CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTAT DE l'ITAUE
de Bohême, prêchait la doctrine hérétique de la rédemption spéciale de la femme et préludait à ce système d'émancipation morale et politique de la femme, développé par les Saints-Simoniens, et qui excita, sinon l'attention soutenue, du moins la curiosité des conlemporains.
A ceux qui aiment à apprécier les mœurs privées des peuples, nous leur montrerons par esprit d'impartialité, quoique à regret, les funestes et précoces changements survenus chez les Italiens. Si au commencement du xiiie siècle, leurs mœurs étaient sévères et pures, comme il convient à des hommes sortis depuis peu des longues et fatigantes luttes d'une régénération sociale, elles ne tardèrent pas à se corrompre, et à la fin du même siècle, elles ne ressemblaient plus à ce qu'elles avaient été au commencement. Qu'on lise les chroniques, registres fidèles des faits contemporains de chaque jour, ou qu'on parcoure les nouvelles, images parfaites des opinions dominantes, partout on verra combien étaient dissolues les mœurs de ces temps-ltà. Peut-êlre qu'avec l'élégance des arts et les richesses acquises, ne peut-on pas éviter les vices qu'elles entraînent à leur suite. Il n'est pas nécessaire que nous donnions ici la preuve de ce que nous avançons, en citant des exemples de la férocité des cœurs enflammés par l'esprit de parti, ou des monstruosités racontées d'une façon peu enviable par des écrivains distingués et dignes de s'occuper d'un meilleur sujet. Tout cela est suffisamment connu. Nous disserons là dessus. Nous ne reviendrons pas non plus sur cette secte d'Epicuriens qui se montrait nombreuse, au point que
DaiUo lui assif»nc nn cfirclo spécial dans son enfer. Il nous sulïira de si^maler l'oubli du respect de soimême et d'aulrui, qui caractérisait les plus hautes classes ôh la société d'alors.
Que dirait-on aujourd'hui de cette Cian^dioUa, de la famille des Alidosi, souverains d'Imola, qui décoiffait dans l'église les femmes qui ne s'étaient pas levées pour la saluer? Que conclure de ces défenses réitérées dans les statuts, tendant à empêcher qu'on ne se livre au jeu et à la débauche dans les lieux sacrés? Comment (jualifierait-on l'acte de François de Carrare qui, ayant surpris dans le camp des Véronais des femmes mal famées, les condamne à tourner la meule, les impose à la taille, et en assigne le revenu au collège de Padoue? Quelle horreur et quel dégoût n'inspireraient pas aujourd'hui les passe-temps les moins coupables de César Borgia, duc de Valentinois? Que ces courtes citations sufïisent pour détromper quiconque se montrerait trop prompt à louer le passé au détriment du présent.
La translation du siège pontifical à Avignon, et le grand .schisme d'Occident qui suivit le retour des papes à Rome, avaient ôté au pontificat une partie de cette immense autorité qu'il avait d'ahord exercée sur les opinions de tous les peuples de la chrétienté. En Allemagne il était hruit des hérésies de Wiclef et de Huss, et les plus habiles s'apercevaient que le mal avait de profondes racines, que des réformes sévères et une patiente sagacité pouvaient seules extirper.
Dans les conciles de Pise, de Constance et de Baie, les discussions et les délibérations furent portées à un point qu'on n'aurait pas cru possible un siècle plus tôt.