‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 17 sur 53 · XII, V · texte numérisé non relu

XII, V

LtÇlSt. DES SICILIENS. CH. Xll. 1S3

Sicile. Éryx lui-même fut choisi pour roi par des Siciliens; ii bâtit une ville à laquelle il donna son noHi, et au milieu de la citadelle un temple à sa mère , temple qu'il enrichit de magnifiques présens (10).

Minerve avoit y comme Vénus, ses adoirateurs et ses hommages ( 1 1 ). Le monument élevé ppur elle à Syracuse étoit un des plus magnifiques parmi les édifices consacrés aux dieux. Il fut un de ceux que dépouilla Verrès; et si Ton en croit Cîcéron, c'est dans la maison d'une courtisane que le préteur de Sicile fit transporter tant d'ornemens consacrés à la chaste Minerve. Cicéron a^ute que ce temple contenoît aussi vingt-^ept tableaux d'une grande beauté, pannî lesquels étoient les portraits des souverains qu'avoit eus la Sicile; tous encove furent enlevés, par Vefrès. Les tyrans avoient du moins décoré les temples des dieux; Verrès enlevoit leurs images et dépouilloit leurs temples (ta).

Quelles que soient les richesses dont resplen- Richesaec de cet dissoient ordinairement les édifices sacrés , aucun l^^^iJ^^*"**"' ne l'emporta sur celui qu'Agrigente avoit dédié k

(10) Diodore et Éiien, Uid. Ath^« xv» S 19. Horace» 1, ode |U, V. ^o.

(11) Diod. V,S î.

(12) Quëfritm Visrrine, SS J5 ei 5^.

l84 ^ HISTOIRE DE LA LEGISLATION.

Jupiter Olympien (i Ce netoit pas le seul qu'on eût érigé dans cette ville ; elle en avoit uiv pour Esculape, remarquable par les monumens qu'il renfèrmoit et qui le devint plus encore par une statue d'Apollon, rappelant tout à-Ia-fbis une victoire contre Carthage et une alliance avec Rome (i4).

Un temple devenu Tobjet d'une vénération particulière étoit celui de Naxos y une des premières villes (ondées par les Chalcidiens d'Eubée, sur les rivages sidiiens ( i j )« On l'avoit construite en l'honneur d'Apollon , d'Apollon archegète [guiJr, coni/ucUur]; c'est là que les Théores, partant de Sicile y alioient offiîr leurs prières et leurs sacrifices ( i (5 ). La ville fut détruite par Denys l'ancien, mais le temple subsista, et reçut toujours, dans les mêmes circonstances, les^méraes invocations et les mêmes hommages (17). Agrigente eut aussi un temple dans lequel on honoroit le fleuve qui

(13) Diodore , xiu , S Sa » en donne ia description. Voir Poiybe, IX, S ai; et sur un autre temple de ce dieu, voir U note Faux Éciaircissemens.

(14) Quatrième Verrine » S 43-

(15) Huitième sfcclc avant J.-C. Voir ci-dessus, pag. ij6» et la note 9 de ia ra«me page.

(16) Tliucyd, VI, S 3. Voir Strab. vi, pag. 167; Appieo, sur ce mot , iiv. vi , et Cluvier , Sicile amc, pag. 93.

(17) Diod. XIV, SS 14 «t 1;. Fazeiius, pag. 157 cl 258.

la traversoit et qui lui avoir donné son nom ( 1 8).

Jamais les temples de Sicile, et ceux de Syracuse en particulier, n'avoient reçu plus de témoignages d'une généreuse piété, qu'avant la préture de Verrès. D'après un usage qui remontoir à la fondation de cette vilie et se lioit à ses traditions religieuses, chacun des habitans devoit apporter, chaque année, à Proserpine, près d'une fontaine indiquée, son offrande privée, et immédiatement après , on immoloit ensemble et au nom de tous des tam-eaux égorgés sur cette fontaine même : on fàisoit d'Hercule l'instituteur de ce sacrifice (19).

L'action religieuse étoit quelquefois l'accom- sumct, jeux,»»plissemenc d'une volonté publique. Vainqueurs et "IràL* dil'^pt libres , les Syracusains convoquent une assemblée générale qui décrète d'élever à Jupiter, à Jupiter libérateur, ime statue colossale, et de lui offrir, tous les ans, un sacrifice de reconnoissance; des jeux dévoient être célébrés le même jour, et on devoit encore immoler quatre cent cinquante taureaux et les faire servir ensuite dan$ un repas à tout le peuple (^o) . Quand Dion , entré à Syracuse ,

(18) Élien, II, c. xxxiii. Além. de l'Acad. t. XII, Hist. p. 48. Sur la plupart des temples de Sicile , voir la note F aux Éclairdssemens.

(19) Diod. V, S 4. Voir sur un culte qu il reçut lui-même, Diod. IV, S 24. •

(20) Diod. XI , i 72.

l86 HISTOIRE DE LA LiClSLATlON.

y eut fan proclama rabolhfon de la tyrannie et le retour de la liberté , des sacrifices furent volontairement offerts par les habitans dans les rues qu'il traversa, et dêi prières et oraisons lui furent adressées de toute part , ni plus nî moins que si ceât été un dieu« dit Plutarque (ai). Denys le jeune en offrit un publiquement, pour célébrer Parri vée de Pf atôn , quand ce philosophe vînt k Syra» cuse (a 2). L'historien rapporte à ce su^tque, peu de fours après, on fh le sacrifice accoutumé pour demander aux dieux de conserver au prince son pouvoir et sa vie; il afoute néanmoins que Denys , s'adressant au hérault, organe de cette prière, lui dit : Ne cesseras- tu point de me maudire! Des féies , des Une vîctoire remportée , la liberté reconquise , ^""«r'^obîlt" fondation d'une cité , furent souvent Tobjet des leur caractère. gacrifices et des fêtes en Sicile. Les Syracusains c^ébroient , chfeque année, cette fondation de leur patrie, qu'ils attribuoient à un des Héradides, Archias , venu de Corinthe (23). Ils soiennisoient, chaque année, les grands succès obtenus k' la

(21) VU de DioM, S 11 «roh offert aussi ub Morificc en partant pour la guerre. Jèt'iL S 29.

(23) Vêir ci-dessus, pag. ); Thucyd. Vl, $ ); Sirab. VI, pag. 269; Fazellus, pag. 189 et tmiy., et ci-aprts, ta note A aux Éciaircisscmens.

léeiSL. DUS SICILIENS. CH. XII. 187

guerre contre leurs ennemis, pour en perpétuer fa mémoire {i4). Les Carthaginois durent même, à une célébration seml>iable, une victoire qtfils obtinrent contre les Syracusains; profitèrent des réjouissances et des occupation^ pieuses auxquelles se livroiettt alors leurs ennemis (2 s K

La célébration tftme fête de Diane en offrit dans la suite un nouvel exemple qfui eut de bien autres conséquences swt les destinées de ia Sicile. C'est pendant qu'on ia célébroit , que les Romains entrèrent <fens Syracuse qu'ils assiégeoient. Marceffus, qui les comman<k>it, avort perdu toute es-^ pérançe de ia prendre, nf par fa force, puisque sa situâtioi) maridme et terrestre la rendoit inexpu* gnable , ni psd* la famine , puisqu'elle droit sans obstacle des vivres de Cartfiage. Quelques moyens de corruption avoiént été tentés sans succès. Un déserteur vint avertir Marcellus de la solennité qui se préparoit, solennité qui devoit durer ttois jours. Elle offrit aux Romains une de leurs plus sûres et de leurs plus éclatantes victoires (2^).

(24) Plot. Nidas , S ^ I . Ckéron parle aussi , quatrième Verrine, SS 39 et 40 , de fêtes célébrées aDDaettetnent à Tyxkàuc en rhomiear de Mercure.

(25) Polyen.i,S27-

TIte-Live, XXV, $$ <f smtv. Plut. Vie Je MaraUus,

l88 HISTOIRE DE LA LEGISLATION.

Afouterai-îe que ce succès devint plus tard Toccasien d'une féte consacrée au vainqueur* lui-roéme. Une loi ordonna que désormais, toutes les fois que Marcellus ou ses descendansviendrotent à Syracuse» les habitans, le firont couronné, sacrifieroient aux dieux (27 ). Un sentiment plus honteux fit célébrer ensuite une fête en Thonneur de Verrès : lui-même l'avoit ordonné; Iiû-méme fit assigner les fonds nécessaires, pendant longues années, pour sa célébration (28).

Nous avons dit que la liberté eut ses solennités comme la victoire, et nous en avons cité pour exemple ce qu'on fit à Syracuse après que Thrasybule eut été raiversé-du trône (29). Nous sommes obligé cependant de remarquer qu'une fois, un tyran aussi, Phalaris, profita d'une célébration semblable pour établir sa domination : ce fut pendant les thesmophories qu'il s'empara du suprême |K>uvoir (30).

Une féte bien ancienne , et que nous ne saurions oublier, à cause de son origine et plus encore par

(17) Plut. l'U de Marcellus,

(18) Voir la seconde l 'erritu, $21.

(29) f^WrDîoci. XI , $.68, et ci-dessos, ptg. 21 et a|.

(50) V oir d-dcssus, pag. 75. Voir dc$ exemples semblables dans The-Uvc . xxi v, $$11,22,23, ' encore Weseling sur Diodore, XI, $ 72.

son caractère et son objet, est celle des Agyréens. On la supposoit établie par Hercule ; on la célébroit tous les ans , avec une égale solennité , f>ar des jeux gymniques et des courses de chevaux; les maîtres et les esclaves y étoient pareillement admis ; ils participoient aux mêmes jeux , aux mêmes cérémonies, aux mêmes festins, aux mêmes sacrifices (31).

Des dieux pénates vinrent sanctifier l'enceinte domestique ; et dans Iji 'cité , la concorde eut des autels (32).

De saintes prières et une austère piété ne mar- d«« tcmpin

, - ¥ • / II» Vénui. Femmes

quoient pas toujours les solenmtes publiques; con«tcréw i ton Vénus avoit les siennes, qui ne furent pas ordinaire- «i^ ^c» offrandes

* * . quelle recevoii.

ment celles de la vertu. Son temple tfEryx avoit reçu dès son origine les plus riches présens (33)» Il étoit rempli d'esclaves sacrées , c'est-à-dire de femmes consacrées à la dfêesse , tant par les Siciliens eux-mêmes , que par beaucoup d'étrangers. L'ar^ gent provenu de leur commerce étoit destiné à l'entretien du temple, enrichi d'ailleurs par un grand nombre d'offrandes (34)- Le culte de cette

{31) Dio<Liv,s 24.

(31) Tîte-Livc, xxiv, SS et Cicéron, quatrième Verrîne, S 2.

(33) Dfod. IV, SS 78 «83.

(34) Diod. IV, S 83. Strab. vi, pag. 272. Voir la note de

IÇO HISTOIRE DE LA LiOlSLATlON.

dîvîotté fut entretenu par les Carthaginois devenus raaitres de cette partie de la Sicik. Les Romams accrurent encore les hominages qu*on lui* rendoit; tous ce«x qu'Us y envoycient » magistrats ou guer^ ners. offrirent en y anivant de ntagnîfic|iies sactv* fices dans le temple de Vénus { } 5 ).

DycaitedeDUoe Une distributîon générale de vins se fiûsoh pen* Z «I^r*^ ftte de Diane* Les pasteurs y venoient , la

tète ornée de guôrlandcs , ccxidinsant des animaux couronnés de fleurs, consacrés k ia déesêe ()6). Quand Verrès enlèva du temple d'Egeste la statue de Diane , les femmes accompagnèram cette staMe fttsqu'aux limites du terrîtoite, et, pencbm toute la marche, dles ne cessèrent de répandre sur elle des essences > de brûler autour de Tencens et des parfums , et de la cov^rk de fleurs et de couroones ()7).

oflnndeseneoie, Les auteurs aiidens parient souvent de la richesse des temples de Sidle. La confiance insprroit des offrandes ; et la fortunç des habitans permectoft de les ftire avec magnificence (38). Elles n'étoient

DutbdI. Pftusan. Vlll , $ 24. Cicéron contreCadUus, $ 17. Voir d*autm (êtes sidliennes en Thonneur de Vénus , dans Élicn , l , c. XV, des H bu dh, et Hiu. ées anim. liv. IV , c. Il ; Ih. x , v. (}5) Dlod.lv,5 8}.

Tîte-Livc.xxv S a$. Omiso.pug. j4

(37) Quatrième Verrine, $ j j.

(38) Sur les richesses du temple de Géli, voir Diod. xill.

quelquefois que les dépouilles des vaincus. Tîmoléon les distribue à ses soldats ( 39 On les appendoit plus ordinairement dans la demeure des dreux k qui on croyoit devoir la victoire (4o '. Le prix de ces dépotriHes servit aussi queiquefpîs à la construction d un temple (4 1 )•

Je trouve peu d'exemples de promesses hkH ou de voeux formés. Quand Agathocie, cependant , arrivant en Afriqtie , fit brûler tous les vaisseaux ^ qui l'y avoknt conduit , il chercha à fustifier cette action en disant qu'eHe étoit f exécution d'un vœu ûât (Tavance à Césès et à Proserpine (4^

On envoya même des offrandes à des temples étrangers (43 )- Celui de Delphes reçut , outre les présens de plusieurs rois de Syracuse , les dépouilles ennetnies après un succès guerrier (44)* Gélon et

S I oS y et Pausafi. VI , S 1 9 ; ^ sur celui de Jupiter k Syracuse , Dîod. Excerp, vers la fin.

(39) Dîod. XVI, S 81.

(40) Diod. XVI , SS Bo et 8 1 . Le boudfer de Nkias fut ainsi déposé dans un temple. Plut. Vie de Nkias, S

(4j) Diod. XI, S 16, Denys le jeune ih présent au prytanée de Tarente d*un candélabre sur lequel on pouvoit allumer autant de lampes qu'il y avoit de jours dans Tannée. Athénée, XV, S 19-

(4a) Diod. XX, S ^.

(43) Pour celui d'Hercule à Tyr, voir Diodore, xx , S 14.

(44) Diod. XI, SS *5 et 16; xji, S 29; xvi, S 20, Athén. VI, S 4.

Hiéron II contriliuèrent à Tenrichir : Gélon lui fit hommage d'un trépied et d'une victoire dfor, lorsque Xerxès marchoit contre la drèoe ; Hiéron voulant y offrir le trépied et la victoire en or natif, et ne sachant pendant long-temps où il en trouveroit, fit passer des gens dans la Grèce pour en chercher (45)* De riches présens furent offerts |>ar Denys l'ancien au temple d'OIympie (46 ).

hnplrirs de De- Aucun prince cependant ne fut moins religieux : ^ ri ne se contentort pas de trahir les devoirs que

ie odte impose et dont l'observation est dans l'intérêt même de ceux qui gouvernent. Plus d'une fois ii piila ces temples qu'il devoit fiûre respecter. Toujours il affecta envers les dieux autant d'impiété qu'il montroit de dureté pour ses sujets et de mépris pour les principes les plus ordinaires de la justice. Denys retoumoit à Syracuse après avoir pillé le temple de Proserpine h Locres; les vents lui étoient fevorables : Voyez-vous , disoitil à ceux qui l'entouroient , comme les immortek sont propices à la navigation des sacrilèges (47) !

(45) Athén. VI , s 4. On dit que Phaiaris fit présent de son uurcau au temple de Delphes ; d*autres disent que le uureau fut nojé par les Agrigendns. Lucain , t. Il , pag. i By, aux notes.

(46) Diod. XVI, S 54. M/m. Je l'Aciui. t XIl, pag. 196.

(47) Cicéron , Nat. des dieux, m, S 34. Élfen, I , c. XX. Ce prince si impie offrit cependant des sacrifices quand il eut été vainqueur comme poète. Diod. xi v, pag. 1 09 ; xv, S 74.

Débarqué au Péloponèse, il entre dans le temple de Jupiter Olympien , lui ôte et prend un manteau d'or massif, trop pesant , dit-il , pour Tété , trop froid en hiver, et y en substitue un de laine , qui sera bon, ajoute-t-il , pour toutes les saisons (4^)* Beaucoup de traits semblables sont rapportés par Cicéron. I^s dépouilles des autels violés , Denys les £dsoit porter au marché et vendre à Pencan; puis, en ayant touché l'argent, il ordonnoit aux habitans de restituer dans un délai prescrit tout ce qu'on avoit tiré de ces temples mêmes (49). De pareils sentimens n'étoient pas dans les mœurs des peuples de Sicile ; la superstition y eut bien plutôt ses injustices et ses craintes. On voit cependant des hommes bannis de ieur patrie, pour avoir outragé les dieux, trouver dans cette tie un refuge assuré. Accusé d'un crime semblable , Xénophane , chassé de Colophon , est reçu à Zande , et à Catane ensuite (50).

Tant de divinités , tant de lieux consacrés à leur rendre hommage, tant de sacrifices , tant de fêtes, avoient exigé beaucoup de mmistres et des ministres différens d'après ia nature ou l'objet des cérémonies et des temples; on en vit même d'héréditaires:

(48) Cicéron , Nat, des dieux , III » S 34<

(49) Cicéron , ibid,

(50) Diog.Laërce, AViu^Àffftf, SS 1 et 4.

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