‹ Histoire de la législation (volume 2)Chapitre 29 sur 53 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pûuvâirs domestiques. Misurs publiques et pmées.

Sans connoître (Tune manière précise quels i^tonté paavoient été d'abord , et pendant plusieurs siècles , rhé conjugale, le caractère et les bornes de l'autorité conjugale et de Pautorité paternelle , nous pouvons croire cependant qu'elles n'eurent jamais cette étendue, cette rigidité que nous trouvons dans la législation des Romains dès qu'ils commencèrent à former im peuple (1). Les moeurs domestiques conservèrent long-temps en Etrurie leur union et leur pureté. La mère , loin de vivre dans cet état d'infériorité, d'humiliation même dans lequel on la trouvera placée chez d'autres peuples , y conservoit ce respect que la maternité doit produire et la tendresse quelle doit inspirer. Dans tous les monumens qui nous restent de l'ancienne Etrurie , son nom se trouve toujours associé à celui du père; il l'étoit

dans les actes publics dont ces monumens nous

(i) Nous Savons déjà dit pour l'autorité paternelle » chap. li» pag. 271.

transmettent le souvenir, quand ils peuvent être considérés comme n'étant pas étrangers à la famille (2). Les noms des deux époux sont égsdement dans les inscriptions qui nous restent, destinées aux funérailles et à conserver la mémoire de ceux qu'on avoit perdus (3).

De. moeurs dc« Des fèmmes étoient devenues ies organes de la

Icfnmes.Ce ou on w r** v • • ma

dit de leur corrup- diviiiation. LsL religion leur avoit permis aetre ses interprètes (4)-

Mais à mesure que s'augmentèrent les jeux , les fêtes , le luxe , les richesses , les mœurs se corrompirent avec une inconcevable rapidité et avec une universalité plus effrayante encore peut-être : nous aurons à en offrir l'incroyable tableau.

D'après ces faits il paroît difficile de croire que sans être d'abord d'une rigoureuse sévérité ( 5 ) les mœurs aient été, pendant un long espace de temps, aussi corrompues qu'elles le devinrent dans la suite. Jamais , et chez aucun peuple , dans aucim siècle , elles n'avoient eu un semblable caractère , si on peut croire toutefois à ce qu'en ont

(2) Voir Lanzi, Ungua etrusca, t. H, pag. 314; ubi. m et LXXXlll. Le voir aussi pag. loj, 171 et 393. (5) Mîcali , t. II, pag. 89 et 97.

(4) Voir le chapitre précédent, et plus particulièrement les pag. 2^6 et 297.

[s) Non te, dit Horace en parlant de Pénélope, ode x du liv rc lU , Tyrrhenus genuh parens.

écrit quelques anciens auteurs , Théopoinj^e surtout , et après lui Athénée.

Âristote avoitdit dans son ouvrage sur leslois des Etrusques (6) que dans leurs repas ils s'étendoient, couchés avec leurs femmes , sous une même couverture. On a déjà quelque peine à croire à une assertion pareille, tirée de la législation même. Mais Théopompe va plus loin (7) : il affirme que la communauté des femmes étoit une des dispositions de la loi, qu'elles se trouvoient souvent nues parmi les hommes; qu'on élevoit les enfàns qui naissoient , sans savoir à qui ils appartenoient , à quel père ils dévoient le jour. Timée venoit de dire (8) qu'on se fidsoit servir à table par des esclaves toutes nues.

Avec quelque assurance que de pareils faits soient présentés dans les ouvrages de plusieurs écrivains , il est difficile de croire à leur existence ; on ne peut croire qu'un peuple chez qui les idées religieuses eurent tant d'empire fût tombé dans ime dégradation telle que ces historiens le supposent; et cependant nous n'avons pas dit encore

(6) l^oir Athénée , i , S 19; Héraclide de Pont , pag. 5 24 de Cragiusf Buonarotti , p. 6j.

(7) Liv. XLlll de son Histoire. Athénée, Xll , S 3. Voir Lanzi,

t. II, pag. njet;;^^-

(8) Cité par Atliénée encore, liv. xil, S 3.

tout ce qu'ils veulent nous apprendre. Ce que dit Athénée de quelques autres usages est teilement contraire à ce que la décence inspire, ordonne, que^ ia plume s'arrête devant le récit qu*il fkudroit en faire. Le mépris de toute pudeur et Tinsolente vanité de la débauche ne peuvent être portés plus loin (9).

(9) Nous croyons ne devoir présenter que dans la traduction latine les autres faits que Théopompe raconte encore dans Touvrage d* Athénée. « Coire cum quiboevis mulieribus oi>?ioi. Non turpe ducere si quid in propatulo fœdum vel faciant vel patiantur, tantumque abesse ut obscœnum id credant, ut cùm Veneri paterfamilias vacat, et quaerit Ipsum allquis, respondeant hoc vel iilud pati , Inhonestif nominibus rem appeliaDtei. Quin ad sodalitia et scorutîones si conveniant, eum morein esse , statim ac compotare desierint , dormituris adducere ministros lucemis accensis , nunc meretrfces, nunc pueros eximlx polchrltudinb . nnnc uxores; deinde illoram coacubitu satiatis oflèrri rursùm adolescentes aetate v«geta , quibus fruantiin Veneri cùm operam dant , coire interdum mutuô se conspicientes, saepe cratibus lecto circumposltb , quae ligneis virgulis intexuntur, ac cfa-cumjecds snpernè vestibus. Cum fœminb iilos seplùs congredi, pueronim tamen et adolescentom coosuetudine impunè delectari , qui apud eos egregiè pulchri sunt, quoniam ipsos molliter alunt, et eorum levigant corpora. Omnesenimqui ad occidentem habitant barbaros, pilari, et corpus radere. Apud Tyrrhenos officinas muitas ad eam rem extrui, ubi sint ejus artis periti, quemadmodum lunt apud nos tonsores ; ad illos accedere 1 huscos , pilandoi ac radendos se praebere, nullo prorsîis pudore, si qub ibris intueatur, vel dum hoc fît , interveniat. >•

hàOlSh. DES ÉTRUSQUES. Cil. 1Y« 30}

Si le désordre moral étok arrivé dans les diffé^ Eflm des ma»rentes cités d'Étrurie au point où Théopompe ( lo) I^é'^uqw! et Athénée le déclarent, il en est une surtout , ayant une grande richesse et de bonnes lois , qui en éprouva k plus terrible punition. Après avoir dit qu'elle occupa long-temps le premier rang parmi les cités dont la confédération s'étoit formée, Valère Maxime (- 1 1 ) ajoute que Voisînie, c'est d'elfe qu'il parle , éprouva en eflfet , plus qu'aucune autre cité , l'influence que de mauvaises mœurs et des lois devenues sans force doivent avoir sur la liberté des peuples et leur bonheur. Tant que les mœurs y d^neurèrent pures, ses lois conservèrent quelque puissance ; elle resta forte, riche, honorée, ayant ie premier rang dans l'Étrurie : on ne peut croire fusqu'où ia précipitèrent ses vices et l'oubli de toutes les vertus. Les mauvaises mœurs avoient tellement aâbrbiî ou diminué la population qu'il étCMt devenu coaune nécessaire d'affranchir beaucoup d^esclaves, qui , passés dans la condition des hommes libres, en eurent tous les droits (12). Volsinie tomba dans im tel abîme et d'oppression et tfcqpprobre qu'elle fut obligée de se soumettre au

(10) Voir ce qu'en dit si bien Niébuhr, t l*' de son Histoire romaine, pag. 202.

(m) Liv. IX, cbap. 1, S

(12) yoir les M /moires de VAcad, de Carme , t. IX , pag. 46.

joug qu'ils finirent par iui imposer. Un petit nombre d'abord osa s'introduire dans le sénat. Bientôt ils envahirent la république entière. Valère Maxime dit encore qu'ils dictèrent à leur gré les testamens, qu'ils défendirent les assemblées entre les hommes libres , qu'ils épousèrent les filles de leurs maîtres ; enfin ils déclarèrent par une loi solennelle qu'à l'avenir ils jouiroient impunément de toutes les femmes, veuves ou mariées, et qu'aucune fille ne pourrait épouser un homme de condition libre qu'un d'eux n'eût reçu d'elle les prémices de sa virginité (15).

silence ou foi- Si ce qu'on raconte est vrai, la' violation d'un u^ri^onî* premiers devoirs de la société ne fut pas seu-

lement un crime impuni , mais un crime ordonné. Et n'oublions pas que la religion et les lois s'étoient unies depuis tant de siècles pour seconder et bénir dans toutes les cités d'Étrurie la plus sainte des unions. Toutefois , en essayant même d'amoindrir les impressions que doivent donner les scandaleuses narrations de Théopompe et de Timée, on est forcé de reconnoitre que la législation lohi d'avoir tenté de comprimer l'égarement des mœurs n'y avoit opposé aucune digue, qu'elle Pavoit

(13) Nequi virgo ingenua nuhartt cujus castt'tatem mm anse ex ttumtro ipsorum aliquis delihasset.

même favorisé. Rome implorée fit enfin cesser et punit une aussi inconcevable tyrannie ( 1 4)«

Portons nos regards sur d'autres objets. II en dc rho$piîaiiw.

, , . . Ce qu'elle ctoit d'a-

est qui se présentent sous un caractère qui avoit ^^^j . „ q,,.^.„^

du moins précédé la licence des mœurs et l'ou-

bli de tous les devoirs. L'hospitalité pouvoit-elle

manquer d'être observée dans un pays où l'intérêt

général du commerce et l'intérêt privé des négo-

cians en faisoit une loi , comme nous l'avons dit

des Siciliens ( i j ) î

Après que les Gaulois, vaincus à leur tour»

eurent été forcés d'abandonner Rome , un engagement public d'hospitalité fut contracté avec les habitans d'une des cités étrusques, Gère, en reconnoissance de ce qu'ils avoient recueilli les prêtres du peuple romain et les objets de leur culte, qui par ce moyen n'avoit pas souffert d'interruption (i6).

II paroît encore que les Étrusques, qui d'à- Luxe, fawe, moibord avoient exercé l'hospitalité comme un devoir, 1""^^ Tr/veii^^ voulurent en faire un objet de luxe, se montrer ainsi du moins aux étrangers qui venoient chez eux (17). Denys d'Haiicarnasse va jusqu'à

( 1 4) Florus , I , S 21. Orose , 1 , c. v. loir Zonarc , Annales , iîv. VIII , S I .

( I j) Pèir ci-dessus , pages 2 1 7 et 218.

(i^) Titc-Livjc, vu, $ 20. yoir d*après, pag. 314, et ia note 2 1 de cette page.

(17) Tite-Uve, v, S ;o.

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