux qui les auraient ramenées des fonds.

Les corailleurs ne rapportent guère au port, comme euriosité, que les gros troncs, qui atteignent quelquefois des proportions énormes, et qu'il n’est pas rare, en Algérie, de voir à la devanture des boutiques pendus et enluminés d'une couche de vermillon. Ce n’est pas sur ces gros échantillons qu'on trouvera la Laura.

Ce n'est qu'après les plus vives sollicitations, et après ètre parvenu non sans peine à inspirer quelque confiance, que des corailleurs de la Calle voulurent me donner toutes les Gerardia qu'ils trouvaient, et encore ne le faisaientils qu'à regret, pour les raisons que je viens d'indiquer. Ils se gardaient toujours de montrer les produits qu'ils m'apportaient.

J'ai raconté, dans mon Histoire du corail, le fait suivant, il est caractéristique : Ce même Pascual di Dona, que j'avais engagé en 1873, et qui, en 1861 et en 1862, m'avait constamment cherché, avec beaucoup d’intelligence, tout ce qui m'intéressait dans les produits de sa pèche, m'arriva un soir très-tard, bien qu'il eût mouillé dans le port de la Calle déjà depuis longtemps. Je ne comptais plus sur lui, et je pensais qu'il n’avait rien trouvé pour mes études ce jour-là. [l entra chez moi mystérieusement lorsque la nuit fut venue; le seau qu'il m'apportait était recouvert. Il me présenta alors, avec une foule d’expressions démonstratives et de contentement, deux zoanthodèmes de Gerardia absolument intacts, et ce fut lui qui m’apprit combien l'indication fournie par ces branches efilées, grèles et entières, lui était précieuse. «Il y a du corail, me dit-il, là où cela se trouve, et, si ces pointes sont aussi bien conservées, c’est qu’on n’a pas encore pèché sur ce banc. »

Le lendemain, dans la soirée, il revenait me dire qu'il n'avait rien à me donner. Îl me racontait qu’en sortant du port, il avait été suivi par deux bateaux dont les patrons avaient deviné, à la façon mystérieuse dont il avait entouré la remise du seau la veille, qu'il devait avoir fait une trouvaille nouvelle. Il en fut quitte pour donner le change à ceux qui le suivaient. Il passa sur le banc sans s'arrêter, perdit sa journée à pêcher dans une localité bien connue, et dépista ainsi ceux qui pensaient jouir de sa découverte.

On le voit, il ne sera pas toujours facile au naturaliste de passage avant d’être connu de pouvoir se procurer la Laura, puisque la Gerardia qui l'héberge n’est pas facile elle-même à obtenir.

Ce n’est que par un séjour prolongé dans une localité où la pèche du corail est active, et où l’on sera parvenu à acquérir la confiance d’un patron, qu'on pourra aisément avoir l'animal dont je vais faire connaître l'histoire.

Il est mème probable que la difficulté qu'on éprouve à se procurer les échantillons est l’une des causes de l'ignorance dans laquelle sont restés les naturalistes sur notre parasite.

Dès que j'eus compris l'importance du renseignement pour les gens du métier, il me fut possible, avec des précaulions et surtout avec beaucoup de réserve et de discrétion, d'obtenir des rameaux complets intacts. C’est ainsi que j'ai eu des extrémités de tiges d’une trentaine de centimètres portant jusqu'à vingt Laura et mème plus. Ce n’est du reste que grâce au choix intelligent que faisaient les corailleurs qui m'aidaient que j'ai pu éclaireir l’histoire embrouillée de cet antipathaire.

C'est dans les mois de juillet et d'août que j'ai eu les plus nombreux et les plus beaux échantillons, surtout ceux qui renfermaient le plus grand nombre d’embryons.

La Laura se trouve beaucoup plus fréquémment qu'on ne pourrait le penser, dans les musées sur les échantillons de la Gorgonia tuberculata de Lamarck.

Quand les échantillons sont desséchés, on ne peut naturellementreconnaître que la forme; quand ils sont conservés dans l’alcool, il est possible de vérifier, dans beaucoup de cas, quelques-uns des faits importants d'organisation dont il va être question ; mais alors aussi les tissus deviennent le plus souvent très-cassants et les dissections de l'animal sont par cela même rendues difficiles.

Sur les échantillons de Gerardia rapportés et donnés au Muséum par M. Coste, il m'a été facile, quand j'étais professeur dans cet établissement, et qu'alors 1l m'était possible de consulter les collections, de constater l'identité de l'espèce recueillie sur les côtes de France avec celle pèchée en Barbarie dans les parages sud de la Méditerranée.

Il ne suffit pas de savoir où se trouve la Gerardia, il faut encore la reconnaître. Voici en peu de mots comment on peut y arriver.

Dans un mémoire aussi spécial que celui-ci, je ne puis revenir sur tous les caractères de la Gerardia. Je prierai donc le lecteur de voir pour les détails mon travail sur les Antipathaires de la Méditerranée (1) et mon livre sur les animaux invertébrés de la Tunisie et de l'Algérie.

La Gerardia sera facilement reconnue à son polypier noir ressemblant à une souche plus ou moins irrégulièrement rameuse de bruyère noircie par un séjour prolongé dans l’eau. On la voit fréquement pendue à la proue des embarcations des corailleurs, et dans les boutiques du littoral méditerranéen d'Afrique où souvent, comme je l'ai dit, les gros troncs sont peints en vermillon pour imiter du corail.

En lui montrant un petit bout de ce polypier il n’est guère de corailleur qui ne comprenne ce que le naturaliste lui demande.

Vivants et épanouis les polypes sont d’un jaune sale, lavés d’une légère teinte de rouge ocre à leur base; ils

(1) Voir Ann. des sc. nat. zool., années 1864 et 1865.

portent une double couronne de vingt-quatre tentacules gros et coniques, les douze plus internes ordinairement redressés, les douze formant le cycle externe retombant en-dessous et en dehors du péristome.

Le corps est souvent très saillant au-dessus du polypier, et, quand il est en parfait épanouissement, il peut s’allonger de un, deux et mème trois centimètres. Aussi, quand on rencontre une tigelle grèle d'un polypier noir, entourée de tous côtés par des polypes perpendiculaires à sa direction, de couleur jaunâtre, ayant vingt-quatre tentacules, on peut être à peu près certain d’avoir mis la main sur une Gerardia. Je parle bien entendu des localités de la Méditerranée où je n'ai jamais vu aucun autre coraillaire présentant des caractères semblables et pouvant être confondu avec celui qui nous occupe.

Il était naturel, pour élucider quelques questions d’embryogénie, de chercher à faire vivre aussi longtemps que possible la Laura dans les aquariums ; c'est ce que j'ai tenté sans trop réussir. La chose est, en effet, fort difficile : on comprendra pourquoi, surtout quand le mode de parasitisme sera connu.

Le parasite à sa vie liée intimement à celle de la Gerardia, et, comme cette dernière vit difficilement en aquarium, on a naturellement beaucoup de peine à le conserver.

Le sarcosome de la Gerardia est très-délicat. Il est bien rare que, par les manœuvres même de la pèche, il ne soit entamé et déchiré par les filets. Or toute partie blessée se putréfie et infecte avec une rapidité extrème l’eau où l’on conserve les animaux. La mort dans ces conditions arrive,

on le comprend, très-rapidement, et l’on ne peut conser-

TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. 11 ver vivants les individus qu'un temps très-court et avec un renouvellement continuel de l’eau, ce qui est difficile si l'on n’a une très large installation.

Il faut, en général, faire les observations sur le corailliaire dans les premiers moments de sa mise en aquarium ; il s’'épanouit beaucoup et rapidement, puis se ferme et ne s'ouvre plus qu'incomplètement. Je n'ai pu le conserver quelque temps et le voir dans toute la beauté de son épanouissement qu'en le suspendant à l'arrière d’une embarcation mouillée dans un point du port de la Calle, où l’eau était belle et pure.

La présence de la Laura sur les zoanthodèmes des Gerardia se reconnaît facilement, comme on pourra le voir en étudiant sa forme.

TT

La forme extérieure est celle d’un haricot, d’un rein dont le hile serait fortement accusé et dont l'épaisseur serait presque réduite à celle d’une lame.

Le hile est toujours à l'opposé du point d'attache sur la Gerardia, et l’un des plans qui passerait par l'axe du polypier serait parallèle ou se confondrait avec le plan de surface du corps de la Laura.

En un mot, le grand axe du corps en forme de rein est parallèle au rameau du polypier, et jamais les deux direclions ne sont perpendiculaires : elles peuvent être obliques l’une sur l’autre, mais c’est tout.

Cette position est la conséquence du mode d'union des

12 HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ deux êtres (1). La Laura vit complètement immergée dans les tissus de la Gerardia; elle ne présente à nu qu’un point extrèmement limité. Ce point est vers le milieu de la longueur du plus grand diamètre, à l'opposé de la ligne d'insertion. Celle-ci s'établit par à peu près toute l'étendue du bord convexe de la carapace; c’est à cette longue étendue de contact entre ce bord convexe et le polypier qu'il faut rapporter la position constamment parallèle et jamais perpendiculaire à la tige du polypier.

Lorsque les polypes de la Gerardia qui recouvrent la Laura sont très-épanouis, par leur nombre, leur taille et les grandes proportions de leurs tentacules, la forme et mème la présence de la Laura sont presque complètement masquées (2) : on croit avoir alors sous les yeux quelquesunes de ces dilatations irrégulières du polypier si communes chez les Gorgones. Mais, pour peu que les polypes se contractent, la forme rénale du parasite se dessine et reparait tout de suite (3).

Quand on à une fois trouvé une Laura, on ne s’y trompe guère et on la reconnaît avec la plus grande facilité.

Il est nécessaire d'analyser plus en détail les différentes particularités que présente l'extérieur de l'animal, particularités qu'on reconnait du reste aisément après avoir enlevé tout le sarcosome dont l’adhérence est grande et dont il est assez difficile de le débarrasser entièrement

(1)MVo1r PI T, Ag.1, 2; 3tet 4

(2) Voir PI. I, fig. 2. — Les polypes dans ce dessin ne sont pas très épanouis, mais on peut déjà juger que, s'ils étaient très allongés, la forme du corps du crustacé disparaîtrait complètement, comme dans fig. 3.

(3) Voir PI. I, fig. 1.

sans quelques coups de brosse et sans un soin tout particulier, on verra bientôt pourquoi.

Lorsque la Laura est complètement dénudée, on reconnaît que son enveloppe extérieure est d’un rose assez vif (1), mêlé dans quelques-unes de ses parties d’un violet délicat quoique sombre. Cette teinte se manifeste visiblement pendant le grand épanouissement des polypes de la Gerardia au travers des tissus. Quelquefois même, malgré la contraction (2), sur la limite de chacun des individus, on voit encore la teinte rose de la Laura, tout comme, du reste, on voit la teinte noire du polypier là où il n’est pas sous une épaisse couche, ainsi que cela existe, dans les limites des bases polygonales des polypes.

Vers le milieu de la longueur du corps, sur le bord tranchant et libre, opposé à celui qui adhère au polypier, dans la dépression qui, en ce point, constitue le hile, on voit un petit ovale que le sarcosome de la Gerardia entoure de toute part, mais ne recouvre pas (3); au centre de cette surface, dont la présence sur les animaux vivants est décelée par la teinte rose, est une petite fente en boutonnière qui conduit dans la cavité de la poche ou sac renfermant le corps proprement dit du crustacé.

Cet orifice n’est pas placé dans la partie la plus profonde du hile, il est entouré de plusieurs tubercules ou mamelons disposés régulièrement autour de lui (4).

Si l’on,place la Laura devant soi, en la posant sur le

(1) Voir PI. I, fig. 2, Laura dénudée, avec sa couleur naturelle. (2) Voir PI. I, fig. 1.

(3) Voir PI. I, fig. 3, E et fig. 4, E.

(4) Voir PI. I, fig. 5, E orifice, entouré de mamelons.

plat de sa surface et la regardant ainsi de profil, l'on ne découvre pas l’orifice (1); mais on remarque que le hile est formé par une dépression brusque du bord libre qui rentre en se rapprochant de la ligne d'attache. Cette dépression simule de profil une échancrure et n’occupe pas exactement la moitié de la longueur du grand axe. Nous dirons qu'elle est un peu au-dessus de cette moitié, en considérant la partie du corps la plus courte comme étant supérieure.

Le bord libre supérieur, en arrivant au hile se termine par une saillie arrondie impaire et médiane (2), audessous de laquelle est l'échancrure, et, plus bas encore, se voit un avancement en forme de rostre inférieur également impair et médian, symétrique au premier(3). C'est près de l’extrémité supérieure de cette carène terminée en rostre que s'ouvre l'unique orifice d'entrée de l'enveloppe ou carapace de l'animal.

Entre les deux extrémités rostrales du bord libre et que séparent, comme on le voit, en allant de haut en bas, d'abord l’échancrure de la dépression formant le hile, ensuite l’orilice, se groupent cinq autres tubercules qui entourent l'ouverture et se trouvent par cela même au-dessous de l’échancrure.

Ces tubercules sont disposés de la façon suivante l’un est médian et fait face au rostre supérieur (4), il

) Voir PI. I, fig. 2, E place de l’orifice qu'on ne voit pas. ) Voir PI. I, fig. 5 (a).

) Voir PI. I, fig. 5 (6).

(1 e (3 (4) Voir PI. I, fig. 5 (7).

est immédiatement au-dessus de l’ouverture d'entrée (1).

Les quatre autres sont disposés par paires : la paire inférieure (2) est la plus voisine de la ligne médiane, tandis que la supérieure est la plus écartée (3).

En définitive, en regardant de face le bord tranchant libre de la Laura, on voit, vers le milieu de la longueur, une série de bosselures dessinant, dans leur ensemble, une sorte de figure cordiforme rappelant grossièrement un cœur de carte à jouer, dont la pointe inférieure est recouverte par l’arête qui remonte jusque vers son milieu, dont la base supérieure est occupée par un mamelon, et dans le centre duquel se montre la fente ou entrée de la carapace ayant la forme d’une boutonnière longitudinale, offrant sur ses côtés inférieurs deux autres mamelons plus petits et très voisins.

S'ilexiste d’autres espèces de Laura, il est probable que, dans les particularités de détails de forme et d’agencement de cette partie, on trouvera des caractères spécifiques. C’est dans cette prévision que J'ai insisté sur cette description.

La surface plane des deux côtés de la Laura est extérieurement lisse et unie. Si elle présente parfois quelques inégalités et quelques lignes blanchâtres ou jaunûtres, il faut les attribuer à des organes intérieurs placés au-dessous

d'elle (4).

(4) Voir PI. I, fig. 5 E.

(2) Voir PI. I, fig. 5 (d).

(3) Voir PI. I, fig. 4 (c).

(4) Voir PI. I, fig. 2, Laura dépouillée de la Gerardia, montrant des ligne blanches.

On ne voit rien de plus à l'extérieur de cette coque aplatie, dans l'intérieur de laquelle il faut pénétrer pour reconnaître un être avec la forme caractéristique d'un animal articulé.

IY

Le corps proprement dit de la Laura est tout à fait caché.

Pour le voir dans sa position naturelle il importe de séparer la coque et le polypier et de rompre leur adhérence. Il suffit, pour cela, de prendre la coque par une de ses extrémités, et de tirer en sens inverse à la fois sur elle et sur le polypier. Les deux se détachent sans déchirures, bien qu'il se soit établi une véritable adhérence due à un contact fort intime et quelquefois à une soudure résultant du dépôt de quelques lames de tissu du polypier sur larête courbe arrondie et convexe de la coque. Ceci explique pourquoi on trouve souvent sur des tiges de Girardia des sortes de sillons, bordés de deux lames ; ils sont dus au recouvrement partiel d'une coque déchirée d’une Laura morte et en partie disparue.

Quand la coque est libre, et pour mieux respecter le corps proprement dit, il faut l’inciser suivant le bord adhérent, c'est-à-dire à l'opposé du bord présentant le hile. Il est facile, du reste, de déchirer la paroi de la coque, car elle est cassante et dès qu'on à fait une ouverture sur son bord, assez grande pour pouvoir introduire les mors d’une pince fine, en opérant des tractions en sens inverse sur les deux lèvres de l’incision, la déchirure qu’on produit suit

assez exactement le bord convexe. J'aimerais presque à dire qu’on sépare, comme deux valves, comme deux moiliés qui en s’unissant auraient formé ce bord. Il est de fait qu'il est facile de partager très exactement en deux parties égales la coque de la Laura et d'étendre à droite et à gauche les deux moitiés (1).

Je ne puis oublier l'impression et l’étonnement que la vue d’un petit articulé, d’un petit crustacé fixé par un point seulement de son corps me fit éprouver la première fois que j'ouvris une coque de la Laura!

Tout d’abord je songeai à un crustacé parasite comme on en trouve tant, logé dans le corps d’un animal et transformé par son parasitisme; j'avais naturellement supposé un moment que la Laura introduite dans les parois du corps de la Gerardia avait causé chez celle-ci un épaississement des tissus tout autour de son habitation, un véritable kyste à parois résistantes et cartilagineuses. Mais il me fallut bien vite abandonner ces idées, fort naturelles cependant, en présence des faits anatomiques qui se présentaient à mesure que je pénétrais dans l’organisation.

Une parcelle de la coque portée sous le microscope montrait une structure toute spéciale, et l’adhérence du crustacé n’était point de celles qui sont produites par des crochets et des suçoirs dus à des modifications de la bouche ou des pattes. Il était facile, d'une part, de reconnaître des organes fort importants logés en grande partie entre les deux lames de la coque, et, d'autre part, de voir la tête libre; enfin de trouver une disposition de la bouche

(1) Voir PI, IL, fig. 13, et PI. II, fig. 24.

18 HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆE et des membres ne pouvant expliquer les rapports de l’animal avec son enveloppe.

Nous aurons plus d’une fois à revenir sur ce fait particulier de l'union du corps proprement dit de l'animal avec la coque; pour le moment, il suffit simplement de prendre une idée de l’ensemble des dispositions générales.

Le corps du crustacé, avec ses segments et ses appendices latéraux, est fortement courbé en arc(r). Sa tête et son extrémité inférieure sont très rapprochées, on compte facilement huit segmentations ou annelures en arrière du point d'attache. Les membres sont inclinés en bas, mais l'extrémité anale du corps, formée de deux segments, remonte vers la tête qui s'incline fortement en avant.

Je dois, avant d’aller plus loin, rappeler que je pose toujours les animaux de même, c’est-à-dire la tête en haut, l'anus ou la partie du corps qui doit le porter en bas, et les pattes en avant; par cela même la convexité ou le dos de l'animal est en arrière. Habituellement, on déerit les animaux articulés dans la position où ils se trouvent pendant la dissection ; il est donc utile de ne pas oublier que ce qui ici sera dit ètre en bas, est le plus souvent désigné comme étant postérieur dans les descriptions classiques ; toujours le petit crustacé sera considéré comme étant dressé et par conséquent non comme s’il était couché dans la cuvette à dissection.

(4) Voir PL'AIL, fs. 45:/Pl° IL, fig. 255 Pl IV Ag-40; et PI'NT, Eg 63: Dans cette dernière figure la Laura est vue de profil, débarrassée de sa carapace, dans sa position naturelle. T tête, An extrémité anale.

Toutes les figures des planches sont orientées d’après cette position.

Supposons donc que l’on ait ouvert, suivant son bord adhérent, une coque de Laura (1), on verra seulement alors le dos, ou la partie convexe du petit animal. La partie supérieure, ou le haut du corps, paraîtra plonger sous des membranes qui la cachent entre les faces internes des deux moitiés de la coque ; en bas, on verra les deux derniers articles qui se relèvent en arrière, le dernier surtout vu de face paraîtra formé de deux moitiés symétriques et latérales (2).

Sur les côtes les extrémités libres des six paires de pattes, dont la description nous intéressera à un haut degré, se recouvrent les unes les autres en se dirigeant en bas et en arrière.

Pour mieux apprécier la position (3) du corps et ses relations avec la coque, on doit enlever l’une des deux moitiés de celle-ci, comme cela a été fait dans quelques figures, en séparant d'abord la couche molle interne, ce qui s'accomplit facilement; mais, pour cette opération, on éprouve dans un point au voisinage du hile une grande résistance. C’est que là un fort paquet musculaire s’insère sur la coque. Lorsque l’on aura rompu les attaches du muscle et que l’on aura divisé exactement sur la ligne médiane la coque dans toute l'étendue du hile, en ne laissant qu'une moitié des bords de la fente, on reconnaîtra

(DAVOID PEINE SENS

(2) Voir PI. IL, fig. 13, An.

(3) Voir PI. IL, fig. 13 et fig. 14. — La coque a été coupée de façon à conserver les attaches musculaires M M.

fort nettement les rapports des parties, surtout siavec des ciseaux fins on coupe exactement les couches molles tout autour de l’union du corps et de la coque, mais d’un côté seulement. Alors l'animal se présentera de profil, et l'on appréciera très exactement sa position et ses rapports(t).

Un peu au-dessus et très en avant de l'union de l'animal avec sa coque, est la tète, fort petite, entièrement libre, mais très infléchie en bas. Sa description est difficile, nous devrons plus loin la préciser.

Dans cette position (2), on peut remarquer, que la tète répond à peu près au tubercule médian, qu'on a vu entre la limite supérieure de la fente de l’orifice et l’échancrure la plus profonde du hile dans la base de la figure cordiforme.

Les deux insertions des masses musculaires se font dans les tubercules latéraux formant la base de la partie cordiforme.

Enfin les deux pièces symétriques terminales formant le dernier anneau, la queue du corps si l’on veut, correspondent exactement à l’orifice.

On n’a qu'à se rapporter aux diverses figures de l’extérieur pour comprendre combien la courbure du corps doit

(1) Voir PI. I, fig. 15. — Cette figure représente l'animal grossi, vu de profil et par le côté droit. Cm désigne l’ensemble des parties molles de la carapace relevées, cachant le muscle M, et, comme la figure est grossie, il n’a été conservé de la carapace G que la partie voisine de la tête correspondant au hile de la figure rénale.

Les rapports de la tête T et de la partie anale A» sont conservés.

(2) Voir PI. I, fig. 16. — L'animal est vu de face par la face abdominale. Une partie de la carapace C a été conservée, on voit le tubercule moyen c du hile.

être forte pour ramener la tête et la queue en face du tubercule médian et près de l'ouverture qui sont l’un et l’autre très rapprochés.

En considérant l'animal de profil (1), préparé ainsi qu'il vient d’être dit, on se rend un compte exact de sa position, et l’on peut dire qu’il est suspendu dans la cavité de la coque que j'appellerai désormais /a carapace, par la partie postérieure de son cou, ou mieux par la partie immédiatement postérieure de sa tête, ou bien encore par la peau de sa nuque, et par les deux extrémités d’un fort paquet musculaire transversal passant au-dessus de la première paire de pattes.

Lorsqu'on veut comprendre, encore mieux que les préparations précédentes ne permettent delefaire, la condition générale de l'existence de la Laura, il faut enlever complètement sur les deux côtés les tissus et la carapace; alors on n’a plus que le petit crustacé, ayant entre son dos et sa tète une plaie correspondant à l'insertion des membranes et de chaque côté en avant l'épanouissement terminal de l'insertion du muscle transversal.

On peut dans ces conditions retourner l'animal dans tous les sens et voir la tête fortement fléchie vers la racine de la première paire de pattes.

J'ai donné quelques figures qui représentent l'apparence de l'animal vu par son côté abdominal; en les examinant, on sera certainement frappé du rapprochement de la tête et de la partie anale.

Si l’on fait deux coupes de la carapace perpendiculaire-

(1) Voir PI. IL, fig. 15.

ment au grand axe au-dessus et au-dessous du hile, on ne touche pas au corps proprement dit de la Laura, qui se trouve ainsi placé et comme suspendu au milieu d’une double et grande cavité, en partie dorsale, en partie abdominale (1).

Résumons cette description générale.

Le corps en forme rénale qui est plongé dans le sarcosome de la Gerardia peut ètre considéré comme une carapace, formée de deux écailles soudées sur la ligne médiane. Entre ces deux valves ou écailles vit suspendu par sa nuque un petit être offrant nettement la forme et les caractères d’un crustacé.

L'ouverture placée à l'opposé du bord adhérent n’est qu'un reste de la séparation des deux valves existant pendant la forme cypridienne, et la carapace dans son développement a pris des proportions telles qu'elle a profondément modifié ses rapports avec le crustacé.

Dans l’état adulte, celui qui sert aux présentes descriptions, le hile répond à la face antérieure ou abdominale. La tète de l'animal est voisine de la portion la plus profonde du hile et la queue ou extrémité du corps correspond à l'ouverture de la carapace, laquelle est placée

(1) Voir PI. I, fig. 14. — L corps de la Laura, M insertion musculaire, C carapace, E ouverture de la carapace, De cavité du côté du dos, Ac cavité du côté de l'abdomen.

immédiatement au-dessus du rostre inférieur du hile, Dans ces conditions, c'est le côté dorsal de la carapace, qui est adhérent, c’est le bord antérieur qui est libre.

Il est évident qu’à l’origine l’animal n’a point dû être inflécht aussi fortement qu'il l'est à l’état adulte, et que sa carapace lui était attachée par la partie dorsale intermédiaire à la tête et à l'abdomen. Ce qui est devenu l’'extrémité supérieure de la carapace devait sans nul doute être placé à l'arrière du côté du dos, et la Laura semble avoir fait sur elle-même comme une cabriole par rapport aux parties inférieures de son enveloppe.

Telle est l’idée générale qu'il faut se faire de l'être singulier dont nous allons étudier en détail l’organisation.

Les proportions du corps proprement dit ne dépassent guère uncentimètre, quand on prend laplus grande distance entre la tête et la queue. Si on redresse l’animal sa longueur augmente naturellement un peut).

Quant à la carapace ou test, elle présente deux ou trois, quelquefois quatre centimètres, dans sa plus grande étendue.

(1) Pour se rendre compte de la grandeur de la taille de la Laura, voir la PI. III, où la fig. 23, représentant 2 millimètrés, dessinés dans les mêmes conditions à la chambre claire que le corps de profil de la Laura, par exemple fig. 25, et plusieurs autres.

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