‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 14 sur 284 · CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR l'ÉTAT DE L'iTALIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR l'ÉTAT DE L'iTALIE

Celui qui étudie l'histoire de ces temps , y découvre les premiers, essais éclatants de la révolution dans les idées, de laquelle découlèrent par la suite tant de changements dans l'ordre politique et civil de l'Europe. Et parmi les documents de cette histoire les plus propres à éclaircir la condition morale des peuples de l'Europe, on peut citer les deux lettres écrites par Julien, cardinal de Saint-Ange, au pape Eugène IV, pour le dissuader de sa résolution de dissoudre le concile de Baie. Ces lettres ne dissimulaient pas les périls, ne ménageaient ni les conseils, ni les funestes pressentiments et ceux-ci se réalisèrent dans le courant du xvi^ siècle. Les droits de l'empire étaient considérés comme des. devoirs de protection, en échange desquels on devait de la déférence, ainsi que nous le verrons par la suite. Mais toujours dans l'empire on voulait trouver la liberté romaine.

En suivant la profession de foi politique des Italiens libres au xiv^ siècle , et consterné de la voir trahie, Mathieu Villani écrivait « que la liberté du peuple » romain n'était aucunement soumise à la liberté de » l'empire, ni tributaire comme les autres nations, les- » quelles étaient soumises au peuple, au sénat et par la )) commune à l'empereur. Et les communes de la Tos- )) cane, en maintenant de nos iours l'ancienne liberté » dont elles avaient hérité de la civilisation du peuple » romain, font voir que la majesté du peuple, par la » libre soumission que firent à l'empereur les comj) munes de Pise, de Sienne et de S. Miniaio, fut )) lâchement abandonnée par elles, en dérogeant aux » franchises de la Toscane, par les jalousies que les

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Ces protestations ot ces plaintes accusaient le mal mais ne le guérissaient pas.

Dans les trois siècles dont nous parlons, toutes les formes de gouvernement politi(juc élaient représentées en Italie. A Rome une espèce de théocratie; la monarchie environnée de prérogatives féodales et de privilèges communaux, dans les Deux-Siciles; à Milan, sous les Visconti , une sorte de monarchie entourée d'une apparence de répuhlique ; en Piémont, la monarchie avec des institutions calquées sur celles de la France; l'aristocratie à Venise; à Florence la démocratie. Les autres contrées avaient plus ou moins d'analogie avec ces gouvernements ; mais partout, les centres d'activité étaient nombreux, et l'individualité avait mille occasions de faire preuve de soi et de ses adhérents. Une immense activité de commerce, la clef des échanges d'Orient entre les mains de Venise et de Gênes, la source des sciences coulant des écoles de Bologne, de Salerne et de Padoue; les beaux-arts appelés à orner les édifices et à honorer les richesses, la majesté de la tiare vénérée par les chrétiens de toute l'Europe : tel était l'état de l'Italie dans les trois siècles dont nous parlons.

Vers la fin du xv^ siècle , les causes sont mûres et nous voyons apparaître les préludes du grand changement qui s'acheva au xvie. Charles VIII et Louis XII descendent en Italie, non pour se faire princes italiens

^ iMalhieu Villani, Chroniques universelles, li\ . IV, chap. LXXIV.

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