‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 23 sur 53 · II. j · texte numérisé non relu

II. j

242 HISTOIRE P£ LA LÉGISXATION.

J'ai rappelé ailleurs les mesures prises pour l'administration des subsistances (62).

II n'y avoit pas de magistrats spéciaux pour les mœurs. La surveillance dont elles pouvoient avoir besoin étoit confiée au sénat. Le faste et la mollesse , conséquences trop nécessaires de l'opulence y sont des fautes légères auprès de ce qu'ont reproché à ce peuple des écrivains de la Grèce ou de Home (63).

Tnivtux utiiei. Nous avons parlé dans les chapitres précé- XoSr*clni!t dens (64) de l'agriculmre et du commerce, des u tyrannie. progrès que les Siciliens leur firent faire, des bienfiiits qu'ils en recueillirent, des colonies qu'ils établirent quelquefois» et plus encore de celles dont ils tirèrent leur origine, qui peuplèrent et fécondèrent la Sicile dans les premiers siècles connus de son existence nationale (65), Nous avons dit également (66 ) que ces sages et utiles travaux ne les empêchèrent pas d'honorer les lettres, les arts, la philosophie, que les tyrans

(6a) Ci-dessus, chap. vill, pag. 116.

(63) ybir notre chapitre XI II, pag. 196 itsuiu.

(64) Chapitre vi , pag. 89 ; chap. vill , pag. 11 9, et chap. x » pag. et suiv. On se souvient da ençouragemens et des exemples donnés par Géton,sur le labourage en particulier. l/oir notre cbap. II , pag. r 5.

(65) Voir ci-dessus » chap, x, pag. j 51 a suhf. (Sé) Chap. XUI , pag. 104 tt suh.

LÉGISL. DES SiCl LIENS. CH. XIV. 243

méfM» ne cn^^nimit pis de laisser armer fusqul en quoiqu'ils raient biem6t repoussée {6j). Platon n'avoit pas été cfabord sans quelque succès auprès de Dniys Fanaen ; il n'obtint plus tard que sa haine et ses persécutions : b lutte ne pouroit sttbstfter long*temps entre b raison et le^uroir, k pouvoir d'un maître absolu et peu porté k cesser jaunis de Tétre^ à modérer même im despotisme à ombngetTK (68) • Dion ne fut pas plus heurea pendant que Denys le jeune régnoit; mais , Etigué de {Inutilité de ses leçons qu'on lui demandoit et qu'on méprisoit, il sollicita f appui des ames. La rictoire le seconda ; quelques |ours lui suffirent pour Tobtcnir (69). La Uberté fut procbmce; mais il b prodamoît à peine que d'autres exdtotcnt contre lui le petiple qu'A Yenoît de déli- TTer, sous le prétexte qu'il n'avoît combattu un tftm que pour le derenir.

Des craintes semblables se rcnoureloient ainsi : KH^ours 3s les inspiroient » ceux mêmes qui tie s'étoient armés que pour comb^re en âveur de

(67) yinr â-àcam, cbap. lU » pog. j8 a sutu.

(iSS) rhid. pog. 47, et dûipw Xlll , pg. loy Voir Diod. XVI. 5 f f ; PWt. Vk dt Dim , J5 et sdhr.; le y9yap dTAnackénis, t^XU xxxm , pog. 277 M fuhf. , et le» Èphret de Pbtoo , h «c^cmc surtout.

('^9) P!a». r/^i^ AV>ii,SS4> ««»'.C«eBél.Népo»./i«JLs 9-

la liberté et qui avoient donné constamment, en présence des tyrans même , de nombreux témoignages du culte qu'ils lui avoient voué ; mais les événemens trompoient si souvent les espérances! Reconquises, les institutions se trouvoient sdlimises encore à toutes les variations que dévoient prescrire le caractère de la victoire et les moyens dont se seroi t servi le vainqueur. Sous \m prince sage et modéré, elles auroient pu promettre une durée plus sûre à un gouvernement fort , mais dément et tranquille; la tyrannie en fut plus audacieuse ^ plus facile peut-être à conserver quand on étoit parvenu à la conquérir ; elle ne respecta même pas toujours les lois civiles et criminelles, ni cette administration de la justice, besoin impérieux des peuples et un des premiers devoirs de ceux qui les gouvernent.

Des Mfiait étt- £)g5 séiiats avoient été établis dans ia plupart des villes. villés, à Géla, par exemple, où ce corps eut

long- temps une grande autorité (70). Agrigente en eut un pareillement, et il subsrstoit sous ia domination romaine (71). Celui d'Hiéron, à Syracuse t

(70) Voir d-dessus, chap. I."' pag. 8 et 1 1 ; à Thermes êjos», ièùL pag. 1 1 i à Géla, Mem, de VAcai, u XLVIII, pag 135» aux notes.

(7 1 ) Voir ci-dessus , chap. v, pag. 8 1 .

L£GlSL.'OES SICILIENS. CH. XIV. H$

mérite «Tétre ché {72.). II y exista dans le temps qae Thnoléon exerçoit sm* die une sage et noble influence ; peut-être aurait-il trouvé dans ce grand citoyen une ^Erection et un appui qui en eussent rendu les lùen&its plus étendus et plus sûrs. Un des obstacles qu'il rencontra naquit sans doute de ce que Dion avbit voulu y placer un grand nombre de Grecs ; les Syracusains s'en indignèrent ; des conspirations se formèrent , et Dion succomba sous Fuiie cTelIes (75).

Je viens de nommer le sénat de Syracuse. Je suis Erreur de mo»fbrcé de m'arrêter id sur une opinion de Mon- ^li'des^!!!!^**" tesquieu , qu'il est impossible d'adopter telle qu'il la présente (7 A)' L'Iiistoire, selon lui, ne fidt presque jamais mention de ce sénat, ce Toujours dans la licence , ajoute-t-il , on Faperçoit également travaillée par sa liberté et par sa servitude; recevant toujours l'une et Pautre comme une tCTipéte, et, malgré sa puissance au dehors, toujours déterminée à une révolution par la plus petite force étrangère, Syracuse avoit dans son sein un peuple immense, qui n'eut jamais que cette crudle alternative de se donner un tyran

{72) Voir le chap. v, pag. 95 suitoat,

(73) Plut. Vie de Dion, SS « «w-

(74) Esprit des lois, lir. VUI , chap. U.

OU de l'être Im-mème. » Ce tableau n'est pas sait» quelque vérité , mais ii ne détruit pas ce qu'ont âkt plusieurs historiens de divers sénats en Sicile, et plus particulièrement dans une ca^itaie qui tax , pendant plusieurs siècles, quelque régime qu'on eût adopté ou souffert, une si grande influence politique î ils perdirent tous, 'sans doute, de leur autorité, de son exercice du mcmu, sous fa prétore de Verrès, mais on sait ce que devinrent sous un tel homme toutes les institutions , tous les pouvoirs, tous les droits (7)).

Aiuibuuon iiet £| quant au sénat de Syracuse en particulier,

»enai«. De leur» - - . m • . ■

chef*. De ia durée dout Monteaq|uieu affirme que rrastove ne parle de leurs fonction,, pg-^gq^ jaHuds , fUstoire en parle souvent au contraire ; eHe en parie toutes les fbîs qu'elle rappelle la Sicile, sous te rapport de ses lob politiques. Je ne vois pas que la tjrrannie même fait détroit quoique elle lui ait assta-ément laissé toajoon une foible autorité. Les sénats finsoîent partie dn gouvernement adopié oa introduit* Ils aivoient or- (finairement pour objet de veiller à Fordie public , à l'union des citoyens. On les voit prononcer war des discussions dvSts , sur dca qninkMM qui appartiennent à la légishtion criminelle, sur Ducétius quand il vient se réfugier au pied des

(7 j ) \ air ci-dessus , cbap. vt » pflf. 97 es 9^.

autek ( 76 )• Leur pooroir sans doute ne lut pas toujours le même; les exigences de la démocratie et les volontés arbitraires des tyrans ne le permettoient guère. Cicéron parie plus d'une fois de Texistence de ces corps ( 77) ainsi que de leurs travaux, etUte-Live aussi (78). Justm (79) parie d'un massacre or&>nné par Agathode, massacre du sénat entier; la haiiie et k crainte se réunirent pour inspirer ce crime.

Le sénat eut long-temps des chefs annuels (80), c'est le sort qaà tes cboisissoit alors; ils n'étoient qu'au nombre de deux , comme le furent les consuls à Rome, et on les dés^noit par la qualification de stratèges, et aussi par celle de préteurs, car fls étoient en même temps les chefs de l'administraticm et de Tarmée. Rien ne pouvoit faciliter davantage Fusurpation du pouvoir suprême ; famais une combinaison politique ne favorisa mieux le désir et la possibilité de la tyrannie. Les assemblées

(77) Dan^ plusieurs des Verrhitu Voir cî-<lessiis, pag. 97, 1 09 et su»., et les notes ; 3 et 3 5 de cette page.

(78) K«r, entre autres, JcKv.xxTV.SS »4«^*5» 3*» 34^^yoir aussi notre chap. VQI , pag. m et 111.

{79) Justin, xxu, $ a. Voir DM. xxix, $ 5 ; Ubbo Eimn. t. n , pag. a 3 1 , et Plut. Administ. Je la république^ U II , pag. 8a|.

(80) Sur U nomination des sénateurs eux-mêmes, vmr cidessus, c. VI, pag. 95.

du peuple étoient convoquées et présidées par eux (81). C'est un d'eux qui , excité par la imiitîtpde réunie autour du sénat, prononça le décret condamnant à mort toute la famille d'Hiéronyme qui venoit lui-même de la recevoir (82).

Je ne pense pas qu'il ait jamais été un corps judiciaire , ni même qu'on portât ordinairement à sa décision des affaires personnefles. Quelques jugemens politiques ont pu seuls en être exceptés; et encore, c'est bien plus à la haute administration de {'état que leur dëlibératicm appartenoit aIors( 8 3 ) • Et combien encore ne change pas de caractère fa législation pénale d'un peuple, quand des haines ou des craintes ont une institution pour les favoriser ou les servir, comme favoit été ie pétalisme, ou quand il existoit des carrières auxquelles un tyran pouvoit condamner et condamner seul, sans l'intervention des tribunaux , sans une autre volonté que la sienne !

Tout annonce que les sénateurs Pétoient à perpétuité. Je ne trouve pas d'exemples de destitution. Agrigente les vit périr tous à la fois, mais

(81) Tite-Lhc,xiv, SS H

(81) Tite-Lhrc, tiiao loco. Voir les pag. 94 et 95 de notre cinquième chtpitre.

(83) Le vofr, pag. 170, reiathement aux chefs de Vmmée.

ce fût par Veffet (fun crime (84)» Nous avons quelque peine à croire au motif qu'œ donne Pla^ ton (85) , que Ton vouloit être plus fibre dans toutes les actions qu'inspiroit la cEssoiution des mœurs. On peut du moins en conclure que cette noble inspection appartenoit au sénat, et cefa même nous fait connoître qudie étoità cet égard son autorité morde , indépendamment de ses autres fonctions publiques.

H seroit difficile ^affirmer que les autres ma- i>«^^*«t«t

nutgitcmares. De

gistratures avoient la même durée. Leur durée et rampMpoifotnptiw leur nombre nous sont mal connus. La plus importante de toutes, la première par le rang et sa pieuse destination (8^), ne duroit qu'une année. C*est au solstice d'été qu'en commençoit l'exercice; ce fut à cette époque aussi qu'on fixa ie commencement de l'année civile. li n'en étoit plus ainsi sous le gouvernement romain. Le magistrat principal qu'on y envoyoit portoit le nom de préteur, et sa magistrature devoit durer trois, années.

(84) Voir ci-dessus ia page 247 et sa note 79. (8;) Épît. Vin, pag. 354 et 35;.

(86) Uamphipoie étoit en même temps pontife de Jupiter. Voir Diod. XVI , $ 70 et ia note de Wesseiing, et Cicéron , se- €onde Verrhu, S 51. Voir aussi notre chap. Ill, pag. 58, et ie chap. VIII, pag. 1 12.

IfO HISTOIRE DB LA LÉGISLATION.

De l'clection mux Une iffirmation absolue ne pourroh pas plus ^^^^^Z prononcée sur ce qui concemoh les élections lisibilité. à ces magistratures, h toutes les fonctions publiques. Quelle force n'a pas ce droit <f élire sur la constitution du pays! c'est la changer qee de changer le caractère et de cette élection et de l'éligibilité! Les lois que Timoléon avoit domées ne nous laisseroient aucun doute, m elles avoient subsisté dans toute l'étendue qu'elles avorent reçue de lui (87), mais elles subirent nécessairement des modifications plus ou moins importantes par l'effet des variatîoas politiqiies. Il avoft, par exemple, accordé un égal suffrage à tous lei citoyens ; et plus tard ce n'étoit pas toujours par des suflr^es seuls que se fiûsoiem les dîterses élections (88) : cemx-d étoient donnés souvent dans un nombie prescrit et le sort venoit quelquefois s'y associer; il venoit choisir parmi les citoyens qn'avoit désignés b roaforité des voix. Pour Pamphipotte, par exemple ^ le sort ptononçoit entre les trois Syracusains qui avoient obttnn le plus de voix pour être élevés à cette importante magistrature (89).

(87) I^tfircMMaf^dMp. lli«pag«;7.

(88) Sar les électiom et le «Iroii de Mfli«ge» iwr cMtiM».

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