‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 20 sur 53 · II. * l · texte numérisé non relu

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l'ancien, le maître voulut que tous les conviés dan* sassent en robe de pourpre; Platon étoit un d^entre eux ; il osa cependant s'y refuser, malgré le caractère du tyran qui l'ordonnoit. Un autre philosophe invité aussi , Aristippe , fut plus docile , et prétendit pour s'excuser que la pudeur ne couroit jamais risque de se corrompre dans les réjouissances de Bacchus (23). Bacchus étoit une divinité naturellement protectrice des festins : on les terminoit en lui rendant hommage avec cette liqueur même dont il étoit le dieu, «c Versez-moi le coup du bon génie , disoit Denys , » terminant à Trézène un repas qu'avoit précédé une spoliation de toutes les richesses consacrées à des dieux (24). Une autre fois, étant allé, à Syracuse même, voir le temple d'Esculape, où étoit devant sa statue une table <for, il lui adressa cette santé du bon génie et fit ensuite emporter la table (25). Lui-même donna pour prix à ses conviés une couronne d*or dans le festin d'une fête de Bacchus (26), genres de Les temples de Sicile furent de ceux que distinguèrent le plus leur magnificence et leurs richesses.

(ij) Diog. Laërce, Vie d* Aristippe, % 4.

(24) Élien, I, c. xx. Voir Athén. XV, $ 5, et Cissuboii sûr ce paragraphe.

(2;) Athén. XV, S 14.

(a 6) Diog. Laërce, Vit de XhêcraH, $

LÉGISI^ DES SICILIENS. CH. Xllt. 211

On pircfafine aisément un tel 6sie et des monamens semblables à la pieuse crédaGté des babîtans pour fes dieux qulk adoroient. On les paidomie fadiement encore, on les approuve même, quand ils sont reiq>iession d'une reconnobsance publique pour de grandes actions ou de giands citoyens» ou quand c'est fai piéié filiale qui élève dans Tenceinte dotnestique ia statue d'un père ou d'un ancêtre (27). La plupart des monumens qu'érigèrent les Sicî* liens n'eurent pas ce caractère. On vît quelquefois Fopulence descendre jusqu'à des animaux qui lui avoient été chers. Un cheval avoit-il gagné le prix de la course, un tombeau lui étoit assuré. Il i'étoit de mime à de petits oiseaux qui , dans des maisons particulières, avoient amusé les enfàns qu'elles possédoient (28). Timée assuroit en avoir vu plusieurs qui subsistoient encore de son temps. Un Agrigentin, vainqueur dans la course du stade, rentre dans la ville sur un char, accompagné d'un grand nombre cf autres, parmi lesquels on en voyoit trois cents attelés chacun de deux chevaux blancs, tous agrigentins (^9). On peut voir ce que Dio-

dore dit (30) de la magnificence qui se montra,

ri

(27) Voir ia quatrième Verrine, S 37- (i8) KoiVDiod. xui, S 82.

(29) Diod. ihid. Pline , vili, S 4»- (}o) Livre xili, S 84.

SOUS tous les rapports , dans un mariage célébré à Agrigente.

Un des luxes les plus communs étoit le luxe des esclaves. Damophile en avoit pius de quatre cents ; les historiens du moins fixent ce nombre (30). Lois sur les fu- Les funéraiiles aussi eurent leur magnificence.

Le souvenir de ceux qu'on avoit perdus s'éleva bien au-delà des tombeaux. Le faste accompagna la douleur, et ne fit même guère que la représenter, dans les monumens qu'elle consacra à la parenté, à l'amitié, à l'admiration, à ia reconnoissance. La dépense qu'elles occasionoient (ut cependant réduite par une loi.

En s'occupant des funérailles, la législation s'associa pius d'une fois à ce double sentiment que nous venons d'énoncer, la reconnoissance nationale et les affections domestiques. Gélon cei>endant, qui mérita les témoignages publics d'une gratitude universelle , trouva dans sa propre yolonté im obstacle à l'expression de ces sentimens. Une loi avoit interdit tout excès de dépenses pour les funéraiiles; il défendit expressément de ia violer envers luî-méme à sa mort.

(30) Diod. XXXI v, t. n , pag. 600, Fazeiius , pag. i oj, in fitu. Mém, de VAcad, t. X , pag. 60 , et t. XL VIII , pag. 1 1 j . Suidas , AU mot Ka?AtnjûeAot , t. Il , pag. 2 3 1 ; et ci-dessus, pi^. 14 • 74 , fio, 127.

En présence de tant de bienfeits , une pareille volonté ne pouvoît être long- temps respectée; dans le combat qu'elle eut à soutenir contre l'obéissance , la reconnoissance l'emporta. Un monument lui fut consacré dans un des temples de Syracuse , monument que détruisirent ensuite les Carthaginois victorieux (31.

Les tombeaux furent respectés, même à l'égard Respect des tom-

- * • T I • II* beaux.Violation dét

de ceux que poursuivoit la hame publique, .épuiwrcs. Loi rc- Dion empêche le peuple de Syracuse d'ouvrir le »" runéraii^

* ' J les de Tiraoléon.

cercueil de Denys,pour en jeter dehors le cadavre. Il ne craint pas même d'ordonner de magnifiques funérailles pour HéracKde qu'il venoit cependant de faire assassiner (32}. Celles qu'on célébra quand Syracuse perdit Timoléon offrirent les témoignages les plus universels et les plus édatans de la vénération et de l'amour. Une loi même détermina par quelles cérémonies et avec quelle pompe on exprimeroit , chaque année , au nom du peuple, les sentimens que ce grand

(ji) Diod. xi,S 38;X1V, S^3. Fazeilus, pag. 107 et 502. Caruso , pag. 98. Hist, univ, angl t. V, pag. 213. Voir ci-dessus, pag. 1 8 et 1 9.

(32) Plut. Dion» S ^7. Mais voir, S 47» ce qu'on y dit cïc Phi- Jiste. Tite-Live, XXIV, S a^, parle d'un refus de sépulture pour un roi assassiné.

2l4 HISTOIRE DE LA LEGISLATION.

homme avoit inspirés (33). Après que Marcellus eut pris Syracuse , dont le siège vit périr Archimède , le vainqueur iui^mème fit ra^Ire au suivant illustre qui venoit d'expirer les cfemiers devoirs y et voulut que sa mémoire devint pour sa Êunille entière une sauvegarde et un honorable appui (34).

De« gr«n<u hom- La Sicîle a produit beaucoup d'hommes dont mcf qui n«,uircni fhistoife littéraire a conservé les noms, comme

en Sicile ou qui

rhabitéreiii. Gloire i'histoire poiitique conserve ceux de plusieurs de rietlc.«".«.m'! princes, de ses guerriers, de ses hommes d'état. Quand' la philosophie fut venue éclairer la Grèce, la Sicile en partagea bientôt les études, la gloire et les succès. De grands hommes y naquirent ; d'autres qui n'y étoient pas nés vinrent l'habiter et s'en formèrent comme une nouvelle patrie (35 ). J'aperçois même autour du trône Platon, Xénocrate , Aristippe , Dion, &c. &c. (36). En voyant s'y réunir ou s'y succéder tant d'amis de la sagesse, on est porté à se demander : « Est-ce Socrate qui gouverne ! » et c'est im tyran !

On y remarque peu d'orateurs. Ils sont rares

(53) Voir ci dessus, pag. 6r, et Diod. xvi» S 90. Voir Tite-Live, xxiv, S 4 » pour les funéraiiies d*Hiéron. ()4) Tite-Uve, xxv, S )<• Pittcarq. Ainrctiks, S 19. (35) Voir h note G aux ÉcUirc^Kmens.

(j6) yoir ci dessus» c. lll , pag. 3 y etsuiu.

dans les pays qu'un maître absolu gouverne.

Mais, dès les premiers siècles de la Sicile, fa poésie y trouve de dignes organes, la jJupart nés dans le pays même, les autres venant y recevoir, sous un plus beau dimat, de plus nobles inspira* tions (j7).Pindare, Simonide, l'halntoient sous ie règne du successeur de Gélon. Us célébrèrent le courage et les succès de leur nouvelle patrie (38) .

Les autres arts ne s'y montrèrent pas moins avec tous les caractères de l'utiiité publique et du génie. C'est là, dit-on, qu'apparurent Dédale èt les compagnons de sa gloire (39) : la Sicile aimoit à célébrer les bienfaits qu'elle attribuoit k son savoir et à son génie (4o). Pour les sciences Archimède est un de ces hommes qu'il suffit de nommer : on n'a pas besoin de dire quels furent

(}7) Diod. iv^S 84. Tiraboschi , part, n , lettre II, 1. 1 , pag. eisuiv.R. Rochette , Théâtre des Grecs, cl, pag. 296. Le voir aussi , pag. 517, sur la sépulture et le tombeau d*Eschyic à Géfa.

(38) Voir ci-dessus , pag. 20 et 22 ; la note 32 de ia page 20 ; k seconde Pythique de Piadare , v. 6 et suiv,, et la première des

Olympiques,

(39) Voir Diod. IV, SS 76 et suiv. : Pausan. vu , S 4 ; IX , S 3. Pline , VII , S 57 ; Ovide, Métamorph. VUI , v. 24 1 et suiv. ; Goguet, t. IV, pag. 23 et suiv.

(40) Diod. IV, SS 7^ et suiv. Voir Goguet, t. IV, pag. 23, et Tiraboschi, J/orw délia Letterat. ital. 1. 1 , pag. 81 et 82, part. III;

2l6 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

ses travaux; il en est peu de plus justement célèbres (4i)-

Les Siciliens ne se bornèrent pas à honorer les beaux-arts y ils aimèrent à en conserver des monumens. Une ostentation naturelle les y invitoh, et leur opulence leur en fournissoit aisément les moyens. Les concussions et les larcins de Venrès nous font assez connoître toutes les richesses que la Sicile devoit aux arts, pour les statues, les ta- Meaux, quelques autres ouvrages du talent et du génie. La déprédation étoit plus facile; elle prenoit même quelquefois un caraolère apparent d'intérêt , de patriotisme, pour la grande ville dans laquelle Marcellus avoit donné l'exemple de faire transporter tant de chefs-d'œuvre si dignes d*en être Tomement (4i)« Scipion, vainqueur de Carthage , avoit rendu aux Siciliens tous les monumens de ce genre qu'elle leur avoit pris (4})* roicnrârtrouwr L^s arts Contribuèrent sans doute et beaucoup a.iuu lesuiadon. ^ magnificence de la plupart de ces villes. Je ne vois néanmoins dans la législation aucun acte qui leur assure les encouragemens et les récompenses auxquels ils ont tant de droits; mais les

(41) Voir \esAfém. del'ÀcaJ. t. XIV, pag. 128 ^ sutv. (41) ï^£>/r Plutarquc, Vie de Marcellus, $ it; Titc-LKc, XXV, S 40-

(43) Voir Appien , pag. 8; , et la 4«' VerriMe,SS )8 et mir.

nchesses prrrées , Fopiiiaice des choyens» leur garantissoîent tons les témoignages qui pouroîent assurer aux artistes habSes et leur fortune et leur gloire. Des monumens construits avec ms^nificence et si souvent devés ^vinrent les plus nobles omemens de leurs plus riches cités. Quelquefois même d'autres sentimens les élevèrent : une victoire remportée, un bienfait national, la reconnoissance pour de bons rois que Faniour du peiq)le avoit inspirés. Les affections domestiques s*y joi gnoient; le désir de conserver et de transmettre la mémoire des parens qu'on avoit chéris; monumens aussi qui associoient aux derniers devoirs Tendus un souvenir durable des soins et du bonheur qu'on en avoit reçus. x

H est peu nécessaire de dire que l'hospitalité ^•"^» ^p*»»étoit connue et exercée en Sicile : c'est une vertu j^ubu^uo ««««lUco plus ordinaire encore , et plus utile aux peuples ^^'J** **** commerçans. Diodore nomme (44 ) un Agrigen* tin, Gellias, qui avoit chez lui plusieurs appartemens pour des étrangers , et qui plaçoit devant sa porte plusieurs domestiques chargés d'inviter ceux qui arrivoient à venir loger chez lui ; d*autres citoyens faisoient de même (4j)» Vaière Maxime

(44) Uv. xiii, s Sj-

(45) ^^c'/Vaussi Athéncc, I, s 3.

2l8 HISTOIRE 0£ LA LEGISLATION.

ne loue pas seulement dans Gellias cette vertu hospitalière et les dons qu'il étoit toujours prêt à fiûre pour des nionumens utiles ou des iMenfiJts publics; il nous le présente comme fournissant it tous les pauvres des alimens journaliers, des dou aux filles indigentes, des secours à tous ceux que des pmes avoient frappés (4^)* Son patrimoine étoit devenu le patrimoine de tous.

Les honneurs d'une hospitalité publique furent quelquefois accordés, par un décret du sénat, i ceux dont Syracuse avoit reçu quelque service ou quelque bien&it (47)* Sous le règne de Denys le jeune , un droit d'hospitalité avoit été contracté avec ce prince par Archytas et les autres philosophes pythagoriciens, par l'entremise de Platon (48).

(46J Liv. IV, c. VIII , s 7.

{47) Voir la quatrième Vcrriue , % 6y

(48) Platon, épit. 7, pag. 338. Platar^e, VkJeDim, % %x.

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