‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 12 sur 284 · CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L ETAT DE L'iTALIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L ETAT DE L'iTALIE

A celle-ci se joignait le progrès de la littérature classique et des beaux arts. L'avidité immense de ressusciter les doctrines et l'élégance du monde ancien répandait comme une ombre de paganisme, contre lequel, peu de temps auparavant, frère Jérôme Savonarole se déchaînait avec une ardeur que l'on pouvait appeler indiscrète.

Si la philosophie entraînait les esprits dans des opinions erronées, les hérésies y contribuèrent encore davantage. Celles-ci se multiplièrent à l'infini pendant le cours des xiii et xiv^ siècles, et couvrirent l'Italie d'hérétiques dont les sectes sont énumérées avec soin dans les lois des temps. Les Albigeois, les Concordois, les Bassaniens, les Nouveaux Cathares, les Patarins, les Pauvres de Lyon, les Passagins, les Joséphins , les x\rnaudistes et les Spéronistes composaient autant de sectes contre lesquelles s'armait la sévérité des lois, sollicitée par les inquisiteurs. Pour donner une idée de la rigueur de ces lois, nous choisirons un exemple tiré de l'histoire de Milan. Roland de Trézène, podestat de cette ville, poussé particulièrement par Pierre de Vérone, qui fut martyr et vénéré sur les autels, publia avec le consentement du peuple milanais, en 1233, les lois suivantes : Ceux qui sont convaincus d'hérésie seront condamnés à une prison perpétuelle ; leurs receleurs, défenseurs ou fauteurs, déclarés infâmes et privés de ce qu'on appelle aujourd'hui droits politiques et civils. Les enfants des hérétiques, leurs receleurs et défenseurs, jusqu'à la seconde génération, seront exclus de toute charge et de tout bénéfice ecclésiastique. Dans les villes on devait démolir les maisons où les

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iKTcliijiics avai/nl ôlé recueillis. Celui (|iji eoiiti.ii^s.'jil un individu ontaclié d'hérésie et ne le dénonrait pas, était condamné k une amende de vinj^l livres. Toutes ces prescriptions dirigées contre les hérétiques formaient, comme nous l'avons indiqué ailleurs, une branche spéciale de droit intérieur des communes italiennes, mais elles n'empêchèrent pas que les hérésies ne pullulassent sous des noms différents.

L'ascendant du clergé était tellement établi, au moment où l'inquisition fut introduite, qu'il ne se rencontra aucune opposition au développement de ce système préventif et répressif à la fois. — Les autorités civiles s'empressèrent de lui prêter la main. Ce ne fut que plus tard qu'on osa y résister. Venise, qui se donnait toujours pour si indépendante, paya son tribut comme les autres. Dans la promission ducale de Marin Morosini, publiée en 1249, il y a un chapitre exprès dans lequel on s'engage à faire brûler les hérétiques. Avec le temps on changea de méthode. Dans une dépêche écrite de Rome où il était ambassadeur de la République, le 27 avril 1566, Paul Tiepolo racontait comment on s'y prenait à Venise pour réprimer l'hérésie. Nous visons plus à l'effet qiCà r apparence^ disait-il ; au lieu de dresser des bûchers, nous faisons mourir secrètement les coupables ^

A ceux qui désirent suivre le cours des opinions morales, nous leur dirons comment à Milan, vers la fm du xiiie siècle, une femme appelée Guillaumine, venue

^ ISoi usinmo piu effet ti chc dlmostrationi , non fuochi e finmnic, ma far morire segretaintnte rhi mérita. Ce document est rapporté par M. Cantù, Scorsa di un Lonibardo negli nrchivi di Vcnczia, p. 2i.

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