CHAPITRE III
Du Sénat et des Éphores.
J^'INSTITUTION du sénat de Sparte a]obtenu originejtti les éloges de Platon (i) : la raison humaine, [^"^"•' •"' assistée , selon lui , d'une vertu divine , tempéra ainsi, en la balançant, par la sagesse des vieillards, l'autorité que la naissance donnoit aux rois. Le jour où il voulut changer la constitution de l'état , Lycurgue s'étoit associé , pour l'exécution de son entreprise , trente des principaux citoyens. Ils dévoient se rendre en armes dans la place publique, pour effrayer et contenir ceux qui voudroient résister. Deux des trente hésitèrent; les vingt-huit autres secondèrent le nouveau législateur : il les récompensa en déposant dans leurs mains une portion de la puissance publique (2). Rien n'est plus connu que cette origine. On a cependant prétendu (3), contre le
(i) Des lots, III, pag. 692.
(2) Plutarq. Lycurg, %l, 8 et 5;. Le sénat resta compose de trente personnes, les vingt-huit sénateurs et les deux rois.
(3) Lévcsque, Ztud. de rhht.nnc, tom. If, pajr. 29H. Pauw lavoit dit avant iui , part. IV, sect. IX, tom. Il, p;!^. 235.
témoignage de tous les historiens , que le sénat exîstoit avant Lycurgue. Lycurgue seul rétablit; il crut le devoir à la stabilité de ses lois. Indépendamment de ia sanction d'un oracle, elles ne pouvoient obtenir une garantie plus forte que d'en confier la surveillance aux hommes qui avoient aidé. le législateur à donner au gouvernement une force si nouvelle. Placé entre des rois qui pouvoient tendre à la tyrannie et tous les désordres des usurpations populaires » le sénat apporta dans l'organisation politique un contrepoids qui la maintint dans un équilibre salutaire; et lui-même ne pou voit exercer aucun despotisme , puisque ses délibérations avoient besoin de la sanction du peuple (4)-
Le passage de Platon diroit assez, quand l'histoire ne le diroit pas sans cesse, que le sénat fut un pouvoir indépendant des rois. Nous lisons pourtnnt dans un écrivain moderne ces mots» qui sont presque autant d'erreurs: « Lycurgue donna aux rois un conseil composé de trente sénateurs : les rois y avoient l'initiative ; ils décîdoient quels objets dévoient être renvoyés aux assemblées » (5). Le sénat n'étoit pas le conseil
(4) Plat. ihid. Piut. L^curg, %. 9. f^p/r ci- après, pag. 275.
(5) Saint-Lambert, /Vi/rc. des mœurs, tom. lli, pag. 370.
LiGISL. DES LACÊDEMONIENS. CH. III. 24;
des rois ; il n'étoit que de vingt-huit membres , et ce sont les deux rois qui le portoient k trente. Le prince n'y avoit aucune initiative exclusive ; elle appartenoit k tous ceux dont le corps se composoit. Enfin ce n'étoient pas les rois en particulier » mais le sénat en géi^éral, qui fatsoit le renvoi des objets discutés ou des décisions prises, k rassemblée des ciioyens.
Uâge parut aussi une garantie de la sagesse Age «se peu des délibérations ; il devoit ajouter au respect ^'î^juX pour les sénateurs , dans un pays où les mœurs , .d'accord avec ies lois , inspiroient une vénération particulière pour la vieillesse. Soixante ans furent exigés (6). Aristote n'approuve pas cette pensée de Lycurgue ; il se plaint du retard mis k fexercice d'une telle magistrature. Xénophon félicite au contraire le législateur d'avoir pourvu sagement k ce que la vertu se pratiquât jusque dans la vieillesse ; c'est en avoir mieux assuré Fexercice pendant toute la vie, que d'avoir réservé une si noble récompense k une persévérance si utile {7). Montesquieu partage l'avis de Xénophon (8).
(6) Plutarque, yiâ ile Lycurgue, S» J5-
(7) Arisc. II , chap. ix , p. 3 30. Xcnoph. RépubL lacéd, p. C^C .
(8) Esprit des lois, V, chap. vil.
Aristote reproche encore à Lycurgue de n'avoir soumis les membres du sénat à aucune reaponsabilité; et cependant lui-même remarque, immédiatement après » que les éphores étendirent jusqu'à eux cette surveillance illimitée tpx^Us se crurent en droit d'exercer sur tous les pouvoirs de l'état. La responsabilité qui s'attache si bien à une autorité qui agit et exécute , ne peut guère d'ailleurs s'appliquer à un corps qui délibère, moins encore si les délibérations rendues ont besoin d'obtenir la sanction de l'assemblée des citoyens (9). Avec une semblable responsabilité, livrée à Tacdon des magistrats populaires , il n'y auroit bientôt plus de liberté , plus d'indépendance , plus de pouvoir réel, plus de cette force intermédiaire que Lycurgue avoit voulu établir entre le peuple et ses rois.
f attriburioDs. L'action politique du sénat n'eut pas toujours i« m mtm- la même force. Depuis Lycurgue jusqu'à Finstitution des éphores (10) , son autorité fiit plus imposante et plus libre ; c'est alors seulement qu'on pouvoit dire , comme le fait Pausanias (11),
{9) y6ir ci-après, chap.iv 1 pagi 275.
( I o) Voir cî-aprcs , pag. a 5 3 rt suiv,
(il) Et non, comme le dit Gédoyn dans sa traduction » i]u*il étoit le souverain tribunal des Laccdcmonlens. Paus. liii S* 1 1. D'autres ont commis la même erreur.
que le sénat étoit la principale puissance. La création des éphores afToiblit par des frottemens redoublés et des compressions fréquentes un pouvoir si nécessaire à la tranquillité publique. Le sénat continua pourtant à recevoir de sa nature même y des jugemens qui lui étoient confiés (12) , de son influenc * sur la guerre, sur la paix, sur les relations avec les autres peuples, un haut caractère d'importance et d*utilité. II avoit, de plus , une origine populaire, bien que ses fonctions fissent de lui le corps aristocratique de l'état; c'est l'assemblée des citoyens qui élisoit les sénateurs. L'élection étoit, dans ses formes , bizarre et puérile : Aristote le reproche aux Spartiates, comme il leur reproche l'obligation imposée à ceux qui croyoient avoir droit d'obtenir cette magistrature de la solliciter publiquement (13). Plutarque décrit (i4} ces formalités, justement censurées par Aristote. Le peuple réuni enfèrmoit des hommes choisis dans une maison voisine; ils ne pouvoient ni voir, ni être vus ; ils en tendoient seulement le bruit de l'assem-
(12) Pausanias , Iil> SS» 5 et é , établit fe sénat juge d'un roi accusé, et d'une question de droit d'aînesse et de légitimité pour la succession au trône.
(13) Politi/fue, II, chap. IX, pag. 330 et 331. (i 4) KrV Je Lycurgue , S • 5 > •
klée , qui , en cette occasion comme dans toutes les autres , exprîmoit son suffrage par des Cris. On £iisoit venir ensuite les candidats » dans un ordre réglé par le sort; ils passoient en silence; les hommes enfermés marquoient sur des tablettes les acclamations accordées chaque fois, en les désignant par cet ordre même, le premier, le second, le troisième, ëcc. : celui qui avoit obtenu les plus nombreuses étoit déclaré sénateur. II alloit, à Finstant, couronné de fleurs, remercier les dieux. On le suivoit en foule au temple , les jeunes gens et les femmes chantant à Tenvi ses louanges et bénissant ses vertus. Ses parens apprétoient une collation et la lui présentoient en disant : « La ville t'honore de ce festin. » Venu de là dans la salle des repas ordinaires, l'élu y recevoit une double portion, dont il gardoit l'une et donnoit l'autre à celle de ses parentes qu'il estimoit le plus , don qu'il accompagnoit de ces paroles : «c Ce témoignage d'honneur que je viens de recevoir, je vous l'offre de même. » Les autres femmes la reconduisoient avec les mêmes acclamations que le nouveau sénateur.
Un publicisie distingué , que ses talens et ses nobles vertus élevèrent à la première magistrature de sa patrie, pense que les dignités sénatoriales devenoicnt héréditaires dans les familles
LÊGISL. DES LACEDÉMONIENS. CH. III. 249
deSpartequien avoient d'abord été revêtues (i 5). On ne peut douter que les descendans des premiers sénateurs n'aient trouvé dans leur origine même y et dans l'influence du corps auquel avoient appartenu leurs pères, des moyens plus assurés de fiiveur et de préférence : mais il falloit soixante ans pour être éligible ; mais, quelles que fussent les formes de l'élection , elle n'en étoit pas moins accessible à d'autres rivalités , à d'autres ambitions , h des services réels, et, quand le pouvoir des éphores se fut accru , à tous les intérêts et toutes les espérances que l'esprit démocratique devoit inspirer et protéger en faveur de ses amis.
On ne voit pas que les rois aient jamais uni Cormpik des marques d'une satisfaction particulière k p*^***" celles que montroit ie peuple , quand il venoit d'élire un sénateur. Le premier exemple , et le seul peut-être, qu'on en trouve, est du règne d'Agésilas, mort trois cent soixante -deux ans avant Tère chrétienne ; il envoyoit aux sénateurs nommés une robe et un bonnet, comme un témoignage de sa considération pour leurs vertus : encore finit-on par s'en irriter, et les éphores punirent d'une amende cette foible munificence
(1 j) M. Adams , D/ftas iies const, amir, lom. I, pag. 365.
du roi (16). S'il fklloit en croire Âristote (17)1 ce ne seroit pas seulement d'un roi de Sparte, à Tépoque de iéur nomination et comme une marque d'honneur 9 que les sénateurs auroient reçu des présens ; ii les accuse d'en avoir accepté de plus corrupteurs , et d'avoir diverti pour eux et pour les autres les deniers publics : c'est principalement sur cela qu'est fondé le regret qu'il éprouve , de ce qu'aucune loi ne les ait soumis à rendre compte de leur administration. II est difficile de croire qu'Aristote ait fait au hasard des imputadons si graves; mais il est également di^ ficile , on doit l'avouer , que de telles prévarications , si elles existoient, fussent restées impunies chez un peuple qui avoit des assemblées générales, beaucoup de tribunaux , et ces éphores» pour qui une accusation de plus étoit un moyen de plus de popularité. Après les rois, c'est sur les sénateurs que les éphores dévoient chercher le plus à étendre cette surveillance hautaine qui sembloit les agrandir à mesure qu'elle se portoit sur les premières dignités de l'état. Ici même, ils n'auroient fait que remplir les devoirs qui leur éloient imposés y puisque la loi leur conçoit la
(16) Pluiarquc, A^e'iiia;, S- 5 ; Amldc fraifrncllc , S- 9.
(17) Foliiitjut', n , thap. IX , jmg. 3 30.
LÉélSL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. III. 25 I
direction générale des finances publiques (i8}. M. de Pauw prétend ( 1 9) qu'un des moyens , pour les sénateurs» de s'enrichir , étoit dans les tran-r sactions avec les peuples alliés; que ces peuples obtenoient aisément du sénat la permission de payer en argent le contingent dû en troupes efifèctives , et qu'alors ils donnoient tous les fours aux Lacédémoniens une demi-drachme d'Egine pour la solde de chaque fentassin et deux drachmes pour la solde de chaque cavalier. II y a peu de relation entre les différentes parties de cette phrase : si le prix de cette transaction étoit donné aux Lacédémoniens» on ne voit pas comment il corrompoit les sénateurs. Mais il y a plus ; Xénophon» que l'auteur atteste» ne dit rien du sénat : une assemblée générale des citoyens se tient à Sparte; des alliés y assistent; des députés dTAcanthe et d'ApoIIonie y signalent les dangers dont Olynthe les menace tous ; une levée d'hommes est ordonnée ; on permet de suppléer par une rétribution pécuniaire aux hommes qu'on ne peut fournir : le sénat n'est nommé ni dans la délibération prise» ni dans le discours
qui la provoque (20). Aucun fait de prévari- ^™^— ■ Il I ■ ■ ^— ^— — ^—1— ■— — — — ^
( 1 8) Voir ci-après , pag. 2 64.
(19} Eech, sur les Grecs, part. IV , scct. 11,$, a , t. Il, p. 397.
(ao) Voir Xcnoph. Hellca, V , pag. 554 et suiu.
2jZ HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
cation ou de corruption ne paroit imptLXBble avec quelque certitude à ce corps, tout formé d'hommes dont le choix même étoit Fapprobation de leurs vertus , et qui dévoient être peu portés à souiller d'un crime les dernières années d'une vie consacrée par la vénération publique.
Le même écrivain assure que les sénateurs finirent par être réduits au jugement des causes civiles, de manière qu'ils représentoient plutôt une cour de justice qu'un département politique (21). On voit cependant les causes criminelles du plus haut intérêt , les accusations des rois, par exemple, portées à leur tribunal (22); on voit aussi, dans les occasions les plus importantes, comme après la bataille deLeuctres, le sénat se réunir pour délibérer sur les intérêts de l'état (23).
Le sénat subsista jusqu'au temps oii les Héraclides cessèrent de régner : ce fut le dernier roi de la branche des Agides , Cléomène III , qui le
(11) Part. iv,scct- XI, S- », pag. 391. ^w> aussi Espr.dt Vhiit, Ictt. IX, tom. I , pag. 174.
[11) Voir ci-après , chap. XllI, lom. VI, pag. 8.
(25) Xcnoph. HtUin, VI, pag. 597. Ce lut dans la citaddle qu*il s*asscmbla.
détruisit (24). D'autres magistrats furent établis pour le remplacer ; et , par une de ces ironies dont font un usage fréquent les hommes astucieux qui bouleversent les institutions des empires , Cléomène leur donna un nom qui supposoh une autorité paternelle. Bientôt après , son trône même s'écroula (25) ;il n'existoit plus rien des anciennes institutions : la république fut proclamée ; on n'eut que la tyrannie.
Les éphores même, si audacieux et si puissans I les éphores avoient succombé sous Cléomène. N'étant pas sûr de l'obéissance , s'il osoit les supprimer y il les fit massacrer lâchement, pendant un sacrifice , dans le temple de Minerve (26).
La magistrature des éphores étoit moins an- éumisscdwi cienne que celle du sénat; mais elle avoit eu plus i'cCm^uu^! d'éclat dans l'histoire de Sparte. Les agitations et les entreprises d'une autorité turbulente frappent bien autrement les regards de la postérité , que la conduite modérée d'une autorité circons* pecte et tranquille. Les éphores , depuis leur institution , avoient sans cesse lutté pour agrandir
(24) Paus. 11,5.9.
(25) l o/'r cî-dcssus, chap. II , pag. 2 ^7.
{16) Polyb. IV, chap, ix. Piularq. CUomùm, S. }}^
leur puissance, toujours secondés par le peuple, dont ils se proclamoient les défenseurs , quoiqu'ils ne fissent valoir ses droits que pour euxmêmes. Établis dans de% vues populaires par ua roi (27) dont la famille eut souvent à déplora son inconcevable erreur , ils furent toujours fidèles à leur origine» et punirent le bienfiiit dans les descendans du bienfaiteur. On a supposé que des sentimens d'animosité envers le sénat 1 dont les délibérations étoient toujours approuvées par le peuple ^avoient entraîné Théopompe vers une mesure qu'il crut capable d'afix)iblir une puissance rivale. II étoit pourtant facile d'apercevoir quun corps de citoyens , tous parvenus à un âge ami du repos et peu favorable aux innovations, seroit moins redoutable pour la royauté que cinq magistrats renouvelés chaque année et ayant dans leurs mains toute fa force de la masse des citoyens qui les auroient élus. Si les éphores pouvoient inquiéter le sénat , ils dévoient devenir bien plus sûrement les ennemis des rois.
II ne peut s'élever aucun doute sur Fépoque de rinstitution des éphores. Je sais que les auteurs anciens n'ont pas tous la même opinion :
(17) l'ofr ci-dessus , chap. il , pag. a 1 8 et 2 1 9.
mais ce sont les écrivains politiques qu'il faut sur-tout croire , quand il s'agit du gouvernement des états ; on est sûr qu'ils ont apporté à l'eicamen une attention plus éclairée que les écrivains ordinairesy qui embrassent à-Ia-fois tous les faits concernant un peuple. Aristote, qui mérite une si haute confiance , et comme ayant été encore contemporain du gouvernement de Sparte , et comme le premier des publicistes de Fantiquité , Fattribue à Théopompe (28) : et comment supposer qu'un tel homme , jugeant , en présence de toute la Grèce , la constitution d'un peuple voisin , se f&t trompé au point de déplacer de cent trente ans (29) une institution qui eût entièrement changé la forme du gouvernement établi par Lycurgue ! Xénophon , quoi qu'on en ait dit y ne la rapporte pas positivement à ce législateur (30). Platon en est bien plus éloigné: il marque la progression des pouvoirs publics, et les changemens crus nécessaires pour qu'une balance plus juste fût établie. Un homme animé d'un esprit divin ( Lycurgue ) avoît borné la puis-
(28) Liv. V. chap. XI, pa;?. 407. Il est même assez ctonnant qu*on lui donne une opinion contraire dans des observations sur sa Politiéjuf, Mém, de VInst. 3.* classe , tom. II , pag. 404.
(29) Il y a ctt espace de temps de Lycurj;iie àThcopompc. f jd) Voir sa RépuBL de Lnecd, pag. 683.
sance des rois par rinstitutton (Tun sénat; lia autre sauveur, dit-il , limita ces deux autorités par l'institution des éphores (31). Cicéron répé — toit à Rome » environ trois siècles après , ce qu*i avoit lu dans les auteurs grecs les plus dignes d^ lui servir de guides (32). Plutarque, qui avoi étudié avec tant de soin les actions de Lycurgue qui ne laisse échapper aucune de ses institutions, non-seulement ne lui attribue pas Téphorie , mais il l'attribue formellement à Théopompe : il dit à quelle époque et dans quelles circonstances ce nouveau ressort fut introduit dans la machine de rétat; il nous apprend le nom du premier citoyen élevé à cette magistrature (35). Hérodote annonce le contraire , je Favoue (34); mais , outre qu'il est sur ce point d'une fbible autorité, ces mots, les seuls qu'il dise , « il institua les éphores et les sénateurs » , ne paroissent pas devoir inspirer une confiance égale à celle
(31) Des Lois ,l\\, pag. 69 1 . Le voir aussi tome II , pag. 779. On ne peut opposer quelques mots d'une cpitre (épit. VIII, tom. m, pag. 354) à un passage si formel et si développé d'un ouvrage politique.
(ja) Des Lois, 111, S- 7- Valèrc Maxime le dit aussi, iv, ch. I , ext. 8.
(35) Lycurg, S- n. Plutarquc s'appuie aussi sur le passage que nous avons cité de Platon.
(34) Liv. i,S. ^;.
LàCISL. DES LACÊDÉMONIENS. CH. tll. I57
des écrivains qui nous ont expliqué les motifi de ce qu'on crut utile de faire , en comparant Finstitution nouvelle à la position où se trouvoit alors le gouvernement de Tétat. Peut-être même 8uffiroit-ii de se rappeler une célèbre réponse de Lycurgue » pour être sûr qu'il ne donna pas aux Lacédémoniens une semblable magistrature : ce Tu veux le gouvernement populaire ; commence par rétablir chez toi » ( 3 5 }• Et quand il résolut de proclamer sa constitution , où chercha-t-il son appui ! Est-ce dans le peuple» qu*il favorisoit pourtant! Ce fut dans les principaux citoyens (j6). Lycurgue voulut fiiire beaucoup pour le peuple y mais rien par lui. Et si nous passons tout-à-coup du siècle où commença la constitution de ce grand homme » à celui où elle acheva de tomber y nous entendrons Cléomène dire au milieu des citoyens , sur la place publique , ces paroles » qu'il n'eût certainement pas prononcées si elles n'avoient été l'opinion générale de ceux qui Fécoutoient : « Lycurgue adjoignit un sénat à la royauté ; Fétat fut ainsi long- temps gouverné, sans avoir besoin d'aucune autre magistrature : engagés dans une guerre contre les Messéniens»
(35) PlauLycurg.S.io.
(36) Voir ci-dessus » chip. Ill, pig. a43*
qui fut de longue durée , forcés d'être dans les camps I les rois choisirent pour rendre la justice en leur nom , dans l'intérieur de la cité, quelquesuns de leurs amis» qui n'étoient alors et ne furent long-temps que leurs ministi*es. Ces nouveaux magistrats , que Ton nomma éphores , se constituèrent insensiblement une juridiction indépendante, et usurpèrent une suprême autorité» (37)* Cléomène» nous le répétons 9 eûtnil tenu ce discours au peuple réuni, s'il n'y avoit eu j à cet égard , une notoriété ancienne et publique l ({iiiis lurent Tant que les éphores furent les suppléans I; ce quib niomcntanés d'une des fonctions des rois* aiicun
Rii» et par '
noyens. danger ne menaça les autres pouvoirs, ni par conséquent la constitution ; mais , accoutumés à Texercice d'une autorité d'autant plus fréquente que les guerres étoient plus longues et plus nombreuses , les éphores dévoient chercher à ea perpétuer la durée. Le principal appui de leur succès , sa plus grande espérance , étoit dans la jalousie mutuelle des rois; ils le reconnurent aisément et en profitèrent avec habileté , se réservant bien de tirer ensuite une force nouvelle de cet entraînement, qu'il est si facile de commu-
(57) Plut. Vie iie Cléomcne , s, j^.
rmîquer au peuple 9 vers la possession d'un pouvoir ipie ses flatteurs ne lui promettent que pour Texercer eux-mêmes. Un seul prince eût résisté peut-être ; il eût comprimé leurs efforts : avec deux rois, Téphorie devoît prendre la direction qu'elle eut ; leur rivalité nécessaire devoit donner à cette magistrature l'accroissement rapide qu'elle obtint, puisqu'une de ces rivalités auroit besoin de s'appuyer sur elle. De là des concessions perpétuelles, ou des usurpations souffertes avec timidité. Les rois ne voyoient plus que le besoin actuel de leur ambition ou de leur orgueil ; ils ne voyoient plus en elle-même cette royauté , leur patrimoine héréditaire , le patrimoine de Fétat , que des traditions respectées faisoient remonter jusqu'aux dieux ; chaciui d'eux la laissoit attaquer, dans le collègue dont il étoit jaloux. Combien de fois le désir inconsidéré d'un succès présent et trompeur n'a -t- il pas feit aliéner ainsi , par les passions des hommes , Firréparable
avenir î
Des citoyens qui vouloient tout ramener à une magistrature qu'ils espéroient d'exercer, nourrissant contre les deux autres pouvoirs une envie secrète et active qu'ils avoient les moyens de rendre puissante, dévoient être portés à choisir les plus audacieux de préférence aux plus sages^
26o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.
Une opposition plus marquée à Fautorité des rois et du sénat devoit fixer assez souvent les suf&ages du plus grand nombre. L'amour de l'argent , pénétrant dans le cœur de ces hommes dont les institutions avoient tant fait pour le repousser I donna encore à l'éphorie une direction funeste pour la morale publique. Ce n'est point ici une vaine supposition ou une fausse conjecture : un philosophe non moins distingué par son amour de la vertu que par son génie , Anstote, l'avoit remarqué (3 8); il se plaignoitde voir nommer éphores des citoyens pauvres» que leur pauvreté même conduisoit à la vénalité; il en rappelle des exemples anciens , il en cite de nouveaux ; il accuse ces magistrats de vivre dans une grande dissolution , et de se mettre ainsi, une fois de plus, en contradiction avec les institutions de Fétat. On avoit donc commencé à violer cette ancienne loi qui déclaroit inéligibles aux magistratures ceux qui ne pouvoient fournir à la dépense des repas communs (39}« Du reste, aucune exclusion n'avoit été prononcée
(38) Politique, II , chap. IX, tom. II , pag. 330.
(3 9) ^^'^ ci-après , chap. iv , pag. 287. Aristote, au reste, dîc souvent, in^^iUtÇt et non pas toujours , comme on le lit notamment dans la dissertation de VauvilUer;, pag. 143. Mais voir encore ci-après, pag. 269.
LÉGISL. DES LACÉDEMONIENS. CH. III. ZÔi
contre ce que M. de Pauw appelle la noblesse de Lacédémone. Elle étoit» dit-il (4o) , attachée à la &ction de la cour , au point qu'on n'avoit nulle confiance en de tels hommes : mais la faction de la cour dans les républiques , c'est au milieu de Passemblée du peuple qu'elle se trouve , c'est auprès des chefs de ce peuple , des magistrats qui raniment et le dirigent ; c'est autour des éphores qu'elle devoit être à Sparte , depuis qu'ils avoient acquis un immense pouvoir. Ubbo Emmius ^que M. de Pauw cite à ce sujet , venoit de dire luimême qu'on les choisissoit sans distinction daus toutes les classes de citoyens (40*
Aristote se plaint également de la tyrannie des Leur coodui éphores. Les rois eux-mêmes s'étoient crus obligés de leur complaire > et la constitution fut encore altérée sous un autre rapport (42). II eût été difficile d'usurper une autorité plus insolente , et malheureusement plus universelle. Les éphores furoient bien , tous les mois , au nom du peuple , de respecter la puissance du prince , qui lui-même venoit de jurer qu'il régneroit conformément aux lois (43) ; niais cette conformité de la conduite
(40) Recherch, phlhsoph, sur les Grecs , tom. Il , p. 391.
(41) Sine discrimine generi s, Einm. in, pag 125:. (4a) Aristot. //'/W. pag. 330.
{43) Xcnopli. Re'publ, laced. pag. 690. i ^
Vijgaà des roi»
tenue au serinent prêté , les éphores en étoien^ les seuls juges , et, par cela mèmey ils deve^ noient encore plus les maîtres des rois.
Les éphores aussi pouvoient mander le prince ^ et il n'auroit pas désobéi trois fois sans danger à la sommation qui lui auroit été feite (44)* Us ne rougirent pas de condamner Agésilas k une amende» sur le motif qu'il attiroit à lui seul les cœurs de tous les citoyens , qui dévoient être partagés (45)- Agésilas expioit ainsi rabaissement où il a voit placé la royauté en présence des éphores (46).
Nous avons vu à l'aide de quelle superstition les éphores s'étoient arrogé le pouvoir de suspendre les rois (47). Léonidas , appelé par eux en jugement, ayant refusé de comparoître, ils donnèrent la royauté à Cléombrote , son gendre (48). Les éphores n'abusoient pas toujours à ce point de leur influence; mais ils ne souffroient jamais
(44) Plutarq. Cléomèae, $• 34*
(4;) Pluurq. ^^/7. S. 6.
(46) Voir ci-dessus, pag. 221 , note 17. Plutarque dit aussi d*Agésilas, $.5 (je me sers des expressions naïves d'Amyot) : « Mandé par les éphores, y ailoit plus vite que le pas. »
{47) Voir ci-dessus, chap. Il , pag. 220.
(48J PJutarq. Agis, %, ly Voir aussi, Hcrodot. V, S. 39, et VI , $. 82 , le jugement dont ils menacent Clcomène I/^ et celui auquel ils procèdent contre ce roi.
LÉGISL. DES LACEOÉMONIENS. CH. III. 263
que le prince y résistât ou cfierchât à s'y soustraire. Agésilas est rappelé au milieu de ses succès guerriers , contre l'intérêt de sa gloire ; il obéit k rinstant y aussi soumis que s'il se fût trouvé seul et désarmé dans l'assemblée des éphores : il reçoit même , avant d'arriver à Sparte, un ordre nouveau, pour se rendre en Béotie; il y va combattre les Athéniens, et, malgré tout son courage , amène cette journée de Leuctres , une des plus fatales à sa patrie [A^)*
J*ai parlé d'entreprises plus audacieuses, de rois jugés par eux et envoyés à la mort (50). L'inviolabilité nécessaire de la dignité royale fut toujours sans force devant la factieuse tyrannie de ces hommes , qui ne cessoient d'invoquer le peuple pour en égarer la puissance. A leur prépondérance politique ils avoient joint insensiblement la portion la plus redoutable du pouvoir judiciaire envers tout ce qu'il y avoit de fonctionnaires publics , comme envers les citoyens ordinaires ; ils imposoient arbitrairement des amendes , les faisoient payer sur-le-champ, interdisoient les magistrats , les emprisonnoient , les
{49) Plut^rq. AgésiL $$: 24 et a6, Xcnoph, i4^/ir/7. p. 661, Corn. Nép. A^ésiLis, $• 4.
(jo) l oir ci-dessus, chap. Il, pag. 220.
iivroient*à la mort ( 51 }• Leur pouvoir étoit d'autant plus grand, qu'il n'y avoit pas de règles écrites (52). La décision ne dépendoit que d'euxmêmes. Cétoit le despotisme du juge mis à h place de ia volonté des lois.
unUcB^ob- II ^i inconcevable qu'après avoir donné ou laissé aux éphores une autorité que devoit rendre plus forte fimpulsion naturelle de tout pouvoir populaire , on ait mis dans leurs mains la fortune publique ; c'est à eux du moins que Ton confia ia garde des richesses d'Athènes vaincue. Ils voulurent, un moment, renouveler la loi de Lycurgue contre l'or et l'argent ; mais on se contenta d'ordonner que le trésor de l'état pourroit seul s'en servir, et seulement pour les besoins publics (53).
Les éphores exercèrent aussi sur les mœurs publiques et privées une assez grande influence. Plutarque (54) leur Biit condamner un citoyen à l'amende, pour avoir souffert qu'on Finsuitât; il leur en fait condamner un à la mort, pour avoir mis sur sa tunique une robe de pourpre : c'étoit moins le faste qu'on punissoit sans doute, que le
(51) Xcnoph. Rqf, lacéd. pag. 683.
(5a) Aristot. chap. ix, pag. 3 \o,
(53) V\\xi,Lj's. S- 30 ctsuiv,
(54) Ai*^hthegmesdts Lacédtm, pag. 239.
LÉGISL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. 111. l6$
mépris des lois. Terpandre ajoute une corde h sa lyre , pour en varier les tons ; les éphores clouent sa lyre à un mur : Timothée en ajoute deux à la sienne; un des magistrats prend un couteau, et lui demande de quel côté il &ut couper les cordes qui excèdent (e nombre prescrit ( y 5 ).Céphîsonte s*étant vanté de parler un jour entier sur le sujet qu'on lui proposeroit , quel qu'il f&t » les éphores bannirent de Sparte cet efFrayant orateur (56).
L'éducation de la jeunesse devint une des portions de ce domaine politique. Comme un air efféminé ou une corpulence trop forte étoient peu honorables dans Fopinion des Lacédémoniensy les adolescens étoient visités, nus, tous les dix jours , par ces magisti'ats ; leur vêtement et leur lit Fétoient plus souvent (5 7). Aux éphores appartenoit aussi le droit de choisir, parmi ces guerriers naissans , les chefs qui dévoient les commander; ils déterminoient quand et dans quel corps on serviroit ; ils punissoient ceux qui, poussant trop loin Tardeur de se battre, auroient refusé de se séparer quand on le leur prescrivoit (jS). Âristote et Plutarque nous
(55) WJ, p. aj8. Voir Pàui. m , S. »a.
{^6) Plut. p. 239. Scxt. Emp. Adi>, Gram, Il , chap. xi,
^57) Athcnce, xii, S. 12.
(58) XcRoph. Re'iK laccd, pag. 679, 680 et 685.
apprennent encore ( jp ) qu*à leur entrée fonctions les éphores imposoient aux Spartiates un sacrifice qui ne pouvoit avoir pour objet que de les accoutumer à une obéissance absolue pour les lois 9 quelque chose qu'elles ordonnassent.
»bies garanties Âînsi les éphores étoient les surveillans de ^tt^r. * l'éducation et des mœurs, les organes et ies chcfe du peuple, les contrôleurs des rois, les inspecteurs suprêmes et perpétuels de tous les magistrats et de toute l'administration publique : ils pouvoient toujours proposer des lois; ils participoient, au plus haut degré, à la puissance judiciaire (60) ; ils étoient les arbitres des récompenses, comme ils Tétoient souvent des peines (61); ils avoient une véritable influence sur la guerre, par la résidence de deux d'entre eux auprès du roi , et par le droit inouï de rappeler à leur gré le prince de l'armée (62); ils devenoient même quelquefois les interprètes des I * —
(59)' Plut. j4gis, S- 33 ; Deiai de lajust. d'tp, p. 550, t. II.
(fç) Voir, outre ce que j'ai dit pag. 26) , ci-après pag. 31a. Banhciemy dit, tom. IV, pag. 162 , qu'ils eurent la puissance executive tout entière. Le commandement de Tarmcc et la surintendance du culte étoient restes aux rois.
(61) Voir V\ixi, lu J'j4g/silas, S' 59-
{61) Voir ci-dessus, pag. iCx et 263 , et Xcnoph. pag. 6SS.
ïuz ( ^3 }• Et pour tant de pouvoir, quelles >ient les garanties offertes contre eux par les s de l'état l Ils juroient tous les mois , dit . Adams (64) 9 pour eux-mêmes et pour ie uple qu'ils représentoient , de maintenir les nneurs héréditaires de la famille d'Hercule , révérer les rois comme ministres de la reli- >n y de leur obéir comme juges et de les suivre nme généraux : voilà, certes, ajoute-t-il, des positions , des contre-poids , une balance. Si éphores respectèrent la royauté dans les presrs siècles de leur existence , il n'en fut pas si dans les siècles suivans; leur serment, s'ils eussent prêté un semblable, n'eût été alors un parjure. L'engagement qu'ils prenoient it loin d'ailleurs d'avoir toute l'étendue que le ant Américain lui donne ; il n'exprimoit ni les tits du prince concernant la religion, ni l'ossance qui lui seroit due sous les rapports iciaires , ni même l'obéissance plus étendue et s durable qu'il avoît droit d'exiger comme :f de l'armée {65). Nous venons de dire (66) î cette puissance militaire , la plus grande force
13) ^/r ci-dessus, c. Il , p. 210, et cî-aprcs> lech. VJli. »4) Défense des constif. améric. 1. 1 , p. 367. Î5) l^oir \énoph, pag. 691 , et Crag. Il, ch. If , pag. 100. 16) Voir encore ci- dessus , pag. 216 et 262,
a68 HISTOIRE DE LA LÉCllSLATION.
des rois de Sparte , dans la constitudon de Lyturgue , avoit subi elie-méme les atteintes les plus funestes. Les éphores finirent même par recevoir les ambassadeurs au nom du peuple » et par rendre , en son nom aussi , des décrets qui régioient le sort des nadons vaincues {6y). icy r ftuiorité Quant au sénat , Condillac affirme (6 8} que ses ;ar4 des »eni- ,^g„^jj,.gg pouvoicnt être cassés par les éphores.
L'histoire cependant ne nous montre aucun iàit sur lequel une affirmation si posidve et si importante puisse être fondée. li est bien vrai qu'un pareil abus d'autorité n'auroit rien que ne surpassassent d'autres usurpations des éphores : mais les sénateurs étoient nombreux; ils avoient vieilli dans le service public ; ils étoient sur-tout élus par le peuple. J'ai quelque peine à croire que des magistrats populaires eussent ainsi destitué un vieillard appartenant à un corps composé tout entier d'hommes élus par l'assemblée générale des citoyens et choisis à perpétuité (69);
(67) Xcnoph. Heil/a. Il , pag. 459. Plut. Lys. S. 28.
(68) Hist. tfifr. I , chap. xiv^tom. V, pag. iio. fW aussi Goguet, tom. V, pag. 86. L'auteur de V Histoire des empires i'avoit déjà dit , tom. IX, pag. 283, en ajoutant que les éphores pou voient même punir de mort les sénateurs; il cite Plutarque, mais Plutarquc ne le dit pas.
(69) Voir ci-dessus, chap. IJi, pag. 243 et suiv.
:ar les constitutions de l'état les déclaroient inamovibles.
Pour l'élection des éphores , la préférence de DaMqueUeci
r • • / • • f !• de citoyens é»
la majonté de voit rarement s appliquer aux ^,^^1,^^ ^p,„ [lommes les plus recommandables par leur sagesse et leurs vertus ; ils ne flattoient ni n'agitoient cette multitude de citoyens qu'agitoient et flattoient perpétuellement les hommes vénaux et dissolus (70). Mais est-il vrai que les éphores Rirent toujours choisis dans ia dernière classe du peuple (71)! Us ne pouvoient Tétre que parmi les vrais Spartiates , et il n'y avoit pas de dernière classe parmi eux : on désigna même par égaux, et cette qualification étoit juste , ceux qui jouissoient de la plénitude des droits de cité (72) ; les autres habitans de Sparte n'auroient pu devenir éphores. Mais cette impossibilité de fournir au contingent demandé pour les repas en commun étoit accidentelle; les circonstances qui en éloignoient aujourd'hui des citoyens, pouvoient cesser : ie droit primitif n'en étoit pas altéré ; i{ revivoit tout entier ; et c'est sous ce rapport qu'on peut reconnoître 9 avec Aristote(73) , que tous les
(70) Voir ci-dessus , pag. 159 > et Ubbo Emmius , pag. 1 25.
(71) Comme fe dit Vauvilliers, pag. 143. (7a) Vûir ci-après, chap.iV, pag. 188, (?}) Politique, lî, chap. IX, pag. 330.
tare.
citoyens étoient éligibles ; leur naissance même les investissoit de ce caractère, ^ct traabks Maîs, coiume c'est précisément dans la majo- X*Lic"!nJ "^^ ^® leurs suffrages ou de leurs votes que résidoit l'élection ou la délibération publique, c'étoit là que devoit être le feyer le plus animé des brigues , des ambitions , des entreprises de pouvoir et des luttes d'autorité : aussi vit-on , dans tous les grands mouvemens de Tétat , les citoyens se partager, s'attaquer, se combattre, en Êtveur des rois ou des éphores , ou plutôt , pour ou contre un des deux rois envers l'autre , protégé par ces magistrats. Le règne d'Agis en particulier en offre un terrible exemple (74) : les éphores appuient le rétablissement qu'il propose des lois de Lycurgue, et deviennent les accusateurs de l'autre roi , dont l'opinion étoit contraire. L'année finit; l'instabilité des magistratures annuelles se montre tout entière : les nouveaux éphores se prononcent aussi vivement contre Agis que les premiers Favoîent fait pour lui ; ils poursuivent même leurs prédécesseurs , comme ayant partagé les sentimens de ce roi (75). Mais le sort de ces hostilités politiques est rarement douteux : le
(74) Pluwq. Vie d'Agis» S- «3 ei sutr.
(75) IMd^S- Il et 14.
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lombre et la violence des combattans assurent e triomphe au parti populaire; et si la royauté 'emporta une fois dans ces luttes funestes, par piel attentat aussi ne souilla-t-elle pas sa victoire! [^(éomène fit assassiner traîtreusement les éphores iésarmés {76). Léonidas, roi contemporain du lernier Agis, et son rival, avoit osé, quelques innées auparavant, les déposer et en nommer Tautres {77)* L'éphorie étoît sur le point de tomber sous ses propres excès : à force d'ébranler n d'envahir les autres pouvoirs , elle avoit fini par creuser son précipice à elle-même ; elle s'étoit crue indépendante du peuple et dispensée de ravoir pour appui. On vit un éphore ajouter un mois à Tannée sous le rapport des contributions publiques, feire payer en conséquence un treizième de plus pour l'impôt , craindre ensuite ceux dont il avoit voulu Fexiger , s'environner contre eux d'hommes armés qui lui servoient de garde , prétendre à remplir encore une magistrature expirée , et n'être sauvé de ses crimes que par Fafièction du peuple pour son fils , dont la valeur étoit chère à la patrie (78).
(7(5) Voir ci-dessus , chap. lU , pag. 253.
(77) Plutarq. Vie d' Agis, S- *o.
(78) /^iV/.S. 17.
D« qad<{ucs au- UîiTiprobatîon de l'historien sur la prétention
«m lois coDCCrnant ,, ttft *r t • n t
ksépiioKt. quavoit eue lépnore de le redevenir f année
suivante, annonce qu'on n'étoit pas rééligible immédiatement à cette magistrature. L'élection s'en faisoit vers notre lo octobre (79). Aristote se plaint du mode de cette élection , sans le rappeler (80) • Les éphores étoient au nombre de cinq, et non pas au nombre de neuf, comme on l'a prétendu (8 1} : un d'entre eux les présidoit et fut désigné par le titre d'éponyme ; sa présidence devoit durer autant que sa magistrature, puisque son nom étoit à la tête de tous les actes de Tannée et servoit à la désigner (82). Pausa* nias nous dit où s'assembloient les éphores, ainsi que les autres magistrats. Ils convoquoient les citoyens , quand il y avoit des choix à faire ou de^ résolutions à prendre. Les décrets portés alors commençoient par ces mots , // a paru aux éphores et à l'assemblée, comme les sentences prononcées dans leur tribunal particulier commençoient par ceux-ci , // a paru aux rois
(79) Dodwell , dlssert. Vlll , sect. V. Cragius , pag. 13 3.
Thucyd. V,S. 3^-
(80) Politiq, II , chap. IX , pag. 330.
{81) Voir Cragius, Il , chap. IV, pag. 125. (82) Voir Paus. 111, S. » « i Xcnoph. Hellén. II, pag. 46a; Piutarq. L^'s. S- 57.
LiGISL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. III. ^73
et aux éphores (83). Le nom de ces magistrats se retrouve dans des actes postérieurs à l'attentat de Cléomène et à la chute entière du gouvernement que Lycurgue avoit fondé. Jonathas, souverain pontife des Juifs , adressoit une de ses lettres, dans le second siècle avant Tère chrétienne j aux éphores , au sénat et au peuple da Lacédémone (84)* Ces titres mensongers étoient les seuls restes de la liberté publique.
Uéphorie » à ses derniers momens , ne s'étoit montrée ni moins insolente ni moins corrompue qu'au temps de sa plus haute puissance. Elle finit par mettre en vente la royauté. Un ache* teur, nommé Lycurgue, se présenta; il ne lui en coûta qu'autant de talens qu'il y avoit d'éphores. Ces magistrats furent bientôt punis d'avoir osé trafiquer ainsi de l'autorité confiée pendant neuf siècles aux descendans d'Hercule : leur magistrature fiit irrévocablement abolie (85).
(83) Voir Barchélemy , chap. XLV, tora. IV, pag. i éi et 1 63.
(84) Josèphe, Antiq, jud. XIII • chap. V, S- 8.
(85) Polybc, IV, chap. ix et XViii.