‹ Histoire de la législationChapitre 5 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Belaâons des d^ér entes Cités entre elles. Relaàûns avec les autres peuples. Lois concernant la guerre. De quelques autres Lois politiques.

JLi^iLE entière avoit été réunie sous une seule DMOm é% h domination. Les principales villes voulurent de- i,^ r«— ^ venir autant d'états, en adoptant toutes néanmoins ou en conservant une forme de gouver* nement assez semblable. La situation du pays fàvorisoit ce désir d'indépendance, que dévoie fortifier le caractère naturel à des hommes souvent pirates sur les rivages, séparés entre eux dans rintérieur par des montagnes quirendoîent difficiles les communications éloignées. Cette division de la Crète en plusieurs états ne sau* roit être contestée; les monumens de la guerre et de la paix en établissent l'existence. On voit les cités se combattre, se confédérer, se prêter ou se refuser un appui. Nous avons encore quelques actes de leur correspondance politique, des traités entre les différens peuples de l'île pour régler non-seulement les secpurs qu'ils se fourniroient en cas de guerre avec ies autres cités ,

mais aussi les relations pacifiques , le droit d'asile , le droit d'hospitalité , &c. Quand les Téiens voulurent s'allier avec ies Cretois , leurs députés se présentèrent dans les différentes villes oii s'étoit formé un gouvernement particulier, et chacune d'elles délibéra sur la proposition faite par les envoyés de Téos ( i ) . •

CMununications Nous apprenons encore des inscriptions doniwiscités;aiuan- nées par Chishuil, et que Sainte-Croix a si bien •^^n^, droitt analysées (2) , comment ies différentes cités com-

muniquoient entre elles, quelle étoit la forme des décrets publics, comment on assuroit l'observation des traités. La formule rappeloit également les cosmes et la cité , tant pour les communications ordinaires et mutuelles que pour les actes de législation dans l'intérieur de l'état et ies actes d'un état à l'autre. Les cosmes y apposoient le sceau public et en assuroient parlà l'exécution , en même temps qu'ils en garantisr soient l'authenticité. Ces magistrats étoient-ils choisis pour une ambassade , dit l'auteur , la ville où ils alloient les logeoit , les défrayoit , ou leur donnoit par jour une somme convenue. Suivant leur dignité, ajoute- t-il, ils prenoient séance au

(1) ^()/> Sainte- Croix , pag. 354.

(2) Pag. 365 etsuiv, Voirz\xL Éclaircissetncns ia note F.

Li^ISLATION DES CRETOIS. CH. III. 9}

aénat ou dans l'assemblée du peuple avec lequel on venoit de contracter l'alliance : c'étoient toujours eux qui en faisoient jurer l'observation. Dans un de ces sermens , prêté entre les habitans d'O* lonte et ceux de Latos , presque tous les dieux sont pris à témoin : on jure par Vesta, par Junon , par Amphitrite , par Vénus , par Cérès , par Diane p par d'autres déesses encore ; on jure aussi par Mars, par Neptune, et par Jupiter, né en Crète (3). Porphyre s'est donc trompé quand il afiirme (4) que les Cretois n'attestoient pas la divinité dans leurs sermens, qu'ils ne juroient que par les noms de quelques animaux, et qu'une ancienne loi leur avoit défendu de prendre à té-* moin les dieux.

Les traités étoient inscrits sur des colonnes et placés dans un temple. Polybe dit ( 5 ) qu'on avoit gravé sur l'airain et qu'on voyoit auprès de la statue de Jupiter Idéen le traité fait avec les ApoIIoniates. D'horribles imprécations étoient prononcées contre ceux qui oseroient violer un pacte mis sous la garantie des dieux [6). Une des

(3) Chishuli , ^ff//^fr/V. asiat.psLg, 135 et 136. Vair encore U note F aux Eclaircisscmens.

(4) Del'Ahtiit.m,S. 16.

(5) Des Vertus et Jes ^7V«, chap. Lxyi.|

(6) Chbhull,pag. 133.

conditions étoit quelquefois qu'on en feroit jurer spécialement Tobservation aux jeunes hommes des deux cités , au moment où leur âge permettoit de les admettre à l'exercice des droits politiques (7).

La loi avoit déterminé co.nment on prononceroit sur Finjure faite par le citoyen d'un état allié au citoyen d'un autre état, allié aussi. Elle ne permettait pas qu'on exigeât de ceux qu'un tel lien unissoit, des droits ou une contribution plus forte que ne la payoient les hommes qui Êûsoient partie de la cité (8).

La cessation de la guerre n'étoit pas le seul engagement contracté ; on se promettoit de serrer de toutes les manières Funion renouvelée, de rétablir entièrement ces relations originaires qui rappeloient qu'on avoit la même patrie et les mêmes dieux. La liberté de se marier ensemble d'un état à l'autre , le droit d'assister mutuellement et de participer à tous les exercices reli* gieux, aux sacrifices offerts, aux mystères méme^ la faculté de porter librement d'un état à Fautre aussi et d'en rapporter les productions réciproques, fàisoient toujours partie de ces stipula-

(7) Chishull , pag. 1 54; Sainte-Croix , pag. 394.

(8) Sainte-Croix, pag. 3;8 et 3J9,

lions* Ainsi l'amitié de cité à cité devoit se fortifier par tout ce qui peut unir les hommes ; Fassociation des familles j sous les rapports civils; Tadoradon des mêmes divinités, sous les rapports religieux ; la communication et rechange de ce <{u*exigent les premiers besoins des individus et des peuples , sous les rapports de l'agriculture^ de rindustrie et du commerce.

Malheureusement des rivalités ambitieuses <>«<««» venoient quelquefois replacer la guerre ou auroit dû régner encore une paix si profitable pour tous. Les Cretois réprouvèrent toujours davantage à mesure que leurs relations avec les autres peuples diminuèrent. Elles s'étoient afToiblies de siècle en siècle, depuis le règne de Minos. Leur puissance ne s'étendoit pas hors de leur île au temps d'Aristote ( 9 ). Ils avoient perdu successivement ces immenses possessions que tous les historiens leur attribuent pendant que Minos les gouvernoit. Aristote donne pour preuve de la foiblesse des institutions des Cretois , à cet égard , les malheurs qu'avoit attirés sur eux une guerre extérieure qu'ils venoient de subir. Il ne désigne pas cette guerre : est-ce i'invasion des Ciliciens , se vengeant dans la Crète même des

(9) Ariitoté, Politiq, l\ , chap. x, pag. 33).

maux qu'elle leur avoit faits par ses pirateries! est-ce l'envahissement alternatif des alliés des Perses et de leurs ennemis , pendant les guerres d'Alexandre (loj! Qu'étoit devenu ce peuple dont les législateurs avoient cherché à favoriser f esprit militaire par tant d'institutions (11)! Idomenée encore avoit puissamment secouru les Grecs contre les Troyens (12). Les archers Cretois avoient même conservé quelque renommée ; on les préféroit encore , ainsi que les frondeurs, dans les armées de la plupart des nations ( 1 3). Mais pour ces guerres générales des peuples de Crète contre des peuples étrangers, elles sont rares dans Thistoire des siècles écoulés depuis l'abolition de la royauté jusqu'à la domination des Romains. Meursius ( 1 4) n'en compte pas plus de six; ii ne rappelle véritablement que celles dont quelque historien a conservé le souvenir. De moins importantes durent être faites à

(10) Strabon , X, pag. 477. Quime-Curce , IV, S. 1.

(11) Voir ci-après , pag. 1 49 et surv,

(12) Iliade, il, ▼.645.

( 1 3) Thucyd. Vil , S. 57. Xénoph. Retr. des dix mille , IV, $. 1 o, Pausan. l , S. ^9; IV, SS. 8 et 19. Vcil. Patcrc. li, S- j4- Tite- Lîvc,xxiv, S. 30; xxxvii, S.41; XXXVIII, S. a». Ju$t.xxx, 5.3. Ar rien dit souvent les secours qu'en tîroit Alexandre.

(14) Liv. IV, chap. vm.

LiGtSLATION DES CRETOIS. CH. IIK 97

des peuples voisins. La preuve en est même dans ce que dit Plutarque (15)» que les animosités d*état k état cessèrent et se fondirent dans l'intérêt général , toutes les fois qu'on eut à combattre des étrangers (16): ainsi Fordonnoit la première et la plus puissante des lois , la conservation de la patrie commune» de Fétat tout entier.

L'esprit guerrier n'avoit été maintenu que dans iE£Buudta»qa

«• ^f m m ^ TT* • • cité pour meftfcU

rinténeur du pays et par des dissensions intes- ^^^„ «,«, « dé tines. Une jalousie de prépondérance arma p*»**»»*»souvent Fune contre Fautre les différentes cités. Cnosse étoit la capitale de File au temps de Minos (17)* Elle régna encore par des souvenirs religieux , après avoir perdu son importance politique ; mais elle ne pou voit consentir à n'être plui la première , à partager sa domination avec Gor* tyne, qui avoit aussi combattu , vaincu et rendu tributaire une partie des villes de Crète* Ces villes mêmes, ce n'étoit pas sans se défendre long- temps qu'elles avoient enfin été obligées de se soumettre ; elles avoient long-temps envié ie succès qu'obtinrent ies habitans de Cnosse et de Gortyne. Ce fut pendant plusieurs siècles un mouvement perpétuel de chaque cité pour mettre

(15) Df l'AmuiéfratrtteUe , tom. II , pag. 4 1 8.

(16) Voir ci- après, chap. Vlll, p. 189.

(17) Oiiyss. XIX, ¥• 178, Strab. X, pag. 47^.

;^8 HISTOIXE DE LA t^GISLATIQtf.

les autres sous sa dépendance» Les habîtanj» d* Lyctos luttèrent avec lune persévérance court-* geuse; Lyctos colonie de Lacédémone» et b vifle de Crète qui produisit le plus dç grands hommes (iS). Cnosse et Gortyne s'étoient pW$ d-une fois irritées de cette résistance* Lyctos fiii attaquée, prise et détruite dans .le liit*" siècle avant Père chrétienne, pendant qu'une expédition guerrière occupoit ailleurs la vaillance de sesfeunes citoyens; ils ne trouvèrent en revenant que les ruines de leur patrie ( 1 9 }• Beaucoup d'agitations polidques avoient précédé ce funeste événement. Les autres villes s'étoient réunies contre Cnosse et Gortyne : mais bientôt des ja*> lousies mutuelles enfantèrent la discorde et 1% sédition; des délibérations publiques faisoient passer de Talliance d'une cité à lalliançe de l'autre; dans la même ville se montroient les actions opposées y voulant s'armer pour ou contre Lyctos, pour ou contre les Cnossiens. Gortyne même , alitée principale de Cnosse , vit ses feunes gens et les citoyens plus âgés se diviser entre eux et se combattre avec furie (20).

Cydonie, une des plus anciennes villes aussi»

(i8) Poiyb. IV, chap. %\i. TW Aristotc,pag. jji. (19) Poiybc, ièûl, Strab. X, pag. 478.

(loj Poiybc. f^.

LÉGISLATION DES CHiTOIS. CH. III. 99

qui en avoit bâti d'autres y que les Grecs appeloient ia mire des vil/es (2 1 ) , long-temps une des plus puissantes, celle qui décidoit du sort de la guerre quand Cnosse et Gortyne secombattoient, par la prépondérance donnée à celui des deux états dont elle embrassoit ia cause (22), Cydonie trvoit cessé de'disputer une concurrence qu'elle n'auroit pu soutenir avec des rivales plus fortes. Elle conservoit toutefois son indépendance : ce ne fut guère que soixante ans avant l'ère chrétienne qu'elle la perdit; elle se laissa tomber sous le joug des Romains (23).

Cette domination que les principales villes se disputèrent pendant plusieurs siècles , elles ne cherchoient plus alors , comme nous Pavons observé , à l'étendre hors de l'île même. Aristote est loin de dire, comme le prétend un de ses traducteurs (24) , que les Cretois s'en fussent fait un principe politique ; il dit seulement que des pays étrangers n'étoient pas soumis à leur empire. N'oublions pas de remarquer que , dans leurs guerres intestines , les Cretois eurent souvent les

(ai) Flor. III, S. 7. ^otr Diodore, v, S- 78. Hérodote, lit ^ $$. 44 et $*)t n*eD fait qu'une colonie de Samiens. (ai) Strab. X, pag. 478.

{i}) Florus, m, S,j.

(24) M. Champagne, tom. I, ptg. 148.

pf US nobles médiateurs : les Athéniens , les La» cédémoniens, ies Romains même qui ne pacifioient guère que pour mieux conquérir , tentèrent successivement de les réconcilier, et ie firent avec succès (25).

n^crirorsconsi- II est Certain que les Cretois avoient eu longrirrs. Loi., concer- ^^'"P* quelque tenommce comme guerriers. On naniu guerre, .ne dut pas Seulement à Minos des victoires maritimes; il porta jusque sur ies pays riverains de fa Méditerranée l'invasion et la conquête (26). £n léguant à ses successeurs le sceptre des mers, il parut leur avoir légué aussi, par ses institutions et son exemple, le désir et les moyens de conserver tout ce qu'il avoit acquis. L'art des combats selioit même aux traditions religieuses; on croyoît devoir aux curetés la plupart des inventions qui le concernoîent (27). Du temps de la guerre de Troie, avant et après cette guerre, les nations obligées de combattre sollicitoient .Falliance et les soldats des Cretois (28). Les princes qui avoient conduit ces soldats à la victoire étoient encore invoqués (29) , quoique le gouvernement

(2 5 ) K(f)/r iMcursius . CrtM , IV , chap. VII l.

( 2 6) Voir Dit)d. 1 V , %%. 77 et suiv,

(27) Diod. V. S. <>5.

( i 8) \ oir les pages suivantes.

(29) f'o/rDiod. v, S. 79, et ci-aprcs, chap. V, p. 129,

LiCISLATION DES CRETOIS. CH. III. lOI

eût changé et que la royauté eût été abolie. Toujours» avant la bataille, on imploroit les dieux (30). L'éducation entière préparoit aux combats ; jamais chez aucun des peuples dont il nous reste quelque souvenir , jamais on n'avoit encore essayé , à ce point, de fonder un esprit guerrier (31). Dans le Traité des Lois^ Platon fait dire avec raison au Cretois Clinias, un de ses interlocuteurs, que les institutions publiques et privées , données à son pays^reposoient presque toutes sur la supposition d'un état de guerre continuelle. En nous recommandant leur observation , ajoute Clinias, le législateur voulut nous apprendre que sans la science des combats, sans la supériorité dans la guerre , les richesses , les arts , tous les autres biens , deviennent inutiles , puisque la victoire les transporte au vainqueur (32).

Depuis assez long-temps les Cretois avoient trop oublié pour eux-mêmes ce que Platon fàisoit encore dire à Clinias dans le iv.* siècle avant Fère chrétienne. Il n'y avoît pas cent années que, sollicités par les Grecs qui leur demandoient des hommes et des vaisseaux, ils avoient consulté Foracle de Delphes, dont la réponse les avojt

(30) Arist. \i , chap. X, pag. 332.

{31) Voir ci-aprcs, chap, vill , pag. 183 etsuiv,

(32] Liv. l>pag. 616.

JOa HISTOIRB DB LA l£gISLATION.

portés à refuset* ces secours (3)). Un savant moderne (34) semble croire qu'ils avoient concerté avec la pythie la réponse qu'ils en obtinrent y lors de Fexpédition de Xerxès : je ne connois rien qui puisse donner à cette opinion un caractère suffisant de vérité.

Dans ce temps-là , et beaucoup plus tard encore, nie de Crète fournissoit ou plutôt vendoit dts soldats aux nations qui lui en demandoienu £IIe en fournit à ces Grecs qu'on suppose que Toracle avoit conseillé de ne pas secourir; ce fut pendant la guerre du Péloponnèse. Thucydide s'étonne même, tout Athénien qu'il étoit, que l'appât de la solde eût pu engager les Cretois » ainsi que les Etoiiens , à combattre leurs propres colonies (3 j }• Deux cents ans après, ils fàisoienc partie des troupes qui composoient Farmée d'Antiochus-le-Grand , quand ce roi combattit sans succès Ptolémée-Philopator (36). Jusqu'au moment où la Crète fut conquise par les Romains , elle regorgeoit, dit Strabon, de soldats mercenaires qui s'engageoient volontiers » même au ser*

())) Hcrod. vu. S* 1^9* L*oracle de Delphes ayoic été consulté plus anciennement par les Cretois. Plutarq. Thésée, %, 1 8. (34) Barthélémy, chap. LXXïll, tom. VI, pag. i$6. îîs) Liv. vn,s. ;?.

(36) Poiybc, V, chap. WU.

LiCntSLATIOH DES CRiTOtS. CH. III. lO]

irkre des pdrates ()7). Alexandre n'avoilpas dédaigfvé de les appeler dam ses armées, et ik se moh^ètem dignes de servir sous ce grand carpltaine (38). Les services qu'il» rendirent aux Grec-s dans ia retraite deû dix miHe , ne sont pas él^iés par Xénophon (^9). Les C/étois contri-^ kodrént même plus d*une fois dux victoires dès lUymains (4o)«

L^s premiers magistrats des Cretois » les cosmesy étolent les chefs de leurs armées (4i}« On peut di#e que ce fut la ioi générale : c'est Stiiisi ^ti'Aristote h présente. Dans le siècle néan' ji^èim qui précéda ta perte de leur indépendance , les habitans de Gorryne appelèrent Phiiopémen pour les commander ; et Plutarque observe h ce Aujet {4i) 9 que Phiiopémen prit les mœurs des Cretois , faisant usage de leurs propres ruses à f encontre d'eux-mêmes.

Des lois avoient réglé ce qui appartient aux ^^ »»««in « 4e Silices de la guerre, comme le partage du butin

(j7) Strab. X, pag. 477.

(j8) ArricQ les nomme parmi les soldats d* Alexandre. (j9) Liv. IV, S. 10.

(j^ VoirTitc-Uve» xxxvii, S. 41 ; xxxvw, S< at. (41) Aristote, ll,chap. x» pag. 5^4.

(4») VieJePAiiûjf, $$. ai et as. Oa voit ausfi daiu Strabon, "X I p, 447, UD étranger commander Tarmée desCno&sieiu.

I04 HISTOIRE DE LA LiClSLATIOM*

et le traitement des captifs. Les captif devenoient esclaves ; on se les divisoit ; le sort décidoit quel seroit leur maître (43 }• Le butin se partageoit aussi entre les états alliés; une portion en étoit versée dans le trésor public de chaque cité (44)« Après la prise d'ApoIIonie, les biens de ses habitans furent livrés au pillage» s*il faut en croire Polybe, toujours si passionné contre les Cretois ; et les vainqueurs se distribuèrent les femmes , les en&ns et tout (e pays (4 5 }• Ce mot de créiiser, si honteux pour le peuple auquel on rappliqua (4^) > c'est à Idoménée qu'on le dut. Chargé de faire un partage égal des dépouilles troyennes entre ceux qui avoient concouru à Ja victoire, Idoménée oublia en sa propre faveur tous les devoirs que lui imposoient la justice en général et la marque pardculière de coniSance que les Grecs lui avoient donnée (47)* L'infidé* lité du monarque devint pour les sujets le prétexte durable d'une dénomination injurieuse ; le peuple expia la faute de son roi.

(43) Viftr ci-après, chap. iv , pag. 1 1 5.

(44) ^<wV Sainte-Croix, pag. 3^7.

(4;) Polybc, Ex. de ven, et de vkes. S' 66.

(46) yoir CHaprès pag. 1 41 , et Meurs, m , chap. i v > p* 43 5.

(47) On donnoit à cette expression d^aurres origines encore» mais toujours en les rapporunt à Idoménée. Tmt te même chapitre de Meunius«

LÉGISLATION DES CRETOIS. CH* III. lOf

Des tributs furent quelquefois imposés par les Trtimi» imprUs. Cretois victorieux , des tributs en hommes comme ^^^^ publique». en argent. On ne peut expliquer autrement la fable du Minotaure et des jeunes Athéniens qu'on lui envoyoit. Aristote avoit pensé , et Plutarque le répète (48) , qu'on ne mit jamais ces enfiins à mort , qu'ils vieillissoient dans Ille , vivant du travail de leurs mains. Plutarque le dit ainsi dans la Vie de Thésée; dans ses Questions grec ques (49) 9 il attache ces enfàns comme esclaves au service de Minos. II seroit possible que le tribut eût été imposé en argent , et que les Athéniens remis aux Cretois eussent été comme les otages de l'engagement contracté. Nous lisons dans Thucydide (;o) que Minos, en poursuivant les pirates dont la mer hellénique étoit infestée, avoit pour but aussi de rendre plus sûre l'arrivée des contributions que lui dévoient les peuples soumis ou vaincus.

La guerre étoit faite alors au nom de toute la nation, et, la victoire favorisant les Cretois, les contributions imposées dévoient payer une partie des dépenses publiques : mais les redevances

(48) Vie de Thésée , %. 18.

(49) Quest, XXXV, tome II, pag. 229,

(50) Liv.l,S. 4.

auxquelles on soumit les terres, dont on abandonna la culture k des hommes asservis , furent uft moyen plus fëcond et plus durable ; li finit mémt par être le seul , quand les Cretois ne se livrèf c*nt presque plus par eux-mêmes à des guerres ejtté* rieures.

Aristote nous apprend quelfes étoient ces re-^ devances (51). On les prélevoit sur les troupeaux , sur les productions de la terre et sur lé fermage payé par le périèce (52} au propriétaire. Une partie en étoit consacrée au service public et au culte des dieux ; Fautre , aux repas communs, en sorte que femmes, hommes, enfàns» tout fut nourri aux dépens de l'état. Cette seconde partie se subdivisoit, suivant Héraclide de Pont (53), en quatre portions. Les détails qu'il donne à ce sujet ne sont pas sans obscurité. Toujours semble-t-il que de ces quatre portions, les deux premières furent destinées aux citoyens , aux magistrats , aux étrangers ; la troisième étoit pour les personnes exerçant dans la maison le service domestique ; et la dernière fut réservée pour le mobilier et les ustensiles nécesr.

{$ I ) Politiq. II , chap. x , ptg. } ^ s. ( j 1) Voir ci-après , chap. iv, pajjj. 1 1 4. {Si) l'^S* 5^^ ^^ I ouvrage de Cragîus.

sâires à ces repas mêmes. Sainte-Croix dit (54) que les Lyctiens ne destinoient que le dixième de leur récolte à Fentretien des agèles et des andreies (55) ; que le reste étoit distribué par les magistrats dans chaque famille. Aristote, qu'il cite, ne le dit pas ; c'est Athénée , probablement , que l'auteur a voulu indiquer (56). Athénée en eflfet, transcrivant les paroles de Dosiade, auteur d'une Histoire de Crète , désigne moins les Lyctiens comme un exemple de ce qu'on faisoit dans nie entière , que comme une exception à l'usage universellement adopté.

(^4) Mim. sur la l/gislaiion de Criu , pag. 399.

(55) Voir ci-après, chap. vi , pg. 1 48.

(56) Ban^, des savons , iv, chap. x.

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