CHAPITRE XI
Orgamsaùûn Je t Armée; sn AJmhàstrtùiem intérieure, luns et Fahs relatif à la guerre.
J jES premîm habhans de la Scile n'iroient pu D«siw«ni«ffth*. coramenc^' par être guemers. Long^temps die ^ ^ «^pom fbt composée cf étrangers qui avoient délaissé leur pays pour fuir Phumiiiadon, le désordre, la pauvreté , la crainte également de ceux qui mena*çotent leur liberté, leurs personnes, la foible propriété même qu'ils auroient pu acquérir ou conserver. Dès que les réunions augmentèrent, ii fallut des chefs; bientôt ils furent repK>ussés; cha*^ cune (fe ces réunions wulut se gouverner par sa volonté, par des magistrats du moins temporaires et élus par ell^. Mais la plupart ne purent échap^ per au pouvoir ambitionné avec plus ou^ moins d*audace, exercé avec plus ou moins d'étendue par un homme supérieur aux compagnons de son autxiricé. «
Aussi les institutions militaires sont-elles peu Des rapporit Wc fréquentes dans l'histoire de Syracuse. On n'y voit ""^^^l^ 'iJ^^ pas que l'éducation publique les prépare ou les que» »vcc u gucrr*.
l68 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
établisse. Sainte-Croix dit (i) qu'on dressoit dans cette ville un état exact de toutes les personnes qui composoient les tribus , afin de connoitre celles qui étoient en âge de porter les armes, et qu'on n'en étoit dispensé qu'à quarante ans* II cite Diodore; mais Diocfore n'établît pas une règle générale; il se borne à raconter un fait particulier de Denys l'ancien , occupé alors d'assurer sa tyrannie (2). Rien n'annonce là , comme dans les autres parties de son histoire » qu'un entraînement nature! et fa gloire qu'offire une si brillante carrière y excitât avec quelque force les habitansy au milieu de ia fécondité de leurs terres et de cette mer qui, de toutes parts, leur oflroit des moyens d une conquête' plus paisible; et plus sûre. Rien ne le prouve mieux peut-être que ce qu'éprouva un général sous les ordres duquel on devoit marcher avec une haute confiance, avec une grande espérance de gloire et de succès, Scipion. Arrivé en Sicile, il y choisit, pour le service à cheval, dans une eq>éditîon qu'il projetoit en Afrique , trois cents des feunes hommes les plus distingués |>ar leur naissance et leur fortune. Ils se présentent, au jour manjoé.
(1) Mémoires de PAcoiL t. XLVIII , pag. 1 27. (1) Liv. XIII, S 95-
avec leurs armes et leurs chevaux. Scipion invite ceux pour qui une telle expédition seroit pénible à le lui déclarer, aimant mieux, encore un aveu fait à temps que des plaintes tardives quand on seroit sur les lieux mêmes. Tous font une sem^ blable déclaration, tous remettent à Scipion leurs armes et leurs chevaux ; il les donne à trois cents des Romains qui Fa voient suivi (3).
Trop de mercenaires dans les armées de Sicile, Troupe» merce-
tC «fTT • <Tif naires. Soldats é-
de oyracuse en particulier. Une puissance durable et toujours progressive se conçoit à Rome, où tous les soldats étoient citoyens ; mais des hommes qui n'avoient pî^s une patrie à défendre étoient moins einpressés jde conquérir la victoire , et de se livrer aux travaux longs et pénibles qui la pouvoient donner.
Uhistoire de Sicile n'est cependant pas étrangère aux succès guerriers (4). La Sicile eut même à combattre plus .d'une fois des peuples à qui les triomphes n'étoient pas inconnus, et elle ne leur céda pas toujours la victoire. Mais des soldats étrangers , des soldats soudoyés , firent souvent une partie de- sa fbrcè^ Les tyrans surtout,
(5) Tite-Live, xxix, S ».
(4) On peut voir sur les principales guerres, les iiv. XI et suw, deDiodpfc, k&iiv. metsuiv. de Thucydide, et tous les auteurs qyi ont écrit l*histoire de ce pays.
lyo HISTOIRE DE LA LÉGISLATION*
et ii en a régné] plusieurs , accordèrent à de tels hommes les soins d'une défense qui , comiiiençant par eux-mêmes, s*étendoit au royaume entier, mais toujours plus dirigée encore dans I intérêt de leur pouvoir que dans celui de leur patrie (5). Les tyrans , dit Aristote(6 } , aiment la guerre, afin d'occuper leurs sujets ee de leur donner toujours le besoin d'avoir un chef.
De i'«rin«e loûs Les armées furent nombreuses. Denys ie jeune cny«u tyrwi. ^y^jj^ dit-on , oeut miHc hommes de pied, dîx mille chevaux et cinq cents galères (7). Syracuse étoit alors depuis cinquante ans sous Peinpire d'un maître. Avant même qu« Denys l'ancien eût usurpé cet empire, on l'aperçoit ayant déjà sous ses ordres, pour une expédition ordinaire et voisine, un assez grand nombre de soldats, quoique l'armée eût alors à sa tête un assez grand nombre Me généraux dont la plupart avoient eu des troupes carthaginoises à combattre (8) : mais quelques mois ^étoient à peine écoulés, qu*M en étoit le chef unique comme le chef unique de l'état* Après avoir lutté avec Carthagie, il vendt de faire avec elle un trahé qui reconnois-
(5) VoirD'iod. Xlll, SS 9^ suiv.
{6) Polit. V, c. XI , pj^. 407.
{7) Cornél. Népos , Vie Je Dion , S y . Voir DïodI. XIV, S 7.
(8) Diod. XIII , SS 91 eisuiv. ;
soit et assuroit sa puissance (9). Dès cette époque, des soldats étrangers se mêlèrent à ceux que, fburnissoit la Sîciie. Denys profita avec habileté d'une circonstance qui pouvoit alors favoriser une opinion qu'il ne devoit pas conserver , quand il sCToit irrévocablement investi de fa puissance suprême. Des citoyens avoient été bannis dans les années précédentes; il demande leur rappel; et ce rappel , il le fonde sur l'obligation où l'on croyoit être de faire venir à grands frais des troupes étrangères, n'ayant d'autre intérêt que feur solde , tandis qu'on éioignoit et refîisoit des citoyens dont te cause étoit commune avec celle . de la patrie et qui toujours avoient repoussé l'idée de s'armer contre elle, quelques offres avanta* géttses que teur fissent ses ennmris ( lo).
Cette milice étrangère devint ainsi comme la UfiUté<i«f troomiiîce ordinaire de Syratu$e* Les tyrans en étoient uV^^f* plus sûrs. Ils dévoient craindre les enfàns de ceux qu'ils opprimoient. Un des fils et des successeurs de Gélon ne s'ioivironna que de mercenaires; l'horreur qu'il inspira dès les premiers fours de son régne ne lui auroit pas permis d*avoîr des sujeu qui voulussent fidèlement le servir et le
(9) Dkxi. XUJ, SS I oSftsuh, Voir d-doMis, ps^ 1 et 1 04.
(10) Dfod.xill,S92.
défendre (11). La rébellion fut universelle. Thrasybule ne put résister. Les villes voisines et alliées fournirent des secours armés aux citoyens et non à leur tyran. Ce fut cependant k des étrangers que Syracuse dut le retour de sa liberté après le règne des deux Denys , à Dion et à Timoléon ; et ik trouvèrent dans le pays même tous les sentimens de reconnoissance pour eux et d'indignation contre ses oppresseurs qu'ils dévoient espérer d'y trou* ver (12). Malheureusement la tyrannie reparut par l'usurpation d'Agathocle , et avec elle reparurent des étrangers soudoyés; mais bientôt l'argent lui manqua ; les troupes se soulevèrent , et la fuite seule put le soustraire à l'insurrection qui le menaçoit (13). Ces mercenaires au reste, ces hommes qui venoient servir tm maître et non une patrie » on les retrouve en Sicile , comme dans les autres régions, toujours prêts à favoriser une conspiration , un tumulte , un désordre , une tyrannie, Tite- Live nous en fournira de nouvelle^ preuves dans les momens voisins de la chute politique de Syracuse et de la Sicile ( 1 4).
(11) To/V ci -dessus , pag. 22.
( 1 2) Voir ci-dessus , pag. 49 et suiv.
(13) Voir Justin, xxil , S 8, et ci-dessus, pag. 68 et suh^, l Vtr un autre exemple de l'infidélité des mercenaires sous Timoléon. £>iod. xvi, S 79.
(14) Diod. XXIV, SS 14, îo et 51.
LEiGISL. DES SICILIENS. CH. XI. I73
Cet esprit inquiet et ombrageux dont les ré- ccqu'oscpropo-
II» ^ ^ 'ri ' » ler ic législateur
publiques sont trop souvent animées s'exerça plus p.^^,., J^^^^ d'une fois envers les généraux vaincus. Un autre ««"«aux vaincus, sentiment qui ne fut pas moins cruel fit attenter quelquefois à la vie des captifs , des chefs mêmes de Tarmée enr^mie. Après la victoire remportée sur Nicias, les deux généraux athéniens et tous les soldats alliés furent mis à mort (i j). On entendit Dioclès lui-même, le législateur Dioclès, demander qu'on battît de verges d'abord et qu'on privât ensuite de la vie les chefs infortunés de ces soldats ennemis qu'avoit trahis la victoire Ce n'est point ainsi que s'étoit conduit Gélon : toujours il respecta la vie des captifs. De ceux qu'il fit sur les Carthaginois, les uns furent vendus, d'autres donnés à des Syracusains, d'autres restèrent au gouvernement pour s'y livrer à des travaux imposés, à des temples, à des canaux, à des égouts, à des édifices, à tous les besoins publics (17). Diodore prétend (18) qu'il y eut des citoyens Nombre des cap-
... ,f- f tifs. Travaux qu'on
quieurent jusqu à Cinq centsxaptïTs pour esclaves, xcnr impose. De
leur rachat. Des richesses conquises.
(15) Plut. Nicîas» SS 50 et 51. Diod. xill, SS 3} et 35.
(16) Dîod. xiil, S 19. Annibal fait égorger trois mille Siciliens pour venger la mort de son aïeul et dans le même lieu. Diod. XIII, S 62. Voir, sur Dioclès , ci -dessus , pag. 28, 57, 1 22.
(17) Quatrième Verrinë, $ i . Diod. XI, S 25.
(18) Diod. /m
li parle encore» dans un autre livre, (Tune étonnante multitude de prisonniers Biite par Timoléon dans un combat avec les Carthaginois (19). Ces prisonniers furent au nombre de dix à onze mille, et on porta dans la tente du général mille cuirasses et plus de dix mille boucliers; on en appendit une partie dans les temples des dieux. Les vases d'or et d'argent et les autres richesses trouvées sous les tentes carthaginoises , Timoléon les fit distribuer à ses soldats comme récompense de leur valeur (20). Dans quelques circonstances aussi , l'on essaya de distribuer entre les guerriers victorieux le territoire conquis; mais on vit naître de ce partage même des discussions qui provoquèrent des troubles civils, quelquefois même des combats.
Denys permettoit aux captifs le rachat de leur liberté; il ne Êûsoit vendre que ceux qui n'a voient pas l'argent nécessaire pour l'obtenir (21). Après la victoire remportée contre les Athéniens que commandoit Nicias , plusieurs de ceux qui avoient servi dans son armée furent soustraits à la captivité par la protection d'Euripide ; l'amour qu'ils avoient toujours montré pour la poésie fut le
(19) Diod. XVI, S Bo.
(10) Diod. ibid. Voir le S 82 du livre XID.
(21) Diod. XIV, S III.
motif de U demande et devînt la cause de fafinnd^sseinent (22).
Les victoires étoient également s^^nalées, et par des récompenses à ceux qui y avoient contribué, et par des hommages publics à ceux qui avoient péri cfans le combat (23), et par des oélémoniesqui les consacroient. Hennocrate même, quoique banni de Syracuse, recueille lesossemens de ceux de ses concitoyens qui avoient p&i, et, après les aTOff mis sur des chars préparés pour cet obiet, et ornés comme en une pompe funèbre, 9 les ramène dans leur patrie 12.^). Des OHUonnes sont acondées par les Syncusains vainqueurs à six cents des plus braves , et une «fiscrSHiticn générale d'aigent se fiût à toutes les iioiq>es Dion mémereçut une couronne d'or d'un de ses soldats (26). Thucydide, Hntarque, Diodore, nous font cooncMire l'élévation de plutrophées après des vict<Mres (27}. On en
.22) Fimi^Niaat, $ 5x.
(x;) Plot. Difm,SS^Sct6';.Diod,xm,SS «7' '9«75-
Dîod. xiu , s 75- Le ^oîr S B ; , rdamcmait a L& gucrrc fx5) DiiKLxi,S76. r«rlc$8échilnTCïni.
Plat. Dim, $ 4^. Dms les tnoniphcs, 4e f jiiM|utui avait ics cfacvans de son char oooroiUKS 6e hmntn; les I Mil III , les cbrreux coupes. Fazeflns, pog. lo-,
17) TIiiic7a.\lI,SS 24, 4". 54- Plot. TÂr iiir Dmr , $ 5-; Fi^ âle NkUs, S 50. DkkL m , S$ 17 et 19.
éleva un après celle qu'on venoît (Tohtenir contre Denys le jeune, c*est-à-dirè, en faveur de la Décret sur les liberté iiationaie (28). Les succès guerriers de
chcff qu*«uroni dé- ^ i /•
«ormais Icf armées Timoléon firent ordonner par un décret que , dans de syncukc. |^ ^^j^^ ^ armées de Syracuse aurorent toujours un Corinthien pour chf f quand elle' seroit en guerre avec des peuples qui ne seroient pas de la même nation qu'elle (29 ). Rien , au reste, n'étoit plus conforme aux sentimens qui unirent toujours les métropoles ou villes mères aux villes qui leur dévoient l'existence. Thucydide et Diodore en ont conservé plusieurs exemples, et c'est par ce lien même, par l'origine et la fondation de la colonie, qu'ils en établissent et en expliquent l'usage ( }o). Compte rendu »u Les généraux rendoient compte au sénat, re- «u«! cevoient ses ordres , étoient destitués ou punis par
lui* Dans la fameuse guerre contre les Athéniens, Hermocrate, chef de l'armée qui les combattoit , va lui soumettre, pour le succès même du pays, une proposition que le sénat approuve et que cependant il n'adopte pas, retenu par la célébration d'une fête à Syracuse, célébration qui ne permettoit pas d'espérer qu'on l'abandonnât
(18) FMut. Dion . SS )7 «
(19) Plut. Timol, S 50.
(30) Thucyd. i, S 56; v, S yi. Diod. xii, S J9; XX, S 103. On peut voir aussi Diodore , xix , S 5.
pour prendre les armes et marcher contre Vennemi (31).
Des sacrifices étoient offerts aux dieux avant s»erificaqui préde combattre (32). Dès les premiers temps de nZ^^^urcT^i^ leur existence, les Siciliens avoient consacré des hommages et des fêtes aux succès de la force et du courte (53). Ces témoignages publics furent surtout donnés quand c'étoit une victoire remportée par les amis de la liberté contre les oppressions de la tyrannie (34)*
Des contributions ordinaires auroient été insuf^ lisantes quand la guerre éclatoit; une contribution extraordinaire devenoit indispensable. On • n'avoit pas besoin dé la prononcer sous les tyrans; on n'en auroit même pas eu le droit; ils prenoient quand ils vouloient et ce qu*ils vouloient. Sous le gouvernement de plusieurs ou sous une démocratie régulière, im de ses premiers magistrats, un sénat peut-être, en devenoient les examinateurs, les juges. Gélon, ayant une guerre à soutenir, mit un impôt qui excita des mouvemens séditieux; il les apaisa par la promesse que la somme demandée seroit rendue
(31) Thucyd. vn. $73-
(32) Po!yen, l, S ij,
(33) Diod. IV, S 24.
(34) P^o/r ci-après , pag. 175 et 176.