‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 18 sur 53 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

194 HISTOWE Dfi LA LÉGISLATION.

ainsi à Géla dont Géion avoit été un des fondateurs , ses descendans devinrent et restèrent hérè* ditairemœt les hiérophantes de Cérès et de Proserpine ({ i). U n'en étoit pas ainsi pour les sacerdoces ordinaires ; on ne les confèroit guère que pour une année : Cicéron hit cette observation en parlant du pondficat de Jupiter à Syracuse (5 a]. C'est le sort qui élisoit, non d'une manière absolue , mais ii décidoit entre les candidats présentés, au nombre de trois oïdinairement.

Verrès avoit un protégé qu'il étoh parvenu k faire désigner; craignant la décision défeiitive dm sort, il défend d'y recourir; les Syracusains hivoquent laloi; eUe disoit : ce On ^ttera dans fume autant de boules qu'il y aura eu de personnes ayant obtenu des suffrages; celui dont le nom sortira sera pourvu du sacerdoce. » Verrès y frit |eter trois billets sur iesqueb étoit écrit le même nom , le nom de celui dont ii vouloit fme le pontife de Jupiter (53).

L'orateur à qui nous devons tam de lumièves sur les institutions et les lois de Sîdfe nous apprend encore qu'elle avoit des prêtres qu'il ap-

(51) Hérod, vu» S 153. 11 X dit dans ifték circonstaDoe et par quelle cause ces prêtra hxtai étaUb.

(si) CicéroD» seconde VerriMe, $ 51.

(5)) Cicéron, ihU.

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pelle publics (î4). Ces prêtres n*q>partenoieiit spédafement au culte d'aucun cfieu, ils étoient les ministres sacrés , choisis et désignés par les magistrats pour remplir y au nom de tous les citoyens, les pieux devoirs que la confiance et la reccmnoissance publique pouToient leur imposer.

Une magistrature sacendotale avoit été établie par Timoléon, la première de toutes à Syracuse ( j j )•

La religion avoit ses préo-esses comme ses prêtres ; eHes ne se bornèrent même pas toujours à l'exerdce de leurs fonctions ordinaires, elles s'élevoient quelquefois jusqu'à la prophétie, jusqu'à l'inteiprétation des pensées ou de la volonté de la déesse dont elles étoient les ministres. Ainsi quand Timoléon vint de Corinthe à Syracuse , les prêtresses de Cérès et de Proserpine déclarèrent qu'il y seroit sous leur protection, et Timoléon reconnoissant leur consacra le meilleur de ses vaisseaux auquel il donna même le nom de ces divinités (56).

Des femmes seules pouvoient être, à Catatie » les ministres du culte de Cérès. Le sacmioce en

(54) Chkpdhnt Verrùu, S ^*

(55) Dioi XVI, $ 70. Plut. Quest. grtcques, 1. 1, pag. 197; seconde Variae, S 5 1. d-dessos, pag. 58.

(S^ Diod. XVI, $ 66. Vinr ce que dhCicéron de la dW- Bttkm tirée desscmges eo ScHe, $ %o du premier Ihrre deioa tnité smrU Dmmatiom»

étoit interdit aux hommes par une loi; on ne leur permettoit pas même cTy concourir il l'exercice des devoirs sacrés ($7)

D'un autre côté, on voit dans d'autres lieux des esclaves se prétendre les coniîdens de la divinité ; ce n'étoit pas ici un sacerdoce, mais des prophètes, des oracles qu'ils s'appiiquoient à eux-mêmes et ne récitoient pas sans quelque solennité. Un d'eux n'hésita pas à déclarer qu'un orade lui avoit annoncé qu'il seroit roi un four (58).

L'envahissement d'un territoire et la fondation d'une ville eurent quelquefois pour prétexte ou pour justification la volonté d'im oracle (59). sermwi , droit Serment étoit invoqué ; la sœur et la femme •ioni. de Dion craignant que Callippe ne conspirât

contre lui, le conduisirent au temple de Proserpine et le forcèrent d'y furer qu'il n'attenteroit pas à la vie de Dion. Craignant que son entreprise ne fùit découverte, et par-là sans succès, Callippe, loin d'y renoncer, après l'avon* toutefois aussi solennellement promis, en avança au contraire Pexécution (60) • Le parfure devint pour lui comme un moyen nécessaire d'un tel attentat. Sa mort

(57) Qtuttrihni Verrim^^ 4f.

(58) K Diod.£wvfpr.t.Il»p. 5a8,et d-dess. p. ija/iJMi'. Hérod.iii.îi 4j.

(60) Plut Dion , SS 68 et suiv.

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fui fit bientôt eiqpier son crime. Le serment qu'on avoit exigé de lui étoit le plus solennel de tous » ce qu'on appeloit le grand serment; il devoit être prêté dans le temple de Proserpine» Celui à qui on le deitiandoit , après avoir hit quelques sacrifices» méttoit sur lui la mante de pourpre de la déesse, tenant en ses mains une torche ardente » et prononçoit ainsi les paroles du serment en se vouant à toutes les exécrations que pouvoit attirer le parfure {61).

Le temple des dieux Palices étoit plus particulièrement attesté dans les débats ordinaires. Nous avons déjà dit {62) quel usage on en ftisoit dans les tribunaux , et quels dévoient être le respect et la crainte qu'ils inspiroient.

Diodore ^omme principalement ce temple {6 )) comme un refuge. Le maître dont on avoit fui la violence et la cruauté n'avoit pas le droit d'en tirer l'esclave qui s'y étoit réfugié; d'équitables arbitres dévoient alors être appelés; ils fkisoient promettre pour l'avenir un traitement moins sévère , et le faisoient promettre par serment. Il n'y avoit pas un seul exemple 9 suivant l'historien » qu'un tel serment eût été violé.

{6t) Plitttr(|ue, Uid. $ 70.

^ (62) Ci'dcisus, chap. ix» pag. iif.

LW.xi, 5S9-

Le droit cTasHe fut souvent hnpioré contre b crainte ou la menace de la mort. Un sentiment bien contraire y amène les femmes de Géia menacée par lesCartiiaginois. Leurs maris vouloient, à cause du danger même , les ikire passer à Syracuse ; elles allèrent toutes embrasser les autels dans la place publique; mises ainsi sous la protection des dieux, elles obtinrent enfin de rester et se défendirent avec un grand courage (64)-

La violation des asiles ne fut cependant pas sans exemple. Les Rhégiens, vaincus par les soldats d'Himère, furent tous massacrés au pied de leurs autels et devant leurs dieux don^estiques (65).

Diodore et Justin (66) parlent d'un serment feit à Âmilcar par Agathocle. Cest dans un temple et en touchant des cierges allumés qu'Âgathode le prête.

Un autre Syracusain, qui portoit le même nom , s'étant réservé les plus belles pierres d'un temple qq'il devoit construire, un coup de tonnerre le fit périr dans sa maison embrasée ; la malédiction fut

(64) Diod. XIII, s 108. Voir ce quH avoft dfc S 57 Ai même livre.

(65) Justin, IV, S ). £n voir un aut»e cjwnplt dans Hérodote, III, S 46.

(66) Diod. XIX , S 5. Justin , XXU , S a.

I jetée &ur cette maison , et l'entrée en fut à jamais interdite (67) •

La supecstîtion ne permettoit pas de toucher aux poissons de la fontaine Âréthuse, consacrée à Diane ; elfe supposoit que la déesse puniroit ceux qui Pauroient osé, par des calamités extraordinaires (68).

La superstition avoit ses oracles-comme la piété. Denys l'ancien lui-même se montra plus d'une fois el&ayé d'une prédiction qui fui annonçoit qu'H mourrait dès qu'il auroit vaincu des adversaires sufiérieurs à lui (69). Une éclipse aHa même quelquefois jusqu'à troubler le courage d'une armée (70). Un coup de tonnerre épôuvanta Te peuple au moment où il alloit renouveler ses magistrats (71). Dion , pour proclamer le retour des Syracuslûns à la liberté, étoit monté au-dessus d'une horloge solaire ; on exprima la craiftte d'un changeinem prochsûn de fortune, lé soleil n'étant famais fixe et tournant toujours (7^). Agathocfe,

{67) Diod. Excerpt. t. II , pag. 549.

(68) Diod. V, S 3. Voir Eiien, Hist. dis anim. Vlll, c. IV. V\vx, Adresse des animaux, pag. 976 du t. IF; Porphyre , ^^j//». m ,S S,ei\ts premiers vers de la //' Néïkienne de Pindare.

(69) Diod. XV, S 74.

(7^) PItit. Viê de Pkm , SS 29 et 30.

(71) Plut. S 49.

(72) Plut. ièid. S 38.

3'apeicevant de l'eiSroi de ses soldats, fut lâcher %wr son armée des oiseaux consacrés à Minerve (73). Impiété. Mcri- Des lois frappoientle blasphémateur, Pimpiété» le sacrilège. Les tyrans en firent quelquefois ce qu'ils font si souvent des lois ordinaires. Denys i'anden est celui de tous qui les viola avec le plus d'impudeur et d'audace. Quand il dépouillott, par exemple, les statues des dieux de leurs omemens et les temples de leurs richesses, il se voyoit obligé d'exécuter de ses propres mains la spoliation criminelle qu'il osoit entreprendre; les ouvriers qu'il en avoit chaînés d'abord s'arrétoient souvent de crainte et de honte durant une telle action. La religion se trouvoit alors plus puissante que ia tyrannie (74)»

Les despotes sont souvent superstitieux. Denys brava égal^mei^t les dieux et les hommes: £t c'est pourtant ce prince, spoliateur des temples, qui écrivpit 9t\ix Athéniens quand Iphicrate , qui cornmanc^it leur flotte , se fut rendu maître d'un vaisseau portant à Delphes une offrande de ce tyran:

(73) Diod. XX, s 1 1. ^0i>cc <iue dit Pline, vui» S 4» , d*iui présage <ur ia souveraineté future de Oeays i*anclcn.

(74) Voir Éiien, l » c. xx ; Cicéroo , Nat. da éUnut, Ul , S 54 » Lacuuice, Institut, diy, il » c. iv, et ce que raconte Diodorc , £jtc. pag. 549 et 558, sur ia peine que reçurent des proCuiateurs» des sacriiéges.

ce Sacrilèges, qui dérobez pour vous-mêmes des prè> sens destinés aux dieux (75). » Quelques années avant le règne de Denys Tanden, une accusation d'athéisme contre Diagoras avoit hit rendre au peuple d'Athènes un décret qui le vouoit à la mort; le sénat promettoit à celui qui la lui donneroit un talent d'argent (76).

Les discours de Cicéron contre Verrès sont remplis d'accusations fondées sur des spoliations de temples , de vols d'objets sacrés (77).

(7j) Diod.xvi,S S7'

(76) Diod.xiu, S 6,

(77) Voir» cntr'Autrd, les SSnet 34 de la quatrième Ymint.

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