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CHAPITRE XIV

Observations générales.

Nous avons considéré la Sicile sous les divers Dj^erens éuts

^ • • . . ^ « qui se formèrent en

rapports qu un grand peuple présente. Quelques ^j^,,. gp„vem«observations plus générales peuvent être ajoutées ''^ ^"

à ce que nous venons de dire.

La Sicile se composa d'abord d'un grand nombre d'états ( I ) , si on peut donner le nom d'état à des villes dont la plupart même n'étoient que des bourgades. Son climat , sa situation , sa fertilité , invitoient ceux qui ne l'habitoient pas encore à venir y fixer leur demeure. Les noms de la plupart <f entre eux nous ont été transmis par Thucydide (2). Beaucoup de Grecs contribuèrent ainsi à sa grande population (3), Les rapports entre ces habitans et leurs ancêtres durent établir ou consacrer plusieurs ^ pensées semblables ; cependant elles n'eurent pas

(1 ) Chap. I , pag. 2. Voir ia note A aux Éciaircisseinem. (1) Liv. yi , SS 2 ^/ suh. On distingue panni eux les Chalcidiens.

(3) Plusieurs Grecs aussi y gouvernèrent. Voir ci-dessus, pag- 4» 7' > »4; et *cs pag. 5; et suiv.

toujours ce caractère. Syracuse avoit été fondée par Corinthe; Crotone , Sybaris , par les Achéens ; la race éoiienne dominoit dans la Grande-Grèce ; la race dorienne en Sicile (4).

Les gouvememens ne pouvoient être d*abord qu'inégaux et dispersés , comme l'étoient les peuplades qui dévoient y fixer leur demeure. La manière dont quelques associations se fbrmoient ne présentoit rien qui offrît une certitude suffisante de pouvoir et de durée. Cités nombreuses y mais petites et fkiblés , à peine établirentelles quelques relations utiles , devenues même nécessaires (5). Des peuplades qui arrivent successivement, en petit nombre , finissent souvent par se réunir, en attendant qu'elles finissent par se combattre et se soumettre ensemble aux lois des vaincus. Les fédérations même n'empêchèrent pas toujours la multitude des tyrannies. Il semble toutefois que de cette alliance auroient dû résulter plus de désirs et de facilités à les combattre.

(4) Voir ci -dessus, chap. x , pig. 155. Voir aussi notre t. X, pag. 369 et 433, et Strab. vi, pag. 262 et 2^3.

(5) Voir Diod. v, S 16. Quelques assodations de diflfërentes cités se formèrent cependant, et durent ou prévenir les dangers dont les menaçoit un éut plus pubsant, ou s y soustraire. Plusieurs se réunirent ainsi pour chasser Thrasybuie du trône. Voir ci-dessus , c. H , pag. ai.

UECISL. DES SICIUEXS. CH. XIT. XII

Des maçBXTMs efas et |iiHigff »awiewat p»

à smofldbcr.soKs le désir acnf et piesqpe «mh. doBKCEatie. Des irafitcs tiop fié- «faboidanx succès qw b Sidie anrott obcenns soks b éommismon dune puissiunce pins icdoocifale par sai rèanoa mème^ tandb que leur pJoosie, les înimîtîés qm en missent « les 2&3>Gssoîent encore, qumdb force de chacun auroh dû s'accroître et s'aftimir par h force <fe tons.

La plupart eiacore finirent par se réunir sous un seul prince. Les étrangm qui abordoient sur leurs «^^^^^e m^^. rivages étoiem adnns it faire partie du royaume et à en devenir citoyens. Ceux qui venoient toutefois, ou de difi&rentes contrées de la Grèce ou de iltalie même, dévoient en modifier le gouverne^ ment par les préjugés ou les lumières qu'ils y ^portoient, par les besoins qu'ils fiùsoient accroître et qui n'en étoient que plus variés, par un travail nécessaire et déterminé , par des possessions qu'il fkiloit acquérir et dont le travail seul pouvoit être l'origine.

Mais cette réunion de tous sous l'autorité d'un seul ne pouvoit résister long «temps à des désirs d'indépendance, de liberté, de concours actif et perpétuel à ces gouvememens dont ils pourroient être eux-mêmes les magistrats , les défenseurs né-

cessaîres, les régulateurs, sans être obligés de recevoir des contrées plus ou moins voisines des commandemens journaliers et absolus. Ils se sépa^ rèrent. D'autres combinaisons , <f autres pensées , d'autres besoins, d'autres intérétt, dévoient les réunir encore, et surtout la force et la grandeur des dtés que des sucoès pditiques et des succès guerriers environneroient d'une force nouvelle et quelquefois redoutable, iiuorrcoiont. Oïi u'aperçoit , en général, dans cette partie u«rpation.depo«. ^ phistoîre de Sîdle, que des insumîctions , des

voir. ' * '

usurpations de pouvoir. Un tyran s^élève; des con^irateurs le renversent ; la tyrannie renaîtra bientôt des succès même de l'influence populaire : de la démocratie sort un maître, chef d'abord d'un des partis de la république ; il profite de la haine de ce parti envers les autres pour armer contre eux le chef qu^ils s'étoient donné. La liberté fut aussi souvent troublée par les Actions que par la tyrannie.

La démocratie , apnrès avoir chassé l'oligarchie , ^n!u^^"**^ * étoit tombée elle-même dans la démagogie, armée de ses orateurs. Celui qui la prodaroa le plus , qtd la défendit, qui voulut promettre une liberté universelle et sans bornes , fut un de ceux qui aspirèrent à cette tyrannie dont il se montrait l'ennemi.

£>e tous les gouvememens, ceux ou les conspirations d(Hvent être les plus fréquentes sont la démocratie et la tyrannie ; la tyrannie, par la haine qu'elle inspire; la démocratie, par les moyens qu'elle <k>nne , les sé<fitions qu'elle excite , les ambitions qui naissent au milieu d'eue.

A Rome, étoient en présence, r^ristocratie et la démocratie, le sénat et l'assemblée du i>euple, les conscds et les tribuns ; un tyran n'auroit ja-^ mais, pu se présenter avec quelque espérance; plusieurs siècles s'écoulèrent avant qu'un d'eux osât le tenter : la Sicile avoit des institutions moins consolidées, moins immobiles. A Rome ia dictature venoit au secours du gouvernement émbli, quand le désordre étoit redouté : en Sicile le pouvoir suprême fut aussi confié à un seul , ou plutôt, non donné , mais pris.

C'était surtout contre f oligarchie quefeignoient de s'élever lès aspirans à la souveraineté. Les sen* timens qu'elle inspiroît étoient plus odieux encore, et le chef de parti armé contre elle, chef que tous les siens fiivorisoîent , lui laîssoît * croire que ce n'étoient que leurs adversaires qu'il alloit soumettre. L'oligarchie est en effet l'ennemi que, dans tous les temps , la démocratie aima le moins et redouta le plus ; Ik sont ses ennemis naturels : fortune, naissance, considération, habitude de

pouvoir dans soi et sa famille. Les oligarques étoient en grand nombre , et il n'y avoit qu'un tyran. On sembloit même ignorer qu'ils dévoient se réunir, délibérer ensemble dans toutes les questions importantes y dans toutes les résolutions politiques : en étoit-il ainsi d'un seul maître! Nombre de ty- Aucun pays u'a produit plus de tyrans que la

nnt en Sicile. -

plusieurs d'entre Sicile (o); et c est dans la région la plus favorisée

e««. De <p.cl<p.e. |^ ^^^^ |^ jjj^^j^^ pj^^ ^

s'établir! Les Actions cependant triomphèrent quelquefois de cette usurpation de l'autorité, de cette oppression violente ; on en vit chasser le dominateur comme elles le firent pour Thrasy* bule (7) ; Denys l'ancien vit luî-méme son pouvoir ébranlé (8). On peut remarquer aussi qu'en commençant leur usurpation les tyrans sembioient quelquefois chercher à faire croire que le peuple ne leur étoit pas contraire (9) : chefs de parti avant de devenir tyrans , ils fèignoîent de reconnaître à cette partie de la nation qui les avoit secondés quelque autorité, jusqu'à ce qu'ils fussent en posses-

(6) Tyrannorum nulla terra fecundior, avoit dit Justin, IV , S a ; et Isidore, Origin, L, l'appelle nutrix tyrannamm, Cicéron même, cinquième Verrine, % $6.

(7] l^/r ci-dessus , clu^ il , pag. as.

(8) Voir ci-dessus, chap. ni , pag. 39 etsuiv.

(9) Ils demandoient des gardes au peuple , dit Platon , RépmU. vni , ptg. 566.

sion de la plénitude du pouvoir. C'est en accusant Jy aspirer qu'ils parvenoient enfin à la conserver.

Denys le jeune fiu , comme Thrasybule, obligé de quitter le trône et sa patrie ( i o). II avoit succédé à son père , et ce n'est pas le premier exemple que nous présente la Sicile d'une succession de ce genre, d'ime transmission du moins de la couronne dans sa famille , par l'effet seul de la volonté du prince mourant ( i i ).

La tyrannie y existoit dès le septième siècle avant l'èrè chrétienne. Aristote fait mention de Panetius, alors tyran de Léontium.^Icetas le devint aussi. C'est sur l'oligarchie que Panetius l'avoit usurpée (12); c'est sur elle aussi que Cléandre la conquit à Géla (13). Toujours la tyrannie inspire l'horreur et la crainte qui la suivent (i4)> et toujours les Siciliens se montrèrent incapables de jouir paisiblement d'ime liberté si désirable. Ils eurent néanmoins quelques rois dignes de l'être^

(10) Chap. 11 , pag. 22 , et chap. Ill , pag. 45 et su'iu,

(11) Voir ci-dessus, chap. II, pag. 20 et 22.

(i 2) Polit, V, c. XII , pag. 412. Pofycn , V, S 47- Plut, Vk de Timoléon , S 45» Voir ci-dessus , pag. 6 et 7. 1 *

(13) Arist. ibid. Il y cite d'autres exemples tirés d'autres cités.

(14) Sur ia puissance à laquelle , s'élevèrent , les tyrans de Sicile, voir encore Thucydide, i , S 17, et Y^vmoMmfWmif loi de Leptine , pag. 565, î ii , *>\,

Hiéron II» par exemple, qui r^na plus d'un demi-siècle ( i j ) ; et « long^-temps avant lui , G^on, qui ne régna que huit ans (16). On pourroit ciier Timoléon (i 7), qui eut fautorité d'un roi sans en aTOH- le titre (i8)« Étranger, il gouverna en ami du peiqple ; les plus médians des tynms de Syra-» cuse y étoient tous nés.

Émigratioiis|Knir L'iûstoim p9Ltle 9LUi$î plusieurs ibis des tyrans JH^îT^ * laissoient pas sans crainte les bornes et U

foiblesse de Pétat qu'ils gouvemoient , et qui pu* sèitat sous la domination d'un d'entre eux, soit que celu^ci At devenu si fort qu'on auroft tenté vunement de luj résister, soit qu'ils eussent besoin de trouver en lui défense et protection contre des dtés voisines ou contre l'attaque des factions. D'autres fois on vit la cruauté du maître menacer et frapper tellement sans pitié ses malheureux sufets , qu'ik aUèrait comme chercher un soulagement dits des tjrrans vobins dont ils espérmot du moins qite la hakie ne les atteindroit pas,

(15) Vâirfi*émsm,^.%éettBw.

( 1 6) yoir notre chftp. Il , ptg. 1 4 a ium,

(17) néMkâéàCorinihe.doDt S]rnc«seétoitiSMO0ki^ Voir d-dessas, chap. I.*', pag* 1 1 , et c. vilf , yt^ nu

(18) Vêi^ d-desnis, c. lit, pag. $\ tt suh. Thnsléon avoh tu son fttft, ^ touloft être mi à Corfathe. Vmr DIod. xvi , $<5; Moatdgne, t, cxxxvii, m, cl; et ksMn^Setyv de notre chiqphre m, ptg. y 3.

qa'elfe ne menaceroh pas leur vie (19). Des mesures oppressives tournèrent quelquefois contre Us tyrans mêmes; nous en avons vu plusieurs mourir assassinés par l'eflet d'une con^iratioii <fe leurs victimes (20] ; d'autres succomber sous le m^ris qu'ils inspiroient : le mépris est plus redoutable encore que la haine.

Quand la tyrannie ne r^noit plus, c'est la <^ jfuqm'^kmpM magoçie qui la remplaçoit , pour qudque temps m omnifs. du moins. 'EUe fut poussée en Sicile fusqu^ demander le partage des terres (21) : il est <fifiidle d'avoir une démocratie plus complète et plus absolue. La plupart des anciens tyrans sont venus des démagogues. Denys le devint en accusant de trahison Daphnée et d'autres citoyens qui possédoient aussi des richesses, artifice, (fit Aristote (22} , que Pon prenoit pour des élans de patriotisme , et qui <kmnoit un air de popularité. La liberté ezistoit-elle encore alors ! elle n'étoit plus qu'une odieuse licence. La licence eut aussi ses orateurs ; elle se montra tout entière dans Héradide après la mort de Denys. Dion ne vouloit

(19} En loîr on eBempk dnlcssoSy cfaap. L*, pog. 7.

(10) Fmt d-dcsms les pages 6,7, 8, 9, 14, 5a, 64, 68. 74.

(ai) Kwr d-dessos , cbap. n , pog. 26.

(11) FUiti^, Irr. \\ c V, pag. 593.

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