‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 143 sur 284 · CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE

pourquoi il n'avait pas révélé au gouvernement ce dont il avait été témoin, le gardien de bois répondit qu'il avait déjà vu jeter au même endroit des centaines de cadavres, sans que l'autorité publique s'en fût inquiétée le moins du monde ^

Trois cents pêcheurs cherchèrent le cadavre dans la rivière, et ils le trouvèrent tout habillé, avec de l'argent dans les gants ; ainsi la mort du duc de Candie n'eut pas le vol pour mobile, mais une vengeance privée 2.

Si les Italiens avaient l'habitude de transporter sur la scène les traits saillants de leur histoire, dans le but d'apaiser la curiosité ardente et parfois indiscrète du lecteur, ils ne manqueraient assurément pas de thèmes variés, de drames dignes de pitié.

Combien de récits touchants ou terribles, glorieux ou infâmes, on pourrait trouver dans les seules annales judiciaires? et on ne serait pas réduit à tirer ces exemples de faits obscurs ou de traditions incertaines, comme on l'a fait quelquefois ailleurs , on les trouverait dans les épisodes et les événements les plus importants, mêlés de tendres sentiments et offrant toutes les émotions du drame véritable.

Afin d'indiquer comment on peut entreprendre la relation de ces fameux procès pour servir à l'enseigne-

* « Respondit suis diebus se vidisse centuin in diversis noctibus in « fliimen projici per diclumlocum, et nunquam aliqua eorum cura esl » habita. » Eccardus, Corpus historicum med. œvi, torn. 2, p. 208'2.

2 Un écrivain qui a tout récemment entrepris la tâche difficile de réhabiliter la mémoire d'Alexandre VI, vient de réunir dans un chapitre de son livre tous les détails relatifs à cet assassinat du duc de Candie. Voy. Borgia ossia Alessandro VI papa e suoi coniemporanei per C. Domenico Cerri. Turin, 1857, p. 444 etsuiv.

ment do riiisloirc , et j)lus encore dans le but (ht montrer de quelle manière on faisait usage de l'autorité des lois, nous parlerons de quelques juj^ements qui eurent un grand retentissement parmi nos ancêtres. Nous décrirons un peu au long quatre de ces procès, savoir : ceux de Conradin , de Dante Alighieri, du comte Carmagnole et de Cicco Simonetta.

Ainsi à des temps et dans des lieux difTérents, à Naples, à Florence, à Venise et à Milan, nous verrons les artifices de la politique s'efforcer de revêtir la forme d'un acte judiciaire; déguisement perfide qui ne iaisait qu'accroître l'infamie du méfait. Ceux que la fortune avait abandonnés, nous les verrons tomber sous la sentence du juge, et les conditions différentes d'un homme illustre, de l'héritier des Césars, d'un vaillant capitaine, d'un sage ministre, furent nivelées par la main du bourreau.

Après ces grands événements nous parlerons d'autres jugements qui firent grand bruit à leur époque.

La bataille de Tagliacozzo avait décidé du sort du royaume de Naples. Conradin, avec l'héritage de ses ancêtres, avait aussi recueilli celui de la haine des persécuteurs de sa maison. Après avoir, vaillamment, mais malheureusement combattu, Conradin quitta le champ de bataille avec son fidèle et courageux ami le duc d'Autriche, se réfugia dans une terre des Frangipani, dans la plage romaine, y fit armer une barque et se dirigea vers la Sicile qui s'était soulevée en sa •faveur. A peine un des membres de la famille Frangipani eut connaissance de l'hôte malheureux qui allait quitter cette plage, qu'il se mit à sa poursuite, le prit

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