‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 142 sur 284 · CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE

Mais plus que les vices du barreau le défaut de police publique dans le gouvernement altérait l'administration de la justice. Déjà nous avons vu comment, dans beaucoup de contrées, et spécialement à Milan, l'autorité du souverain était impuissante à réprimer le nombre et l'insolence des bandits et des larrons. Certains princes, voyant le nombre des délits s'accroître, augmentaient les dispositions pénales pour les réprimer, mais cela ne produisait rien de bon et restait sans effet.

qu'on pourra vous adresser; je répondrai pour vous. Le lendemain en effet, les parties étant venues en présence du juge, ce magistrat sollicitait les accusés de répondre aux reproches que leur faisait le demandeur. Pilius s'avance alors et dit : Mes clients ne sauraient répondre, ils sont muets. Mais l'accusateur se lève à son tour et s'écrie : C'est faux, car quand j'ai été frappé, mes adversaires criaient gare! gare' Pilius usa de cet aveu pour faire acquitter ses clients.

Un homme riche voulait absolument qu'un pauvre homme lui vendît un petit champ qu'il possédait, mais ce dernier refusait de vendre. Pour se venger de ce refus, le riche pria, à titre de bonne amitié, que le pauvre voulût bien recevoir en garde quelques jarres d'huile. Celui-ci consentit, sans vérifier la quantité de liquide qu'elles contenaient. Le riche avait joint quelques jarres demi-pleines avec les autres, et au bout d'un certain temps, les ayant visitées, accusa le pauvre d'avoir dérobé l'huile qui manquait. Celui-ci s'était montré imprudent en recevant des jarres demi-vides avec celles qui étaient pleines, et il ne savait comment prouver son innocence. Un avocat qui plaidait gratuitement pour les pauvres se proposa pour l'assister, et avant tout, demanda que lesjatTes fussent vidées, et qu'on mesurât le dépôt qu'elles contenaient, afin de comparer la quantité qui se trouvait dans chacune des jarres pleines ou demi-pleines. Cela fait on trouva que le dépôt restant dans les jarres demi-pleines répondait à la quantité d'huile qu'elles contenaient. La mauvaise foi du riche fut prouvée, et le pauvre acquitté.

M. l'abbé Roî^mini dans sa Philosophie du droit, vol. I, p. 17, met sur la même ligne tous cet traités de défeube et les appelle détestables; peut-être eût-il été digne, à certains égards, que cet illustre écrivain, prudent et érudit, se fût montré disposé à faire des distinctions.

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Qu'on se rappelle les aventures rie ce Ghino de Tacco dont parlent Dante et Boccace, et qui unissait la générosité du grand seigneur à la férocité du bandit, qui pour venger son père condamné à mort par Benincasa, assassinait ce juge, dans son prétoire, au milieu de mille assistants, et qui ensuite répondait au pape Boniface VIII, qu'il s'était livré à la dépradation pour pouvoir ainsi pratiquer la vertu de la libéralité *.

Enfin qu'on ne perde pas de vue une considération que nous choisissons entre plusieurs. Peu de princes s'occupèrent autant qu'Alexandre VI, de la siareté publique; c'est attesté par le quatrième livre des statuts de Rome, cependant du temps de ce pontife, la ville était souillée de crimes qui restaient impunis. Il en fit une terrible épreuve dans le mystérieux assassinat de Jean Borgia, duc de Candie. Ce jeune homme se rendait un soir en secret dans un quartier de Rome, il était accompagné d'un seul laquais et d'un individu, qui, la figure voilée, lui avait déjà fait plusieurs visites. Le laquais fut congédié et le duc disparut. Les recherches furent vaines. Enfin un homme qui, pendant cette nuit, gardait du bois sur les bords du Tibre, raconta qu'il avait vu déboucher des rues voisines des hommes qui y étaient embusqués; croyant n'être vus de personne, ceux-ci firent entendre un signal auquel accourut rapidement un cavaher, portant sur la croupe de son cheval blanc le cadavre d'un homme qu'il précipita dans le fleuve. Interrogé par le gouverneur de Rome

^ Boccace, Décameron, 10^ journée, nouvelle 2. Benvenuto da Imola, Comment. inDantis Comœd., ad cant. 6 Purgatorii, vers. 13.

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