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CHAPITRE XI

^pas pub tics ; Communauté des femmes et des enfans ; autres Lois concernant les femmes; de la Vieillesse^ h Sparte.

kitr<fiemeiis /\yANT Lycurgue, les Lacédémoniens manrcpu pu- g^QJg,,^^ à'àxi% leur maison, sur des lits somptueux et des tables magnifiques. Ils avoient des cuisiniers habiles , et se livroient k toutes les dissolutions que cette espèce de sensualité peut produire (i). L'établissement des phidities ou des repas publics fut une véritable loi contre la profusion et rintempérance des repas privés (i). Les jeunes Spartiates, les enfans même, car ils y étoient admis» se formoient à beaucoup d'autres vertus encore que la fi-ugalîté. On y discouroit sur la morale, sur la politique, sur tous les devoirs ; on y entendoit les fecons de Fexpérience des vieillards; on y racontoit les actions les plus mémorables de l'histoire nationale (3)« Les injures, les querelles, n'y étoient pas souf-

(i) Plut. VitdeLyc.%, i;.

(2] Ibid, Justm , III, chap. m.

(jj Plut. Lyc, S. 19. Xcn. pag. i'j'j et 680.

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fertes; maïs on permettoit la raillerie. Souffrir patiemment d'être raillé est une des leçons que Ton croyoit devoir donner habituellement aux Spartiates .(4)« Une discrétion absolue étoit recommandée à tous ceux qui assistoient aux phidities. Rien de ce qu'on dit ici ne sort par là , disoit le plus âgé en montrant la porte du lieu de rassemblée (j)* La loi de Lycurgue permettoit de boire autant que Ton voudroit; mais elle défendoit f ivresse (6). Les Lacédémoniens vouioient, comme le disoit un de leurs rois^ que iTautres n'eussent jamais k délibérer pour eux; qa% eussent plutôt à délibérer eux-mêmes pour les autres (7).

Les tables étoient d'environ quinze personnes. Un règlement déterminoit la manière d'être choisi pour faire partie de ce nombre, quand des places vaquoient k une des tables. On votoit avec une boule de mie de pain ; donner sa boule aplatie étoit la marque du refus. L'unanimité des suffrages étoit nécessaire (8).

(4) Plut. Ljw. s. 1 9.

(5) Wd s. 18, et hst. lac, pag. 236.

(6) Xcn. Rép. lûc. pag. 680. Voir Athéncc, IV, $. 14. On y buvoic à fa ronde, en faisant passer ie même vase pour tous- FSmr aussi les $$. 3 et 10 du lîv. U.

(7) P\ut, ApophiA, pag. 114.

(8) Plut. Lfc. S- 18. Des changcmcns furent faits par Agis

Chacun apportoit, chaque mois, une quandté fixe de poissons (9). Les alimens étoient réglés par la loi (10); ils Tétoient dans leur quantité même. Si Ton permit d'y ajouter, ce ne fut que des produits de la chasse : on en faisoit part ordinairement à ses commensaux. La table étoit ainsi suffisamment garnie, sans que pourtant elle fût somptueuse (1 1). Tout le monde connoît le brouet, ainsi que la réponse faite sur l'assaisonnement nécessaire k ce mets grossier ( 1 2). minent on sub- Ou a regretté que la dépense des phiditiés ne e! De ceux q^ ^* P^^ payée à Lacédémone , comme en Crète , Mivoientycon- par le trésor de rétat(i 3), L'inégalité du nombre des enfans devenoit, dit-on, un inconvénient grave pour le père d'une famille nombreuse, puisqu'on déterminoit par individu la portion qui devoit être fournie. Le reproche seroit fondé, si f observation étoit vraie ; mais on ne peut guère

k ia loi sur la distribution des tables » dans le troisième siècle avant Jcsus-Chrisl. Plut. j4gis , S- »»•

(9) Plut. I^c, S. »8. Voir Athénée, iv, S. 8. Meursius a rassemblé f Alise, lac. I y cliap. X tt suiv, , beaucoup de détails relatifs aux repas 6ts Lacédémoniens et à leur nourriture.

(10) Plut. I^'c. S. 1 5. Élien , Hisu div. lll , $. 34.

(11) Xén. Rép. lac. pag. 680. Atlién. iv, S. 8.

(la) Plut. Lyc. S. Il \ Jttst. lac. pag. 136. Cicér. Tusc.

(i 3) Arist. Polit, il, chap. ix, p., 53 1 j chap. X, p. 3 ji.

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douter qu'on ne destinât à chaque Spartiate une des portions tenues en réserve par l'état (i4)- Leur nombre pouvoit donc s'accroître avec le nombre des membres dont une famille se compo^ soit. Cependant Aristote, dont f autorité est d'un grand poids , annonce que plusieurs citoyens étoient trop pauvres pour suffire k la dépense des phidides. L'événement auroit ainsi trompé Fintention du législateur, qui avoit cru former une institution populaire ( i 5). Elle l'étoit en effet sous un aspect général» et Plutarque dit à quel point elle blessa Forgueil des riches (16): mais ce qui lui ôta ce caractère y ce fut Fexciusion des fonctions publiques prononcée par une loi envers ceux qui ne pouvoient fournir à la contribution prescrite pour les repas en commun (17)9 loi qu'on croiroit postérieure k Lycurgue , tant elle est peu en harmonie avec l'objet même de rétablissement, si Aristote n'en indiquoit expressément Fancienneté.

Le législateur avoit ordonné à tous ceux qui ahins y assistoient, suivant Plutarque (18)» aux jeunes

(14) Voir d-après , pag. 49; et $04, et Plut, fyc. S* 31.

(15) /WrV.ll, ckap. ix» pag. 331.

(16} Vie de Lycurgue, $. 16.

(17) Arist. Polii. II, chap. IX , pag. 33 1 , et chap. X, p. 332. (18} Vie de Lycurgue, %, ii\ Inst. lac, pag. 330.

lions rebd rq»aspabli pcnscd*XM

uniquement y suivant Xénophon (19), de rentrer chez eux sans lumière, après le repas: il avoit voulu, disent ces deux écrivains, accoutumer à marcher sans crainte la nuit. Xénophon ajoute que ce n*étoit qu'après avoir quitté le service qu'on pouvoit feire porter un flambeau devant soi. L'esprit guerrier avoit imposé la condition relative à là marche dans les ténèbres : cette disposition devenoit aussi une recommandation de la sobriété, une proscription indirecte de Tivresse (20). L'ivresse n'étoit pas même permise dans les fêtes de Bacchus (21).

Les rois dévoient assister aux phidities : Xéno* phon l'affirme dans sa République de Lacédémone, et il le répète dans VEloge d*Agisilas (22). Ils avoient deux portions au lieu d'une; et la seconde, ils la donnoient ordinairement, comme signe d'honneur, au Spartiate qu'ils en croyoient le plus digne. On auroit pu placer ailleurs les témoignages de considération et d'estime.

(19) R^. lac. pag. 680.

(2o)Pauwditcq>endant, p. 363 , que rivresseétoit fréquente àSpane et qu*die fiit la cause de la plupart de %ti malheurs.

(ai) Platon, des Lois, l, pag. 637; Miiios,^\g, 310.

(aa) Rép. lac, pag. 6po ; Agés, $. 5. Hérodote est moins affirmadf; il dît, vi, S. $7» qu'on envoyoit aux rois leurs portions, quand ils ne venoient pas aux pbiditîes.

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La loi ne dispensoit des repas en commun que les citoyens revenus trop tard de la chasse ou qui avoient achevé trop tard leur sacrifice ; et, dans ces deux cas , on devoit envoyer à la table dont on faisoit partie, un des animaux tués ou une partie de la victime. Agis revenant de Farmée , vainqueur des Athéniens , ayant voulu , le jour de son arrivée à Sparte , souper avec sa famille» on lui refusa les deux portions destinées au roi» qu'il avoit fait demander aux intendans des repas publics. Ces intendans étoient choisis parmi les anciens généraux, et Plutarque les désigne encore par la fonction ancienne qu'ils avoient -• eue ou le titre qu'ils avoient ^rté (2^). La dispense accordée dans les deux cas prévus étoic un moyen trop facile d'échapper k l'exécution de la loi. D'autres prétextes s'ofirirent et se multiplièrent à mesure que les moeurs se corrompirent. On n'alloit presque plus aux phidities , dans le troisième siècle avant l'ère chrétienne. Cléomène essaya en vain de les rétablir (24)*

Les femmes n'étoient pas admises aux repas Loit publics. Une telle disposition semble digne "* ^"""^ ' "^

(a 3) Plut, fyc. S* 18. Ce fait contredit encore Tassertion d^érodoce.

(a4) Athài. IV, S. 9- Plut. CUm. SS. 36 et 39.

48o HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

cBrion^ieundt- cféloge, iTiéine à Spaite. Platon cq>endant y voit L'mi^^n ^^^ ftute du législateur (25) ; il auroit désiré que lut iw inspi- cette obligation fût imposée aux femmes comme un moyen de les accoutumer à ne pas cacher leurs actions et à se mieux soumettre à fordre généralement établi. Mais les phidities n*étoient pas une institution isolée, dans le système de Lycurgue. La communauté des repas est tellement contraire aux rapports naturels des familles et à leurs habitudes nécessaires y elle sépare teQementy pour les confondre avec tous les autres, des êtres destinés à vivre ensemble et unis dès leur premier jour par des liens intimes et indissolubles, qu'on ne peut en chercher la cause ou Fexcuse dans Tinadvertance du législateur ; il faut la juger d'après le but général que Lycurgue s'étoit proposé en publiant ses lois. L'idée dominante de ce grand homme avoit été déformer d'excellens guerriers et des citoyens ne vivant que pour leur patrie. Les vertus militaires étoient celles qu'il .chercha principalement à exciter , à Toccasion de ces rassemblemens journaliers. Les femmes ne dévoient pas combattre ; et les mœurs publiques n'eussent pas plus gagné que les mœurs privées à cette réunion des deux sexes

(ij) Des Lois, vi, pag, 781,

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pour des repas en commun , dans une cité où les lois étoient plus favorables à h dissolution des femmes qu'elles ne tendoient à la comprimer (26). On doit avouer pourtant y et ce fut une des causes de h dissolution, que le dessein de Lycurgue n*avoit pas été de les renfermer dans les maisons et de les dérober aux regards des autres. Leur éducation, leurs exercices publics, leur deminudité, la communauté soufferte et même autorisée, attestent f intention contraire du législateur. II fit tout pour substituer aux touchantes vertus dont elles ont besoin , Texaltation d'un hux patriotisme et d'une mâle fierté. Que sont donc les femmes , si elles ne sont plus épouses et mères!

Lycurgue avoit essayé de réformer les mœurs des Lacédémoniennes; leur résistance lui fit abandonner cette entreprise (27). Les absences fi-équentes des maris, que la guerre appeloit hors de Sparte, rendoient, à leur retour, leur tendresse plus complaisante et plus vive, et les conduisoient ainsi à la domination des femmes, que ces absences mêmes avoient laissées maîtresses dans l'enceinte domestique (28]. Elles s'enorgueillissoient

■w-Ma

{16) Ko/V Plut. Lyc, S. aj » « ci-aprc$, pag. 487.

(27) Arist. II, chap. IX, pag. 319. Plut. LycS. a;.

(28) Piutarque I /^Â(/.

48;i HISTOIRE DE LA LÉGISLATION.

de cet empire. Nous sommes les seules qui mettions des hommes au monde, disoit une d'elles pour expliquer ou justifier leur domination (29). Mais ces hommes qu'elles produisoient , ne devenoient, à leur tour, que les humbles sujets d'une épouse ; et je ne saurois partager Fopinion d'un écrivain si recommandable d'ailleurs, quand il dit qu'à Sparte les femmes n'étoient pas regardées comme une moitié du genre humain destinée aux douceurs de la société; qu'elles n'y étoient regardées que comme des êtres machines, nécessaires il la reproduction de Fespèce humaine (30). Aristote annonce ie contraire, et tous les fiiits connus attestent cette influence; il en explique même les causes et en développe les motifs (31). C'est de lui toutefois que nous apprenons combien leur exaltation fut souvent mal secondée par un courage réel. Lors de Fin* vasion desThébaîns, quand Epaminondas poursuivit jusqu'à Sparte les Spartiates déjà vaincus, les femmes y causèrent plus de trouble encore que les ennemis : elles ne surent que pleurer; il fallut même, en respectant les douleurs privées,

(29) Plut. Pic de Lycufgue, S. 27.

(jo) Esprit de l'hist. Ictt. IX, pag. i66. (31) Polit. 11, chap. IX, pag. 3 iS et 3 29.

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leur défendre ces expressions pubGques d'un sentiment que les hommes surmontèrent alors avec une ostentation que la patrie ne demandoit pas et que repoussoit la nature (32). Et quand Agis voulut essayer de mettre un terme au progrès des mauvaises mœurs et à la corruption qui suit les richesses, le principal obstacle à ses projets naquit des femmes ; elles résistèrent de tout leur pouvoir à une entreprise qui les menaçoit dans des jouissances qu'elles mettoient tant de prix à conserver (33).

On étoit loin de ces institutions que Platon louoit et conseilloit encore dans le siècle qui précéda le règne d'Agis. Comme Lycurgue Favoit voulu y ce philosophe demandoit que les femmes se montrassent nues dans les exercices du gymnase (34)* £n supposant même que de tels exercices fussent utiles pour donner à la patrie des enfans plus forts (35), leur publicité n'étoit pas nécessaire sans doute. La pudeur n'ôte rien à la force et orne la beauté. C'étoit ôter aux femmes tout l'empire de la plus douce des împressions et de la plus aimable des vertus. On a

{32) Arisi. pag. 329. Xcn. Hdlcn, VI, pag. 597 et 608.

(33) Plut. Vit d'Agis »%, 10.

(34) Plut. Lycurif. S. 25. ?ht. RépuhL v, pag. 4.57. (3 5) Comme le dit Xcnophon , Républ, lac, pag. ^7 j.

dit que les filles de Sparte n'étoient pas nues, que rhonnèteté pubGque les couvroit, qu'elles étoient vêtues de leur pudeur même ( 3<S)« Ces expressions ingénieuses ne peuvent être le fondement ni l'excuse d'une pareille coutume ; elles nous laissent dans Fignorance des véritables mteih tions de Lycurgue. Le neveu de ce grand homme, le roi Charilaiis ( 37} » tes auroit-il mieux expliquées, quand ii répondit à un étranger qui demandoit pourquoi les femmes se voiloient, tandis que les filles ne le fiiisoient pas , Cest que les fiUet cherchent un mari , et que les femmes se conservent pour celui qu'elles ont ( 38 )! Cette réponse, qu'on peut regarder plutôt comme une censure que comme un éloge, n'est pas du moiiif sans quelque analogie avec les autres institutions de Sparte. On sait aussi que la jeune épouse devoit être enlevée par son mari (39). Le rapt excusoit la femme, dit-on, de laisser succomber sa pudeur. Elle ne la retrouvoit ainsi qu'au moment de remplir un devoir sacré : avant son mariage, elle Favoit toujours dédaignée.

( 3 6) Voir encore Platon , et Montesquieu , iv , chip, VL

(57) Voir ci-<{e3sus , chap. l , pag. ao;i.

()8) Plut. ^/KTipAM. pag. 33a.

(39) Voir ci-après, chap. XII, pag. 5 1 o.

LEGISL. DES LACEOÉMONIENS. CH. XI. 48^

Comment , dans un pays où la pudeur n'étoit fMis mieux respectée, a-t-on couvert d'un voile ia statue de Vénus! On lui avoit même donné des chaînes (4o). Etoit-ce pour annoncer l'indissolubilité du mariage , ou l'inviolable fidélité due aur femmes par leurs maris (4 > ) * ^^îs on pouvoit prendre la femme d'un autre, et les mariages ne furent souvent que de longs adultères (42)- Les compagnes des rois furent exceptées de la tolérance d'un prêt si honteux; mais les autres -femmes ne le furent pas pour les rois. Ainsi les reines étoient les seules à qui la fidélité HlI ordonnée (4 3 } • Les Lacédémoniennes se regardoient comme appartenant plus encore k la cité qu'à leurs maris (44)« Lycurgue , suivant Xénophon (4j ) > accordoit ces étranges licences, parce que les femmes sont jalouses de tenir à deux maisons, et les maris de donner à leurs

(40) Paus. lll,S. 13' . (41) Ibîd. Histoin uuiiftfSilU awgÏMse , tom. IV,pag. 344.

(42) Voir ci-après , chap. XII , pag. 5 1 a « et dans Meurs. Mise, }ac. m 9 chap. il , les désordres qui résultèrent souvent du ^rêt àti femmes.

(43) Aldbiade cependant fut l'amant de la femme d*Agis VoirV\MUAgésiL%. j.

(44) Plut. Lyc. SS. 19 et 30. Voir les Apophthtgmts des Lacé, démonieunes, pag. 140 rî suiw

(45) Répttbl,lac.^zg.6j6.

fils des fi-ères qui soient héritiers du même sang et de la même vigueur, sans Fétre des biens. Une Lacédémonienne disoit pourtant : J'apporte en dot la chasteté de mon pays. Et une autre que Ton vendoit comme esclave, et à qui Ton demandoit ce qu'elle savoit , répondit : Être fidèle (46). La femme d'un roi étant restée stérile, la répudiation fut ordonnée (47)- C'est le seul exemple qu'en offre , je crois , Fhistoire de Sparte ; et le motif en est pris dans l'ordre poiî« tique, dans la nécessité de conserver et perpétuer la race exclusivement royale des descendans «THercuIe.

nanaatidet La communauté des femmes a reçu les éloges j àhfo- j^ Platon et les censures d'Aristote (48). Lycurgue favoit placée à côté du mariage (49)> comme si ie mariage n'étoit pas fondé sur une reproduction mutuelle et sur une tendresse exclusive; comme si l'union avec un seul et des rappK)rts intimes avec plusieurs autres pouvoient exister ensemble dans la volonté d'un sage légifr* lateur. Les lois de Sparte l'avoient cependant auto-

(46) Apophthegmts dis Lac/démottiennes , ^zg» 242.

(47) Hérod. v, S. 40.

(48) Plat. RépubL V , p. 457 etsuiv. Arist. Polit, il, ch. H in et IV t pag. 3 1 3 rr suiv.

(49) Voir ci-dessus , pag. 48 1 et 482 .

LEGJSL. DES LACÉDEMONIENS. CH. 'XI. 487

risée. Elle avoit été, pour ainsi dire, universellement commandée , dans Fespérance de repeupler l'état qu'avoit épuisé d*hommes une absence de dix ans» pendant la guerre avec les Messéniens (50). Elle subsistoit encore au temps de Xénophon , puisque cet historien se croyoitobligé «Ten expliquer les motifs et de la justifier (51}.

Les lois avoient ici préparé et conservé les mauvaises mœurs. Âristote peint avec des traits fort animés la dissoludon des femmes de Sparte. II la présente comme également contraire au but du gouvernement et au bonheur de la cité. II se plaint de ce que les femmes ne sont retenues par aucune institution dans aucun genre d'intempérance; il se plaint de f influence qu'elles exercent sur l'administration publique. Aristote pousse plus loin son improbation ; il refuse aux Lacédémoniennes ce courage dont tant d'écrivains se complaisent à les louer. Nous l'avons en* tendu assurer qu'au temps de Finvasion des Thébains elles causèrent plus de frayeur et de tumulte que Fennemi même (52;.

L'auteur des RecherehiS philosophiques sur les

(Jo) Voir c\-At%i\x% , chap. iv, pag. 300.

(51) Rtp. i^r. pag. 6j6,

(52) Arist. pag. 318 et 319. Voir cî-dessus, pag. 481.

Grtcs ( J 3 ) a développé les causes de Fezces» sive dissolution des Lacédémoniennes. II les réduit à deux générales y dans lesquelles entrent toutes les causes particulières. Leur éducation n*étoit convenable ni à l'état de la virginité , ni à Fétat du mariage ; de sorte que les mères ne pou voient y enseigner à leur postérité des moeurs et des égards qu'elles n'ayoient jamais connus elles-mêmes : toutes leurs passions exerçoient immédiatement sur leur ame un empire tyrannique, qui n'étoit tempéré ni par la retenue qu'inspire la pudeur, ni par la modération qu'inspire la sagesse. La première observation est d'une grande vérité. L'auteur va trop loin peut-être dans la seconde, et sur-tout dans ce qu'il y joint et que je supprime; cependant elle est vraie encore : jamais on ne chercha moins à tempérer des passions , après les avoir violemment excitées.

Cette influence , cette force , qu'on leur attribue , dévoient les rendre plus dangereuses, lorsqu'elles descendroient de leurs fausses vertus pour céder à des impressions qui se rapprochoient davantage de leurs penchans naturels. Tout courage devoit être perdu , quand elles se montrèrent

(;3)^Pirt. IV, secc. X, pag. 3 18 et 3 19.

dons vidlktae.

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sensibles au luxe et aux richesses ( 54}- li avoit fallu, pour y parvenir, briser des barrières posées <rune main ferme, et que les moeurs publiques avoient considérées long -temps comme insurmontables. Une loi, par exemple (55)» avoit interdit aux femmes toute sorte d'ornement et de parure ; une autre leur avoit défendu d'aller en char, à la fête des mystères (56); et un magistrat yeilloit spécialement à Texécution de ces lois (5 7).

La vieillesse ne fut jamais plus respectée qu'à uu ttu Lacédémone ; elle n'eut jamais une plus honorable demeure (58). D'autres législateurs fondèrent la prééminence sociale sur la naissance ou sur la fortune ; Lycurgue Faccorda à la vieillesse. Oétoit la fin d'une vie consacrée ordinairement à la défense de la patrie. Dépositaire de Fexpérience, et noble repos du courage, la vieillesse offroit en même temps des leçons et des modèles. La jeunesse et l'âge mûr s'armoient pour Lacédémone; l'âge avancé déiibéroit sur ses intérêts, ses devoirs et sa gloire. L'institution

(54) Voir Plut. L^sand. S. 3 , « Aps, S. « o. (55} Héraclidedi Pont, pag. 505 de Cragius.

(56) Vohr Dacîer sur Plutarque, Lyc. pag. 259; cUdessus, cfiap. VTlIf pag. 39^ , et chap. IX , pag. 442.

(57) Voir ci-dessus, cfiap. v, pag. 3 10. (;8) Hottistissimum domicilium, Ckcr,de/a Vieillesse, S« i3.

488 HISTOIRE DE LA . ^CiSLAnCS.

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UEMONIENS. CH. XI. 401

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I Grecs savent tous ce qui est hon-

^ vieillard en pleurant; les Lacédérno-

s pratiquent (63).

abûres étoient exclus des honneurs i vieillesse. Ils n'avoient pas d'enfiint I rendre un jour h ceux dont ils les

f peut croire également qu'il y avoit , en |de commémoration, dans les jeux publics, ices d'honneur (65) ; les Lacédémoniens ait une fiiveur semblable aux habiians ville d'Attîque , fondée par Cé- I {66) , pour avoir anciennement découvert aiixTyndarides le rapt d'Hélène par Thésée {67).

l,tfii) V\m. Apepkik. pag. i);.

''<<4} Mur. />f. s. 17- - (ij) Plot. /I/w/Mi4.pig. 219, ■ (ÔS) Stral). IX . pag, Coe,.

(^) Hérod.IX, S. 71. Ils Im épargnèrent aussi, à U TjvTur ^ de ce louvcnlr, pendinc I3 guerre du Pûloponitcic.

du sénat avoit fondé d'avance , sans le secours même d'une loi, la vénération qu'inspireroient les vieillards. Les chants des choeurs, dans les fêtes de Sparte I étoient la commémoration de leur vaillance , Fespérance ou la promesse de marcher sur leurs traces (jp). On cédoit le pas aux vieillards; on se levoit devant eux quand ils entroient dans une assemblée (60). On évitoit de se faire porter dans des lidères ou des chars fermés , pour être plus libre de leur of&ir , quand on les rencontroiti un témoignage de défei^nce et d'honneur (6i). On les accompagnoit chez eux, au sordr des repas publics (62). Indépendamment de la direcdon des mœurs, les vieillards dévoient avoir plus d'autorité encore dans un pays qui ne connoissoit pas de lois écrites, où elles n'étoient que dans la mémoire des hommes; ils devenoient les conservateurs naturels des tradiûons et des coutumes ; et cependant il faut observer que ce nétoit pas seulement à Fégard des Lacédémoniens qu'on rendoit cet hommage à la vieillesse. Un Grec avancé en âge, venu

(59) Voir ci-dessus , chap. Vlll , pag. 396.

(60) ydr Hcrod. il , S» Bo ; P'ut. Itun iac, pag. » 37 , ci Xcn^ Dits mémorablts de Socratc , m , pag. 770.

(61) Plut. L}c, $. 43 , ctDacier sur ce passage. (61) Auiu-Geilc,ii, chap.xv.

LèGISL. DES LACEDEMONIENS. CH. XI. 491

aux feux olympiques après qu'ils étoient com-^ mencés, alloit de rang en rang chercher une place qu'on lui refusoit par -tout avec des expressions méprisantes : il arrive à l'endroit où les Spartiates étoient assis; ils se lèvent à l'instant et le placent au milieu d'eux. L'assemblée entière applaudit. Les Grecs savent tous ce qui est honnête, dit le vieillard en pleurant; les Lacédémoniens seuls le pratiquent (63).

Les célibataires étoient exclus des honneurs accordés à la vieillesse. Ils n'avoient pas d'enBint qui pût les rendre un jour à ceux dont ils les auroient reçus (64)-

On peut croire également qu'il y avoit, en signe de commémoration, dans les jeux publics , des places d'honneur (65) : les Lacédémoniens accordèrent une faveur semblable aux habitans de Décélée , ville d'Attîque , fondée par Cécrops (66) , pour avoir anciennement découvert aux Tyndarides le rapt d'Hélène par Thésée (67) .

(63) Plut. Apaphih, pag. 135.

(64) Plut. Lyc. S. 27.

{6^) Plut. Apophth, pag. 219.

{66) Strab. ix , pag. ^09,

(6j\ Hérod. IX ^ $. 71. Ils les épargnèrent aussi , à la faveur de ce souvenir, pendant la guerre du Pcloponnèsc.

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