CHAPITRE VIII. — LOIS SUR l' INDUSTRIE
curieuse monographie sur ce sujet. Dans le traité intitulé : De locis montium non vacahilium, urbis, il trace l'histoire de rétablissement de la dette publique et il en discute la moralité. C'est sur ce point qu'il s'étend le plus, et, tout en admettant les avantages de cette institution, il en redoute les graves inconvénients. Il craint que la tranquille jouissance des rentes sur l'Etat ne détourne trop les hommes des habitudes du travail, et il n'est pas sans inquiétude sur le fait des souverains qui en se hvrant à de grands emprunts engagent l'avenir : Quod ita est, dit-il, supplantare successores.
Le commerce et l'industrie captivaient toute l'attention des Italiens libres. Mais la même faveur ne s'attachait pas à la culture des terres. Les sujétions féodales, les dîmes et autres prestations de ce genre, les liens, les fréquents cas de guerre intérieure rendaient les campagnes désertes, étaient à l'agriculture le développement naturel qu'elle aurait pu atteindre.
Cependant dans cet état de choses et de temps, les princes et les communes s'efforcèrent de faire fleurir cette branche, la plus essentielle parmi les arts sociaux. Frédéric II de Souabe, prince aussi prudent que courageux, entra le premier dans cette voie. Au moyen âge les possessions territoriales composaient le nerf principal du patrimoine du prince, qui au besoin l'employait pour faire face au nécessités publiques. Frédéric avait en Sicile de vastes possessions, et diverses habitations qu'on appelait délassements royaux. Il faisait cultiver à ses frais ces domaines : dans le territoire de Syracuse il encourageait la culture de la vigne; dans le domaine de Favara il foisait planter le palmier,
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riri(li|:,'olier, h* licnné ' et autres plantes qu"il faisait venir (le rinde. Les troupeaux de gros et menu bétail n'échappaient pas à sa sollicitude; il confiait ses troupeaux principalement aux Sarrasins restés dans l'île, avec pacte de part ou de gabelle. Ses haras lui fournissaient de quoi pourvoir de chevaux sa cour et de quoi en vendre -. Les revenus des fonds ruraux cfaient souvent payés an prince en nature, et en proportion de l'augmentation des produits; et celui-ci avait soin de diminuer la rétribution annuelle. Frédéric s'occupait aussi du débit de ces produits et de l'échange des denrées intérieures avec celles venant de l'étranger. Il faisait le commerce pour son compte particulier ". Mais cette protection et cette impulsion ne manquaient pas de dégénérer en monopole. On conserve encore aujourd'hui divers règlements de ce roi adressés aux habitants des ports, pour empêcher qu'aucun navire national, génois ou pisan, ne prît sa cargaison avant que les navires du roi n'eussent reçu ou vendu la leur. Les grandes propriétés qu'il possédait en Sicile entravaient la culture des patrimoines privés. L'abus était arrivé au point que Rogier des Amicis, justicier de la province en deçà du Salso, se vit obliofé d'informer le roi que les habitants de Sciacca, de Girgenti et de Licata ne pouvaient plus se procurer du bois pour faire des charrues.
* Les teinturiers tiraient de l'Inde la racine de l'aleanna.
2 Voy. Discours sur la Sicile, par Rosario Gregorio, Palerme 1831 vol. II.
•^ Gregorio L. G. .raconte diverses circonstances de ce commerce.