ORGANES DE LA RELATION
A ce titre se rapportent les faits relatifs aux enveloppes externes et internes, aux appendices locomoteurs et sensitifs,enfin au système nerveux.
La Carapace est formée d’une partie extérieure dure, ayant la consistance cartilagineuse, et d’une couche molle qui limite sa cavité interne; c’est entre ces deux lames que sont logés le foie et l’une des deux glandes génitales ainsi qu'un réseau vasculaire fort riche.
La partie externe de consistance cartilagineuse a une certaine épaisseur; lorsqu'on en enlève un lambeau à l'aide de ciseaux fins, on voit d’abord qu'elle offre une résistance particulière qui, sans être très grande, n’en rappelle pas moins celle des tissus auxquels je la compare; elle est un peu cassante, de sorte que, si l’on tire légèrement
26 HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ et obliquement sur elle, elle se fend irrégulièrement comme si elle se cassait en se déchirant.
Vue à un faible grossissement {1), sa face externe paraît toute hérissée de petits points saillants, lesquels ressemblent à de petites étoiles, car de leur sommet partent en tous sens des filaments radiés.
Quand on a enlevé complètement le tissu des polypes de la Gerardia, la carapace paraît, ainsi qu'il a été dit plus haut, d’un rose assez vif, et les petits points étoilés qu'on vient d'indiquer semblent offrir une couleur un peu plus intense, ce qui tient à l'existence dans ces points d'une épaisseur plus forte de la couche dure (2).
Il faut successivement observer, à des grossissements de plus en plus forts, ces parties, pour se rendre un compte exact de leur structure. A tous les points de vue, l’observation de la carapace a un intérêt particulier.
Du côté de la face interne on trouve, correspondant aux petites étoiles, autant de petits orifices, tantôt circulaires, tantôt ovalaires, dont le pourtour semble s'élever en un bourrelet régulier (3).
Le diamètre de ces orifices varie entre 2, 4 et même 5 centièmes de millimètre.
Le bourrelet qui semble les entourer est plus vivement coloré que le reste et contribue à donner à la teinte géné-
rale une nuance plus foncée.
(1) Voir PI. I, fig. 6. — Une partie de la carapace, vue à un faible grossissement par la face externe et débarrassée des tissus de la Gerardia.
(2) Voir PL. I, fig. 7, 8, 9 et 10.
(3) Voir PI. I, fig. 8. — Portion de la carapace vue à un fort grossissement, 500 fois environ.
Le centre de l’orifice est incolore et transparent.
Autour de ces bourrelets restent attachés des débris du tissu cellulaire et conjonctif, unissant la face interne de la lame externe de la carapace aux vaisseaux, au foie, et aux autres éléments constituant la doublure molle interne.
Du côté extérieur, il existe aussi un orifice correspondant à chacun de ceux qu’on vient de voir sur la face intérieure; mais ici ils présentent non plus une cavité libre, mais un appareil relativement assez compliqué. La limite des bords est, comme en dedans, très nettement taillée à pic et de même circulaire ou ovalaire, mais fermée par une membrane mince et transparente.
Sur le pourtour de l’orifice externe naissent quatre, cinq et jusqu'à dix appendices radiés se dirigeant dans tous les sens, à peu près parallèlement à la surface de la carapace. Leur limite interne, par rapport à l'orifice, correspond à!la limite de l’orifice central; par conséquent, leur base étant fixée au-dessus du bourrelet, l’orifice externe paraît avoir un diamètre bien plus petit que l'orifice interne ; aussi aperçoit-on en dessous et tout autour de leurs bases d'insertion le bourrelet qui paraît garnir l’ouverture interne.
Ainsi done la carapace est criblée d’un nombre infini de petits pertuis dont les deux orifices présentent une disposition différente; ceux du dedans ont une ouverture simple, et ceux du dehors fermés par une membrane obturatrice, sont entourés de filaments radiés délicats.
Ces appendices ou filaments étoilés dépendant de l’orifice externe sont libres dans toute leur étendue, et de même que les orifices, auxquels ils appartiennent, assez
rapprochés; ils s’entre-croisent et forment une sorte de chevelu à la surface externe de la carapace (1).
En soumettant à un grossissement de cinq à six cents fois chacun de ces filaments, on reconnaît que leur centre (2) est occupé par un petit canal relativement fort étroit, ayant à peine pour diamètre un dixième du diamètre total, ce qui indique une forte épaisseur des parois. Ce canal se prolonge d'un bout à l’autre du filament, depuis l’extrémité libre jusqu'au centre de lorifice, où tous les canalicules d’une même étoile viennent se réunir et s'ouvrir dans un cul-de-sac formé sous la membrane mince qu'on a vue clore l’orifice externe.
Cette disposition, aussi remarquable que spéciale, nous conduira à l'interprétation du mode de parasitisme et de nutrition si particuliers de la Laura.
Les filaments rejetés en dehors ne paraissent, dans aucun cas, se redresser et devenir perpendiculaires à la surface de la carapace(3); ils lui sont au contraire à peu près toujours parallèles.
Leur nature est semblable à celle de la carapace et leur consistance est cartilagineuse; ils sont transparents et laissent voir très clairement leur conduit central.
Ce conduit semble avoir comme un double contour lequel est dû à un prolongement dans son intérieur du tissu
(1) Voir PI. I, fig. 7. — Vue par la face externe.
(2) Voir PI. I, fig. 9 et 11. — f canal central d'un canalicule, e canal central du filament ou rayon de l'étoile.
(3) Voir PI. I, fig. 10 et 11. — Coupe perpendiculaire à la surface de la carapace, montrant bien la position des fragments étoilés parallèles à la surface de la carapace.
cellulaire de la couche molle. Cela paraît aussi démontré par la disposition qu’on observe dans le centre même du cercle que limitent les bases d'insertion des filaments autour de l’orifice externe étoilé.
Chaque canalicule intérieur dépasse en effet la base du filament qui le renferme, se prolonge un peu vers le milieu de la lumière de l’orifice et puis s’unit à son voisin : de là résulte une figure irrégulière inscrite dans le cercle fort régulier de l’orifice, présentant des angles saillants correspondant chacun à l’un des canalicules des filaments. Cette disposition, jointe à l’apparence d’un double contour dans le canalicule, conduit à elle seule à supposer qu'une duplicature de la membrane fermant l’orifice externe, après avoir formé le cul-de-sac central se prolonge en dedans dans chacun des filaments.
Si l’on applique la méthode des coupées et des colorations artificielles à l'étude de la texture intime de la carapace on obtient des résultats d'une grande netteté.
Le tissu cartilagineux se colore vivement par l'emploi de la purpurine dissoute dans la glycérine. Quand la coloration de toutes les autres parties est encore hésitante, si l’on place la préparation dans de la glycérine pure non colorée, les tissus, soit de la Gerardia, soit cellulaires, conjonctifs ou vasculaires de la couche interne de la carapace de la Laura, abandonnent assez promptement leur couleur au liquide ambiant, tandis que la couche cartilagineuse retient la belle teinte violette rosée caractéristique de la purpurine, et la distinction des parties s’accuse alors très clairement.
Le picrocarminate rend aussi la distinction bien évi-
dente. Si l’on ne laisse point réagir trop longtemps le réactif, si sans attendre une coloration rouge générale, on lave la préparation, tous les {issus autres que le cartilage de la tunique sont et restent roses, le cartilage seul est coloré en jaune (1).
L'emploi de ces deux réactifs est donc fort utile.
Mais à l’aide de l'ammoniure de carmin, de l’éosine, ete., on obtient aussi de très belles préparations, qui permettent d'établir les faits suivants :
Le canalicule intérieur des mamelons étoilés est taillé à pic dans la lame cartilagineuse, il s’évase un peu à la face interne, tandis que ses parois s'élèvent et forment un mamelon conique sur la surface externe.
Les coupes transversales ne laissent aucun doute à cet égard (2).
C'est du sommet de ces petits cônes que partent les filaments étoilés.
L'apparence d’un bourrelet autour de l’orifice interne s'explique maintenant, sans difficulté. Elle est due à la réfraction de la lumière, qui, en traversant le cône, c’està-dire une couche de tissu de la carapace plus épaisse, paraît plus vivement colorée, et comme la surface du monticule n’est pas exactement une surface conique, mais une calotte sphérique, les jeux de la réfraction dus à des
(4) Voir PI. I, fig. 10. — Préparation colorée au picrocarminate. Gette coupe est fort intéressante, elle est dessinée à un grossissement moyen, permettant suffisamment de distinguer les éléments histologiques. On trouvera la signification des lettres indiquant les parties dans la légende ou explication des planches.
(2) Voir PI. I, fig. 10 et 11.
incidences diverses causent l'apparence d’un bourrelet en produisant des ombres circulaires.
Chaque monticule s'accuse avec la plus grande évidence dans les coupes perpendiculaires à la surface. Avec de forts grossissements et la lumière oblique, on voit dans le tégument les stries d’accroissement par couches ondulées. Ces couches se relèvent de la face plane jusqu'au sommet des cônes (1).
Les jeux de la lumière déterminent dans cette partie cartilagineuse , lorsqu'elle est bien préparée en lames minces, des stries, dont l’un des bords est obscur alors que l'épaisseur de la strie et l’autre bord sont fortement éclairés.
On peut s'expliquer cette apparence en examinant normalement la face interne de la carapace. On la voit très finement granulée (2). Chacune des très petites bosselures ou granulations qu’elle présente est la cause des ondulations des couches que la coupe fait reconnaître sous la forme de stries ondulées.
Les coupes ont été faites sur des animaux, plongés vivant dans l'alcool et durcis par l'action du liquide dans lequel ils ont séjourné longtemps. Elles sont faciles à faire. Je les ai obtenues très fines et très délicates par la méthode que j'ai indiquée, en plongeant des portions de la carapace avec la couche molle dans une solution de colle à bouche épaisse et pâteuse, que je fixais sur des tablettes de cette
(4) Voir PL. I, fig. 12. — Portion de la carapace vue à 600 diamètres el montrant les séries d’accroissement dans la base d’un monticule; elles sont relevées toutes parallèlement au vase.
(2) Voir PI. I, fig. 8. — Partie de la carapace vue par la face interne et fortement grossie.
même colle, maintenues sous une cloche dans une atmosphère suffisamment humide, pour permettre de les couper immédiatement (1). Ce procédé fort rapide m'a toujours donné d'excellents résultats. Je le conseille, ear il est très simple et très expéditif.
Dans les préparations bien colorées, on peut exactement reconnaître tout à fait au-dessous de la face interne de la couche cartilagineuse une bande cellulaire, dont la description sera faite plus loin el qui est un vaisseau capillaire (2), duquel s'élèvent des prolongements de même nature (3) qui pénètrent dans le canal central du monticule.
Nous reviendrons sur la description et l’histologie de ces parties sous-jacentes à la portion cartilagineuse. Il suffit de constater pour le moment les rapports exacts de ces éléments délicats avec la couche résistante.
Dans les coupes, on observe aussi, avec une grande facilité, le tissu cellulaire appartenant à la Gerardia entourant de toute part les sommets des monticules ainsi que les filaments étoilés. Ceux-ci sont immergés dans le tissu de cellule que recouvre une couche fort épaisse d'une nature toute spéciale.
À ce propos, il faut remarquer que dans la Gerardia, dont je me propose de nouveau d'étudier l'histologie, la couche intermédiaire est extrèmement épaisse (4), et présente des particularités que je n'avais pas constatées lors
(1) Voir Arch. de zoo. exp. et Gén., t. VI, p. xxxvmr, notes el revue H. de Lacaze-Duthiers.
(2) Voir PI. I, fig. 10, Vop.
(3) Voir PL. I, fig. 10, (7) (4).
(4) Voir PI. I, fig. 10, Gr.
de mes premières études sur cet Antipathaire, qui datent de longtemps et qui furent faites en Afrique.
En admettant que les trois couches indiquées aujourd’hui dans l'épaisseur des parois du corps des polypes sont bien superposées dans l'ordre où on les décrit, nous aurions ici une couche intermédiaire (1) extrèmement épaisse, puis une couche éloignée de la Laura, tapissant les cavités digestives des polypes, et représentant par conséquent l’entoderme : dès lors que pourrait être la couche qui est au contact de la Laura, si ce n’est l’ectoderme ?
Si la connexion et la superposition des trois couches sont dans un ordre constant, nous sommes conduits à cette conclusion que la Laura est plongée dans les couches ectodermiques rentrées et invaginées.
Toutefois on voit la couche moyenne ou intermédiaire venir au contact de la partie cartilagineuse et même renfermer quelquefois des filaments étoilés.
Cette couche intermédiaire étant du reste intéressante à étudier à plus d’un point de vue, quelques recherches nouvelles faites sur elle seront l’objet d'une publication ultérieure.
Les relations de la Laura et de la Gerardia sont maintenant simples à expliquer. En étudiant les organes de la circulation, on verra qu'il existe dans l'épaisseur des tissus mous, doublant intérieurement la carapace, un réseau capillaire d'une grande richesse et d’une ténuité extrême, entourant tous les organes et y laissant des espaces que remplissent les liquides nourriCiers.
(4) Voir PI. I, fig. 40, Gan.
Ces espaces et ces capillaires se trouvent dans le voisinage des organes et aussi des orifices inférieurs des mamelons étoilés. Ceux-ci sont donc directement en communication par leur ouverture interne avec les cavités où circulent les liquides nourriciers de l'animal, et comme les pertuis de la carapace se prolongent pour ainsi dire dans une foule de filaments, on peut dire que par toute la surface extérieure de sa carapace la Laura plonge dans les tissus de la Gerardia des milliers de radicelles, qui sans doute sont destinées à puiser des liquides nourriciers. On verra plus loin que les organes de la digestion ne semblent guère bien disposés pour pourvoir à lalimentation directe et que le mode particulier de nutrition que nous indiquons ici peut expliquer comment ces organes offrent une disposition spéciale et comment enfin le système tégumentaire doit suppléer à leur insuffisance.
La carapace est bien évidemment une dépendance des téguments; mais, si on la considère comme étant le résultat d’un grand développement et de la soudure des deux valves datant de la forme cypridienne, il faut bien, puisque toujours il y a un orifice, regarder la surface interne de la cavité comme dépendant aussi des téguments ; de plus cette enveloppe générale renferme le corps du crustacé qui est dans un milieu sans doute limité,fmais communiquant cependant avec l'extérieur. En rapportant donc la carapace aux téguments, on doit voir en elle une immense duplicature de la peau, entre les deux lames de laquelle se sont logés les organes et dont la lame externe est dure et résistante, tandis que la lame interne est restée molle et délicate.
Quand on ouvre une Laura et qu'on écarte les deux moitiés de sa carapace, on est frappé de l'apparence que présente sa surface interne; elle est tout autre que celle qu’on vient de voir à l'extérieur (1).
La couleur est d’un brun chocolat très vif et très intense, rehaussée d’une nuance terre de Sienne à ton très chaud, mais elle est plutôt Semée par petits îlots fort rapprochés que régulièrement étendue en couche uniforme.—Du reste, dans toute la surface, des teintes blanche et jaune laissent deviner l'existence des glandes placées au-dessous d'elle.
Cette membrane limitante interne n’est pas lisse ; elle forme des plis longitudinaux qui ne sont pas très éloignés les uns des autres. Ils semblent être de longs bourrelets saillants sur la face libre, et leur volume et leur étendue dépendent beaucoup de l’état de vacuité ou de plénitude
des organes sous-] acents.
Quels sont les tissus qu'on trouve en allant de l’intérieur à l'extérieur ?
Par une légère macération, obtenue très vite dans les pays chauds, il se détache de toute la surface interne une pellicule mince, transparente, dans laquelle on ne peut voir d'abord qu'une cuticule anhiste et extrèmement délicate. Des prolongements grêles, courts, coniques et nombreux sont disposés sans ordre sur cette surface qui paraît ainsi couverte de poils. Un grossissement de 500 diamètres est nécessaire pour les étudier (2). Si, à première vue, on
(4) Voir PI. UT, fig. 13, et PI. IX, fig. 24. (2) Voir PI. IT, fig. 21. — Ep épiderme, (7) noyaux (p) poils.
ne reconnait point d'organisation cellulaire évidente dans cette membrane, par les imbibitions on y découvre des noyaux faisant saillie du côté des tissus et à l'opposé des poils, indiquant évidemment une origine cellulaire.
Cette cuticule jouit indubitablement d’une certaine élasticité; car, abandonnée à elle-même, elle se plisse immédiatement, et c'est à cette élasticité qu'il faut rapporter en grande partie les plis dont il a été question plus haut.
On peut sur les bords de ces plis constater facilement l'épaisseur de la membrane et la présence des poils de la surface. Dans une coupe optique, la membrane se manifeste par une ligne ou bande transparente qui borde de chaque côté la matière pigmentaire formant bourrelet et qui sépare celle-ci de la base des poils.
Dans les coupes directes de la carapace, on rencontre toujours cette membrane fort mince avec ses deux éléments opposés par leur position : les poils et les noyaux.
Immédiatement au-dessous de la cuticule est une couche (2) pigmentaire dont les cellules donnent la couleur à la face interne de la carapace. Ces cellules mesurent de un à deux centièmes de millimètre de diamètre, elles sont polvédriques et se montrent sous des aspects assez différents tenant à la disposition des granulations qu'elles renferment(3).
(4) Voir PI. I, fig. 22. — Portion de la couche interne de la carapace, plissée et couverte de poils.
(2) Voir PI. II, fig. 21. — La figure 22 est un dessin pris à la chambre
claire sur une coupe très mince, et montrant les éléments histologiques compris entre la couche cartilagineuse et l'épiderme. Cp couche pigmentaire.
(3) Voir PI. II, les fig. 18, 19 et 20,
Tantôt leurs granulations sont assez nombreuses pour les remplir presque complètement, elles paraissent alors avec une teinte foncée; mais dans d’autres cas il semble qu'un noyau transparent occupe leur milieu et refoule les granulations vers la paroï en les écartant du centre.
Si l’on choisit une des cellules renfermant le moins de granulations, on voit celles-ci agitées d’un mouvement brouwnien très vif, très-remarquable qui continue encore lorsque les cellules crevées par l'effet de l’endosmose les répandent dans le liquide de la préparation, et, chose curieuse, ce mouvement reprend avec une grande vivacité dans les cellules des animaux conservés dans l'alcool, après plusieurs années, pourvu qu'elles restent quelques jours dans l’eau pure.
Peu de temps après que les cellules fraîches sont dans l'eau, on voit s’accomplir un déplacement assez curieux de leurs granulations : dans les unes, la matière pigmentaire se porte vers la paroi, et alors le noyau ou mieux le centre transparent semble augmenter pour occuper la plus grande partie de la cellule; dans d’autres les granulations se réunissent au milieu et y forment un petit amas de couleur très-foncée et d'apparence nucléaire.
Telles sont les couches qui limitent extérieurement et intérieurement la carapace.
Voyons ce que sont les parties placées entre ces deux lames fort différentes, on le voit, dans leur consistance, leur couleur et leur structure.
Il ne faut jamais perdre de vue qu'entre ces deux lames de la carapace, serpentent etse ramifient des vaisseaux san-
guins qui aboutissent à un réseau capillaire à mailles fort serrées, et qu’en outre deux glandes importantes et volumineuses y introduisent leurs cæcums sécréteurs gros et longs.
Tous ces organes sont tenus dans leur position respective par de nombreuses cellules de toutes grandeurs et de toutes olobules rappelant des globules vitellins transparents ou des
formes, dont le contenu est un assemblage de petits
gouttelettes sphériques et petites de matière grasse, au milieu desquels on découvre un noyau qui est d’autant plus visible à l’état frais que ces globules sont moins nombreux. L'ensemble de ces éléments constitue le tissu conjonctif.
Supposons l'extrémité d’un cul-de-sac hépatique (1) arrachée etencore entourée parles éléments cellulaires la tenant fixée à la carapace, sa surface extérieure paraîtra couverte par un réseau à mailles irrégulières et petites dues aux anastomoses des prolongements de cellules dont le corps est tantôt ovoïde, tantôt fusiforme, tantôt triangulaire ou enfin sphérique. Ces éléments, se retrouvant dans tout le reste du corps toujours avec les mèmes caractères, peuvent à bon droit ètre nommés éléments conjonctifs. Remarquons que ces cellules conjonctives aux formes variées et très-irrégulières, remplies par les globules transparents comme il a été dit, sont tantôt d’un jaune citron délicat, quelquefois bien accusé, tantôt d’une teinte indécise d’un noir bleuâtre que rend très-bien la teinte neutre.
(4) Voir PI. Il, fig. 17. — Te tissus conjonctifs avec cellules de forme variée, F foie.
L'une des planches renferme un dessin qui, pris à la chambre claire, représente exactement la disposition et l'apparence de ce tissu conjonctif autour des organes mous.
On trouve encore de loin en loin des amas de cellules (1), toutes contiguës, sphériques, sans les prolongements habituels, qui sont rapprochées, mais non assez serrées les unes contre les autres pour devenir polyédriques.
Résumons les traits principaux de l’organisation de la carapace. On y trouve :
Une couche externe de consistance cartilagineuse, eriblée d’un nombre immense de pertuis portant au pourtour de leur orifice extérieur une houppe étoilée de longs prolongements filiformes capillaires plongeant dans l’épaisseur des tissus de la Gerardia; une couche interne, véritable épiderme villeux recouvrant une couche de cellules pigmentaires fortement colorées en brun chocolat; entre les deux un tissu conjonelif à cellules de forme variable ayant leurs parois prolongées en filaments anastomosés et formant un réseau dont les mailles serrées et irrégulières enlacent tous les organes, vaisseaux ou autres, qui serpentent dans l'épaisseur limitée par les deux couches interne et externe.
Tels sont les éléments et les organes constitutifs de cette carapace quiest, on le voit, bien autre chose qu'un simple organe protecteur.
Le corps du petit crustacé, suspendu dans la carapace,
(1) Voir PI. I, fig. 20. — Amas de cellules presque sphériques.
4o HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ
présente des annelures marquées, mais n’est pas incrusté de cette matière dure le rendant crustacé à proprement parler.
Le nombre des anneaux du corps est de onze, d'assez inégale grandeur ; si l’on compte la tête et les deux valves caudales ou terminales du corps comme étant chacune un anneau, le nombre total serait de treize.
La tête et le premier anneau (1) sont séparés par une grande étendue qu'occupent les attaches du corps à la carapace.
Du côté du dos, les deux premiers anneaux se relèvent en bosse de polichinelle vers le haut et font une saillie qui, variable du reste avec les individus, n'en est pas moins toujours constante et très marquée.
Les troisième, quatrième, cinquième et sixième anneaux sont les plus grands, après les précédents, et se recouvrent réciproquement par leurs bords postérieurs. Ils diminuent progressivement et insensiblement de diamètre.
Le septième remonte vers le haut, et s'élève à la hauteur du cinquième; le sixième est le premier d’une série qui descend plus bas : c'est, comme on le voit, à partr du septième que se produit la seconde inflexion; le huiième est le plus élevé de la partie caudale, et les neuvième et dixième redescendent rapidement de façon à décrire, avec les deux appendices terminaux, un second arc dont la concavité est en sens inverse de l'arc décrit par la première moitié du corps.
Le corps est donc courbé deux fois comme un S. Une
(A) Voir PI. IL. fig. 25, PI. IV, fig. 40.
première fois sa concavité est tournée en avant et les deux extrémités de l’arc que représente la partie comprise entre la tête et le huitième segment, arrivent presque à se toucher, tant l’inflexion est grande. Un second arc,ouvert en bas et en arrière est compris entre les deux éléments terminaux et le sixième segment du corps; il déerit tout au plus une demi-circonférence.
En somme, si le corps est courbé en S, l’une des courbures, la supérieure, est incomparablement plus forte et plus grande que l’inférieure. La flexion de la tête sur l’abdomen est si considérable que sur les animaux conservés dans l’alcool, en les regardant par la face abdominale, la calotte céphalique vient au contact de l'extrémité supérieure des deux pièces terminales anales.
Le bord inférieur de chacun des segments à partir du quatrième ou cinquième est porteur de poils fins et qu’on ne voit guère qu’au microscope, à un faible grossissement. Ces poils sont surtout accusés sur les derniers segments et particulièrement sur les deux parties terminales.
Les anneaux huitième, neuvième et dixième sont cylindroconiques et ne portent pas d’appendices.
Le onzième (1) est formé de deux moitiés allongées symétriquement latérales, rapprochées comme deux valves plus larges à leur base qu'à leur extrémité libre, échancrées sur leur bord antérieur, couvertes également de petits paquets de poils et en définitive terminées chacune par quatre gros cirrhes inégaux dont les postérieurs sont les plus grands.
(4) Voir PI. IT, fig. 25. — An valves anales, PI. IV, fig. 39, 40 et 42.
Le même tissu conjonctif que l’on a vu entre les deux lames de la carapace existe dans le corps et unit les organes qui y sont logés et dont la description viendra en son lieu.
Quand on traite l’animal par la solution de potasse, on voit bientôt les parties devenir transparentes comme c’est l'habitude, mais aussi l’on voit se dessiner très-nettement des paquets de fibres musculaires.
Ces paquets sont striés et symétriquement disposés de chaque côté; ils se croisent comme les branches d’un *, dont le point d’entre-eroisement serait sur la ligne d'union de deux segments voisins; on reconnaît, en les voyant, qu'ils ont pour but les mouvements des anneaux les uns sur les autres, puisqu'ils s’insèrent sur les parties chitineuses de deux anneaux contigus.
Il nous reste à parler d'un musele (r) occupant une place toute spéciale et qui ne doit avoir d'autre fonctions que de faire mouvoir le corps de l'animal dans la carapace et peut-être de faire bäiller l'ouverture unique de celle-ci. On va voir comment.
Ce muscle est digastrique, ses deux ventres semblent unis sur la ligne médiane par un cordon tendineux et très grèle relativement aux deux masses musculaires.
Les deux ventres diminuent done en se rapprochant de la ligne médiane et deviennent coniques. Ils vont au contraire en grossissant vers l'extérieur et s’attachent par une très-large base dans le fond des deux tubercules latéraux, qu'on a vus, dans le hile, former la base de la figure cordiforme entourant l'ouverture.
(4) Voir PI. IV, fig. 47. — Musele pectoral digastrique isolé.
Il est possible que le muscle digastrique en se contractant vigoureusement puisse faire rapprocher l’un vers l'autre sur la ligne médiane les deux tubercules dans le fond desquels il s’insère, et que, par suite, la partie dela carapace leur correspondant ait une tendance à l’aplatissement, ce qui doit faire entr'ouvrir les deux lèvres de l’orifice.
Il peut y avoir par suite de ce mouvement, suivi des contractions du corps, une agitation et un déplacement du liquide contenu dans la cavité de la carapace, et, l’orifice étant en ce moment béant, l'eau contenue dans l’intérieur peut être renouvelée au grand bénéfice des embryons qui se développent et séjournent dans cette cavité.
Quoi qu'il en soit de l'interprétation des fonctions de ce muscle, il est utile de tenir grand compte de sa présence dans les études anatomiques de la Laura, caril occupe une place beaucoup trop centrale pour n'être pas l’un des premiers obstacles rencontrés, quand on dissèque ou détache l'animal de sa carapace. Il est en effet placé immédiatement au-dessous de la tête, et l'on pourrait considérer la forte flexion de la première courbure du corps de la Laura comme s’accomplissant tout autour de sa partie tendineuse ou médiane, ainsi que cela aurait lieu autour d’un axe transversal.
Les membres sont au nombre de six paires (1).
Ils pourraient tout aussi bien être décrits à propos des organes de la reproduction, en raison des relations fort intimes qu'ils ont avec ces organes, qu'à propos de la locomo-
(1) Voir PL VI, fig. 63 et les différentes figures représentant l'animal entier de profil ou autrement.
tion. Incontestablement leur rôle dans la reproduction est bien plus important que celui qu'ils jouent pour la locomotion, du moins à l’état adulte, c’est-à-dire à l’état que nous décrivons.
Si de nouvelles espèces sont plus tard reconnues, il sera certainement utile de tenir compte des moindres particularités de forme présentées par les membres, afin de trouver un critérium propre à faciliter les distinctions spécifiques.
Sans étendre ici trop longuement les descriptions, 1limporte de donner quelques détails qui me semblent néces-
saires.
L'on compte six paires de membres.
La première (1) appartient évidemment au premier segment du corps proprement dit et se voit immédiatement au-dessous du point d'attache du corps sur la carapace. Longue, grêle, elle présente un talon énorme et est liée à la reproduction par ses rapports intimes avec l'organe femelle, ainsi qu'on le verra plus loin.
En général, on la trouve, descendant verticalement et passant en sautoir presque perpendiculairement sur les côtés en dehors de la partie basilaire des cinq autres paires; sa longueur assez considérable lui permet d'arriver jusqu’à la dernière paire, surtout quand la flexion du corps est forte. Ses proportions et dispositions sont telles que, si son talon n'était aussi volumineux, on la prendrait pour un appendice flagelliforme (2).
(4) Voir PI. VI, fig. 53, 4 PO.
(2) Voir PI. VI, fig. 53.
Après la première paire, on en trouve quatre autres appartenant aux quatre segments suivants du corps(r).
Celles-ci ont un rapport encore plus intime avec les organes de la reproduction, parties mâles, dont la description va suivre.
Elles sont, du reste, comme la précédente, un peu courbées, à convexité antérieure; elles offrent comme elle un talon et des éléments organiques semblables, mais les proportions sont différentes.
Enfin la sixième paire (2) est courte et ressemble à une palette; elle n’a plus aucun rapport avec les organes reproducteurs; aussi n’a-t-elle pas de talon,
Tous les membres sans exception, à part la disposition spéciale qui est propre aux organes de la reproduction, présentent une composition identique. Tous ont un revêtement chitineux et résistant, analogue à celui du corps et semblable à celui qu’on rencontre chez les crustacés parasites.
La surface de ce revêtement porte dans toute son étendue de très nombreux petits paquets de poils, disposés absolument de mème, implantés côte à côte, suivant une ligne un peu courbe ou droite, au nombre de 4, 6, 10, dont la direction est perpendiculaire à l’axe du membre. Ces poils sont disposés comme autant de petits peignes. Leur nature est chitineuse, et ils ressemblent en cela aux poils qu'on voit sur la carapace des crustacés.
Vers les extrémités des pattes, des cirrhes forts, et
(1) Voir PI. VI, fig. 63, 4P&.
(2)Voir PL NT fig 63 PO;
quelquefois nombreux, se montrent en nombre variable et offrent quelques caractères qu'il est nécessaire d'indiquer.
La première paire (1), par exemple, ne présente que deux longs cirrhes terminaux, ayant à leur base un poil tout petit qui semble se courber un peu en crochet. Sur les pattes suivantes la disposition est très différente. On y trouve quatre longs cirrhes placés : un à l'extrémité continuant par sa direction celle du membre ; deux plus haut, formant une paire, insérés un de chaque côté; enfin un quatrième, impair, naissant au bord postérieur et plus éloigné des deux précédents que ceux-ci ne le sont du premier.
Il y a encore trois autres paires moins grandes placées une de chaque côté et une sur le bord postérieur au-dessus du cirrhe impair précédent.
Tous ces cirrhes sont situés à l'extrémité, après les paquets pectinés de poils dont la grandeur est toujours plus considérable en arrière.
Si de nouvelles espèces de Laura étaient rencontrées, sans nul doute la disposition des cirrhes pourrait fournir des indications spécifiques.
Enfin la sixième paire (2), celle qui est la plus rapprochée de la terminaison anale du corps. offre des caractères absolument différents de ceux qu'on vient de voir dans les précédentes. N'ayant aucune relation avec les organes reproducteurs, elle ne présente plus cette apparence particu-
(4) Voir PI. VI, fig. 54, (a, b,) cirrhes terminaux et (c) cirrhe impair
en crochet.
(2) Voir PI. V, fig. 51, (1 PO). — Pattes préparées et colorées sur des animaux conservés depuis longtemps.
lière que donnent soit la présence du testicule, soit le passage de l’ovidule dans leur intérieur. Ainsi, souvent sur les animaux qu’on vient de débarrasser de la carapace on assiste à la ponte, et les œufs passent successivement sous les yeux de l'observateur par le canal qui traverse le talon de la première patte. Pour les quatre suivantes, la blancheur soyeuse des capsules testiculaires et les renflements des talons donnent une physionomie, qui se retrouve encore sur les animaux conservés depuis bien longtemps dans l’alcool. Dans la sixième paire, aucune de ces particularités ne se présente : aussi les deux palettes qui la forment sontelles plus courtes, moins volumineuses et dépourvues de caractères spéciaux. Elles offrent bien des poils moins nombreux et serrés à leur extrémité libre, et sur leurs bords postérieurs; mais elles ne portent pas de cirrhes comme les précédentes.
Il y a donc des pattes de trois espèces : les premières, grèles, longues, garnies de deux cirrhes seulement ; les quatre suivantes, grosses et gonflées surtout à leur base, ayant des cirrhes grands, variables, au moins toujours au nombre de trois; enfin, la dernière ou sixième, simplement poilue, est moins volumineuse que les autres.
Relativement aux quatre pattes mâles, ou intermédiaires, on ne saisit pas de caractères bien saillants propres à les faire distinguer les unes des autres; le type de la patte dessinée (PI. V., fig. 52) peut être modifié par l’allongement de quelques-uns des cirrhes, surtout ceux précédant les terminaux. En général, les trois cirrhes les plus grands de l’extrémité se retrouvent sur toutes les pattes, accompagnés, sans règle fixe suivant la position de la partie que
48 HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ l'on considère, de quelques autres cirrhes de grandeur variable et moyenne.
Les cirrhes terminaux sont garnis de deux rangées de poils extrèmement délicats que l’on ne voit qu'avec de forts grossissements.
Ceux de la première paire sont également barbus, mais les poils qu'ils portent sont encore plus déliés et moins visibles.
Les articles des pattes ne sont pas faciles à limiter, quelques plis ou rides de l'enveloppe externe peuvent seuls en indiquer la séparation. On doit, je crois, en admettre trois. Le premier terminal se voit à mi-chemin de l'extrémité au renflement que déterminent les glandes génitales; un second ou moyen compris entre ce premier et le renflement génital, enfin un troisième ou basilaire renferme les glandes.
Mais ces limites, qui sur quelques individus semblent fort précises, ne sont pas aussi nettes et aussi déterminées sur quelques autres.
Il paraît bien y avoir quelques différences entre les individus, quant à la quantité de poils réunis en paquets et placés au bord postérieur; dans quelques cas, les pattes semblent extrèmement poilues, tandis que dans d’autres elles ne présentent que les petites séries de poils en rangées pectinées.
La transparence (1) des tissus et des téguments des pattes
bermet d'étudier, même à des grossissements assez forts, Ù 5
(4) Voir PI. V, fig. 52 et54. — La fig. 52 représente l'extrémité d'une patte &, et la fig. 54 l'extrémité de la patte Q, grossissement 500 fois.
leur organisation interne sans autre préparation qu’un peu de compression.
Sur les bords, onaperçoit un double contour dû à l'épaisseur de l'enveloppe chitineuse d’une part, et à la couche du tissu mou formé de cellules qui tapisse celle-ci d'autre part. En faisant varier la distance focale, on reconnaît avec facilité un réseau tout à fait semblable à celui qui a été décrit entre les deux lames de la carapace, réseau dont les cellules, plus clairsemées, sont remplies de granulations fines, le plus souvent jaunâtres, ayant aussi quelques-unes et la couleur teinte neutre et des prolongements anastomosés, comme on l’a déjà vu.
Le noyau clair est évident à peu près dans toutes les cellules et les granules formant le contenu sont plus petits que dans celles de la carapace.
Nous verrons plus loin que lesorganessont logésau milieu du réseau cellullaire, mais ajoutons qu’on observe encore bien clairement la présence de paquets musculaires déliés composés de fibres longues, grosses et très nettement striées transversalement à l’état frais. Ces fibres, vers les extrémités des membres, semblent se confondre en s’unissant avec le tissu conjonctif et adhérer par son intermédiaire à la face interne de l'enveloppe chitineuse.
La féte(1) est petite et fort difficile à analyser; à elle appartiennent la bouche et les antennes.
(1) Voir, dans les planches diverses, les figures de l'animal entier, vu de face ou de profil, T la tête, A les antennes.
bo HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ
La première sera étudiée avec les organes de la digestion.
Mais nous avons à dire ici un mot des antennes, qui sont à la fois simples et peu développées.
Quand on regarde par sa face antérieure le corps du crustacé, en dessus et tout près de sa dernière courbure qui constitue la dernière partie du corpsetsur la ligne médiane, on découvre un petit globe offrant en haut un sommet pointu, et, en bas, deux tubercules pairs. C’est la tète qui semble s'enfoncer entre les plis de la membrane interne de la carapace venant finir à la nuque ou partie postérieure du cou.
C’est avec beaucoup de difficultés, sous une loupe assez forte, de chaque côté de ce petit globe céphalique dont j'indiquerai plus loin les détails d'organisation, que l'on découvrira les deux antennes; elles se dérobent dans le fond du sillon formé par les plis de la membrane qui unit le corps à la tunique et la tête (x).
Elles s’attachent dans le fond de ce, sillon, et répondent à la partie supérieure et rétrécie latéralement du globe céphalique.
On peut leur compter trois articles (2). Un basilaire court, se dirigeant en haut; un second, moyen, faisant suite à celui-ci, se dirigeant en bas, c’est le plus long ; enfin un dernier marchant en sens inverse du précédent, se
(4) Voir PI. I, fig. 27. — Globe céphalique vu de profil et voilé par les plis de la membrane unissant le corps et la carapace.
(2) Voir PI. II, fig. 26 et 27. — A antennes. Voir aussi PI. IV, fig. 45, antenne isolée et fortement grossie, traitée au carmin.
TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. 5r
portant en haut par conséquent. Le troisième, en partant de la base, donne attache à deux cirrhes, quelquefois trois, dont un très petit et un plus grand ; celui-ci termine l'antenne et devient quelquefois assez gros pour imiter un quatrième article.
La lessive de potasse est fort utile pour reconnaître les organes antennaires que leur délicatesse rend fort difficiles à découvrir sous les replis des membranes.
Reste le système nerveux.
Les détails qu'il nous est possible de donner sur cette partie de l'organisme ne sont pas très étendus.
Les dissections fines, destinées à faire découvrir les centres d’innervation, sont extrêmement délicates. La Laura est toujours plus ou moins endommagée par l'ouverture de sa carapace et l'isolement de son corps, et par conséquent les causes d'erreur sont nombreuses, si l’on n’apporte les soins les plus minutieux dans les préparations.
Voici ce que j'ai pu constater avec certitude.
En couchant la Laura sur le dos, et en tenant écartées autant que possible les pattes, la tête et la partie anale, la forte courbure du corps s’efface; on voit alors entre la tête et la première paire de pattes les deux masses du muscule rayonnant à droite et à gauche (1).
En dessous de l’échancrure antérieure du globe céphalique et sur la ligne médiane paraît la bande transversale et tendineuse du muscle digastrique; sur cette bande, à droite et à gauche, et sur son bord inférieur, se montrent
(1) Voir PI. IV, fig. 42.
deux mamelons symétriques (1) ayant tout à fait l’apparance glandulaire.
Sur ces mamelons je n'ai aucune autre donnée, et une étude nouvelle serait utile ; leur tissu sur les animaux conservés m'a paru cellulaire, mais je n’ai pu déterminer leur nalure spéciale.
Entre ces deux éminences, et tout à fait sur le devant de la partie tendineuse du muscle, j'ai découvert, non sans de grandes difficultés de dissection, sur les animaux frais comme sur les animaux conservés dans l'alcool, un corps olivaire blanc, assez long, impair médian, rappelant par sa forme, par sa position et surtout par les nombreux filaments qui naissent de sa partie inférieure, un ganglion nerveux.
C'est là tout ce que j'ai vu sur la face abdominale du corps. Suivre les filets nerveux est d’une excessive difficulté, et les conditions de voyages où je me suis trouvé ne m'ont pas permis d'aller plus loin avec les animaux frais, et sur les animaux conservés je me suis trouvé impuissant à suivre les nerfs abdominaux qui doivent exister.
Y a-t-il un collier œsophagien et par suite des ganglions sus-æsophagiens?
Ÿ a-t-il une chaîne ganglionnaire abdominale ?
Ce sont là des questions fort difficiles à résoudre par la microtomie.
Cependant, en faisant des préparations à la lessive de potasse, pour constater certains détails, en rendant les animaux (ransparents, il m'a semblé voir se dessiner la forme de petits amas brunissant en face de chacun des anneaux