CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTAT DE l'ITALIE
(Hawkwood), avec quatre mille Anglais, combattait à la tête des Gibelins en Toscane , et entre la fin du xiv^ siècle et le commencement du xv^, la Péninsule était couverte de soldats étrangers, venus en partie à la suite des princes, en partie envoyés d'Avignon par les papes. Survint ensuite le Romagnol Louis de Cento, qui, comme dit Machiavel, « forma un corps de. soldats » italiens appelé le corps de Saint-Georges, et dont la » valeur et la discipline éclipsa en peu de temps la ré- » putation des légions étrangères, et releva celle des » armées italiennes, que les princes italiens mirent à » profit dans les guerres qu'ils se faisaient entre eux*. » Mais pour avoir éloigné les étrangers et avoir fait prendre les armes aux Italiens, on n'obtint pas cette garantie principale des Etats, la nationalité intrinsèque de la défense. Si la milice confuse et irrégulière que formaient, aux premiers temps des républiques, les citoyens qui se serraient autour du Garroccio 2, ne pouvait lutter avantageusement contre des troupes régulières, les corp^ d'aventuriers conduits par des condottieri, ne sauvèrent pas mieux l'indépendance de ritalie. Ces armées n'étaient pas liées par une communauté de pensées et d'intérêts; la fidélité des chefs était douteuse, l'obéissance du soldat était fort relâchée. La soif de l'or, l'ambition du pouvoir guidaient leurs entreprises. Les champs de l'Italie, ensanglantés pendant le cours des xiv^ et xv^ siècles, ne rappellent pas une journée glorieuse pour la patrie. Gastruccio-
^ Histoire de Florence, liv. I.
2 C'était sur le Carroccio qu'on plaçait le drapeau municipal.
^2 nr: i.a i.kgislation itamkn.nk.
(laslracaiif;, Kraiirois Sfoi'ct!, François Hussono, Jean des Haiulcs Noires, ont un nom dans l'art de faire la guerre, niais on ne saurait les compter jjaruji les citoyens ayant bien mérité de l'Italie.
Le secrétaire florentin, avec sa pénétration ordinaire, fait remarquer qu'aucun « événement, quelque » grava ou violent qu'il soil , ne saurait ramener à la » liberté Milan ou Naples, parce que les éléments de » leurs gouvernements sont trop corrompus. Gela se )) vit après la mort de Pliilippe-Marie Visconti : Milan » voulut revenir à la liberté et il ne put ni l'obtenir ni » la conserver. » Mais les conditions de Milan et de Naples furent diverses, en ce sens que la première ville compta peu de bons princes, sous la domination des Visconti et des Sforce, tandis que l'autre en eut plusieurs, qui furent sages et valeureux, tant parmi les Angevins que parmi les Aragonais.
Le Piémont, soumis aux princes de Savoie, eut moins à souffrir que les autres Etats de l'Italie des changements de la fortune, mais pendant ces trois siècles, il n'eut aucune occasion d'accroître sa puissance ni sa gloire. Ces temps furent assez obscurs pour cette partie reculée de. l'Italie, et l'on ne peut dire que ses destinées furent brillantes jusqu'au temps d'Emmanuel Philibert, dans la dernière moitié du xvi^ siècle.
La renaissance des sciences et des lettres, aidée par les études universitaires, ne tarda pas à éclairer toutes les classes des citoyens ; les arts suivirent aussitôt ce développement. Dante, Fibonacci , Giotto, Arnolf de Sapo et les trois Yillani assurèrent à la Toscane les premiers honneurs de la civilisation européenne. La