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CHAPITRE I

De L^curgue; des Rûis et du Gouvernement

de Sparte avant IuL

X^ÉLEX fut le premier roi de Lacoirie, et les Dttprmk anciens habîtans de ce pays prirent de lui le nom dLHto!du« de Léleges. II eut pour successeur Mylès son fils, qui eut pour successeur son fils Eurotas. £urotas^n'ayantpas d'enfkns mâles, laissale royaume à Lacédémon , qui avoit épousé Sparte sa fille. Lacédémon fut remplacé par Arayclas son fils , et Amyclas par Argalus,. l'aîné de ses [enfans, La couronne passa de ce dernier à Cynortas son frère, qui eut pour fils (Etbalus, roi après lui, et père de Tyndare, d'abord éloigné du trône où Hercule ensuite le replaça. Le sceptre passa des enfàns de Tyndare à Ménélas son

par cette lutte toujours violente entre les efibrts de la civilisation qui veut naître et les habitudes profondes d'un état sauvage ou barbare. La force y tenoit lieu des institutions ; les mœurs y étoient dissolues , et les insurrections fréquentes. Les divisions intestin.es y avoient maintenu l'esprit et les habitudes de fa guerre : des séditions armées instruisent au combat. Les nations voisines excitoient quelquefois ces soulèvemens populaires » et en profitoient ensuite pour faire une invasion dans l'état. Eurypon, dont ie nom distingua les princes d'une des branches royales, ne i'avoit pas dû seulement, comme disoit Strabon^k ce que Proclès n'obtint le trône que par le secours des étrangers : il I'avoit dû sur-tout à ce que , voulant complaire au peuple, il relâcha cette puissance royale I qui n'est jamais tutélaire que quand elle est forte; relâchement qui produisit une licence dont les maux pesèrent long-temps sur la ville de Sparte. Quelques rois essayèrent de recouvrer par la force une ancienne autorité; ils inspirèrent plus de haine , sans acquérir plus de puissance : d'autres dissimulèrent et parurent céder ; ils en furent plus méprisés, et moins redoutés encore.

^^wiiîJn^ Le père de Lycurgue mourut assassiné , au ilaX".'.^ milieu de ces désordres , dans Tins tant même où

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il cherchoit à apaiser des citoyens qui se battoient ensemble. Polydecte, son fils aîné, lui survécut peu de temps ; il laissa une veuve enceinte : Lycurgue gouverna f en attendant que les couches de la reine eussent appris si c'étoit comme régent ou comme roi qu'il devoit le faire. Plutarque dit, et tous les historiens répètent, que la veuve de Polydecte offrit à Lycurgue , s'il vouloit répouser, de prévenir la naissance de Tenfànt qu'elle portoit dans son sein. On croira difficilement qu'une mère ait offert de commettre un tel crime : indépendamment de ce qu'il auroit eu de barbare , la reine pouvoit accoucher d'un fils , et par-là d'un roi. II semble même que Lycurgue auroit dû, pénétré d'indignation, rappeler aux sentimens de la nature une femme qui leur faisoit un tel outrage. On prétend toutefois que, dissimulant Thorreur qu'il éprouvoit, Lycurgue manda seulement à la reine de n'employer aucun breuvage , dont elle pourroit souffrir , laissant entendre qu'il seroit toujours facile de se dé&ire du nouveau-né. Des gardes dévoient environner la mère au moment de Faccouchement ; ils avoient ordre, si c'étoit un fils, de l'apporter incontinent à Lycurgue. Celui-ci étoità table avec les principaux magistrats ; on lui apporte Tenfant : Voici le roi qui nous vient de naître , dit-il en le

prenant dans ses bras et le montrant aux Spartiates qui Tentouroient. II le nomma Charilaiîs , ou joie du peuple (8). Charilaiis se montra peu digne de ce nom ; il n'eut même pas la force d'être sévère aux méchans (9). Lycurgue n'avoit pas dû lui inspirer tant de foiblesse. La bonté des rois » c'est la bonté envers tous » ou la justice.

Lycurgue gouverna donc comme régent; mais il étoit si cher aux Spartiates , qu'ils obéissoient plus encore à sa vertu qu'à sa puissance. Des ennemis pourtant veilloient autour de lui. On Taccusoit secrètement d'attenter à des jours qu'il avoit sauvés; on annonçoit comme résolue la mort du jeune prince , pour faire croire plus aisément, si elle survenoit 1 qu'elle étoit Feflèt d'un projet criminel. La douleur qu'en ressentit Lycurgue, l'incertitude et la crainte de l'avenir, lui firent prendre la résolution de se soustraire par l'absence à des soupçons calomnieux , et de voyager jusqu'au moment où le roi auroit un fils qui pût lui succéder (10).

VoytfM^e Lf- Lj^ Crète est ie premier pays que visita Ly-

nofu* en Crète, en * r / ^ /

Ë^ieetaaiisrAsif curgue ; elle étoit alors célèbre par ses insti-

■rfocvrc

(8) Plutarq. Lycurg. $S. a et 3.

(9) Plutarq. Lycurg, S. 8 ; Mon, de dise, unflau, pag. 55.

(10) Plutarq. Lycurg, S* 3. Strab. x , pag. 481.

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tudons politiques. C'est là que Plutarque (11) lai fait rencontrer Thaïes y homme instruit dans la science du gouvernement, dont les chants même , dignes d'un législateur , ne tendoient qu'à inspirer la haine des séditions , Famour des mœurs , le respect pour les lois. Lycurgue alla de Crète dans f Asie mineure et de FAsie mineure en Egypte. Dans le premier de ces deux voyages , il avoit eu pour objet de comparer à la vie austère du peuple de Minos la vie licencieuse des habitans d'Ionie, afin de mieux apprécier toutes les différences que peuvent produire, dans un gouvernement, des mœurs et des coutumes si op^ posées (1 2). En Egypte, il fiit sur- tout frappé de la séparation que ses législateurs avoient établie entre les hommes de guerre et les autres professions de Pétat , distinction qu'il transporta dans les iois de Sparte (13). Le désir de s'instruire le mena, dit-on, jusque dans Flnde, pour y converser avec les gymnosophistes (i4): rien n'annonce qu'à cette époque un voyage semblable ait été entrepris par des Grecs ; mais , si le fait est

(11) i^curg, s. 4* ^*^' Thaïes de Gortyoc, et non celui dont on a fait ensuite un des sages de la Grèce.

(12) Plutarq. Vie de Lycurgue, S. 5.

(13) Plut. S. 6. Voir le tom. Il de VHist, de li UgisldU p. f 1^%

(14) Plutarq. ^/V^/ir/^cMr^r, S*6.

peu certain , il n'a rien du moins qui ne se lie à cette volonté ferme et courageuse que montra si constamment Lycurgue, de féconder les médita^ tions du génie par l'histoire vivante des hommes et Texpérience des peuples.

CbmiM»tti«vct L'absence de Lycurgue n'avoit pas été fiivo- ^«ti«pr«i iUmbui rable à la royauté. L'esprit de £iction , long-temps

comprimé par le respect qu'inspiroient ses vertus, s'étoît montré si audacieux^ que les rois mêmes desiroient le retour de ce grand citoyen , espérant qu'il mettroit un frein k Finsolence du peuple. Lycurgue revint, et , profitant de la confiance générale qu'on lui montroit, il entreprit de changer la forme du gouvernement. On ne peut donc dire, comme le fait Rousseau ( I j.) ,. qu'avant de donner des lois à sa patrie il commença par abdiquer la royauté. Jamais Lycurgue n'en avoit été revêtu : il Favoit plutôt redoutée que désirée ; il s'étoit éloigné de Sparte pour qu'on ne lui en attribuât ni le désir ni la volonté.

Lycurgue crut nécessaire, pour guérir le mal,

(i ^\Cmtr,soc. Il» chap. vif. Rousseau ajoute que la. plupart ^villes grecques en confièrent rétablissement à des étrangers ; du moins Lycurgue et Solon , les deux plus grands législateurs qu*ait eus la Grèce »étoient-ils nés dans le pays auquel ils don* nèrent ^t% lois.

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de Tattaquer dans sa source même , et de donner au corps politique un régime nouveau ( 1 6] • Néan* moins , comme Minos » qu'il avoit cru digne f à plus d'un titre > de lui servir de modèle, Lycurgue ▼oulut mettre ses lois sous f inspiration des dieux. L'oracle de Delphes fut interrogé ( 1 7} • Lycurgue étoitk peine entré dans le temple, que la Pythie, rappelant ami de Jupiter , lui dit qu'elle hésitoit il elle fe déclareroit homme ou dieu; cependant, ajouta-t-elle ,je te crois plutôt un dieu(i 8). Sou- Tent , pendant qu'il préparoit ses lois , Lycurgue retourna consulter Apollon, dont les éloges ne se démentirent jamais. Quand il les eut ter* minées , Toracle déclara encore que rien ne manquoitk ces lois , et qpe, tant qu'on les obser- ▼eroit , Sparte seroit la plus heureuse cité du monde.

On dit qu'encouragé par des réponses si fàvo« rables, Lycurgue communiqua son projet aux principaux citoyens (19)* Ce ne fut pas aux rois , sans doute ; car il alloit abaisser leur pouvoir. Le jour même où le plan devoit s'exécuter , un

(i^ J6US.7.

(17) Xénophon le loue d*avoir consulté Toracle, R^, lacéd, pig. 683. Poiyen suppose qu*il Tavoic payé. Strat, \, ch. XVI.

(18) Hérod. I, S. ^S- ^oir Sirab. x, p. 481.

(19) Piuunj. L^curg, S- S.

des deux princes, ce Charilaiis, neveu de Lycurgue y craignant que le mouvement qui se feroit n'eût pour objet une conspiration envers lui y chercha un asile dans le temple de Junon : la fuite lui avoit paru plus aisée que la résistance; l'autre roi, Archélaiîs, n'essaya pas davan-* tage de résister (20}.

Avant d'entreprendre un dernier voyage ao temple de Delphes, Lycurgue assembla le peuple, et lui représenta que le gouvernement pro-^ posé paroissoit diTrir tout ce qui devoit rendre la ville heureuse et les citoyens vertueux. Cependant il avoit encore à interroger Apollon sur un. objet de la plus haute importance et qu'il ne pouvoit déclarer sans avoir reçu les ordres du dieu. Il demanda qu'on promît par serment de garder religieusement ses lois jusqu'à son retour. Les rois , les sénateurs , presque tous les ci- Il s'ciiie. Sa meru toyens (2 1 ) , le jurèrent. Lycurgue s'éloigna ; il

ne reparut plus à Sparte (22). Voulant même que ce serment subsistât toujours et rendît plus

(20} Plutarq. Lycvrg. S. 8.

(xi) Quelques- uns aimèrent mieux s*expatrîer que de se soumettre aux nouvelles lois. Denys d^Halîc. II, S* 49- '

(22) Plutarq. Lycurg. S. 60. Valère Maxime, V, chap. III, le fait bannir de Sparte. Tous les historiens disent au contraire qu il s*cn éloigna volontairement.

immuables ses institutions ^ Lycurgue résolut, dit-on f de se donner , par la cessation de nourriture, une mort volontaire. Plutarque (23) le fèlidte d'avoir cru que la mort d*un grand homme doit être encore utile à Fétat. Mais comment Je législateur auroit-il eu besoin d'attenter à ses jours pour assurer le bonheur de sa patrie ! son absence suffisoit pour rendre inviolable le serment prêté. L'auteur ancien d'une histoire de Lâcédémone, dont il ne nous reste pas même des fragmens , Aristocrate , fils d'Hipparque , avoit même écrit que les hôtes de Lycurgue , d'après sa demande, brûlèrent son corps et je* tèrent ses cendres dans ia mer , de peur que , si on les rapportoit un jour à Sparte y ses citoyens ne prétendissent qu'il y étoit revenu , et ne se crussent absous du serment de ne rien changer au gouvernement qu'il avoit établi (24}* Des monumens furent élevés à Lycurgue ; un temple lui étoit consacré , et tous les ans des sacrifices iToffroient pour lui, comme pour un dieu (25).

Nous suivons ici l'opinion commune sur le D'une inniniiioii véritable fondateur des lois données aux La- H"/ ^^^JZ'

lui » et qu il te con-

tenta de modifier.

(13) Vie Je Ljfcurgue, %,6\.

(14) Pfutarq. Lycurg. S. 67. Justin, IH, J. j.

(45) Muuixï. S. ^6. Pauian. m, S. 16. Hérod. I, S- C6. Strab. vili.pag. 36^.

2o8 HISTOIRE DE LA LiciSLATION.

cédémoniens ; elle est consacrée par le temps, par le plus grand nombre des historiens , par la reconnoissance et l'admiration des peuples. On a cependant prétendu que Sparte ne devoh pas sa constitution à Lycurgue. Elle fut Fouvrage d'Eurystliène et de Proclès, suivant Heilanicus. En rapportant cette opinion, Ephore et Strabon (26) ne se croient pas même obligés à la combattre. Ce qu'on peut dire , c'est que la double royauté avoit commencé sous ces deux rois, qu'elle changea la forme du gouvernement , que Lycurgue en conserva l'institution : sous ce rapport, Eurysthène et Proclès fournirent réellement au législateur de Sparte un des ressorts lei pins extraordinaires de son organisation politique. . «reposât et de II y a quelque incertitude sur l'époque k la-

iircc tic wct loita ^^

riict lurent à- qucIIe Lycurguc donna ses lois. Si Ton connoh ** mal Tannée , le siècle est connu ; à quelque chro-

nologie qu'on s'arrête, c'est toujours vers le milieu du neuvième avant Jésus - Christ qu'il faut placer ce grand événement. On sait moins positivement où mourut Lycurgue. Ceux qui croient que ce fut en Crète (27), disent qu'on y montroit

(26) Strab. viil , pag. 366.

(27) D*autrcs disent à Samos, d'autres à Cjrrrha sur le golfe dcCorinthe. Piutar^. et Just. /M Hcrad. pag. 30a.

LEGISL. DES LACÉDEMONIENS. CH. I. 2O9

son tombeau. Son fils unique mourut sans laisser cfenfans (28].

Lycurgue n'avoîi pas voulu écrire ses lois ; il défendit de le faire. Rien ne lui paroissoit plus efficace pour rendre une cité vertueuse, que ce qui est empreint par Féducation dans les esprits et dans les mœurs; un lien serré par la contrainte est moins fort et moins durable : les citoyens deviennent ainsi leur propre règle; ils sont euxmêmes leurs législateurs (29). L'éducation commune , les repas communs , la présence perpétuelle des vieillards, dépositaires naturels des traditions , les entretiens de tous les jours sur les institutions et les lois, avoient dispensé Lycurgue .de les foire écrire.

Quoique ce fait soit certain, M. de Pauw le nie avec son intrépidité ordinaire et ce dédain dont il accable toujours les amis de Thistoire et de la vérité. « J'ose assurer, dît-il , que ceux qui ont hasardé une telle assertion, n'avoient point le sens commun , puisque le peuple pouvoit

(28) Plutarquc, Vie de Lycurgue ^ S. ^7.

(19) Plutarq. ihid, S. 21. Dans lc$ Apophthegmes (pag. 227) , îl fait dire à Lycurgue: «Ceux qui ont ctc bien élevés savent juger de ce que les circonstances exigent.»» Ce scroit un principe trop destructeur de tout ordre public , que de placer ainsi la loi dans des circonstances dont chaque citoyen seroit le juge.

apprendre par cœur les prétendues lois de Lycurgue, quand même elles auroient été écrites dans les arcliives de Lacédémone» (30). Mais les écrivains qui ont hasardé cette assertion sont les premiers des publicistes et des historiens de la Grèce, presque tous contemporains , quoiqu'à diverses époques , du peuple à qui avoient été données les institutions qu'ils censurent ou qu'ils célèbrent, et dont aucun n'a pu ignorer un fait aussi simple que la non^existence de lois écrites à Sparte.

La défense de les écrire fiit portée dans une de ces ordonnances que Lycurgue appela rkèires, pour les rendre plus vénérables ; c'étoit le nom donné aux oracles d'Apollon (3 1).

Cicéron &it gouverner Sparte pendant sept cents ans par les lois de Lycurgue (32); PIutarque (33)» pendant cinq siècles : d'autres écrivains ne parlent que de quatre cents années. Si l'on veut dire qu'il subsistoit des lois de ce grand homme sept cents ans après sa mort , l'assertion est incontestable ; elle est fausse, si l'on veut dire

(50) Rech, philosopha sur les Grecs, tom. Il, pag. 380.

(31) Plutarque, Vie de lycurgue , S* 14.

(31) ProFlacco, $• ^3- Tite-Live dit même huit cents tns» xxxvill, S. 34. yoùr ci-dessus, pag. 177, la durée comparée des lois de Minos.

[il) Compéif oison dt Ij^ufgue et de Numa, S. 9.

liClSL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. I. 211

que son gouvernement subsistoit tel qu'il Favoit donné aux Lacédémoniens. La division des pouvoirs ) base de toute constitution , fut altérée et diangée ; une magistrature nouvelle s'introduisit dans Tadministration de l'état, magistrature qui , croissant bientôt en force et en autorité , prit sur toutes les autres un ascendant invincible et presque toujours funeste. La forme du gouverne* ment qui s'établit alors , n'étoit plus ceUe qu'avoit donnée Lycurgue. Nous verrons aussi une loi changer l'ordre des însdtutions civiles (34)» comme rétablissement des éphores changea Tordre des institutions politiques , et » sous les rapports moraux, Famour des richesses com« mencer avec la guerre des Perses, cinq siècles environ avant l'ère chrédenne.

La vérité est que le gouvernement de Lacé- vicissitude démone éprouva de si grandes vicissitudes , que ^^^t jc w" tout reste ou rentre dans la confusion , si l'on ne disdngue avec soin les époques. Platon avoit raison, quand il disoit : «Je ne sais quel nom donner à ce gouvernement : la puissance des éphores le rend tyrannique, et cependant on y trouva aussi de la démocratie et de l'aristocratie » (}5)- Mais la constitution dont il parle,

({4) Ci-après, chap. Xll, pag. 497, ( j;) Dfs Lois, liv. IV, pag. yu.

ai2 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

celle qui existoit de son temps, n*étoit plus h constitution donnée par Lycurgue. Les observations aussi qu'Aristote a présentées sur le gouvernement de Lacédémone, s'appliquent, pour la plupart, h des institutions ou dès coutumes que Lycurgue n'a voit ni établies ni approuvées , qui supposoient même en partie Toubli de ses lois ou leur dégénération.

On a dit qu'avant Lycurgue le gouvernement étoit absolu. Les insurrections fréquentes qu'il éprouvoit (36] pourroient faire croire à sa tyrannie ; mais un gouvernement absolu est impossible là oii il existe deux rois , deux volontés qui sans cesse doivent se heurter, se contredire , se combattre, et dont la plus foible appellera nécessairement à son secours ceux que le plus fort opprime. Deux rois alternatifs ( J7) pourroient se le transmettre , quoique leur rivalité même apportât un puissant obstacle à l'uniformité de leur conduite : ie despotisme ne peut s'asseoir sur des bases fixes et durables , avec deux rois conjoints et simultanés, n rqmche Je n'ai pas la prétention de répondre ici à "*"*^,"* tous les reproches injustes faits à ce grand homme; il en est un pourtant que je dois remàr-

(}6) V'ûi' ct-Hcssus , cfiap. I» pag. » 99. (j7J K<7/Vci-aprcs,chap. li,pag. 215.

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LÉGISL. DES LACÉDCMONIENS. CH. I. 21)

quer, moins encore pour son absurdité, que pour les conséquences dangereuses qu'on pourroit tirer d'un tel fait , s'il étoit vrai , contre Funion nécessaire des idées religieuses avec la morale publique. Les institutions de Lycurgue, ses réglemens et ses préceptes» cachoient» diton (38) , un fond d'athéisme qui fit d'autant plus de progrès, que le peuple l'adopta , le suivit, et s'y conforma sans s'en apercevoir. Et ce législateur que Ton accuse ainsi , il érigea des temples , il établit des fêtes, il multiplia les sacrifices; à la guerre sur-tout, il indiqua et recommanda les ofïrandes ; il ne fit rien sans consulter des oracles , sans annoncer qu'il rapportoit leurs décisions, qu'il n'exprimoit que leurs commandemens {39) : certes, il est impossible d'apercevoir dans une conduite semblable d'un tel homme le mépris de ses dieux et une direction donnée vers l'incrédulité.

Les travaux de Lycurgue comme législateur rjens gun peuvent suffire à sa gloire : il est des écrivains , |^" °" néanmoins, qui en font un grand guerrier (4o)« Si l'on veut lui donner ce nom pour exprimer une connpissance profonde de l'art de la guerre,

(38) Ca&tiihon , Génie des riat.'oHS iTc. Il, chap, lï, p. 73. (j9) Ki?/r, ci après, notre chap. viif. (40) ï-Wr Plu i arque, I.)curgu: , S- J".

2l4 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION*

pour rendre hommage à ses méditations et aux institutions qu'il forma , peu d'hommes l'ont mérité davantage. Mais l'histoire ne célèbre aucun de ses combats; elle ne parle même d'aucune guerre extérieure avant ou après qu'il eut publié ses lois : des troubles civils agitèrent seuls Lacédémone, et nous avons dit de quelles armes se servit Lycurgue pour les comprimer et les prévenir.

If n'en est pas moins remarquable qu'une constitution si militaire » la plus militaire peut-être qui ait été donnée, fut Fouvrage d'un homme qui n'avoit jamais été guerrier.

De la «le

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