‹ Histoire de la législationChapitre 16 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De quelques autres Magistratures. Administration de la justice; Police générale ; Revenus publics.

\J N grand respect devoit environner les magistrats, dans un pays où la loi étoitsi puissante, la soumission si universelle et l'obéissance si prompte (i).

lagîstnts por- La république de Sparte avoit des magistrats «raîrcf. perpctuels et des magistrats temporaires ; les sénateurs étoient à vie , les éphores pour un an. La durée des fonctions publiques fut ou déterminée par la loi, ou réglée par es besoins de Fétat et Tavantage qu'il trou voit à en charger tel ou tel citoyen. On peut classer aussi ces magistratures par les lieux où elles s*exerçoient, la capitale ou les provinces.

La différence la plus vraie est celle qui résulte de la diversité des attributions ; elles étoient bien distinctes à Lacédémone.

Nous devons mettre au premier rang les nomophylaques et les harmosies.

(i) Voir XéTioj)h. Rép, lacéd, pag. 678 et 682,

LiGISL» DES LACEDÉMONIENS. CH. V. 30;

Les nomophylaques étoient les gardiens des Nomoph^b lois, comme leur nom l'exprime; ils ne dévoient **"**•*"' pas souffrir qu'elles fussent oubliées , altérées, détruites; ils en surveilioient l'exécution, ils y rappeloient les citoyens et les autres magistrats. On croit même que l'interprétation leur appartenoit , s'il s'élevoit des doutes (2). Cette dernière attribution , ils n'eussent pu l'avoir que dans des bornes assez étroites : par-tout où il y a un pouvoir qui Eût des lois , c'est à lui , et non à une magistrature secondaire , à en expliquer toute la pensée , si quelques discussions s'élèvent sur la manière de les entendre. Les nomophylaques recueilloient aussi et conservoient les belles actions faites ; c'étoientdes livres toujours ouverts à l'émulation et à la reconnoissance publiques , des leçons perpétuelles transmises aux Lacédémoniens à venir (3).

Larcher dit qu'on les appeloit aussi bidiéens. Pausanias distingue au contraire leurs fonctions et les indique (4)« Les bidiéens veilloient sur les adolescens, et présidoient à leurs combats, soit au Plataniste, soit ailleurs; ils étoient au

(2) Crag. II , chap, VI, pag. 1 39.

{}) Voir Crag. ihiii,

(4) Larch. surHcrod.l, S*^5* Kwr Paus, III , S» ■»• J. 20

nombre de cinq. Comme Téducation de la jeunesse et les exercices auxquels elle devoit se livrer , furent sur-tout réglés par Lycurgue , il seroit naturel de faire remonter jusqu'à lui Tinslitution des bidiéens y si Ton n'étoit forcé de se souvenir que Pausanias décrit ce qui se passoit de son temps , et qu'on ne peut tirer de ce qui étoit alors, la preuve nécessaire de Fancienneté d'une institution que d'autres écrivains ne rappellent pas.

Hirmosie*. Les harmostes sont les magistrats qui alloient gouverner les villes sujettes ou les difFérens cantons de la Laconie.

Nous lisons dans Fouvrage intitulé ife i'Orlgine des /ois, des arts et des sciences (5), que les deux rois, ayant choisi Sparte pour capitale et y ayant établi leur séjour, envoyèrent dans les villes de leur dépendance des gouverneurs pour aire connoître aux peuples leurs intentions. L'auteur cite Aristote et Strabon (6). Aristote n'en dit rien, et ce n'est pas là ce que dit Strabon. Il doit être vrai cependant que des magistrats furent toujours envoyés, au nom des rois d'abord, au nom de l'état peut-être après que Lycurgue eut donné ses lois , pour présider au gouvernement des villes

(5) Part, m, liv. I, chap. vin , an. 2 , tom. V, pag. 79. {6) Aiist, Politi\. 11; chap. ix , pag. 329. Strab. pag. 5^0.

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dépendantes de Sparte. Cette institution devenoit plus nécessaire encore dans les villes soumises , quand les Lacédémoniens eurent commencé à étendre au-deikdu Péloponnèse le succès de leurs armes. Vainqueur des Athéniens à iEgos-pota*mos , Lysandre parcourt avec sa flotte les viKes maritimes, et y établit un de ces magistrats (7). Athènes même eut son harmoste , quand la victoire Peut soumise à Lacédémone ; chaque ville d*Attique eut le sien aussi (8). L'harmoste avoit ordinairement autour de lui un conseil des éBxy dont il étoit le chef, et qui étoit choisi entre les habitans du pays même (p). Cette association laissoit au moins quelques restes de démocratie, dans une forme de gouvernement qui reposoit sur Tautorité suprême d'un magistrat étranger. H semble que les harmostes eux-mêmes fiirent quelquefois soumis à l'inspection de magistrats venus de Lacédémone ; ceux<i se faisoient rendre compte de l'administration et avoient une assez grande autorité sur les fonctionnaires qu'on les envoyoît surveiller ou diriger ( 10 ).

7) Plut. I^s. $.2$. Pausan. IX , S. ja. KwV aussi le liv. viii , S.ya, et Dîod. xiv,$. 10.

(8) Eschine, Prév.de Vambass. pag. 407. Dîod. XIV, $. 3.

(9) Paus. IX, S. 31. Plut. Ly^' S. ly.

(10) Voir Thucyd. Viii, S. jo. Xcnoph. Hellén. m, p. 488.

Les villes alliées demandèrent quelquefois aux Spartiates d'avoir un d'eux pour les gouver* ner (iij. Les troupes étoient, comme le reste des citoyens, sous les ordres de fharmoste (12). Le magistrat envoyé par Lacédémone dans File voisine de Cythère fut appelé , du nom même de l'île, cythérodice. II étoit tout-à-Ia-fbis le commandant, l'administrateur et le juge. On le renouveloit chaque année. Une garnison venue du continent y étoit sous ses ordres , et assu* roit par la force la domination de Sparte (13}.

Par le mot d'Aarmoste on désigne, en général, un magistrat dont les fonctions s'exerçoient hors de Lacédémone : mais Cragius parle aussi d'harmostes urbains (14); il cite Denys d'Halicarnasse , qui leur assimile les dictateurs de Rome , quoiqu'il y ait peu d'analogie , et que l'historien ait mal compris à ce sujet la législation politique de Sparte. Meursius dit ( i ; ) que les harmostes étoient au nombre de vingt : on ne peut ressembler moins encore k ia dictature. M. de Pauw en conclut que

(11) Plut.^yc. s. 64.

(i a) Ihiii. et Xcnoph. HelUn. III, pag. 478 et suiv,

(13) Thuc.lV, S. H- ^*^^^ Hcsychiiw au mot Cythérodice.

(14) Crag. II, chap. XIII. Dcn. d'Halic^V, $.74, et Ubbo EmmiuSfpag. 129.

(15) MiscJac. u, chap.lV.SchoI, de Pind. sur laVl.^ofyiop.

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a ville étoit partagée en autant de quartiers » dont a police étoit confiée à un de ces magistrats [16); nais c'est ajouter un fait incertain à un fait in* lertain , puisque nous n'avons pas la preuve de 'existence des harmostes internes , et moins en- :ore de la division de Sparte en vingt quartiers. [Test par la demeure des tribus que la division t'étoit probablement formée (17).

Quoi qu'il en soit , le nombre des autres harmostes, des harmostes externes » étoit nécessairement indéterminé. La victoire de Lysandre les ivoit multipliés; la bataille de Leuctres produisit Teflèt contraire 9 en faisant tomber la puissance de Sparte.

Xénophon parle aussi des harmostes. Il préfère à l'empressement actuel d'aller gouverner des villes et recevoir des hommages, ces temps où les Lacédémoniens étoient heureux de vivre dans la médiocrité, au sein de leur patrie, où ils travailloient bien moins à obtenir des places qu'à les mériter (18).

Les proxènes étoient les fonctionnaires char- Proxèn». gés de recevoir les envoyés des autres états ; ils

mosy lies » car lorcft.

(16) Rech,surles Grecs, tom. II, pag. 374, part. IV, S. 5- ( 1 7) Voir ci-Hessus , chap. IV » pag. 29 1 • (18) R^uhl, laceJ. f2Lg, 6^0.

les logeoîent, les accompagnoient et les pré* sentoient à Faudience publique* Les proxènes étoient à la nomination du roi ; ils avoient une inspection particulière à Fégard des étrangers venus à Sparte , sous le rapport des atteintes qui auroient pu être portées aux mœurs nationales et aux institutions publiques (ip).

Les moeurs des femmes avoient été soumises à une surveillance particulière. Cragius a recueilli (20) les foibles notions qui nous restent sur les harmosynes , magistrats ctiargés de cette surveillance. Elle devoit principalement avoir lieu à Foccasion des gymnases » des jeux et des exercices publics; elle auroit pu s'étendre plus loin , à en juger par ce que dit Aristote de Fintempérance des Lacédémoniens. L'état où Sparte se trouvoit au siècle d* Aristote et d'Alexandre, étoit peu favorable aux bonnes moeurs ; mais les libertés accordées aux femmes par les lois anciennes avoient dû produire aussi une corruption digne de toute la vigilance des magistrats.

Les empelores eurent la police des rues , des places et des marchés. Hésychius en fiiii men-

ti 9) Crag. Il , chap. X. Voir Hcrod. VI , S- 57.

(10) Liv. 11, chap. x. Aristoc. Il, cbap. ix, pag. 328.

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tion, comme des b^rmosynes (2 1 . ; il est même le seul écrivain qui nous ait conservé Texistence de ces magistrats et indiqué leur objet. Les empelores étoient à Lacédémone ce qu'étoient les agoranomes dans les autres pays de laGrèce (22^ ; les noms encore désignent ici les fonctions. L'ordre dans les marchés , l'inspection des denrées qu'on y apportoit journeliement, leur qualité, le prix qu'on vouloit y mettre , l'exécution des lois sur les monnoies qui pouvoient être employées dans les achats, celle des interdictions de vendre prononcées par un acte de l'autorité publique , étoient les objets de leur surveillance ; les empelores dévoient assurer le respect dû. aux citoyens et aux magistrats qui s'assembloient dans la place commune , pour l'exercice d'une fonction ou d'un devoir (23),

Les pacdonomes doivent être considérés comme p«j«. ome: de véritables magistrats. Xénophon oppose ce uiJ'* ''^" qu'a voit fait Lycurgue en leur donnant ce haut caractère, k ce que faisoient d'autres Grecs qui , prétendant mieux connoitre les règles d'une bonne éducation, donnoient à leurs fils des esclaves pour instituteurs : les pxdonomes étoient

(1 1 ) Le loir à CCS deux mots , et aus.si Crag. cliap. VU et V lll. (ai) l'hoir ICi Antiii,greùj. de Gronoviiis, lura. V, p.ig. lyyj, (13; I Wr Crag. Il, chap. Vl,p:»g. 141 tt 145.

les chefs ou les inspecteurs «suprêmes de Fenfance et de la première jeunesse (24). On ne pouvoit être chargé d'un soin plus important, à Lacédémone sur-tout , d'après les institutions de Lycurgue.

La présidence des jeux publics pouvoit être considérée comme une sorte de magistrature. Ces jeux se célébroient en vertu des lois; elles prononçoient même , dans certains cas , soit une défense absolue d'y assister , soit la relégation dans les dernières places en y assistant (25). La surveillance de ces dispositions étoit confiée sans doute au président des jeux publics , ainsi que Texécution de toutes les autres mesures indiquées ou prescrites par la volonté du législateur. .ionseim&- Ce n'étoit pas une magistrature., mais une conccr- pj^^^ administrative, que la fonction des créodates ou intendans des vivres. On conçoit qu'elle ne fut'^pas sans importance, puisqu'Agésilas la donne h Lysandre, son protecteur, et, comme lui, de la race des Héraclides ( 26 ) ; Plutarque même en tire cette conséquence dans un de ses

(24) Xcnoph. Rep, Lcéd* pag. 676. Plut. Lyc, S. 33 etsuiv.

(25) On peut voir, Àpophth,'pag, 208 , le root H'Agcsilas sur ce que le présiilent des jeux i*avoit mis à la dernière place, ydr aussi ièU, pag. 2 19.

(26) Plut. Ij^sanJ, SS* 2 1 41 et 46.

rabftbunces es.

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ouvrages (27) : mai?» dans les Vies qu'il a écrites de ces deux Spartiates célèbres (28), on voit que le prince vouloit par-là humilier le général ; et rintention d'Agésilas est assez manifeste dans ces mots, appliqués aux Ioniens, qui avoient tant honoré Lysandre : <c Qu'ils aillent maintenant ûàre leur cour à mon maître boucher. »

Nous retrouvons là une assez haute nlagistrature pour les subsistances publiques. Les autres parties d'une police intérieure, nécessaire pour tous les peuples à quelque degré que soit leur civilisation, dévoient aussi être réglées et avoir des surveillans particuliers , jusqu'au moment du moins où tout fut soumis à Tautorité des éphores ; mais l'histoire n'en offre pas d'indications. Nous savons uniquement que la surintendance des routes étoit confiée aux rois (29) , qui dévoient avoir sous leurs ordres des fonctionnaires chargés des détails pardculiers ; et que , quand le pays fut infecté par une épouvantable contagion, on ne trouva d'autre remède contre un mal qu'aucune mesure de prévoyance ou de

(17) Propos de table , II, S- lo.

(28) Vie de Lysandre , S» 44 ; ^'V d'Agésilas, S- > o.

(29) HéroH. VI, S. J7. Pausanias dit (m, S. < ) qu'un roi, mais avant Lycurguc, avoit fait creuser un canal pour conduire à la mer Tcau qui ctoic stagnante dans la plaine.

salubrité publique n*avoit éloigné ou afToil)!!, que d'offrir aux dieux une victime humaine (30). D'autres ont parlé de la musique (31); ce qui veut dire sans doute qu'on tâchoit aussi d'apaiser les dieux par des chants et des prières. On peut ajouter que les repas publics , des exercices continuels et de tous les jours, la discipline guerrière , le droit de chacun et des vieillards en particulier sur les autres , beaucoup d'institutions encore, la monnoie de fer, par exemple, étoient comme des régtemens de police ou pouvoient les suppléer, lueurs au- Lcs agathocrges furent au nombre de cinq, ncuons pu- ^qj^h^ç jgg nomophylaques et les éphores. On

en nommoit de nouveaux chaque année , et c'étoient les plus âgés des chevaliers à qui Ton avoit donné leur congé. Le titre même qu'ils portoient atteste leur bonne conduite , ou les services rendus par eux k la patrie ; ils étoient tous les cinq , l'année de leur sortie , envoyés par la république en différens lieux , afin , dit-on , qu'après une vie si laborieuse ils ne fussent pas tout-à-

(30) Voir â-2iprès , chap. Vlii, p. 298. Les cretnblemens de terre turent aussi regardes comme l'effet de la vengeance des dieux. Voir Plut. Ag/iii. S. 4» Cimon , S- ly-

(3 I ) Voir Plut. d( la Musique > vers la iin.

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coup abâtardis par l'oisiveté (32). On voit que leur fonction n'étoit pas déterminée : il seroit donc difficile de les regarder comme des magistrats proprement dits. Il en est ainsi de quelques autres fonctions militaires , importantes sans doute , mais qui n'entrent pas davantage dans la classification des magistratures ordinaires. On retrouvera ce qui les concerne dans le chapitre relatif à l'armée et à ses lois.

Je ne puis cependant m'em pêcher de faire une mention particulière des hippagrètes et des cores. Stobée les place parmi les magistrats du premier ordre (33)4 A Lacédémone, selon lui, la monarchie étoit représentée par les rois , l'aristocratie par le sénat , l'oligarchie par les éphores ; mais la démocratie Fétoit par les cores et les hippagrètes. Et peu après , il dit : Les lois de Lacédémone opposent les éphores aux rois, les sénateurs' aux éphores; au milieu sont les hippagrètes et les cores. En renonçant aux obser^ vations que pourroit présenter une division qui montre la monarchie dans deux rois et dans des rois d'une si foible autorité , et l'oligarchie

(31) Hérod. I , S. 67. Hésychius lu mot 'Ayu^ùipyi, Crag, pag. 159 et 443.

(3 3) Voir Meurs. Mise, lacou. il , chap. iv.

3l6 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

dans des éphores, magistrats annuels, protecteurs imperturbables d'une puissance populaire dont ils étoient les agens, il est impossible de ne pas remarquer combien est fausse Fidée de ces magistrats intermédiaires que l'auteur établit dans le second passage, et qu'il nous office, dans le premier , comme les organes de la démocrade* La fonction des hippagrètes étoit toute militaire; ils commandoient les troupes d'élite des guerriers pesamment armés : ils étoient au nombre de trois, et chacun d'eux nommoit cent jeunes Lacédémoniens pour servir sous ses ordres, en motivant la préférence qu'il feur donnoit sur les autres (34)' C'est le premier grade qu'on recevoit, le premier témoignage de considération et d'honneur (}5). Les trois cents entouroient Agis à la bataille de Mantinée ; ils avoient escorté jusqu'aux frontières Thémistocle retournant de Lacédémone à Athènes (36) : et peut-être n'est-ce pas une conjecture sans vraisemblance » que ce fut ce corps même des trois cents guer-

(j4) Xcn. Rt'pubI, Iticed. pag. 679. Malgré le nom d*i7itic qu'on leur donne, Frérct croit qu'ils faisoient leur service à pied. Afém, dt l'Aïad, Vil, pag. 328. Mais voir ibid. tom. XLl ,

(55) 1^ y a ici queiqueconrusiondansCrag.iv,cb.IX, p.44a. (36) Thucyd. v, 5.7a. Hcrod. Vin, $. 124.

riers qui suivit Léonidas , et montra aux Thernopyles une si glorieuse intrépidité 37).

Les deux traducteurs français des œuvres morales de Plutarque supposent à Lacédémone un conseil des trois cents » dont je ne conhois pas f existence. Ils y rapportent le trait de Pédarète » et le mot si connu de ce Spartiate , qui , n'ayant pas été admis, se félicitoit de ce qu'on avoit trouvé trois cents citoyens qui valoient mieux que lui ()8]. Le seul corps qui se composoit de trois cents personnes dans le gouvernement de Sparte , est celui des hippagrètes , et ses devoirs n'avoient pas de caractère politique. Néanmoins, comme c'est un des plus honorables actes de citoyen que de servir sa patrie, il seroit possible d'interpréter dans ce sens le passage de Plutarque (39) ; seulement, le mot de Pédarète devient bien fastueux, appliqué à une si grande jeunesse et au premier essai à faire de son dévouement et de son courage.

Les hérauts ne peuvent être placés ici que comme proclamateurs des lois ou des actes de Fautorité publique ; ils avoient toutefois chez

(37) Voir Hcrod. VII , S- »oy, et Larchcr, tom. V, pag. 480, Iîv.vill,$. 124.

()8) Àpophih, des Lacédém, pag. 231.

(39] Cragîus le fait ainsi, il, chap. XIV, pag. 1 58.

3l8 HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

les Spartiates un caractère particulier. Leur fonction étoit devenue héréditaire dans la famille de Talthybius , héraut d'Agamemnon , dont la mémoire fut consacrée à Lacédémone par des hommages publics (4o). Xénophon rappelle les hérauts à Foccasion des ordonnances qui régloient le moment et la destination du service pour l'armée , tant à Fégard des guerrjers qu'à regard des ouvriers même qui dévoient être attachés à son administration ; et Hérodote, pour tous les ordres à donner pendant qu'on étoit en présence de Fennemi (4i)* Xénophon les rappelle encore pour les ordres à donner concernant la sépulture des morts , après une bataille (42)- Ils allèrent, au nom de Lacédémone, commander aux Eléens de rendre la liberté à plusieurs peuples qui leur étoient soumis (43); ils proclamèrent le décret si connu contre finsolence de ces Clazoméniens (44) qui , se trouvant à Sparte, avoient sali les sièges sur lesquels les

(40) Hcrotî. vu, S. 134.

(41) Xcnoph. pag. 685. Hérodot. vi i%%,Y!^ 78. (41) Htllén, VI, pag. J97,

(43) Pausan. m, $. H.

(44) « Qu'il soit permis aux Clazoméniens d*être fnsolens. » Élien, Hitt. div, il , ch. xv. Plutarquedît le même fait, A^phth, pag. 33), quoiqu'il ne l'attribue pas aux Clazoméniens,

éphores rendoient la justice et délibéroîent sur les aflfaires de Pétat.

II est impossible de placer parmi les magistrats ordinaires les pythîens et le prodique. Les pythiens étoient les assistans ou les conseillers des rois de Sparte, pour la divination et les orades (45 ) ; ils étoient nommés par celui des deux princes auquel ils étoient attachés ; ils en devenoient les commensaux : on avoit prévu le besoin qu'ils auroient de victimes quand il seroit nécessaire d*aller interroger ou consulter les dieux, et des lois y avoient pourvu (4<S}. Le prodique étoit le tuteur du roi; il exerçoit par conséquent une bien haute puissance, mais il Fexerçoit rarement : il n'y avoit un prodique que si le trône passoit à un fils trop jeune pour l'occuper; et cela n'eut lieu qu'assez rarement , dans Tespace de temps qui s'écoula entre Lycurgue et Nabis (47).

Meursius parle , d'après Thucydide et son Admiautritic scholiaste, de fonctionnaires appelés télf", parce '"*" * qulls mettoient fin aux procès (48)* Beaucoup de magistrats avoient ce caractère chez les Lacé-

(45) Voh ci-dessus, p. 224, et cî-après, ch. Vlll, p. 417.

(46) Xcn«ph. Républ, lacédém, pag. 690.

(47) Voir ci-dessus , chap. Il , pag. 23 1 ff iuii\

(48) Meurs. Mise. lacoti. Il, chap. iv, pag. 173.

démoniens. Le pouvoir de terminer les contesta* tions ou de décider sur elles appartenoit , suivant leur nature, aux diverses dignités de Fétat. Les rois étoient juges (49); i^s sénateurs étoient juges; les éphores le devinrent; d'autres encore avoient reçu des attributions spéciales. Aristote dit que les sénateurs connoissoient des homicides; les éphores, des actes et des obligations civiles (}o) : on avoit pu Fordonner ainsi; mais Tambition des éphores s'étendit au-delà des lois et fut plus forte qu'elles. Ce sont les principaux magistrats de Sparte que Thucydide indique par le mot de tilé. II nous les montre prêtant, au nom de l'état, des sermens solennels (j i).

Les arbitrages durent être connus à Lacédémone; ils durent même être long-temps assez nombreux dans un pays où les discussions ne pouvoient guère s'élever que sur des possessions mobilières, et les conventions qui les donnent, les échangent ou les transmettent. Je n'ai lu toutefois dans aucun auteur ancien , que les différends élevés à l'occasion des biens fussent nécessairement terminés à l'amiable, comme l'affirme le

(49) Voir ci-dessus, ch. Il , pag. 224. Plut. Apophth, pag, 121. UbboEmniius, pag. 140.

(50] m , chap. I. Le voir aussi , II, chap. XI, pag. 334. (51) ro/rtes$S.86ei88duIiv. IV.

LÉGISL. DES LACiDÉMONlENS. CH. V. 321

savant auteur du Voyage d'Anacharsîs ( 5 2) . Si les mœurs portèrent d'abord aux décisions par arbitres, la loi n'en avoit pas imposé l'obligation. Plutarque dit (53) que beaucoup de contestations se régloient par le seul avis d'Agésilas : nais ce n'étoit pas l'effet d'un commandement légal; Agésilas le devoit à une confiance générale dans sa justice. Plus anciennement , on voit aussi demander l'arbitrage des rois pour quelques différends entre les citoyens (54); les rois déléguèrent ensuite l'obligation même de juger , qu'ils avoient comme pouvoir public. Les absences fréquentes que la guerre leur imposoit furent le motif de cette délégation. Les rois étoient aussi , ils avoient toujours été et ils restèrent toujours des juges suprêmes à l'armée (5 ;).

Conformément k la volonté de Lycurgue , les rois et le sénat avoient long-temps régi les Lacédémoniens, sans qu'ils eussent besoin d'autres grands magistrats. Les longues guerres contre les Messéniens ayant obligé les rois, dans les siècles suivans, d'aller commander les armées, ils ne purent continuer à rendre la justice; ils

I5») Chap. XLVlli, tom. IV, pag. az*.

(53) Vie d' Agésilas, S, é^f).

(54) Plut. Apophth, lacéd, pag. a 1 8.

(55) ^<'"' ci-dessus, chap. il, p. 217; chap. m, p. ij8.

j22 HISTOIRE DB LA LÊGISLATIOH.

chargèrent quelques personnes qu'ils afiêctionnoient, de les suppléer dans l'exercice de ce devoir. Ces fonctionnaires , qu'on nomma épho* res, ne furent long-iemps que les ministres de

la royauté (56). Barthélémy croit même (57) que les rois conservèrent le droit d'assister aux jugemens et d'y donner leur suffrage ; il cite Héro* dote : le fait peut être vrai ; mais il est difficile de tirer du passage de Fhistorien grec une in* duction plus éloignée et plus incertaine. J'en excepte ce qui se passoit à la guerre (58); j'en excepte aussi les jugemens qui appartenoient au sénat : les rois y contribuoient alors comme présidens de cette assemblée (59). L'effigie de Fun de feurs prédécesseurs , de Polydore , servoit de sceau à toutes ies décisions rendues, à tous les actes publics émanés d'un magistrat (60) ; tant ce roi avoit laissé parmi les Lacédémoniens une mémoire respectée.

Le pouvoir de juger ne fut pas l'arme la moins redoutable dans les mains des éphores. II s'étoît long-temps borné à prononcer, chaque

(56) Pluiarquc, Vie d*/4gis, S. 34.

(57) CFiap. XLV,tom.lV, pag. 158. Hérod. vi, s. ^j.

(58) Voir cî-dcssus, chap. m , pag. ai/, (y 9) Voir ci-rlessus, chap. m, pag. 145.

(éo) Pausan. m, $. ii.

LiGISL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. V. 323

|our , sur les petites obligations que les citoyens contractent mutuellement , et à y assurer, comma pour des transactions plus importantes, le triomphe de la bonne foi. On il'avoit d'ailleurs soumis, ni à être écrites , ni à aucune formalité particu* lière, ces stipulations réciproques; on pouvoit, suivant les circonstances , y ajouter ou en retrancher, pourvu que leur exécution f&t toujours garantie par une inviolable fidélité [6 1 }•

Mais les obligations privées sont nécessairement assez peu nombreuses dans un pays où la propriété manque de ses racines naturelles , où les lois l'ont , pour ainsi dire, supprimée. Les éphores 8'emparèrent , dans la suite, des jugemens criminels , jugemens qui les rendirent maîtres de la vie des citoyens , et , par Fépouvantable abus qu'ils en firent, de la vie même des rois. Isocrate va trop loin sans doute, quand il dit (62) que ces magistrats pouvoient faire mourir indistinctement les habitans des bourgs et des campagnes sans les juger, cruauté que les autres Grecs ne se permettent pas même à l'égard des plus vils esclaves ; mais, si les éphores ne les envoyoient pas à la mort indistinctement et sans les juger , comme

(61) Plut. Ljc S. 2i i Apophih. pag, la 1. (6s) PûUdtkénaique , pag. 271.

le dit Isocrate, ils n*étoient pas dû moins retenus dans l'exécution de leur volonté par des lois écrites, ainsi que le remarque Aristote (^3)9 qui signale comme arbitraires les décisions qu'ils rendoient.

iniitntton Nous avons VU qu'ils n'étoient pas sans în- , ces !•- fluence sur l'administration des revenus de f état, et j'ai rappelé une eflfroyable concussion dont l'exécution paisible étonne plus encore que Taudace de la concevoir (64)- Aristote leur reproche une vénalité ancienne , et qui venoit de se renouveler d'une manière funeste (65). Des magistrats qui n'étoient qu^annuels , dévoient hâter leurs déprédations ; et le trésor national étoit par cela même livré , chaque année, à des déprédateurs nouveaux.

Aristote se plaint aussi de la mauvaise organisation des finances publiques. L'état ne pourvoit suffire aux besoins des guerres à soutenir, et les contributions étoient mal payées. Des contribuables qui possédoient chacun une partie égale du territoire, ne dévoient pas être disposés à une mutuelle sévérité. Cependant , outre la

(63) Polit, II, chap. IX, pag. 330.

(64) Chap. m, pag. 264 et 271.

(65) Chap. IX, pag. 330.

nécessité , pendant la guerre y de compléter y aux frais de tous, ces dépenses générales , auxquelles ne sufiisoit pas la masse des portions fournies par chaque guerrier pour lui-même, il y avoit dans tous les temps, à Sparte et en Laconie, des dépenses à faire pour les temples , les prétoires , les routes , pour toutes les appartenances ou propriétés publiques ; il y avoit aussi à payer les troupes mercenaires, si anciennes dans les armées de Sparte (66). Il y eut un contingent annuel à fournir au temple de Delphes pour les amphictyons ; un contingent à fournir ensuite aii trésor commun, placé dans Tîle de Délos, pour les dépenses générales de la Grèce (67). Quelquefois même des amendes assez considérables furent imposées aux Lacédémoniens par les amphictyons, à l'occasion , par exemple, de la prise de Cadmée, dont ils s'emparèrent contre la foi ^ des traités , et aussi pour le silence gardé envers les peuples alliés dans les inscriptions qui attestoient une victoire remportée en commun. L'amende fut ici de mille talens (68j. Après la bataille de Leuctres , Lacédémone paya une

{66) Voir cî-après, chap. VI, pag. 338 ^/xk/V.

{6y) Voir Plut. Aristide, S. S^ i «* I^'O^Ï- ^ï* S- 47.

(68) Diod. XV , S. 10; XYI, S. «j. Dcm. c. Ncéra» pag. 877.

indemnité pécuniaire aux Thébains retournant dans leur patrie (69).

Nous n'avons ni trésor public, ni ressource dans les fortunes privées , disoit le roi Archidamus au Commencement de la guerre du Péloponnèse ; et Périclès, peu de temps après, en parlant do cette contrée tout entière : Les particuliers et le trésor public sont également sans argent (70). L'état eut cependant un trésor; et je trouve t à une époque peu éloignée , une loi qui ordonna d'y verser tout l'argent obtenu des Perses (7i)» L'argent est le nerf de la guerre , fait dire Thucydide (72) au même Archidamus. Le fer est un moyen plus sûr, disoit un grand législateur, Solon^ à Crésus , roi de Lydie. Darius étoit plus riche qu'Alexandre, et les Grecs bien plus opulens que ces Romains qui les vainquirent. Machiavel le remarque (73) > en discutant ce principe, à Foccasion même d'un roi de Sparte.

(^9) Plut. Ag/siL s. 54* Arîstote dit que, pour pouvoir prêter quelque argent aux députés de Saraos qui le leur deraandoîent» ils ordonnèrent à tous les habitans de Laconie , libres ou esclaves « ^e jeûner pendant un jour; on ne laissa pas même manger les animaux. De cura reifamiliar, tom. If, pag. J03.

(70) Thucyd. 1, S$. 80 et 141.

(7 1 ) Voir ci-après , chap. IX , pag, 427.

(7a) Liv. I, S. 83. (^iV aussi Plut. Aps, S. 58.

(73) Sur Tite-Lîve, 11, chap. X.

Platon prétend que les rois levoient sur tous les habitans des impôts considérables , qui grossissoient beaucoup les revenus qu'il leur suppose comme appartenant à la couronne (74) : mais les faits sont peu conformes à l'assertion ^de Platon ; on ne connoît pas de dotation , et surtout de dotation importante , attachée par les lois, ou de leur consentement, à la royauté de Sparte : et quant à Timpôt , il ne pouvoir , sous un tel gouvernement, être établi ou perçu au gré ou au profit des rois ; leur puissance étoit trop limitée , quelquefois même trop subordonnée, pour que les autres magistratures du premier rang et l'assemblée du peuple souffrissent une prérogative si contraire aux droits de tous et si voisine de la tyrannie.

Les tributs imposés aux peuples vaincus devinrent une des principales ressources de l'état. Sparte, victorieuse des Messéniens, avoit exigé d'eux la moitié de ce que produispient leurs champs (75)' Ce partage, sinon des terres, au moins des revenus , dut offrir de grands secours pour les dépenses publiques. Le revenu qu'ils percevoient, après la guerre du Péloponnèse , des

{74) r."' Alcihiafle , pag. 123.

(71) Première guerre de Mcsscnî«. Voir Paus. iv « S* 1 4*

peuples que la victoire avoit rangés sous leur obéissance , s'élevoit au-delà de mille talens (76). Une exemption de service (ut quelquefois accordée f moyennant une contribution» qui serait à payer des soldats plus disposés à com- U:tre {77).

A ces subsides perpétuels et certains s'en foi* gnirent de temporaires ou d'accidentels , comme les peines pécuniaires, le butin après la victoire , la vente ou les rançons des captifs. Les rançons exigées par les Lacédémoniens étoient plus fortes que celles qu'imposoient les autres Grecs : une mine ou cent drachmes [environ quatre- vingt-^Iix francs] suffisoient ordinairement à ceux-ci; les Lacédémoniens réclamoient deux mines, et de celles rfEgîne encore , dont la valeur excédoit de plus d'un quart celle des autres (78). Quant au butin , il fut souvent assez considérable pour devenir une richesse réelle pour l'état : ainsi, après la victoire remportée sur les Eléens, quatre siècles avant f ère chrétienne , le nombre des esclaves et des troupeaux dont on s'empara fiit

(7^ Dîod. xiv,s. 10.

(77) ^*^ ^\^u ^gés. S. 1 ) . Cl Xénoph. Agis. pag. 65 4.

(78) Voir Aristot. de Mirab. v, chap. X. La mine d'Égine ^toic (l*CRviron laj de nos francs.

LÊGISL. DES LACÊDÊMONIENS. CH. V. 329

si grand , qu'on accouroit pour s'en pourvoir des divers Ceux du Péloponnèse (79].

Les Lacédémoniens reçurent aussi quelquefois des étrangers un or que leur patriotisme auroit dû repousser; car on le leur donnoit pour ifkvo-: riser ou servir les ennemis de la Grèce. Les Perses , suivant Isocrate (80) , leur avoient fourni plus de cinq mille talens pour soutenir la guerre contre Athènes. Cest une des pages les plus honteuses de f histoire de Sparte.

Des exemptions d'impôt fiiient quelquefois prononcées pour des services importans rendus à la patrie. Le meurtrier d'Épaminondas en reçut une pour lui et pour sa postérité (8 1) : il eût été plus généreux y plus fier peut-être , de ne pas le récompenser de la mort d'un si noble ennemi.

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(79) Xcn. HeîUu. m, pag. 491. Voir dans Plut. I^s. S. 3 1 , tout ce qae ce général avoit de richesses quand il s'embarqua pour la Thrace , après la paix d'Athènes.

(80) Sur la Paix, pag. 179,

(81) Plutarque» f^te d' Jg/sHas , S. 60.

330 HISTOlRfi DB LA LÉGISLATION.

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