‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 28 sur 53 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Lois et Institutions religieuses.

Entre les peuples de i'antiquité qui se dis- cw«ict« « fon-

tinguent par fe caractère de leur croyance et

l'usage qu'ils en firent, les Etrusques ont mérité H»»* q^en

le pjpehdier rang; ils en conservèrent pendant p^u-

sieurs sièdes rerercice et l'inifaience.'

Les idées religieuses des Etrusques ne se séparèrent jamais de la civilisation et de lar philosophie; ils les prireht pour guides et pour appui dans les senthnens qu'ils inspiroient, dans les devoirs dont ës prescrivoîent l'observation. Des êtres révérés comme des dieux étoient devet^us tout ensemble et sous ce double titre , leurs impirateurs et leurs maîtres; ils leur avoient donné, presque en mémè temps , des règles d'administration qui , étroitenmK fiées et toujours soumises à la vigHance suprêîïie de la divinité, ^voient accroître pour elïe leur reconnoissance et leur respect, et pour eux-mêmes une confiance qui rendoit le dévouement plus sûr et l'obéissance plus facile : aussi trouvèrent-ils bientôt , et toujours dans les pays voisins, des disciples et des imitateurs. Rome elle-

iHo HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

même emprunta plus cTune fois ses pieux usages , ses cérémonies sacrées, ses jeux publics, le caractère de ses fêtes , et tout ce qu'elle croyoit pouvoir l'instruire de l'avenir. C'est par l'exemple des Toscans et leur inspiration que Romulus porta cette loi qui subsista également sous l'autorité des rois et sous le gouvernement de la république ( i ) » loi qui défèndoit de rien entreprendre de relatif aux afiaires de l'état sans avoir auparavant consulté la volonté des dieux. Les assemblées du peuple, les expéditions militaires y les entreprises les plus importantes , tout demeuroit en suspens jusqu'à ce que les oiseaux sacrés eussent répondu à l'attente publique, dit Tite-Live (2) en fidsant l'hbtoiredu règne de Tuilus Hostilius. Les augures étoient une véritable puissance politique. Quand Ancus Martius fut désigné pour roi, il fidiut l'assenament du sénat, l'assentiment du peuple, et aussi de favorables augures ()).

(1) Denys «THalicarnasie, u» SS 18, «3, 30 et ji.Qoérao', Dis lois» m, S 19; iVa/. dadmus, liv.iii^s ^asu», Temnoo» Jurispr. wm. part. I , S p*g. a|.

(1) Liv. I , S 3^* Voir aussi Cicéron, Dts lois, Uy. u , SS > a etsuiv.

(3) Denys d'Haiic. m, S 3^* Km> auui le $ 46 i et sur ks augures en général , Cicéron , Ltttns famiL vi , éph. vi; Tite- LKe.Vii,'s 20; IX, S i6iX,S \AiWnt,n, S 5 3 ; Demptcr» m , c. I , cl fe troisième Ihrrc des Amiq, rom. de Rosin.

LÉGISL. DES ÉTRUSQUES. CH. III. zil

Dès le moment de la fondation de Rome, Romidus avoit envoyé chercher des hommes en Etrurie pour indiquer et enseigner tbutes les cérémonies à observer, toutes les prières à adresser aux dieux , tous les sacrifices à leur ofïrir (4).

Aucune nation, suivant Tite-Live (j), n'égala les Etrusques pour la science du culte; aucune ne Fapprofbndit davantage , n'en enseigna mieux les devoirs. Les soins quils lui donnèrent n'ont pas mérité les mêmes éloges Arnobe , auteur de cette j^hrase si souvent répétée , que TEtrurie avoit été la mère des superstitions (6).

On faisoit la dédicace des villes pour les rendre plus sacrées encore. Leurs murailles avoieht ce caractère. Cétoit un moyen de plus d'animer le courage quand il ^loit combattre , un avertissement de plus qu'il falloit sacrifier sa vie même pour défendre sa patrie (7).

Une tribu particulière étoit vouée au sacer- Du\^nûu,if

(4) Plutarque, Vie deRomulus, S i^* Vwr d-aprcs, pag. 285.

(5) Uv. V, s II. Cicéron , Lettres famU. vi , Ictt. Vl , appdie la divination Van toscan , Etrusca Jisciplma,

{6) Centra gentes, liv. vu. Voir aussi Bracker , il , c. cvi , pag- 343-

(7) Plut. Questions romaines, $ 27, pag. 27 du t. II. Varron , De lingua lot. iv. Urèem auspicaw, inaïiguraloqut conditam, fait dire Titc-Live à Camille , V; S 5 1 .

l8a HISTOIRE 0£ LA LÉGISLATAON.

•ttfum. des pro- doce (8). Le chefqu'elle avoit,le pontife supvème,

fhéies, des oracles. ..■#*#».. • ■■•

ne le deveooit m béréaitfurement, m par le choix des hommes qui concouroient au ministère sacré. Toutes les dlés coopéroieot à son électioQ. C'est dans le temple de Voltumna qu'elle se &isoii; dans ce temple même oii se réuniasoit annuellement l'assemblée des députés nommés par chacune des cités qui fàisoient partie de la fedération, et qui venoient y délibérer sur les grands iniérètt publics (^j. La loi de Romulus ne permit pas d*étc« nommé au pontificat avant Tflge de jo ans, ei on le possédoit alors pour le reste de sa vie ( i o). On peut croire que Romulus dcvoit encore celte loi à rÉtrurie. Ce qu'il y a d'assuré , c'est que le poniîiè exerçoit sur plusieurs objets une véritable administration de la justice. La décision n'en appartenoît qu*à IuL Les règles qu'il devoit suivre > le caractèce et l'étendue de ses droits, étoient pareittenent établis dans le recueil connu sous le non de Jus pontifie ium ( i i ). Un fils du pontiie romain ,

(8) Denys aUftlicam. il , S 1 7. V«i. Muu c. h Umé . Lmg. etmca, p«g. 66a #t suk,

(9) yoir d dessus , pi^ »68 ; Tic«>Lhe. v, S » i I V/ wiwii Hummelle wigi. t. XiV, pag. et Mic»U . t. il, pag. 4} ft miy. Celui-ci fait mention de plusieurs autres temples et des divinités auxquelles ils itol«3Dt consacrés.

(10) Oenys d*UaUcam. 1* S au

^11) Macrube parle deux iob de ce poÊtê ^ mm , ïùêM

LÉGISL. DES iTRUSQUES. CH. 111. ^83

Publhis Scévob, est même cité dans le ii^re des Lois (la), comme prétendant quon ne pouvoh exercer un si haut ministère sans savoir ie droit ci vil. Quoi, tout entier! dit Cicéron qui ie réfute; et que font au pontife ie droit des mers , ie droit des eaux, ou d'autres drc»ts semblables !

Tout ce quiappartenoit à la religion étoit dans ie domaine et sous la surveillance comme sous I W toritèdu pontife. Un grand nombre de prêtres concouroient avec lui aux devoirs du culte. Il sembleroit toutefois qu'ils n'étoient pas exclus des autres fonctions, de quelques^nes du moins , ce qui n'est pas ordinaire quand chaque jour vous appeile à des soins ou à des travaux religieux. Virgile , décrivant un combat des Troyens et des Rutules , nomme parmi ies troupes auxiliaires^ d'Etrurie que conduit Enée et parmi ies premiers combattans Llnterprète Asyiis , dont ie talent suprême Sait lire Tavcair dans ie flâne itt tavreaiuc , Dans ies feux de i*^ciair, qui de tous ies obeaux Connoît les vols divers et ies divers langages , £t du cfei aux humains révèle les présages (13).

comme d'un ouvrage perdu» Satum. VH, c. XIH. Voir aussi câiepgtt la noce aa de la page %B6.

(la) Liv. XII , S iB.

( 1 5) Hombum Dii4mqnc interpres Asyhn .

Cui pecudum ceai cnï MmtL pamt, Et iiogtt» vofttcmm , et prMagI Mminis Ignés. ÉNilDE , X , vers 17; H suiv.

De la foudre Les augwes , Içs prophétîes » les divinations , et mme présage. ^^^^ ^ touchc OU feuT appartient , placèrent rÉtrurie dans un horizon religieux jusqu'auquei ne s'étoient pas élevés les autres peuples. Cest la foudre qu'ils regardoient comme le plus puissant des présages. Les Romains, si Ton en croit Pline (14), pouvoient, au moyen de certaines formules, de certains sacrifices , demander et obtenir qu'elle descendit du ciçl ; et il ajoute , d'après une ancienne tradition, qu'on l'avoit pratiqué ainsi en Etrurie, chez les Volsiniens, à l'occasion d'un monstre qui , après avoir ravagé la campagne étoh entré dans la ville. Porsenna leur roi obtint, nous dit-il encore, que le fëu du del tombât sur ce monstre , evocatum à Porsennâ rege. La croyance générale étoit que l'intervention de la foudre fidsoit tomber ou disparoître tous les autres signes izpsès lesquels on croyoit pouvoir juger de l'avenir (15).

Sénèque s'en irrite (16), sans approuver cependant cette antique crédulité, et en refusant de s'y soumettre. Il nomme d'ailleurs tous les moyens

(14) Pline,//»/, nat. liv. II,S 53.

( 1 5) Sénèque, Quest. nat,\l,c XXXIV. ^/rOiodoredeSicilt, Ih. VI, S 40.

( I ^ U en distingue deux , la foudre du conseil , fiJmm tmn sUiaritm, et la fondre d*antorité : cdle-d suit révéoemeot , l'autre le précède; mais , suivant le profet , elle y oonfiniie ou en détourne. Quest. nét. u , c. xxxix et xu.

employés par les Étrusques et adoptés par lei ' Romains, dans l'espérance de connoître ainsi la volonté dés dieux ; le vol des oiseaux -, les entrailles des victimes, &c. Cîcéron avoit dit (17) qu'il ne croîroit jamais que TÉtrurie se trompât dans ses interprétations, quelles qu'elles fussent, sur les prodiges et f avenir, et il rappelle avec éloge et vénération que le sénat, au temps de leurs ancêtres et de la gloire de cet empire, ordonna que des enfkns des familles les plus distinguées seroiént envoyés chez les Etrusques pour y étudier la doctrine des présages , de peur qu'un si graiid art , s'il étoit exercé par des hommes de basse naissancé , ne perdît sa majesté religieuse et ne dégénérât en profession mercenaire (18). La divination fut même souvent appliquée à des actes relatifs à l'administration de l'état (19).

D'anciens livres avoient recueilli ces faits prm- Livres concerna n i

(17) Dwination, liv. i , SS 18 et 41. Le voir aussi. Des lois» II , S 9- On recouroit encore aux devins de Toscane , et le sénat lui-même , au temps de Marius et de Sylîa. Piutarque , Vie deSylla, S 20. Un mémoire sur les présages fait partie de V-Hiswire de V Académie» t, \, pag. 54 et suit/.

(18) On peut voir sur les aruspices, ies augures . les divinations , &c. , Rosin , liv. m , c. viil et suiv. ; Micali , t. Il , pag. 55 et suiv., et 94; Creuzer , pag. 93 ; Dubouiay, Trésor des Antiq. ram. Ilï, c. W et suiv.

(19) Voir ci-dessus, pag. 281, et ci-après, pag. 288.

u divfmdon et cîpaux et les doctriiieft conservées par rapport à Uftoox. science > puisque c est ainsi qu on la nommoit.

Le premier que l'on suppose en avoir composé nous est parvenu sous le nom de Tagès; ses dis* cours et les écrits qui les perpétuèrent en devinrent les dépositaires sacrés (ao). Parmi ces livres, ii en est qui contenoîent les cérémonies à pratiquer pour la fondation d'une ville ou ia commémoration de cette fondation , comme pour l'érection d'un temple et l'anniversaire aussi de cette érection (21). D'autres eurent un objet différent : les divers noms sous lesquels on les désigne l'indiquent assez , Antspicini, Acherontici , Fulgurales, Rituales^ Feciales, Pontificales (22). Nous parlerons, dans le chapitre

(ao) Voir Cicéron, Divinat, i, SS 35 et 41 ; SS et 34; Macrobc, Satum. V, c. xxiX;Festus, au mot Tagès } Lucain , i , v. 584 et ^35 ; Amm. Marcelim , x, c. XXI, S ' î Gori , Table xi v, I. XLiii et suiv.; Serr'ms, Én. x , 3 98 ; Dempstcr , III, c. I ; Hornius . Hist, de la philosophie, Hv. IV, c. III et X , et Brucker , pag. 243.

Qui primus etruscam Edocuit gentem casus aperire futures, dit Ovide , Aféuim. XV, v. 5;8 et 587.

(a I ) Festus , De verhr. significat,, dicto ioco. AfAn. de VAetâé t. ni , Hisu pag, 37. Chaque ville étoit soi» ia protection spéciale d*une divinité,

(2a) Voir ci-dessus ia note 11 de ia page 282. Voir encore sur le Jus pontrfiàum Bachius , Jur. rom. Il , c il , S5 f 4 susv,; sur les livres achérontiques , Gori , Mus. etrusatm, 1. 1.^*, table v.

LÉGMU DES ÉTRUftQUES. CH. 111. z9j

Mir lâ guerre et tei lob , des Kvrei qu'on appela /?r/j/tJ. Les ttvres ritaels sont définis par Festus « In pûttu prascrlptum fuo ritu améantur, urhtf, anr, mdis saermtur^ quâ sanetitau murif quo jure porta , quû ntâdû trihis, curia^ centuria ilstribuantur {i'^). Ces derniers mott ifisenc asses qtie les livres plus partkaUène m et t t voués à Péducarion et au commandement des devoirs religieux s*étendoient quelquefois îttsqu*à fiiire connoître et à régler des actions dfiles et politiques (a4) « auxquelles d'aiUeurs la religion présidoit toufours. Les livres rituels nln^ diquoient pas seulement de pieux devoirs; c^est d'épiés eux-mêmes que Ton régloit, que Ton a voit fondé rinatttution des tribus et des curies.

La auperstition fut pour les Étrusques plus com- u mfm\nune peut-être et plus forte que le ^natisme. On u aivintit^n «n i*ne trouve guère dans leur histoire de combats nés '*^*^

pig. %% a futp, : et fur les livrci fthylltm, Thc-Livc « 5 ;o ; vif , $ 17. Rnponta iifylln, dft VIrgîle, Éoéidc , vi , vcn 44. Voir Strvkft « Mr la 79. Ils étolenc shui sppeléi dei tnterprccet doot tùimc Ils fuppoKOf JVsinence et dont ils hononfeit les décUiom.

Didû toco. Totti ces IWrei étofent écrits en tofcan. On pe«t voir ««Ml fc leur égard tAMA , Ohterpnftont littiraim ,cav, pag. TInbofchi , t 1 ^ psg. 18 de fon Hiit, it la lUUrat. ttth lienne / Nlébahr, H ht. rom, 1 , pig 196.

(14) Lef llvm sppdé< /K^Mirjr en offriront bientôt un témoignage de pht».

de cette religion ; les armes ne s*élevèrent pas contre elle; pas de discussions théologiques * pas de lutte d'une doctrine contre une autre, des partisans d'une divinité contre ceux qui auroient voulu placer ailleurs leur confiance et leurs hommages.

Des oracles proprement dits n'étoîent pas consultés par les Étrusques. Les présages connus, les augures les remplaçoient ; ils étoient comme les interprètes des dieux. L'art de la divination ne fut pas sans influence politique; il resta loin cependant d'avoir toute celle qu'obtinrent chez les Romains les augures dont les Toscans eux-mêmes leur avoient donné l'institution. Le sénat prévoyoit-ii que le peuple alloit l'emporter dans une délibéra* tion publique! l'oubli supposé d'une formalité religieuse ou l'annonce d'un prodige inattendu la fkisoit interrompre et il ne la laissoit reprendre qu'après avoir employé tous les moyens qui lui promettoient le succès (2j). Des prêtres mêmes essayèrent quelquefois de se rendre ainsi maîtres de la délibération ; les poulets ont refusé de manger; un signe a paru dans le ciel , &c. ôcc. : la décision, l'élection ont donc eu lieu sous de funestes auspices ; elles sont désapprouvées par les dieux (26 ).

(15) yifir Cicéron , Des lois, II, s la.

(16) Cicéron , Dhinau II , S M. Aulu-Gellc , VJ » c. ix.

LÉGISL. DES ETRUSQUES. CH. . III. zSç

On a VU Romulus, s'adresser à.des Toscans pour influence des

kn T • r Tk • • T croyances étrusques

fondation de Rome et prescnre. tout ce qui.de- ^/diverses actions

voit être fiiit sous les rapports religieux dans une ^omzinu circonstance si solennelle , pour les cérémonies à observer, d'après leurs formulaires mêmes, afin d'être sûrs d'obtenir l'assentiment des dieux (27). Plus tard on creusoit la terre sur le mont Tarpéien pour les fondations d'un temple de Jupiter : une tête d'homme y est trouvée ; que peut annoncer: cet événement î comment l'interpréter l une députation d'illustres citoyens est envoyée par ie sénat au plus habile des devins toscans. Sa divination fut que leur patrie deviendroit la capitale d'un grand empire (28). La confiance des Romains alla même dans la suite jusqu'à décider qu'aucune loi ne pourroit être faite sans que ceux à qui la délibération en étoit accordée n'eussent avec, eux trois augures et n'obtinssent leur approbation (29).

L'infïuence que l'Etrurie recevoit alors de la confiance îju'elie inspiroit sur la connoissance de

(27) Plutarque , Vie de Romulus, S i^. « Ni plus, ni moins, ajoute-t-ii , que si c'étoît quelque mystère ou quelque sacrifice. »

(a8) Pline, xxvill, S a. Tite-Live, l , S j;. Denys d'Halic. IV, SS 60 et 61.

(29) Cicéron , Des lois, iiv. il ) J 1 2 ; III , S 3 > et dans la dernière de ses Lettres à Atticus, Iiv. iv. Dempster, Antiq, rom, iiv. VI , cap. VU.

Pavekiir ne se bomoit pas aux contrées voisines, à lltalie même. Combfen elfe d'ut accroître l'imposture du sacerdoce toscai^, ou, si l'on veut, les expressions de sa crédulité! L'imitation portoft sur les actions, sur les devoirs imposés, sur les ministres indiqués ou choisis. Des nations étrangères envoyoient aussi communiquer à ses prêtres leurs espémnces et leurs craintes , implorer leurs lumières , les consulter sur les expiations , faire interpréter les prodiges (30). Et quant aux livres que TÉtrurie avoit reçus plusieurs siècles auparavant, livres ne se bornant pas, comme nous venons de le dire, aux obligations' prescrites par la religion, ses ministres fkisoient des commandémens qui pouvoient s'appliquer aux actions les plus ordinaires des hommes , tellement les dieux s'y étdent associés par leurs temples primitifs, par leurs conseils, par les peines qu'ifs fiiisoient craindre , par les récompenses qu'ils fàisoient espérer.

De leurs divîni- Les premières divinités reçurent toutes , dans les iprime"* ^'^"^^^^ difFérens états dont se composoit l'Étrurie , d'uniformes hommages. Leurs attributs , leurs bienfaits , devinrent aussi fréquemment l'objet d'un culte spécial; l'agriculture, par exemple, le com-

(30) Afém. de l'Acad. 1. 1 , pag. 204 de VHismrtm

LJÈGISI.. DK$ trnVSQJHES. CH. III. 291

tnerce, les arts, la guerre ^ &c. (31)9 mais toujours sous la dépendmce plus ou m<xns active d'une divimté supérieure qu'on nommoit le père des dieux, le père des homoiies. On a même pensé que les Etrusques ne furent pas éloignés de l'idée d'un dieu suprême don^ émanoieut les autres divinités, dont elles n'étoient que des images, que des représentations partielles (32). Chacune des cités, au reste, eut^^es pr^trç^j SÇjl cérén^onies, ses expiations, ^es offrandes, ses fêtes, ses augures. On en vit qui dédièrent feurs temples à des divinités qui avoient plus particulièrement im culte antique et célèbre chez d'autres peuples : les faabîtans des douze cités en avoient ainsi dédié un à la Junon si chère aux Argiens, si respectée par eux , et ils avoient adopté sa canépfaore et ses chœurs de vierges ( )3)* Quel que fût, au reste, le caractère plus particulier du culte pour les difFérens peuples

(3 1) Gori chc plusieurs villes qui eurent ce caractère, t. II, pag. 1 8 et suiv. La table LXXV de Gori l'atteste également pour les diirinités maritimes , pag. 169.

(31) Brucker, Hist, critique de la philosophU, t. I, pî^g. 343 etsuiv., liv. ii, c. ClU. Cudworth , Système intellectuel» c. iv, S a j. Micali . t. Il , c. xXU , pag. 48 et suiv.

(33) Denys d*Halicarn. 1 , S ^7» Fréret, Mémoires de l* Acad. t. XVIIl , pag. 103 de lW£ïWzV^ Caûéphore étoitla qualification donnée à la jeune fille portant la corbeille renfermant ce qui étoit nécessaire pour célébrer le sacrifice.

dont la fédération se composoit, tous favorisorent Tétat politique et y étoient soumis sans réserve; tous regardoient comme un des premiers devoirs religieux de se seconder mutuellement, et de se réunir ou se confondre quand Texigeoient le succès ou le bonheur de la patrie (34)* Sacrifices, initia Rfen n'annonce qu'ils repoussassent avec crainte irandct, «ipiations, quelques vérités qui n étoient pas entièrement été. Loti qui les conformcs à leurs doctrines, JLest même, des divi-

concer noient.

nités qui paroissent n'avoir été adoptées que par eux (35). Toutefois il y a des sacrifices , des initiations, des mystères, que les Étrusques semblent avoir moins communiqués aux autres peuples, ceux par exemple qui sont désignés par mithriaca, acherontica , samothracia ou cabirta : les achérontiques étoient surtout destinés à apaiser les divinités infernales, et k faire passer de leur région au séjour du bonheur; les mithriaques consacrés au soleil promettoient le moyen nécessaire de purifi-

(34) Cudworth et Brucker, téid. Micaii^ t. U, pag. 44 a suip. Suidas nous a conservé leur cosmogonie, d*après ce qu*uo Toscan en avolt écrit , au mot Tvpprf/uy t. III , pag. y 1 9. Postel , pag. et sutv. , parle d'un culte des génies.

(35) On peut voir sur leurs divinités en général , Dempster » liv. ni , c. VI ; Gori , t. IH , pag. a 5 et suiv, ; De genio domestico, pag. Ml et suiv»; Buonarotti , Monum. étrusq» pag. 77 ; Micalf , t. Il , cap. XXII , pag. 48 et suiu. ; Pline , il , $ ;i ; r///j/. untu. t. XIV, p. 242 et sutp.

LÉGISL. DES ÉTRUSQUES. CH. Ifl. • 293^

cation, le doubfe baptême de feau et du feu (36 ).

Les sacrifices étoient nombreux; ce que nous avons dit le fait assez connoître» On a même prétendu que le nom de Thusques , qui leur fut d'abord donné, tiroit de là son origine (57).

L'Etrurie connut-elle des victimes humaines l II est trop vrai que des prisonniers furent immolés au pied des autels. On a même cru que, dans les premiers temps, des enfants avoient été quelquefois présentés aux dieux par des Tyrrhéniens , comme une offrande qui devoit rendre plus agréable encore Je caractère et l'auteur des sacrifices ( J 8 ) . On ajoute que ces Tyrrhéniens ne purent y croire, qu'un nouvel oracle le confirma, et qu'ils aimèrem mieux s'éloigner et changer de patrie que de se soumettre au commandement barbare qu'ils en recevoient (59).

(36) Il est parié des livres achéronti(jues dans le second livre d*Arnobe. Voir sur les divinités infernales, Dempster, l,c. xv et suiv.} 111, c. I, pag. 2^43 ; Gori, table LXXVUI» pag. 276 et suiv. / 1. II , pag. 8 1 et suiv, , et les autres écrivains qui nous ont fait connoître leurs monumens , ainsi que Pline y xxxiv, S

(37) De 9t^, je sacrifie. Voir Servius sur la fin du second Vivre de TÉnéide, pag. 267, et sur le vers 1 54 du dixième livre, pag. 600 , et Pline , iil , S 5. Mais voir aussi le t. XVIII des Menu deVAcad, Histoire, pag. 106 et suit'.

{38) Festus , au mot Lucumon. Niébuhr, 1. 1 , pag. 173. (j9) Denys d'Halicarn. i, SS 23 et 24.

Les expiations, les offrandes, les vœux, étoient de même parmi les principaux objets de leurs pensées et de leurs obligations religieuses (4o). En indiquer les formalités nécessaires fut un des objets des livres rituels (4i)' Les temples étrangers, celui de Delphes en particulier, reçurent même quelquefois , de quelques-tmes de leurs cités, des dons qui eurent un caractère de perpétuité; Delphes aussi recevoit des Cérites la dîme de tous leurs profits maritimes (42). Des expiations géné> raies étoient ordonnées quand des malheurs publics fàisoient craindre le courroux des dieux y Tlte-Live le remarque pour un temps oii la peste désola rÉtrurie(4j).

Diveffci ih€ê. Une fête consacroit toujours les succès guer-

Jcm publics. Jeux ^ ^

•oienneu. ieux fit- Hers. Une paixconcluc étoit célébrée comme Tétoit nebrei. victoirc (44 )• La victoire appelle nécessaire-

(40) Sénèqae , Questions nau il , c. XXXVIi et suiv. On peut voir sur les f nidations , Gori , table LXXVIII , pag. 1 76 et v&9. , et rZ/ûr. uni», angl, U XIV, pag. 243.

(40 Voir drAt$sa$,^g, 287.

(42) Mém. Je VAcad. t. XVIII, pag. 104 , Hhu Strtbon, v, pag. 420. Cfttvler, liv. lU , c. XXVL Voir voâA dansTite-Lfre, v, S 15, la spoiiatioD «fun temple par les Tyrrhéniens , et les obsenratioBS de Casaubon sur ce passage.

(43) Tite-Uve, vu, S 2. A Rome les expiatkNis étoicDt toujours confiées à des aruspiccs toscans.

(44) ^^^^ Buonarotti , pag. 29.

ment, outre la solennité des jeux, de pieux sacrifices, de plus riches offrandes , to^s les homm^es que le bonheur, la recoimois^ce , vanité même inspirent. Les douze villes çélébroient les succès obtenus; une f^te générale réunissoit les sentimens de la confédération tout ^tiérç (45)*

La propriété avoitses fêtes. Un hommage solennel étoit offert à ce dieu Terme que Nuina reçut des Étrusques. Les soins et les travaux que lui cbnsacroient les possesseurs des champs , ceux qui les fëcondoienty eiu'ent aussi chaque année des prières communes et dont les champs mêmes épient robjet (46).

Interrompre la solennité des jeux publics étoit regardé comme un attenut envers la religion (iy). Le roi que les Véiens avoient cru pouvoir se donner (48) ayant, pour se venger des autres états fait retirer d'un spectacle semblable tousles acteurs, qui la plupart étoient ses esclaves, un mécontentement universel se manifesta de la part de ces cités

(45) Pomp. Mêla , IW. il , c. IV.

{46) Voir ci-après, ohap. vi,pag. p4 et 315. H yavohdcs jours de fête après la récoite.

(47) ^wr THe-Live , V, S \*Solemnia iudotum, dit-il, quos inttrmhù nefits est. H cite Tcxempie ineme de ce roi des Véiens.

(4B) C'est le même prince dont nous avons parlé ii la An du premier chapitre.

avec une grande énergie, et concourut puissamment à amener la chute du trône sur lequel on lui avoit permis de monter. Les jeux mêmes des Etruriens étoient sous la protection divine (49). H en est qu'un long usage et la piété publique • avoient consacrés aux morts (jo). Les auteurs qui nous le rappellent, rappellent aussi les cérémonies de la sépulture , les cérémonies qui la précédoient , la vénération qu'elles inspiroient (51). Les parens , les amis, suivoient jusqu'au tombeau celui qu'on venoit de perdre , avec toutes les expressions et les signes de la douleur. C'étoit toujours hors de la ville qu'on étoit enseveli (52). Je suppose que c'est à tous ceux qu'on avoit perdus que s'appliquoient les jeux appelés funéraires ; ce qui n'empêchoîl pas sans doute les hommages annuels que

(49) Voir TitCrUve, v, S 1 ; l^linc , vin , s 42 , et Rosîd, Antiéf» rom, m, c. l. Virgile , Georgiq, 11, v. 193, et Ovide, Ani, I , V. 105, parlent du pieux usage de la musique pour les fêtes et les cérémonies religieuses.

(jo) Musée étrusque, t. III , tab. 1 , x , XX , XXIIL K. aussi sur les funérailles et les jeux funèbres, Dempster, m , c. xxxv à XL.

(51) Macrobe , l , c. x. Plutarque , Numa , S ao. Gori , t, II , pag. 287; t. III, pag. 1 36. Dempster, m, c. viL

(j2) Pline, XIII , S 17. Sur les champs consacres aux funérailles, appartenant aux Étrusques avant d*appartenir aux Romains , voir Lanzi , t. II , pag. 1 07. Il y parle des urnes dont on ioisoit usage pour les morts, au lieu de brûler les cadavres, comme on le fit ensuite.

legisl: des étrusques, ch. m. 297 chaque famille, devoh rendre aux parens que la mort lui avoit ravis. Des repas funéraires avoient lieu autour des tombeaux ( $ 3).

Lesièmmes étoient admises aux fètes nocturnes ; De l admission une loi , dit-on , l'avoit ainsi ordonné ( s 4). Le luxe ^

' ' V ' ^/ te« n«cturnet , en

et ia débauche en furent trop souvent le caractère, wu d une loi. Nous dirons ailleurs (55) jusqu'à quel point les mofurs domestiques s'étoient corrompues , je devrois dire les mœurs en général (56).LesRomainSt suivant Athénée, imitèrent en cela les Étrusques : I*histoire ne renferme -cependant aucune preuve d'une corruption aussi honteuse .pour les hahitans des bords du Tibre, dont les anciennes vertus disparoissoient chaque jour avec une malheureuse activité. Cependant il nest pas moins difficile de croire qu'il en eût été ainsi dans les premiers siècles connus de l'Étrurie. Ses habitans au contraire avoient toujours choisi les femmes les plus distinguées sous le's rapports sociaux pour devenir des organes de la volonté des

(53) Dempster et Gori, diais locis. Beaucoup dMnscriptions funéraires sont citées par Lanzi, t. II, p. 341 « suiu. Voir aussi sur ces inscriptions le tome lil du Alusee étrusque , tabl. XXXIII et XLIII.

(54) Athénée,!, s 19.

(55) ci-après , chap. IV , pag. joo et miv,

(56) \o\t VHist. univ. angL t. XIV, pag. 141 ; Diodore, V, S 40; Athén. I,S 23.

dieux (57); et on ne voit jamais , dans leur histoire religieuse, un vice qui ait, comme dans les autres contrées du paganisme, son culte et sa divinité, lis n'eurent long-temps , dans leur dépendance ou sous leur autorité, sous leurs inspirations, que d'utiles travaux et d'exemplaires vertus , la navigation, le courage, la propriété, l'honneur, la justice , les vertus civiles et les vertus domestiques. Nous savons combien d*idées religieuses les Romains durent à l'Étrurie. On peut présumer que c*est à elle encore qu*ils durent ce culte rendu toujours avec tant de vénération et de confiance aux divinités plus particulièrement protectrices de la maison, de la famille, les dieux pénates ( ^ 8).

(57) ^^^'^ ci^après» pag. 300.

(58) Voir ce qu'en dit si souvent Cicëron , cl notamment jJiv Sexto, S 20 ; pro Sullâ, S i pro Domo sua,%S ^\ et 57 ; ^/ Verrine, S 8 ; de la Nat. des dieux, Il , S 27, &c. Voir aussi Plut Quest. rom. U II, pag. 276 et «77, et Gort. dasse i , table LXXXVllI.

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