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CHAPITRE IX

Luis et Institutions concernant les Mœurs publiques et privées.

ES institutions morales des Lacédémoniens ono^ii se distinguent dans lantîquité par leur caractère ^^j^aLl^lM spécial, leur influence journalière et universelle, »««»• leur opposition à celles des autres peuples , et leur durée au milieu de tant d'institutions contraires.

Elles ne se bornoient pas à quelques actions de la vie ; elles les embrassoient toutes. Les soins et les leçons qu'on recevoit dès Tenfance , les vertus qu'il falloît ensuite pratiquer, les arts qu'on de voit fuir, ceux dont on devoit faire l'objet de ses études, les jeux de Lacédémone, ses solennités, l'amour de la guerre, la haine du commerce et des étrangers , la nécessité de vivre toujours SOUS les regards les uns des autres , les principes sur le mariage , les femmes et les enfàns , ne laissent subsister entre eux et les nations voisines aucune ressemblance. Voyons ce que produisirent sur ces diflerens objets les coutumes et les lois. Il en est d'assez étendus pour exiger un chapitre particulier : dans celui-ci, nous nous attacherons principalement à faire connoître

d*une manière générale les institutions concernant les mœurs publiques et privées, lit <i« Lf^ Nous avons dit plus d'une fois combien il

pour BWinh- f ^ • f 'JT*.* "Wr

i ainipiidtc ^'^'^ nécessaire de distinguer avec soin les épo- •""• ques , en retraçant les lois et les mœurs des

peuples ; la vérité , sans cela , échappe à l'historien y et les observations qu'il publie manquent de leur premier appui. Les Lacédémoniens furent parmi les nations helléniques une de celles dont Thistoire a le plus besoin de cette attention. Leur vie, long-temps austère, éprouva d'abord, sous des formes encore âpres, une dissolution qui bientôt secoua les restes mêmes de cette apparente sévérité. II n'existoit plus rien du siècle de Lycurgue, quand Agis voulut remonter au temps de ce législateur. Son projet étoit insensé avec les mœurs qu'avoient alors les habitans de Sparte (i).

Des écrivains passionnés ou peu attentifs ont cependant confondu plus d'une fois des époques si différentes. Le luxe des vains ornemens étoit grand au temps d'Agis et de Ciéomène; mais ces deux princes régnoient dans le troisième siècle avant Fère chrétienne, deux siècles environ après le commencement de la guerre du Pélo-

(i) Pi marque, T/c uAg'n, S. 8 et suit'.

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ponnèse. Acrotate, dont Pauw rappelle , d'après Athénée (2), les beaux vases, les riches tapis, et ces repas où brûloîent tant de parfums , où Ton servoit tant de mets exquis et de vins délicieux, n*avoit précédé que de quelques années Cléomène, de la branche de qui il étoit. Le désir que conçut un ami d'Agis, de s'approprier des tapisseries et une vaisselle d';irgent qu'il avoit empruntées de la mère de ce roi , l'entraîna dans l'horrible trahison qui livra le prince à ses ennemis et à la mort (j). Cléomène, après avoir pris iMégalopolis , en envoya les statues et les tableaux à Sparte (4).

L'introduction des richesses fut une des causes principales des malheurs qu'on éprouva. Les lois cependant avoient pris contre elles des précautions extraordinaires. La meilleure avoii été de donner des mœurs qui n'en inspirassent pas le besoin. Lycurgue le fit par ses dispositions contre tous les genres de luxe et par des ordonnances multipliées en faveur de la tempérance et de la frugalité.

Une de ses lois, par exemple, ordonna que les planchers des maisons se fissent avec la

(a) Pauw, tom. Il, pag. ? ^7. Athénée, IV, S. 4. (j) Plutarquc, lie d'Agis , S. 20.

cognée, et les portes avec la scie, sans le secours d*un autre instrument. Lycurgue avoit pensé qu'une telle demeure ne recevroit point de superfluités et de délices , que personne n'oseroîty porter des lits à pieds d*argent, des tapis de pourpre, de la vaisselle d'or, et tout ce que traîneroit après soi une semblable magnificence (5).

Les lois défendirent encore aux plus aisés d'avoir un autre vêtement que ceux qui Tétoient moins; aux jeunes Spartiates d'avoir plus d'un habit par année, d'en porter un plus soigné que celui des autres , d'user de mets plus délicats (6). Sortis de l'âge de puberté , ils dévoient laisser croître leur barbe et leurs cheveux (7}.

Des ordonnances postérieures à Lycurgue établirent quelques règles sur les mêmes objets (8). L'or et tous les genres d'ornemens furent interdits aux femmes (9) : elles y eussent mis

(5) Plutarquc , Lycurgue » S* 2 > ; Apophth, pag. 127. (<J) Just. III, S- 3. Arist. Politij, IV, thap. IX , pag. 37^.

(7) Xcnopli. RqK htc. pag. 6Sû. Pi ut. Apopkth, pag. 230. Voir les opinions contraires d'Hcrodotc, 1, S* ^2 , et de Pliitarcjue» lysandre, %, \.

(8) On peut voir sur les vctcmcns des Lnccdémonicns , fcur chaussure, leur chevelure, les habits et ia parure Aci femmes , Meursius, Alise, Inc, \, chap. xv etsuiv., le chap. XLVIII du Voyage ft'Anacharsis, et Crag. pag» 250 « suiv,

(9) Héracl.pag. 505.

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d*ailleurs peu de prix , puisqu'elles ne sortoîent que voilées ^lo).

Les éphores s'assuroient par des visites journalières si les vétemens étoient tenus dans Tordre prescrit {i i). A leur entrée en fonctions, ils ordonnoient k tous les Lacédémoniens de raser la barbe de la ièvre supérieure (12) : mais ce décret n'a aucun rapport aux mœurs privées ; il appartenoit à la volonté d'établir et de maintenir une obéissance absolue» quel que fût le caractère du commandement &it au nom de la loi ( 1 3). Avoir un air efféminé eût été une honte pour des cr> toyens de Lacédémone. Un étranger qui vivoit avec effémination , reçut des éphores la défènso de fréquenter la jeunesse (i4)* Les parfumeurs et les teinturiers étoient chassés de Sparte (t 5).

Les premiers écrivains qui nous parient de la Luim pro corruption des Lacédémoniens , son t du quatrième „*uvciio **' siècle avant Fère chrétienne. Elle étoit née depuis «"««««««W» long-temps ; mais elle n'avoit pas acquis jusque

(10) Voir ci -après, chip. XI , pag. 484, et Crag. III, tab. \l, pag. 264.

(1 1) Élicn , Hist.div. XIV, chap. VII. Athcp. XII, S- n.

(12) Plutarq. Agis» S. 33; Del. de la justice divine , pag. ^50,

(1 3) Voir cî-de&sus, chap. m, pag. i6^ tt %66,

(14) Athénée, IV, S. 19; XII, S. I a.

(15) Ibiii. XV, S. 10.

ià ce caractère d'universalité qui atteste son triomphe et Fimpuissance des obstacles. II subsistoit quelques traces de l'antique simplicité» quand la victoire d'Kpaminondas détruisit la puissance de Sparte. De graves citoyens résistoient encore, mais vainement, à l'entraînement de la corruption publique. Agésilas avoit gardé ses moeurs au milieu des richesses que des princet étrangers lui avoîent prodiguées, richesses qu'il n'employa qu'au soulagement de sa patrie (i6). II ne cessa de vivre et de se vêtir en Spartiate: sa maison étoit la même qu'avoit habitée Eurysthène, le fondateur de sa race; l'ameublement n'en difFéroit pas de celui d'un pauvre citoyen ( 1 7). C'étoit lui qui disoit qu'en semant la frugalité on recueille la liberté. II disoit encore , quand on lui demanda pourquoi il conservoit ce régime austère dans un âge avancé : « Afin que les jeunes gens puissent imiter les magistrats et les vieillards (18). «

(16) Plut. Agéiil, %%. 19 et 21. Xën. AgésiL %l, i, 8,&c. Corn. Ncp. AgéûL S. 7. Pauw, tom.II , pag. 3 j j , dénature entièrement ce cju'.ivoicnt Hit X<;no| lion et PluLirque.

(17) Corn. Nép. /^/V/. Xën. S.9. Plut. SS» 29» 30 et 63. Pfutarque dit quel étoit Tétat du luxe, en disant ce que repoussoit ou dédaignoit Agésilas.

( 1 8) Plut. Apophth, pag. a 1 o.

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Pausanias avoit donné des exemples con* traires, sous le rapport du désintéressement et de la simplicité (19)9 et ces exemples eurent un plus grand nombre d*imitateurs. Dans le siècle même qui précéda cette bataille de Platée où s'illustra Pausanias , les Lacédémoniens avoient reçu de Tor pour servir Crésus contre les autres nations helléniques (2.0); ils commençoient à ne plus dire, comme leur roi Alcamène, k qui les Messéniens ofïroient des présens : Si je les avois acceptés , je n'auroîs pu vivre en paix avec les lois (21). Peu d'années même après le commencement de la guerre du Péloponnèse, un général lacédémonien excitoit par l'appât de l'argent le courage de ses soldats : firasidas promit trente mines à celui qui monteroit le premier à Tassaut, quand il attaqua Lécythe; Lécythe fut bientôt prise et détruite (22).

Lysandre est de tous les Spartiates celui qu^on Progresser

accuse le plus d'avoir corrompu ies mœurs. Les memoniban Perses étoientle peuple le plus riche de l'Asie; *" ***

(19) Corn. Nc'j>. Pnus, SS- i et 5. Plut. Paraît, des Gréa et des Romains > pag. 3 08.

(ao) De l*or massif et non monnoyé, puisqu'on remploya à une statue de l*ApolIon de Delphes. Hérod. i, $• ^9- y^ir aussi le S- 80 du iiv. IX, etPauj.lll, $. ii;lV, S. ;.

(al) Piutarq. p. a 1 6. Voir la réponse d^Archidamus, p. a 1 8

(aa) Thucyd. IV, S. ii<».

les Athéniens, les plus riches des Grecs : après avoir triomphé d'Athènes , les Lacédémoniens dévoient être vaincus par l'opulence de leurs ennemis. Un de leurs rois , Plistoanax , avoit été corrompu par l'argent de Périclès , avant la guerre du Péloponnèse. Chassé de Lacédémone, il n'y put revenir, après dix-neuf ans d'absence, qu'en commettant envers les autres le crime qu'on avoit commis envers lui. Un oracle chèrement payé ordonna de Fy recevoir et de l'y traiter avec honneur (23).

Lysandre accéléra le mouvement , mais il ne Favoit pas donné. En £ivorisant même U corrupdon publique par l'introduction de tant de richesses et de convoitise, il ne se laissa jamais vaincre par l'or; il vécut et mourut pauvre (^4). Lysandre méprisoit les richesses , et il apprit à les rechercher; il en inspira le goût sans en avoir le besoin. Tout l'argent qui fut en son pouvoir, ii l'envoya à Sparte. Quelques citoyens , plus amis des anciennes moeurs (2 5 ), ne vouloient pas qu'on reçût un présent si funeste : on l'accepta,

(25) Ko/VThucyd. II, S- *»> V, S. 16. Pluurquc, Périclès, $. 4j , et cî-aprcs, chap. Xlll, tom. Vi , pag. 28.

(24) Plutarque, Lysandre, %%. 3 et 56. Kc^/r ce qu'il dit aussi S. 3 3» et ce que dit Êiien , III , chap. X\'.

(15) Lysandre fît apporter à Sparte 1 9S0 talens [ près de t i millions de notre monnoie Voir Baithcl. iv, aux notc5, p. 557.

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en décrétant toutefois que Targent seroît versé dans le trésor public et qu'il n'auroit cours que pour les affaires de l'état; tout particulier qui en posséderoit devoit être puni de mort (26). Cette loi tardive fut sans effet ; la corruption bravoit par son universalité les punitions des lois. La dispropordon même de la peine avec Faction commise nous dit assez quel étoit le désordre de la lutte établie entre i*impétuosité d^une passion nouvelle et un faux respect pour des moeurs qu'on n'avoit plus la force de retenir. Quelle espérance de laisser long-temps encore la barrière fermée pour tous les citoyens, quand l'état la tenoit ouverte pour lui !

Ce n'est pas qu'il ne dût y avoir, pour fes temps même les plus anciens, un moyen de payer les dépenses extraordinaires et publiques auxquelles on pouvoît être obligé hors de Tenceinte de I état ou envers des personnes qui lui étoient étrangères. Les Lacédémoniens avoient des Cretois à leur solde , dans leur première guerre avec les Messéniens, au huitième siècle avant l'ère chrétienne (27) : est-ce avec leur fer qu'ils les soudoyoientî Dans la même guerre j^ une contribution en argent fut exigéedes vaincus:

(26) Plut, ibiii. S$. ?! et 32. tWr ci- dessus, ch. III, p. 264, (17) Pau$an. IV, S. 8 et 10.

c*étoit donc une autre monnoie qui étoit apportée dans le trésor public. Et remarquons qu'à cette époque même , cent trente années seulement après la mort de Lycurgue , les Messéniens reprochoient aux Spartiates de céder à Tamour des richesses comme à celui de fa domination (28), quoique le premier de ces reproches fât encore loin d'être vrai : Pausaniasies accuse même (29) d'avoir corrompu alors par l'argent Aristocrate, roi d'Arcadie. Les Lacédémoniens ne pouvoient enfin payer qu'avec ce métal la portion contributive qu'ils envoyoient , chaque année , à Délos et au temple de Delphes (jo).

Ce temple étoit même devenu , avant la corruption de Sparte, le dépôt où les Lacédémoniens plaçoient leur or et leur argent (5 i). Ils l'avoient aussi déposé, pendant quelque temps, chez les Arcadiens , peuple limitrophe; mais les Arcadiens finirent par leur déclarer la guerre pour avoir un prétexte de s'approprier, sans avoir de compte à rendre, tout ce qu'on leur avoit confié (32). II

(28) Paus.iv, s. ^.

(29) JùiJ. SS* 17 et 22. Les Arcadiens se soulevèrent contre leur roi et le lapidèrent.

(}o) Voir Dîod. XI, S. 47, et Plut. Arist, S. 5 S.

(31) Athcnoc, vi,S. 5.

(32) /^iV/.$. 4.

arriva aux Arcadiens ce qu'Anaxandre , fils d'Eulycrate, avoît craint pour les Lacédémoniens , quand il dîsoit qu'on n'avoit pas de trésor public, de peur d^ofTrir à ses gardiens un moyen de se corrompre (33). Déposer ainsi son argent chez les peuples voisins , c'étoit évidemment éluder la loi qui défendoit d'en posséder. On a même prétendu que les Lacédémoniens ne l'acquirent quelquefois qu'en se laissant corrompre euxmêmes ; ils avoient , dit-on y cédé aux présens de Polycrate , quand ils abandonnèrent le siège de Samos (34) ; c'étoit cinq cent vingt-cinq ans avant Fère chrétienne : mais un fait alors rare étoit de^ venu fréquent au siècle de Xénophon. Lycurgue avoit donné aux Lacédémoniens une monnoie de fer; c'est une monnoie d'or qu'il leur falloit maintenant.

Xénophon se plaignoit (3 5) de ce qu'on mettoit du prix à une possession regardée longtemps comme funeste. L'or que procuroient aux Lacédémoniens des conquêtes assez nombreuses, ne suffisoît plus à leur avidité ; ils se voyoient contraints, par cette avidité même, à vendre la paix, comme à trafiquer des secours qu'ils pou-

(55) Plut. Apophth, pag. 117.

(j4> Hérod. 111, S. 56. (ij) Rfp» ^ccd,'Ç2ig. 689.

voient offrir (36]. Aristote accuse les magistrats de Sparte d^une honteuse vénalité (37). Les Lacédémoniens , maîtres d'Athènes , prêtèrent une somme considérable aux trente tyrans (3 8), Le Darius que vainquit Alexandre ayant envoyé en Grèce des émissaires chargés d'or et d'argent, pour exciter les peuples qui Thabitoient contre les Macédoniens, les Spartiates furent les seuls qui acceptèrent ses présens (39]. Je ne sais cependant si la réflexion d' Aristote est juste, quand il dit (4o) : ce Le législateur a fait le contraire de ce qu'il falloit faire ; il a rendu la cité pauvre et les citoyens avides. » Si c'est Lycurgue qu*Aristote entend parle législateur » le reproche semble peu mérité. Jamais plus de moyens n'avoient été réunis pour confondre toutes les possessions dans la fortune de Tétat , pour ôter à l'amour des richesses toutes les racines qu'il peut trouver dans le coeur des hommes. II y a cinq siècles d' Aristote k Lycurgue, et, dans les premiers de ces siècles , la cité percevoit le produit d'une parde des terres dont elle-même achevoit ou sur-

(}6) Bodin Ta remarqué, /?^«^. VI, chap. II , pag. 938. {37) Pol. Uj, ch. IX , p. 330. V, ci-dess. ch. Ill , p. 250 et a6o.

(38) Démosth. contre Lqtt, pag. ^42, Isocr. Aréop, pag. 153.

(39) Arriexi, Expéd. d'Alex, II, $. 14, pag. 8j.

(40) PoUtiq, Ut chap. IX , pag. 331.

Yeilloit la distribution, et les tributs des Messéniens étoient bientôt venus ajouter aux revenus d'un pays qui n'avoit guère d'autres besoins que ceux de la guerre. Dans la situation où Sparte avoit été placée par la constitution de Lycurgue et par ses premiers succès militaires , elle trouyoit en elle autant de ressources publiques que la plupart des autres états de la Grèce.

Lycurgue avoit ôté aux richesses un grand moyen de séduction , en les rendant sans considération auprès des autres ; elles étoient devenues inutiles à la vanité : la vanité avoit trouvé ailleurs son issue ; elle se plaçoit dans ce dédain même et dans la satisfaction de le manifester. Et quant aux besoins réels , où pou voient- ils être, quand chacun avoit ses champs et ses esclaves « quand la loi autorisoit chaque citoyen k faire usage des esclaves d'un autre et de ses animaux, quand la nourriture étoit commune pour tous, et qu'on étoit obligé de la recevoir ainsi (4 1 ) •

Lycurgue n'avoit pas même permis à h recon- Lob reh noissance ou k Taffection une dépense pieuse en- d"n""^"^ vers des parens expirés. On ne pouvoit rien en- ^"^ fermer avec le cadavre; il devoit être simplement enveloppé d'un drap rouge, et couvert de feuilles

(41) Voir ci-aprcs , ch^. XI » p. 474 ^ ch. XII , p. 493 et 499.

d'oHvîer (42). Un éloge étoît prononcé sur la tombe des citoyens qui avoient bien mérité de la patrie. Le nom du mort ne pouvoit y être inscrit que s'il avoit perdu la vie en combattant pour son pays , ou si c'étoit une femme consacrée par la religion (4 3)- On inscrivit sur une colonne le nom des trois cents Lacédémoniens morts aux Thermopyles (44)*

Si beaucoup de guerriers mouroient h-Ia-fbis dans les combats, loin de ieur patrie, une sépui* ture commune les enfermoit, de manière cependant que l'on ne confondit pas les citoyens et les Ilotes (45)» s'ils perdoient la vie au contraire près des frontières de Sparte, on reportoit leur corps à leur famille. C'est alors que les mères dévoient examiner les blessures reçues : avoientelles été faîtes par-devant, les fils étoient portés dans le tombeau de leurs pères; est-ce par derrière qu'on avoit été blessé, la mère fuyoit, cachant sa honte et ses larmes, et le mort étoit

(42) Plutarquc, Zj;'rwr^^, S. 5^; Apophtk. pag. 238. Mars voir Élien,vi,chap.vi.

(43) VAxtïïfdicto lûco, Pluiarque, Lycurgue, S- 56.

(44) Pausan. llJ, $.14.

(4j) f^wrCrag. III, pag. 195. Envoyer demander !es morts pour les ensevelir étoit l'aveu de sa défaite. Voir Xén. Hclléu^ m, pag. 507; AgàiL pag. 661 j et Just. Vi, chap. VI.

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enterré dans la sépulture commune, cToù il fàlloit le soustraire en secret pour le placer dans la tombe de sa famille (46) •

La sépufture eut lieu dans la ville et autour des temples y pour que fes jeunes gens s'accoutumassent à se trouver sans crainte en présence de la mort : Lycurgue avoit aussi voulu détruire le préjugé superstitieux de Fimpureté des cadavres {A?]' Le deuil fut borné à onze jours par la loi; le douzième on le quittoit» après avoir fait un sacrifice à Cérès (48^. Les lamentadons furent ordonnées pour les rois ; elles n'étoient pas même permises pour les autres Lacédémoniens (49)* Les rois avoient une sépulture particulière. La race d'Âgésilas avoit (a sienne, comme la race JEurypon ou de Proclès (jo). Nous voyons dans Plutarque (51) et dans Cornélius Népos (52)

(46) Élicn, Hist.div. xil,chap. XXI.

(47) Vie de Lycurgue, S. 5^.

(48) Ihid. Les sacrifices funèbres avoîent été défencfus. Pfut. Apophth. lac. pag. 238.

(49) ^^'^ ci-Hcssus , chap. Il, p. 229; Plut. Apùphth, p. 238, et Crig. III, pag. i9>-

(50) Pausin. 111, SS- *> et 14. Xén. HeUén. v, pag. 3^4. Voir d-Jessus , chap. 11 , pag. a 3 o , et la cane du Voyage d'Anachm

aînsî que fa page 97 du tome IV.

(51) Agesi/as, S,6j. J^o/rPausan.lll, S. 10.

(52) Vied'/^gùilas,S.S.

ce que Ton fit pour conserver et ramener le corps d'Agésilas mort en Egypte. Uii oracle avoit ordonné de porter d'Achaïe à Sparte les ossemens du roi Tisamène, d'abord enseveli à Hélice (53]* Quefques monumens furent élevés dans la suite près des tombeaux de quelques vainqueurs aux jeux olympiques ; on n'en consacroit pas même aux héros ni aux princes; on l'avoit fait avant Lycurgue (54)-

Le respect pour la sépulture étoit tel, qu*on rendit le corps de Pausanias h ses parens, quoique Pausanias eût été condamné comme criminel d'éfat (55). Dans cette guerre où le poète Tyrtée seconda si bien par ses chants le courage des Spartiates y ne songeant plus k conserver la vie, ils placèrent sur leur bras droit leur nom et celui de leur père, afin que, s'ils périssoient, on ne les privât pas de la sépuhure ( j6).

C'étoit sur- tout dans ces momens de danger pour eux-mêmes et de combat pour la patrie,

(7 3) Paus. vin , s. 1 1 . Le voir aussi , lll , S* ■ i •

{î4) Paus. m, SS. »» ft suiu. Voyage d'Anach. chap. XU, pag. 97 et 98.

(55) Diodorc, XI, S. 4 ; Thucydide , l , S. 134, et Cornélius Népov, Paus, S* S t disent qu^on enterroii les condamnés dans un lieu particulie?'.

(j^ Justin, III, S. 5.

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que se montroît avec une rare întrépîdîté le carac- Foiatti c

, gcuo. Petati

tère des Lacédémonîens. « Nous empéchera-t-il iâcii«.Mé|»i donc de mourir quand nous le voudrons» î s'é- ■"**«•<'•'» crioient-ils en apprenant les menaces de Philippe (57). Voilà le sentiment habituel que leurs institutions avoient si vivement exalté. L'histoire est pleine de traits connus qui manifestent ce noble courage. Epaminondas vainqueur s'approche de Sparte : les vieillards restés dans son enceinte retrouvent leurs forces sous les yeux de la patrie; ils résistent » sans craindre le trépas ^ à une armée qui venoit de vaincre les plus jeunes guerriers (58). Othryades, un des trois cents envoyés pour combattre les A^gî^^s y auxquels on disputoit le canton de Thyrée, aima mieux se frapper de mort sur le champ de bataille que de retourner seul à Sparte (59).

Ce mépris de la mort, inspiré aux Lacédémoniens, est célébré par Xénophon, dans sa Ripu^ blique de Lacidimone , comme une des plus grandes pensées de Lycurgue (60). L'histoire se demande

(j7) Ciccr. TuxuL V, S. 14.

(58) Just. VI,S. 7.

(j9) Hcrod. I, y. 81. Voir, S. 4» , d autres traits de leur fermeté courageuse ; celui de Léonidas en particulier, au moraent du combat des Thermopylcs.

(60) Xcn. pag. 684. Les apophihegnacs recueillis par Piu-

comment le législateur est parvenu k le produire. Lycurgue opposa la gloire, compagne insépa-* rable de la valeur , à l'opprobre qui suit h lâcheté. L'opprobre ne résulta pas seulement de Fopinion publique : il fut marqué et prononcé par la loi; les lâches, les hommes qui auroient fiii dans un combat , furent jugés ou déclarés par elle indignes de la sépulture (6i). Tant qu'un de ces malheureux vivoit, dans les rues de la cité, il devoit céder le pas k tous les citoyens ; dans les spectacles , la dernière place étoit la sienne ; dans les lieux d'assemblée , déchu des droits de son âge , il se levoit devant les plus jeunes; on eût rougi de demeurer avec un lâche, de lutter avec lui; sa femme et ses filles partageoient la flétrissure qu'il subissoit. Paroissoit-il en public, affectant la contenance d'un homme irréprochable; on pouvoit impunément lui faire mille outrages (6a). Le courage des Lacédémoniens ne se montroit pas seulement à la guerre ; ils résistoient à la douleur avec la même fermeté qu'au danger des

urque consacrent par beaucoup de traiu le mépris de la mort» inspiré et loué par les mères mêmes.

(6 1 ) Un lion au contraire étoit placé sur la sépulture de ceux qui s*étoient distingués par leur courage. Voir Meurs. Afisc. Air. ll,chap. I.

(6») Plut. Ag/sil. S. 49.

batailles : les en^ns fouettés au pied de i'autel de Diane souffroient» mouroîent quelquefois, sans laisser échapper un gémissement (63), Diogène y fàisoit allusion sans doute y lorsqu'il disoit avec son cynisme accoutumé : « Je n'ai trouvé d*hommes dans aucune partie de la Grèce; mais j'ai vu des enfans à Lacédémone (64).»

II étoit plus difficile aux Lacédémoniens d'être cruauii, pcr toujours humains et justes. Ce ne sont pas les vic'rt rvli peuples exclusivement guerriers qui fondent la «" ?•«*««»*«• justice et Thumanité. Le bruit des armes les empêche souvent d'entendre les lois, comme le disoit de lui-même un des plus illustres guerriers de Rome et des plus funestes à sa liberté (6 s). Les Lacédémoniens aussi regardoient trop comme la règle du juste ce qui convenoit le plus à leur patrie {66).

(63) Ciccr. TuscuL S. »4. VoirV^kus, III, S- »6- l^auw dccUrtr, tom. II , pag. 3 39 y qu*on ne foucttoit ainsi que Hes enfans d*cb— ciavcs. Cicéron et Pausanias Hi>ent le contraire, ainsi que Potter lui-nncme , Hont il invoque l*autoritc.

(64) Diogène Laërce, Vit de Diogéne ,%, 4. 11 y dit aussi que ce philosophe, rencontre sur la route de Laccdémoneà Athcne*, disoit : Je vais de Tappartcment des hommes à celui des

femmes (S. ^O

(65) Plut. Appphth, pag. 201 , Cl Alar. S. 48. N*alligucz donc pas les lois à des homme* armes , disoit aussi Pompée aux Mair.ertins. Plut. Vie de Pvmpcf, S 15.

(66) Plut. /^.W. SS. 38 et 44.

L'exagération s'est mêlée quelquefois aux reproches vrais qu'on leur adressa. II leur resta même, sous plusieurs rapports , après leur corruption y un souvenir assez long de quelques anciennes vertus. Les ruses guerrières sont des stratagèmes , et non des perfidies ; la perfidie n'existe véritablement que par le manquement de foi, la violation d'une promesse faite, d'un engagement contracté. En général , les Lacédémoniens eurent cette sorte de fidélité {6y) ; ils l'eurent toujours du moins dans les actes privés, quoiqulls Paient outragée plus d'une fois dans leurs actions publiques , lorsqu'ils se laissoient égarer par une ambition jalouse et dominatrice. Le foible Charilaiis, pupille et neveu de Lycurgue, avoit promis par serment de ne plus combattre lesTégéates, dont ilétoit captif: les Lacédémoniens reprirent les armes (68). Ils méritèrent aussi le reproche de perfidie, quand, sans déclaration de guerre, sans prévenir les Messéniens qu'ils renonçoient à leur amitié, ils entrèrent dans leur pays pendant la nuit , prirent une de leurs villes , et en égorgèrent les citoyens (69). Une trêve de quelques jours

(67) Hérodote, VI, SS. CztxCy, Cornélius Ncpos, AgesiL in princ; Xcn. Hist, III, p. 493 , en donnent plusieurs exemples. (62) Pausan. viii, S. 48.

(69) Pau$an.iv,S. J.

ayant été conclue avec les Argiens, le roi Cléomène , fils d'Anaxandrîde y les attaqua la troisième nuit pendant qu'ils dormoient, en tua un grand nombre et fit le reste prisonnier , alléguant que les nuits n'avoient pas été comprises dans la trêve conclue (70}. La mauvaise foi se montra encore quand ils voulurent garder la citadelle de Thèbes y après être convenus de Fusurpatîon , et en avoir puni Fauteur (71). Ainsi, malgré une promesse solennelle, ils exercèrent envers les Platéens d'horribles cruautés (72). Ce n'étoit pas même là ce que disoit un de leurs généraux les plus célèbres , Lysandre , qu'il falloit coudre une peau de renard, quand la peau du lion ne sufiisoit pas {73) ; c'étoit une impitoyable barbarie.

Mais la jalousie et la rivalité ne les égarèrent pas toujours. Maîtres d'Athènes, iispouvoient la détruire; ils la conservèrent. Sans doute, ils ne furent pas généreux envers elle ; mais ils ne furent pas cruels. Ils l'avoient été bien davantage envers les vaincus , dans le temps que leurs mœurs

(70) P\\ïi, Afwphth, lac, pag. 223.

(71) Xén. HelL v, pag. 568. Piut. Àg/s, SS. 38 et 39 ; P/lop. SS* I o et 1 1 . Diod. XV, S* 20. Voir aussi dans Piuurquc , j4gés,

S. 64 , leur conduite relativement à l'Egypte. (yi) Thucyd. lii,SS. 52 et ^8.

(73) Plut. L)'j. S. II-

44o HISTOIRE DE LA LEGISLATION.

conservoîent une âpre austérité. Ils Favoient été bien davantage envers des alliés d'Athènes. Platée, dont nous venons de parler, avoitvu, dans les premières années de la guerre du Péloponnèse, un grand nombre de ses habitans égorgés, ses femmes réduites en servitude, et bientôt ellemême avoit été démolie tout entière par les vainqueurs (74).

Un des reproches les plus mérités que leur &$se l'histoire est le traité d'Antalcide. Les Lacédémoniens y avoient promis de rendre toutes les villes grecques à la liberté ; ils la refusèrent aux villes qui se trouvoient sous leur dépendance. Epaminondas les y força par la suite (7 5 }• Oétoit pourtant sous le règne d'Agésilas qu'avoit eu lieu cette violation de la foi promise , de TAgésilas qui disoit , en parlant du monarque des Perses : «Comment peut- il être plus grand que moi, s'il n'est plus juste (76J ! »

Il n'y avoit pas de loi contre l'ingratitude; mais on vouoit au mépris les ingrats {77). La

(74) Thucyd.lll,S. ^8.

(75) Voir ci-dessus y chap. Vli, pag. 37a, et Dîod. xv» SS* 151 etsuiv,

(76) Plut. Agésil. S. 39; Aftophth, lac, pag. 213. ^j) Xcn. AgéiiL pag. 665.

LEGISL. DES LACÉDÉMONIENS. CH. IX. 44l

colère pou voit être punie (78). II ne paroît pas que le mensonge fût interdit aux hommes libres , à en juger du moins d'après un apophthegme cité par Plutarque (7y) , qu'il seroit permis de croire altéré.

La crainte de la corruption avoit tellement frappé Lycurgue, qu'elle Fentraîna dans l'interdiction de tous les travaux dont un salaire peut être le prix; il fut moins effrayé de l'oisiveté (80). Un Lacédémonien se trouvant à Athènes » où l'oisiveté étoit proscrite, pendant qu'on punissoit un citoyen qui s'en étoit rendu coupable, demandoit qu'on lui fit voir FAthénien ainsi condamné pour avoir exercé les droits d'un homme libre (Si). Les travaux de la guerre ou ceux qui préparoient à la faire avec succès furent les seuls que la loi de Sparte imposât k ses sujets (82). Le principe constant de Lycurgue avoit été , et il se transmit pendant plusieurs siècles, que les hommes d'une condition libre ne dévoient pas exercer de profession lucrative, qu'ils ne dévoient s'occuper que des moyens de défendre leur

(78) Xén. Répub, lie, pag. 680.

(79) ^l»ophth, lac. pag. 234 , vers fa fin.

(80) Plutarque, VU de Lycurgue » %.j%, (8 1 ) l'Iut. Apoithth, lac. pag. 221.

(82) K«>Élicii,ii,chap. V.

patrie (8 3 }• La vie sédentaire de Tartisaii n'étoit pas moins contraire à cet esprit guerrier que le législateur vouloit donner à tous, et qu'il vouloit préparer , animer , soutenir , par le mouvement si actif des exercices journaliers. Les l^cédémoniens ne permirent pas même de long-temps que des représentations théâtrales vinssent quelquefois les distraire de leurs travaux (84)* Us eurent des jeux publics ; mais ces jeux furent encore des combats , et des Spartiates furent seuls reçus à y disputer le prix (85). L'auteur de la Science du gouvernement afiirme que les Spartiates ne pouvoient épouser que les filles qu'ils avoîent vaincues dans les jeux publics (86) : je ne crois pas qu'il y eût une loi semblable.

Les femmes de Lacédémone dédaignoient jusqu*aux travaux domestiques ; on ne les voyoit pas filer la laine, comme le faisoient les autres Grecques : elles laissoient faire leurs vètemens à leurs esclaves (87). Nous chercherions même en

(83) Xén. Rép. lac, pag. 68a.

(84) Ils eurent enfin un théâtre (Paus. lll, %. 14). Sparte avoit cependant des farces populaires ( Athén. XIV, S* 4i Hésychius, au mot AetnAKtalcu).

(85} Paus. III, S. 1 14, et ci-après, chap. x , pag. 446 ei sut»»

(86) Tom. I , pag. 207.

(87) Xén. Ri'p, lac. pag. 675.

LÉGISL. DES LACÉOÉMONIENS. CH. IX. 44)

vain parmi elles ces vertus conjugales qui donnent et se font rendre le bonheur : la législation les avoit plutôt détruites qu'excitées , en faisant un vol de la tendresse , en permettant quelquefois , conseillant même de recourir k Tafiection d'un autre (88). On regrette aussi de n'y pas trouver plus serrés ces liens d'amour entre le père et le fils 9 les plus doux et les plus sûrs que les hommes puissent connoître. La société civile n'est que l'agrégation des sociétés domestiques; elle ne peut avoir d'autres bases » et toutes deux ont des règles communes : la placer hors de la famille, c'est la placer hors de la nature , et rendre plus difficile l'empire des autres vertus.

Si l'on doit regretter dans le gouvernement de Sparte des affections si morafes et si nécessaires» on y retrouve dans toute sa force cet amour de la patrie, si puissant sur les peuples libres, plus puissant encore sur ceux qui ont avec les autres des communications moins fréquentes. Que de nobles pensées , que de grandes actions il inspira aux Lacédémoniens !

Jamais aussi on ne porta plus loin le respect pour les magistrats et l'obéissance à la loi. Loin de chercher à s'y soustraire ou à en éluder Fauto-

(88) Xén. pag. 6y6, Voir cî-aprc$ , chap. xi, p. 48 5 et suiv.

rite 9 les premiers citoyens donnoient Fexemple , et se faisoient gloire de s'abaisser sous leur empire (89). Des lois austères sont toujours phis aimées d'un peuple qui y est façonné : elles lui font croire aisément qu'il a sur les autres nations une grande supériorité de force , de courage et de volonté.

(89) Xén. R^. lac. psg. 683.

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