‹ Histoire de la laura gerardiaeChapitre 8 sur 25 · ORGANES MALES · texte numérisé non relu

ORGANES MALES

Les glandes chargées de la sécrétion de la liqueur fécondante sont constituées sur un plan différent de celui que présentent les glandes femelles.

L'ouverture des conduits excréteurs offre toutefois la même position; mais, dans la structure de la glande proprement dite, dans la place qu’elle occupe, on trouve des différences très marquées.

IL est nécessaire de revenir d’abord sur la description de l'animal.

Les pattes des cinq(r) paires postérieures sont fortement courbées en arc, leur concavité est postérieure ; elles paraissent blanches dans leur moitié supérieure et transpa-

(1) Voir PI], VI, fig. 63. — Montrant une Laura de profil avec les pattes mâles et femelles mises en évidence.

TYPE NOUVEAU DE CRUSTACÉ PARASITE. g1 rentes dans leur moitié inférieure, celle-ci répond à leur extrémité libre.

Près de leur point d'attache, un mamelon fort développé(1) forme comme un gros talon, dont le sommet est dirigé en bas et en arrière. On n'oublie pas que toujours la tête de l’animal est supposée placée en haut.

La dernière ou sixième paire est dépourvue de talon et n'offre pas la même apparence.

La première paire est en relation avec l'organe femelle.

Autant il est facile en pressant sur les ovaires, quand du moins les pontes ne sont pas finies, de faire sortir des œufs par les orifices existant au sommet du talon des deux premières paires de pattes, autant on est sans aucun renseignement à cet égard pour les mâles. Il faut de toute nécessité avoir recours immédiatement à l'observation microscopique, et cela à l’aide d’un fort grossissement.

Si l’on enlève une patte, délicatement, sans la déchirer, sans la tirailler, mais en coupant nettement et d’un seul coup avec des ciseaux ses insertions tout près du corps, on voit bien vite dans son intérieur comme les grains (2) empilés d’une grappe dont on cherche en vain la tige, et qui, sans être absolument sphériques, sont allongés vers l’un de leurs pôles comme des larves bataviques dont toutes le squeues seraient dirigées vers le talon.

D'un coup de ciseau rapide, afin d'éviter les tiraillements, il faut enlever une calotte terminale du talon dans la partie la plus saillante de son sommet, la porter sous

(1) Voir PI. V, fig. 50 et 51 (4), le talon.

(2) Voir PI, V, fig. 50, — Ts testicules.

un objectif à fort grossissement, enfin observer normalement sa surface (1).

Des pores très nombreux et rapprochés se présentent et de leur orifice partent des conduits à double contour très distincts, très nets, qui s'irradient dans tous les sens, si l’on est du moins au centre même du mamelon formant le talon. Dans cette condition, on voit vers le centre des pores auxquels font suite des canaux qui plongent directement et verticalement vers les grains empilés et qui, pour cette raison, disparaissent promptement ; sur le pourtour de la préparation, on distingue les mêmes canalicules s’inclinant vers le milieu de la calotte pour se rendre toujours aux acini glandulaires.

En déchirant la patte et ne portant sous les lentilles qu'un lambeau du talon et des tissus sous-jacents, on voit que chacun des grains, chacune des larves bataviques, vient se terminer au talon par un canal grêle et délicat à l’un des pores dont il vient d’être question.

On constate donc, à n’en pas douter, le rapport d'une ampoule blanche avec un canal unique et un orifice percé dans le talon; alors on reconnait que chacun de ces testicules, car ce sont autant de glandes mâles simples, s'ouvre directement au dehors sans que les canaux de chacun d'eux s’anastomosent et s’abouchent dans un canal excréteur unique.

Lorsque l’on a déchiré une patte afin d’avoir les organes mâles isolés, on voit ceux-ci se présenter encore comme au-

(1) PI. V, fig. 56. — Calotte enlevée au sommet du talon (4/) de la patte vue dans la fig. 50.

tant de ballons (1) de chimistes un peu oblongs dont le col aurait été tiré à la lampe.

Le col, fort allongé, est très grêle, et son canal surtout est fort petit (2).

Les parois de l’ampoule ou de la vésicule jouissent d’une certaine élasticité, car j'ai toujours remarqué, surtout quand l’endosmose avait pu agir quelque temps, que le contenu de la vésicule était lancé comme un Jet à une assez grande distance dans le champ du microscope, puis que sa membrane se plissait (3).

L’ampoule testiculaire a une structure très simple.

Elle est formée d’une membrane limitante comme tous les culs-de-sac sécréteurs des glandes, dont la texture est fort difficile à bien reconnaître, si même elle ne paraît être anhiste. À l’intérieur cette membrane est tapissée par une couche de cellules bien nucléolées en dedans de laquelle on voit (4) habituellement (cela dépend cependant beaucoup de l'état du développement de la glandule) deux zones paraissant : l’une, voisine du col, obscure, finement (5) striée, à la lumière transmise, blanche et opaque, au contraire, à la lumière réfléchie et directe; l’autre, dans le fonds du cul-de-sac, claire et comme formée de globules petits, transparents, se touchant et se comprimant les uns

(1) Voir PI. V, fig. 57, 58, 59, 60 et 61. — Testicules isolés dans dilfférents états de préparation.

(2) Voir PI. V, fig. 57 (cl).

(3) Voir PI. V, fig. 57, prise au moment où le jet de sperme (sp) est lancé. et fig. 61, capsule plissée après l’éjaculation.

(4) Voir PI. V, fig. 57, en (a).

(5) Voir PI. V, fig. 57 (b).

les autres. Dans la première se trouvent les spermatozoïdes libres; dans la seconde, opposée au canal excréteur, les éléments producteurs des spermatozoïdes.

Les capsules sortent souvent d’une patte comprimée sous le microscope, et leur canal allongé les fait ressembler alors à un ballon de verre dont on aurait brusquement effilé le col à la lampe.

Les spermatozoïdes s’échappent de ces capsules séminales arrivées à l’état de maturité avec une grande rapidité : leur sortie donne à l'œil la sensation d'un courant d’eau qui passerait dans un canalicule fort étroit. Voici à quoi cela est dû :

Le spermatozoïde est filiforme, peu long et immobile: il représente un petit bâtonnet légèrement courbé et de millimètre

pointu à ses deux extrémités; il mesure

-— en épaisseur;

en longueur et la vingtième partie de dessiné à un grossissement de 4 à 5oo fois, on le représente assez exactement par un trait de crayon dur, finement taillé, de la longueur de 5 à 6 millimètres.

Le canal de la capsule testiculaire (1) est trop étroit pour donner passage à plus d'un seul spermatozoïde à la fois: de sorte que chacun d’eux, s’engageant dans le tube, est précédé et suivi par un autre filament; cette succession très rapide de petits corps allongés, filiformes, passant très vite sous l'œil, donne la sensation très nette d’un courant de liquide.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur une patte mâle en état

(4) Voir PI. V, fig. 60, 61.

de maturité et que représente l’une des figures accompagnant ce travail pour voir comment est lancée la semence (1). Bien que le canal qu'elle traverse soit fort grèle, elle est projetée relativement assez loin; et, quand les contractions des tissus de l’animal viennent s'ajouter au resserrement dû à l'élasticité propre de la capsule, il ne peut y avoir de doute sur le fait d’une véritable éjaculation lançant les produits de la sécrétion dans la cavité de la carapace.

On verra plus loin qu’à mesure que les œufs sortent de l’oviducte, ils doivent, si l’on en juge par la position de l'orifice femelle, suivre les côtés du dos de l’animal et, par conséquent, être assaillis par les jets nombreux des différentes capsules spermatiques venant déboucher sur les sommets des talons tournés également du côté du dos. Il suffit de voir la disposition des parties pour se convaincre que pas un œuf ne peut échapper à la fécondation. On peut en effet imaginer qu'au moment de la ponte, les talons des quatre paires de pattes mâles, représentant autant de pommes d’arrosoir, lancent par chacun de leurs petits pores des jets de la liqueur fécondante ; leur surface étant arrondie doit donner des directions différentes aux jets qui s’en échappent ainsi dans tous les sens.

Bien évidemment, pour des êtres aussi hermétiquement enfermés, aussi solidement fixés, la fécondation ne peut s’accomplir par le concours de deux individus, et certainement aussi, dans l’acte de la fécondation, on peut affirmer qu'un même individu doit se suffire à lui-même.

(1) Voir PI. V, fig. 57; Sp, spermatozoïde après l’éjaculation.

Dans une autre partie de ce travail, il a été question de la structure intime des pattes; ajoutons ici que la grappe des testicules est séparée du reste des tissus de l’extrémité du membre par une couche de grosses cellules jaunâtres, granuleuses, à noyau perdu dans un contenu peu transparent (1).

Aussi, quand on examine à un faible grossissement une patte enlevée sans qu'elle offre de déchirures, on voit que l’ensemble des vésicules séminales, formant le testicule, paraît être enfermé dans une poche bien distincte et occuper une cavité nettement circonscrite dans la moitié supérieure du membre.

En poussant l'analyse plus loin (2), on s'assure facilement, à l’aide d'un pouvoir grossissant suffisant, que chacune des capsules est entourée par une couche de cellules analogues à celles du reste du corps, mais que ces cellules plus serrées, moins irrégulières et non rameuses à leur surface, se louchant toutes, forment une série continue parfaitement limitée. Ainsi les testicules sont clairement constitués et formés d’un nombre considérable de glandules simples rapprochées, mais toutes distinctes les unes des autres, quoique étant réunies et entourées d'une sorte de tunique cellulaire.

Sur les animaux conservés il est facile de voir ces capsules testiculaires, et la lessive de potasse les rend très évidentes ainsi que les imbibitions.

(Lt) Voir PI. V, fig. 50 et 55. — Ts testicules, (a) couche cellulaire environnant.

2) Voir PI. V, fig. 59. — Une capsule testiculaire, traitée par le carmin et l'acide acétique ; (ex) couche cellulaire et colorée.

En résumé les testicules au nombre de quatre paires sont logés dans la base des quatre pattes moyennes et s’ouvrent par une infinité de pertuis à la surface du talon de ces organes qui ne méritent plus guère le nom d'organes locomoteurs ; car leurs fonctions, au point de vue des mouvements, sont bien limitées, tandis qu’elles se rapportent presque exclusivement à la reproduction.

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