ORGANES DE LA DIGESTION
Pour reconnaître les différentes parties des organes de la digestion, il est utile de faire plusieurs préparations et de les conduire avec quelque soin.
Il faut d'abord ouvrir la carapace par le dos, c'est-à-dire par la partie qui correspond à la ligne d'insertion ou d’attache du corps et de la carapace, el étaler ses deux moiés de chaque côté en cherchant autant que possible à ne pas déchirer les tissus de la face interne, car ils renferment des parties qu'il importe de ne point blesser si l’on veut bien juger de quelques-unes des dispositions et des rapports qu'ils présentent.
Quand on a réussi la préparation, l'animal étant en bon état, on voit sur le dos dans la partie convexe du corps, en général très transparent, un canal (2), d’un beau jaune,
(4) Voir PI. HI.
(2) Voir PI. II, fig. 24, 25 et dans toutes les figures où une longue trainée jaunâtre indique le tube intestinal.
sans plis ni circonvolutions s'étendant de l'extrémité céphalique à l'extrémité caudale et diminuant de diamètre surtout dans cette dernière.
En voyant ce tube rempli d’une matière granuleuse d’un beau jaune d’or, en considérant son volume et sa position, on est tout de suite porté à le considérer comme représentant le {ube digestif; seulement, en cherchant ses orifices naturels, la bouche et l'anus, on ne peut faire sortir la matière pultacée et dense qu'il renferme. Si sa position n’indiquait assez par elle-mème, sa nature on pourrait avoir sur elle quelques doutes.
En suivant la direction de bas en haut et d’arrrière en avant, ce qui est facile, même sans dissection, puisque les parois du corps proprement dit, peu épaisses, sont transparentes, on rencontre du côté du dos au point où le corps adhère au tissu de la carapace deux énormes canaux (1) symétriques, l’un à droite, l’autre à gauche, qui, perpendiculairement à la direction du tube digestif longitudinal, qu'on vient de voir, s’abouchent avec lui. Ces deux canaux se rendent dans la carapace (2) où on peut les suivre avec assez de facilité au milieu des tissus mous logés entre les deux lames, limites internes et externes de cette enveloppe.
Ces canaux, d’un jaune de soufre très vif, sont, il est vrai, un peu masqués par la substance pigmentaire qui les recouvre, mais ils sont rendus plus évidents par deux traînées blanches d’un blanc de lait qui les accompagnent et les bordent dans presque toute leur étendue.
(1) Voir PI. IL, fig. 24, CA, CA.
(2) Voir PI. I, fig. 24 et les différentes figures, F le foie.
6o HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ
Il paraît naturel de considérer ces deux canaux comme étant les deux conduits hépatiques apportant dans le tube digestif les produits de la sécrétion de la glande biliaire ou foie, qui s’est glissée sous la forme d’arborescences entre les deux lames de la carapace.
Le foie (1) proprement dit est formé de quelques culs-desac peu rameux occupant l'épaisseur des deux moitiés de la cavité protectrice et venant se réunir dans les deux canaux hépathiques qu'on vient de voir. Si l'on part de ceuxci, on voit à droite comme à gauche que très près de leurs origines ils se bifurquent en deux rameaux, se dirigeant l’un en haut, l’autre en bas. Ce n’est pas tout près de cette bifurcation, mais un peu plus loin, que commencent les ramifications digitiformes, en général peu nombreuses mais qui atteignent jusqu'aux extrémités et jusqu’au bord adhérent de la carapace.
Tout près de la bifureation, les deux branches ascendante et descendante présentent un calibre peut-être plus gros que le tube digestif lui-même :c'est que dans ce point les granulations sont abondantes et que les produits de la sécrétion, assez considérables, s’y accumulent et distendent les parois.
Peut-on considérer ces deux branches comme répondant à deux lobes? Les éléments ou canaux sécréteurs de la glande sont trop dissociés pour qu'on puisse les regarder comme les analogues des réunions de culs-de-sac formant
(1) Voir PI. IL, fig. 24. — L'ensemble des ramifications hépatiques est coloré en jaune au-dessus de l’ovaire qui se dessine en blanc grisâtre sur les côté
TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. Gt
les divisions et subdivisions ordinaires des glandes; cela, du reste, n’a aucune importance.
La branche supérieure se ramifie tout au plus cinq à six fois, et chacune de ses ramifications ou reste simple ou le plus souvent se bifurque simplement , et se termine par un canal digitiforme arrivant jusqu'auprès du bord de la limite de la carapace.
La bifurcation inférieure est la plus étendue; souvent elle commence tout près du tube digestif, et le nombreïde ses divisions, avant d'arriver aux extrémités, est tout au plus de sept, huit à dix.
Il faut remarquer que la glande hépatique a une position bien nettement fixée; qu'elle est immédiatement placée en dehors de la couche pigmentaire tapissant la face interne de la carapace; en un mot, qu’elle est plus près de la cavité de la carapace que de l'enveloppe externe à consistance cartilagineuse. Nous verrons qu'une autre glande placée à côté d’elle occupe justement une position opposée, et que les rapports de la partie des tubes excréteurs arrivant aux orifices doivent, par suite de ces positions, offrir quelques particularités.
Si l’on porte sous le microscope, et la chose est facile, un des culs-de-sac sécréteurs du foie, on lui trouve une structure qui est bien en rapport avec la nature des ‘fonctions que nous lui assignons.
Vu à un faible grossissement (1), il montre un pointillé qu'on sent tout de suite être dû à la présence d’élé-
(4) Voir PI, II, fig. 30. — Portion d’un cul-de-sac vu à un faible grossissement.
62 HISTOIRE DE LA LAURA GERARDIÆ ments cellulaires, ce qui justifie l'emploi de grossissements suffisamment forts.
La paroi du cul-de-sac (1) est tapissée par des éléments polyédriques bien moins grands que ceux que l’on trouve détachés et flottants dans la cavité. Ceux-ci sont ordinairement complètement sphériques, d’une belle teinte jaune d’or ou soufré, etsont remplis de granulations moléculaires de taille différente réfractant vivement la lumière. Ce sont ces granulations qui donnent la teinte à ces culs-de-sac.
Ces éléments rappellent complètement, parleurs formes et les granulations qu'ils renferment, les cellules caractéristiques du /oie de la plupart des animaux inférieurs.
A mesure que l’on s’avance vers letube digestif, on voit que les corpuscules fapissant les parois sont de moins en moins volumineux, et, quand on arrive au tube digestif proprement dit, on ne rencontre plus qu'une couche de cellules tellement petites qu'un groupe de sept à huit d’entre elles serait recouvert par un seul des corpuscules de lextrémité de culs-de-sac sécréteurs.
Une question importante se présente ici. Dans la division des Rhizocéphales, on sait, ainsi que l'indique le nom, que des appendices en cul-de-sac partent de la tête de ces êtres et se rendent dansles tissus de l'animal qu'habite le parasite ; faut-il considérer comme les analogues de ces appendices radiculaires les ramifications dont il vient d’être question ? Je ne le pense pas : il me paraît y avoir dans le
(1) Voir PI. HE, fig. 29. — Extrémité d’un cul-de-sac hépatique, grossiss. 500 diam.
cas présent tout à fait la disposition qui caractérise un foie à culs-de-sac sécréteurs simples et dissociés, il est vrai, mais reconnaissable cependant soit aux éléments histologiques, soit à la disposition organique particulière aux glandes. D'ailleurs la carapace ne peut point être comparée ici au corps d’un animal étranger.
Ce qui embarrasse dans notre petit être, c'est que sa bouche, quoique armée de pièces particulières dont la description va suivre, ne semble guère, par sa position, être propre à la préhension des aliments ; elle semble plutôt destinée à la succion; mais de quel animal, de quelle proie pourrait-elle pénétrer les tissus, dans la position où elle se trouve? car il est bien difficile d'admettre qu’elle devienne saillante en passant au travers de l’orifice de la carapace et qu'elle puisse s'appliquer contre des tissus extérieurs destinés à lui fournir une nourriture ; d’un autre côté, on a vu déjà qu’elle devait être très probablement l’origine des matières nutritives.
D'ailleurs il est fort difficile de démontrer l'existence de l'anus. On ne peut voir qu'une traînée délicate et transparente partant de l’extrémité inférieure de ce gros tube eylindrique intestinal bourré des produits de la sécrétion hépatique, allant se perdre à l'extrémité inférieure du corps, vers la base du dernier anneau formé de deux valves.
Rien n’est difficile, chez les animaux à tissus transparents, comme la découverte et la démonstration de quelques orifices, et, parce qu'il ne m'a pas été possible de faire sortir la matière jaune intra-intestinale de l'intestin, je ne voudrais pas affirmer absolument que l’anus n'existe pas, et surtout qu'il n’a jamais existé. Je crois bien certai-
nement que, dans la période de la vie ayant précédé l'époque du parasitisme, la jeune Laura libre et vagabonde avait un tube digestif avec ses orifices naturels. Mais arrivée à l’état adulte, le changement certain qu'éprouve à cette époque son alimentation doit de même modifier profondément les conditions de sa digestion. Pour mieux apprécier les particularités de nutrition fort spéciales qui sont la conséquence des dispositions de sa carapace, il faut apprendre à connaître les organes de la circulation. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
L'extrémité céphalique de lintestin est aussi difficile à suivre et à découvrir que l'extrémité inférieure; mais cependant on peut se rendre compte de sa disposition.
L'intestin, ce gros tube bourré de matières granuleuses incontestablement produites par la sécrétion hépatique, est très-facile à reconnaître et à découvrir par l'observation directe, en raison de la transparence du corps, comme aussi par la dissection. Loin de s’efliler dans sa partie supérieure, on le voit se terminer en un bouton arrondi arrivant à la hauteur de la calotte céphalique (1). Les axes de cette terminaison supérieure et de tout le reste du tube digestif forment un angle droit, tant l'inflexion de la tête en avant est forte. C’est dans cet angle que se loge le muscle adducteur des valves, et c’est cette inflexion qui est cause des grandes difficultés qu'on rencontre dans la dissection du système nerveux.
Ce qui frappe quand on cherche à reconnaitre la disposi-
(1) Voir PI. IV, fig. 44. — Terminaison supérieure de l'intestin I, conduit hépatique CA.
TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. 65 tion de l'extrémité supérieure ou céphalique, c’est surtout la grandeur des orifices que laisse de chaque côté l’ablation des canaux hépatiques. On arrive en effet par eux dans une vaste chambre (1) dont la forme est arrondie, de sorte qu'’avant de l'avoir ouverte, l’intestin semble s'être terminé en haut par une ampoule ou un renflement. Cette dilatation s'approche jusqu'au contact du bord postérieur de la calotte céphalique, et c’est en l’écartant un peu en bas et en arrière que l’on peut voir le tube court formant le cylindre œsophagien.
Pour voir l'ouverture de l’æsophage (2) dans cette partie supérieure de l'intestin, il faut ouvrir ce renflement terminal ; alors on reconnait en haut une saillie, un mamelon semblable à un petit museau de tanche, au sommet duquel est l’orifice.
Cette disposition explique sans doute comment il se fait qu'il est à peu près impossible de faire refouler vers la tète la matière pultacée jaunâtre qui remplit l'intestin; elle montre aussi que, si la Laura se nourrit directement, les matières alimentaires qu'elle prend ne doivent être certainement que sous la forme de liquide.
Les éléments histologiques de l’intestin sont des cellules dont presque toute la cavité intérieure est remplie par un noyau qui relativement est immense. Aussi, quand, par la
(1) Voir PI. UF, fig. 43 et 44. — » cavité correspondant au renflement terminal.
(2) Voir PI. IL, fig. 43 et 44, surtout la figure 43 où l'intestin et la tête vus du côté du dos sont un peu écartés par la traction. — OEsophage OE, — Son ouverture æ dans l'intérieur de l'intestin forme comme un petit museau de tanche.
méthode des colorations et des imbibitions, on prépare des parcelles de l'intestin, on voit la membrane se colorer très vivement; les noyaux qui retiennent fortement la couleur, étant très rapprochés, produisent une teinte très intense et presque uniforme (1).
Ces éléments cellulaires n’ont pas des proportions considérables, aussi faut-il un fort grossissement pour bien les étudier.
Leur mode de groupement produit une apparence qui semblerait devoir faire penser que les parois intestinales jouent elles-mèmes un rôle glandulaire. Les cellules se disposent, en effet, suivant des bandes longitudinales rapprochées et en couches épaisses. Aussi, quand on fait varier la distance focale du microscope, observe-t-on que, sur un premier plan et sous une première couche de noyaux, il en existe une, et plus profondément encore une nouvelle ; ces bandes épaisses sont séparées par des intervalles clairs et transparents, lesquels sont dus à ce qu'il n’y a pour eux à peu près qu'une couche de cellules dont la cavité est plus grande. Cela rend l'intervalle entre les noyaux plus grand, et diminue beaucoup aussi l’intensité de la teinte.
Cette disposition rappelle très-bien ce que l’on voit chez bon nombre d’Ascidies dont le foie n’est point différencié et tapisse la face interne de la partie dite stomacale de l'appareil digestif.
Vers la partie supérieure, tout près du globe céphalique, les cellules sont plus grandes et les noyaux de même
4) Voir PI. I, fig. 31. — Une portion de la paroi de l'intestin, prise vers le milieu de la longueur, etmontrant très nettement les plis que forme la couche cellulaire.
développés, plus espacés et disposés en une seule couche.
Étudions maintenant la tête et la bouche :
Quand on a par des préparations délicates enlevé toutes les membranes qui unissent l'animal à sa carapace, en respectant toutefois les canaux de l'ovaire et du foie (1), lesquels se trouvent dans le point où ont lieu les adhérences du corps et de l'enveloppe, on voit en avantun
petit corps globuleux légèrement conique, dont le sommet est dirigé en haut tandis que la baseest en bas; c’est la tête.
Les bords de la base sont arrondis en dedans; aussi serait-il mieux de comparer sa forme à un cœur de carte à jouer régulier, dont l’échancrure de la base fournirait les attaches au corps.
En regardant (2) l'animal, non plus parle dos, mais par la face abdominale, on retrouve bien encore la même figure, mais cette fois l’échancrure de la base est dégagée et non recouverte par les tissus; dans cette position, le
sommet ou la pointe paraît plus aiguë, et mème avec la loupe on reconnaît qu'il doit son acuité à deux pointes effilées paraissant sortir de son intérieur.
Pour peu que l’on incline légèrement le corps en avant ou en arrière, la figure change et l’on a de la difficulté à bien préciser dans la description les formes qu'il s’agit de faire connaître.
Par exemple, si l’on fléchit plus fortement la tête qu’elle ne l’est naturellement, ce qui revient à l’observer d’en
(4) Voir PI: IT, fig. 25. —T tête.
(2) Voir pour ces diverses descriptions, les planches où l'animal est représenté entier, et plus particulièrement la PI. IE, fig. 24, 25, 26 et 27.
haut, la figure laisse bien encore voir et définir la base du cœur, mais le sommet aigu vient se placer au milieu du centre de figure, et à la place de la pointe se présente un gros tubercule arrondi percé d’un trou.
De profil, la projection de la tète rappelle à peu près la figure d’un triangle dont les côtés, loin d’être droits, sont tout à la fois successivement concaves et convexes, et dont les angles sont aigus.
Dans la position naturelle, deux angles du triangle, lun supérieur, l’autre inférieur, sont postérieurs; le troisième est antérieur et correspond à peu près à la mi-distance des deux précédents. C’est celui-ci qui offre un petit orifice par lequel sortent les pointes des deux stylets. En partant de cet angle facile à reconnaître et suivant les contours du côté inférieur et antérieur, on voit immédiatement après le sommet de l'angle la ligne s’infléchir un tout petit peu en dedans, mais bientôt se porter en dehors et décrire une longue courbe à convexité extérieure, puis s'infléchir de nouveau en dedans tout près de l'angle inférieur. Même chose arrive aux deux autres côtés, de sorte qu'on peut dire que les angles sont rendus plus aigus, par la double inflexion que chacun des côtés éprouve dans leur voisinage, et que le milieu des côtés se courbe ou devient saillant et convexe en dehors.
Toutes ces courbes et l'apparence de ces formes dépendent de la façon dont on considère la pièce unique qui peut être enlevée et isolée comme une calotte et qui, doublement et symétriquement recroquevillée en oublie sur ses deux côtés, limite à la fois la tête et renferme les stylets appartenant à la bouche.
Cette calotte repose sur les pièces buccales comme une selle dont les parties latérales recroquevillées, ainsi qu'il a été dit, viendraient jusqu’au contact en avant (1), et c’est le petit espace qui, en haut, résultant d’un rapprochement moindre des bords, forme comme un petit orifice par où font saillie les stylets.
Sur le devant, le recroquevillement et le rapprochement des deux moitiés est tel que l’on croirait la pièce fendue sur sa ligne médiane, en réalité ce n’est qu'un sillon résultant du rapprochement des deux bords recroquevillés.
Examinée dans une autre position, la calotte unique, limitant et entourant la tête comme une petite carapace, représente un tronc de cône fort irrégulier dont le sommet correspond aux pointes du stylet et la base à l’insertion de la tête sur les parties molles ; mais il faut remarquer que cette comparaison avec un cône est peu exacte, car la surface ne mérite guère la qualification de conique, tant elle est accidentée par des dépressions causant des modifications de forme que rendent apparentes à chaque instant de légers déplacements.
On peut appeler cette pièce unique la calotte céphalique et lui appliquer les détails des descriptions longues et fastidieuses, mais nécessaires, qui précèdent.
Cette calotte est du reste de nature chitineuse comme les téguments, et l’on voit nettement ses limites vers son union au reste du corps par les parties membraneuses.
(1) Voir PI. I, fig. 26. — Ce capuchon céphalique, a mamelon laissant passer les aiguillons, à fente, résultant du rapprochement des bords du bouclier céphalique.
Le sillon antérieur résultant du recroquevillement de ses bords antérieurs détermine, en s’élargissant à la base, la dépression de l’'échancrure cordiforme.
A la base en avant et juste aux limites inférieures de l'échancrure du sillon antérieur, on voit deux petits mamelons (1) assez saillants, symétriques, et qui, morphologiquement peut-être, représentent quelques paires ou pièces buccales ou appendices supérieurs. L'étude des connexions et des relations morphologiques est fort difficile à déterminer chez des animaux aussi petits. Je reste donc dans le doute sur leur signification morphologique précise.
Au-dessous de ces deux tubercules, les tissus se gonflent en avant du muscle transverse, qui, on se le rappelle, est tout voisin de la bouche, et s'unissent aux deux masses de nature probablement glandulaire signalées au-devant du muscle.
Enfin, c’est dans l'angle dièdre que forment d’une part lesmembranes d'union du cou et de la carapace en dehors, et d'autre part la paroi latérale de la calotte céphalique en dedans, que l’on voit s’insérer les antennes. Leur base d'insertion se trouve à la réunion du tiers supérieur, avec les deux tiers inférieurs du côté postérieur du triangle que représente la calotte vue de profil, en face du point où ce côté postérieur du triangle s’'infléchit vers le centre pour
décrire une courbe à concavité ouverte en arrière.
Les deux pointes (2) saillantes à l'extérieur du sommet
(4) Voir PI. HI et les autres où la tête est représentée. A’ sert à désigner cette partie.
(@ Voir PI. I, fig. 26, 27, 33, 34, 35, 36 et 37, s,s, et a, à, &, a.
TYPE NOUVEAU: DE CRUSTACÉ PARASITE. Ja
du cône céphalique appartiennent à deux pièces symétriques, assez régulières, constituant l’armature buccale.
Vues par la face antérieure et rapprochées, elles présentent, à elles deux réunies, une figure assez régulièrement losangique, dont les angles aigus sont très aigus et formés par les pointes des pièces rapprochées : l’un est le supérieur, c’est celui qui fait saillie; l’autre, inférieur, est moins défini, car les deux extrémités qui le forment s’écartent un peu.
Quant aux angles obtus (1), ils sont absolument mousses et arrondis.
La grande diagonale représente les bords des deux pièces rapprochées sur la ligne médiane et est formée par une fente antérieure qui rend ces deux pièces indépendantes et qui permet de les séparer. Chacune d’elles représente donc un triangle isocèle très-surbaissé avec les deux angles latéraux très-aigus, et l'angle sommet très-mousse et obtus.
Mais ces deux pièces qui forment la partie centrale de l'armature buccale ne sont pas de simples lames comme leur observation en avant le ferait supposer, ainsi que la description qui vient d'être donnée.
Le bord placé (2) sur la ligne médiane, en un mot la base du triangle isocèle surbaissé, séparant chacune des moitiés de cet appareil, est irrégulièrement inégal, et pourrait faire croire dans quelques cas à une sorte de dentelure de ces pièces; il est mince et lamellaire en haut, épais dans
(4) Voir PI. I, fig. 35 et 36 (4, b).
(2) Voir PI. IL, fig. 35 et 36, d, d, d.
le bas, et vers le milieu tellement épais qu'on croirait à une sorte d’articulation et même de soudure des deux pièces.
Mais du côté de l’angle sommet la surface du triangle (1) se recourbe et se ploie en oublie pour revenir presque jusqu'à la ligne médiane rencontrer la même partie de l’autre pièce symétrique. Si en arrière les deux pièces ense ployant viennent au contact, ce n’est qu'environ au milieu de la longueur totale de l’armature.
Le bord reployé en arrière, après avoir rencontré son semblable, se porte en dehors et se prolonge en une apophyse (2) descendant aussi bas que les angles inférieurs de la face antérieure.
Ainsi la partie centrale de l'appareil buccal présente en avant la forme d'un losange dont l’un des deux angles aigus en arrière est bifide. C’est l’inférieur. La mème figure se présente encore, mais l'angle inférieur paraît alors trèslégèrement bifide, entre deux apophyses qui, remontant à larencontre l'uné de l’autre, jusqu'à mi-hauteur de l'appareil, forment un 4 renversé, et c’est entre les branches de ce V renversé qu'on voit la face postérieure et l'extrémité de la partie antérieure.
Ces pièces sont enfermées dans la calotte céphalique et sont accompagnées sur leurs côtés par une paire d’appendices qui les recouvrent un peu du côté de leur dos.
Ces appendices (3) sont lamellaires et ressemblent à
(1) Voir PI. IE, fig. 35.
(2) Voir PI. III, fig. 35, 36 et 37, e, e, e. (3) Voir PI. IT, fig. 33 et 34, s', 5.
TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. 73 deux lames de sabre relativement larges, un peu recourbées en arrière, et aiguës à leur sommet.
Ils sont latéraux relativement à la pièce centrale et Symétriques. [ls constituent avec celle-ci un appareil éminemment propre à percer. Il faut donc penser que, dans l'état jeune, avant la période de parasitisme, la Laura, était libre et devait prendre ses aliments en perforant les tissus de quelque proie.
Ces appendices, étant lamellaires, se recouvrent en partie l’un l’autre et s'appliquent latéralement sur les faces latérales recourbées de l’aiguillon central.
On ne les voit pas habituellement au-delà de l’orifice de la calotte céphalique, mais quelquefois on reconnaît que les deux pointes de la pièce centrale semblent sur leurs côtés un peu plus grandes et parcourues de lignes longitudinales: cela tient à la saillie extérieure des pièces de l'appareil latéral.
On sait combien il est souvent difficile de bien analyser au microscope par transparence des pièces superposées et chitineuses réfractant vivement la lumière : c’est le cas ici.
Les préparations sont fort délicates, car les pièces se cassent facilement, et, dès que les lamelles en forme de sabre sont isolées, on n’en reconnaît que bien difficilement les rapports, surtout dans la partie adhérente ou base d'insertion.
Il est difficile de donner une signification particulière à chacune de ces pièces; on peut dire que dans leur ensemble elles représentent quelques-unes des pièces buccales ordinaires, modifiées comme on le voit dans l'appareil buccal d’un crustacé suceur.
Comment et à quoi peut servir cet appareil?
Des animaux peuvent-ils pénétrer du dehors dans la carapace par l’orifice, très-petit, qu'on a vu correspondre à l’extrémité caudale du corps de la Laura? En supposant quelques particules où animalcules ayant pénétré dans la carapace, comment comprendre que la Laura, suspendue et fixée par la nuque, comme elle l’est dans cette cavité relativement grande, puisse darder ses pièces buccales avec succès sur des matières alimentaires mobiles? Du reste je n'ai jamais rencontré dans la cavité d'êtres pouvant servir de proie.
Faudrait-il voir dans les deux tubercules placés à la base et en avant de la ecalotte céphalique deux sortes de ventouses? Car ils paraissent déprimés à leur extrémité. Ce sont là des suppositions que rien ne prouve.
Il me semble plus naturel de voir dans l’armature buccale de l'adulte un reste de l’armature de la Laura qui, à l’état larvaire, était destinée alors à piquer et à permettre de sucer. Dans les premiers temps de sa vie, la Laura pouvait se cramponner probablement à quelque proie et la percer avec ses pièces buccales. Dans son développement et son passage à l’état adulte, la ealotte céphalique à dû changer ses caractères, el les pièces internes étant plus gènées dans leurs mouvements et leurs fonctions se sont réduites et en quelque sorte annulées.
Il faut ajouter qu'un tissu mou remplit à la fois la calotte et la cavité des armes buccales, et que l’on y reconnaît aisément des fibres musculaires, mais qu'il n'a pas été possible de distinguer clairement un prolongement du tube digestif dans son intérieur et par conséquent de trouver l’orifice buccal proprement dit. Jamais il n’a été possible
de faire refluer la matière jaune de l'intestin jusqu’à l'un des orifices; toutefois le tube jaune remonte toujours fort près de la base de la calotte céphalique et se prolonge ainsi dans son intérieur, comme on l’a vu.
L'action de la lessive potassique à montré nettement l'existence de quelques fibres musculaires dans la calotte et entre les aiguillons ; elles sont destinées évidemment à mouvoir ceux-ci, et on les distingue même se croisant et allant de l’une des deux pièces centrales à l’autre.
En résumé, ce qui frappe dans l'étude de cet appareil de la digestion, c'est en premier lieu le développement de la glande hépatique dont les cæcums sont noyés dans le tissu de la carapace, en second lieu l'atrophie probable de lorifice buccal et de l’orifice anal et surtout l’état de réplétion constant du tube digestif qui est gorgé par une matière jaune pultacée, paraissant identique au produit de la sécrétion du foie.
Ainsi, d'après ces faits, voilà un foie sécrétant beaucoup pour un tube digestif prenant fort peu de matière alimentaire, si même à l’état adulte il en prend, en d’autres termes pour une digestion fort peu active; il y a certainement dans ces conditions quelque chose de très anormal et de peu conforme aux données ordinaires de la physiologie : aussi semble-t-il légitime de penser que, les conditions de l'alimentation directe étant modifiées comme il vient d’être dit, il doit y avoir entre cette sécrétion hépatique considérable et l'excrétion une relation intime; ce qui sera montré après avoir pris connaissance de la circulation.
IT