CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE. 28 J
en mer avec ses compagnons, et les livra à Charles d'Anjou, duquel il reçut le prix du sang trahi *.
Tombés entre les mains de Charles, Gonradin et ses malheureux compagnons virent qu'on instruisait leur procès, et qu'ils étaient livrés aux traîtres de la couronne, et aux ennemis de sa race.
Le tribunal était composé de plusieurs juges que Charles interrogea au préalable, en leur d^emandant s'il pouvait faire condamner Conradin et ses compagnons pour avoir pris les armes contre le roi, avoir dépouillé et brûlé les monastères ?
On réfléchit longtemps avant de répondre, la controverse fut agitée, les avis partagés. Plusieurs des juges, et à leur tête Guy de Suzaria, l'un des jurisconsultes les plus estimés du temps, n'adhéraient pas à une con« damnation à mort. Ils invoquaient en faveur de Conradin qu'il avait été fait prisonnier, pendant qu'il quittait le champ de bataille, et après avoir pris les armes pour recouvrer un trône qu'il croyait lui appartenir. Nous ne voyons pas qu'on ait parlé de la violence qu'on lui avait faite sur mer, et pendant qu'il sortait d'une terre étrangère; on faisait peu attention alors à ces principes du droit des gens. O'^ant au crime imputé à Conradin d'avoir détruit des monastères, on observait que c'étaient des excès propres à la licence de la soldatesque, plutôt qu'une faute reprochable au jeune prince.
Contre ceux qui soutenaient que Conradin n'avait
' Gio. Villani, liv.VU, cliap. xxix. SabaMalaspina, Histor., liv. IV, chap. XV.
2H2 I)K LA LKGISLATION ITALIENNE.
pas fincouru la f)r;ino (ht niorl, s'(;l<;vèrcnt des juj^cs (\u'\ avaient vendu leur conscienee aux volontés de Charles. Le nombre l'emporta sur la raison et l'arrêt de mort fut prononcé. Mais même parmi les courlisans du monarque angevin, cette condamnation passait pour une injustice, pour une œuvre digne de celui (|ui avait dirigé le procès, de Robert de Bari, homme de peu de sijvoir, et parvenu par la faveur plutôt que par le mérite, à la dignité de protonolaire du royaume. Des écrivains rapprochés de ces temps, racontent que le gendre du roi Charles donna un coup d'épée au juge qui avait présidé à cette condamnation, et le tua en présence même du roi, en s'écriant qu'il n'était pas permis de condamner à mort un si haut et gentil seigneur. Pas une voix ne s'éleva pour défendre la mémoire du juge, et s'il faut en croire Jean Villani ' , le roi et tous les barons admirèrent la noblesse de cœur du meurtrier de Robert.
Charles, pour échapper au blâme d'avoir satisfait une vengeance privée en faisant mettre à mort Conradin, fit semblant de soumettre cette cause à un tribunal nombreux et solennel. D'après la pensée de l'historien Saba Malaspina qui était très versé dans ces matières, on dir^t, selon les expressions légales de nos temps, qu'on avait formé un grand jury pour soumettre Conradin aux représentants de la justice du pays -.
^ Liv. Vil, chap. XXIX.
2 Saba Malaspina, Histor., liv. IV, chap. xvi, s'exprime ainsi : « Rex » autem ex generosis civitatibusTerrae Laboris et principatus syndicos )) duos bonos viros ex qualibet terra pro Corradini sententia Neapou lim convocavit, ut- non suum quod acturus erat de Corradino ju- )) dicium videretur, sed totius hominum de contrata. «