CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTAT DE L'iTALIE
Nous savons bien qu'on peut, et même qu'on a voulu attribuer cette féroce manie à un excès de force surabondant alors dans la génération italienne. Nous savons qu'un brillant écrivain moderne a dit que les Italiens étaient à cette époque forts, entreprenants et chauds d'une fièvre superbe. Par suite ils étaient en luttes continuelles; à la moindre occasion ils ravageaient les propriétés, commettaient des meurtres, des trahisons et tous autres actes d'hostilité. Ainsi on nommait magistrats ceux qui avaient répandu le plus de sang; et les maisons des communes et des princes, souillées de sang, ressemblaient à des repaires de lions *. Mais tout cela était violence de maladie plutôt que force de santé, et cette maladie que l'expérience du temps ou la fortune ne put guérir, conduisit à leur perte ces républiques et ces principautés.
Au milieu de ces agitations, de ces désordres, de ces crimes , une voix puissante se faisait souvent entendre , apportant des paroles de concorde et de paix. C'était la voix de la religion, capable encore d'inspirer quelque crainte à des hommes emportés par la fougue des passions; elle relevait les opprimés en face de leurs oppresseurs.
Les ordres religieux qui venaient alors de paraître, fondés par saint Dominique et par saint François d'Assise, s'attachaient sans relâche à fermer des plaies que la discorde ne cessait de rouvrir.
famille dont la richesse égalait l'ancienneté, s'est trouvée mêlée à toutes les agitations de Rome, depuis le xiii^ jusqu'au xive siècle ; elle possédait encore vers la fin du siècle dernier, quatre-vingt-dixsept fiefs et près de cent cinquante mille vassaux. * Perticari, de l'Amour de la patrie, par Danle, p. 381.
"20 i)i: LA LKr;iSLATio.\ italikn.nk.
Les aspirations les plus saintes, les dévouements les plus absolus se faisaient jour à travers ri^^norance des masses et la riuour des partis. Quel mérite n'avaientils pas CCS iiumbles religieux qui, entourés de toute sorte de dangers , se constituaient promoteurs et î^^ardicns de l'ordre public?
On nous permettra de citer ici deux des noms les plus recommandables parmi les bienfaiteurs de l'bumanitc. Saint Antoine de Padoue ' fut celui qui osa résister le plus vigoureusement et avec succès à la tyrannie d'Eccelin, le peuple vit en lui son défenseur. Après sa mort les bourgeois prirent les armes pour s'assurer la possession de sa dépouille mortelle -. Saint Bernardin de Sienne en parcourant l'Italie ne se lassait pas de mêler à ses sermons des admonitions politiques. Il attaquait sans ménagement ce qu'il trouvait de répréhensible dans la conduite des hommes du pouvoir, et n'en était que mieux écouté ^ C'est ainsi que l'institution de ces ordres religieux répondait alors aux besoins du temps.
Les discordes intérieures et les jalousies entre les divers Etats, appelèrent en Italie les armes de l'étranger, non seulement les armées conduites par les princes dans des expéditions étrangères, mais aussi celles que les Italiens recrutaient eux-mêmes pour soutenir leur parti. De cette manière , Jean Aguto
^ On sait qu'il était né à Lisbonne, mais il passa une grande partie dosa vie et mourut dans cette ville d'ilalie.
- Voy. Archivio Storico italiano, nouvelle série, tom. XI, deuxième livraison.
^ Voy. Prcdiche vuUjari di S. Beniardino de Sieno. Sienne 1853.