CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE
La manière dont Gonradin afïronta la mort a été le sujet de tant de pathétiques descriptions, qu'il serait presque inutile d'en parler. Mais au risque de nous entendre reprocher une répétition, nous en dirons un mot; on ne saurait jamais trop déplorer des événements aussi funestes !
Gonradin jouait aux échecs quand on lui annonça l'arrêt fatal. Il se leva à l'instant et ne montra d'autre sollicitude que celle de remplir ses devoirs de religion. Le 29 octobre 1278, fut abattu ce dernier rejeton d'une famille si puissante et si illustre.
Sur la place du marché de Naples, s'élevait avec une pompe royale le fatal instrument du suppHce. Gonradin gravit avec assurance les marches de l'échafaud, suivi de ses compagnons, parmâ lesquels était le duc d'Autriche son allié inséparable. Il écoute l'arrêt que lui lit Robert de Bari, le déclare illégal parce qu'il est prononcé contre un prince, injuste parce qu'il repose sur de fausses accusations; il quitte ses vêtements, et jette au milieu de la foule son gant, signe d'investiture. Après avoir rempli ses devoirs de prince, il se recueille tout entier dans l'affection qui l'attachait le plus à la vie et s'écrie : Ma mère ! quelle douloureuse nouvelle vous allez recevoir de moi ! puis il pose sa tête sous la hache du bourreau. On prétend que le roi Charles assistait d'une croisée à ce supplice, dont il voulut accroître l'horreur en ordonnant que le comte Ghérardo de Pise, fils du comte Galvagno, tous les deux engagés à la suite du prince, fut tué dans les bras de son père, et sa volonté fut exécutée *.
* M. Michel Amari dans son livre intitulé Une période de l'histoire
28i l)K I.A LKOISLATION ITALIKNNE,
C'était une ratnlilô \u)uv l'Italie (\\ut d(t voir los lis (Je la France apparaître au milieu des plus importants événements. La branche des princes d'Anjou régnant à Naples, mettait à la tète de toute entreprise politique, parmi les Italiens, la crainte ou l'espoir d'un nom français. Dans la chronique de Dino Compagni, tableau saisissant de l'état intérieur de Florence, on voit combien il était difficile, avec les factions opposées, d'arriver à rétablir la paix dans le gouvernement. Charles de Valois que Boniface VIII avait nommé pacificateur ' en Toscane, loin d'apaiser les esprits, les excitait.
Pendant que Charles était à Florence, il y vint comme podestat, Cante de Gabrielli de Gubio, homme rigide et hardi, qui était attaché aux Guelfes et perse- |iipr cutait les GibeHns. A peine entré en fonctions, il attaqua douze des anciens prieurs de Florence, les accusant d'avoir commis des extorsions et d'être hostiles à Charles de Valois. Dante Alighieri, alors ambassadeur à Rome, figurait parmi les douze accusés. Sans trop s'inquiéter des formes judiciaires, ni de ce qu'on appelle garanties de la défense, le podestat Gabrielli procédait , selon la détestable coutume du temps , par voie de commune renommée. La sentence fut prononcée sans retard ; elle portait en termes généraux que
de Sicile du XIIP siècle, au chap. m, décrit avec une grande vigueur de style la mort de Conradin. J'ai cru devoir m'éloigner de son récit pour certaines particularités, parce que la plupart des anciens historiens de Naples les ont racontées autrement ; je me suis attaché de préférence au récit qu'en a fait Ricobaldi de Ferrare [Historia imperatorum de 1268), parce que cet écrivain affirme l'avoir entendu « a Joachimo indice cive regio tune in comilatu et familia iam dicli Guidonis de Suzaria', qui hic prœsens , ut dixit se haec audivisse et vidisse, mihi retexuit. »
^ Paciere.