CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCÉDURE
les coupables fecerunt baratterias et acceperunt quod non licebat , vel aliter qiiam licebat per leges \ excepté pour deux de ces prieurs, contre lesquels on articulait des accusations spéciales; mais Dante n'était pas de ce nombre. Par cette sentence du 27 janvier 1302, Âlighieri était condamné à une amende de 8,000 livres. Il était ajouté que, faute par lui de payer cette somme dans un délai déterminé, ses biens seraient dévastés et confisqués. Même en payant il était exilé de la Toscane pour deux ans, et ce pro bono pacis. De ces mots nous concluons que la faute de Dante était toute dans ce qu'il n'appartenait pas au parti dominant. Ainsi , pour ne point laisser subsister des éléments de discorde par la présence de personnes abattues mais non humiliées, on employait de faux prétextes afin d'éloigner celles-ci de leur patrie. Ainsi opérait Gante , véritable juge révolutionnaire, comme l'appelle Ginguené ^.
Gependant la sentence dont nous venons de parler était simplement comminatoire. Il ne tarda pas à en paraître une autre plus grave. Le 10 mars 1302, voyant que les condamnés n'avaient pas purgé leur contumace, et les tenant pour convaincus, le podestat les condamne à être brûlés, s'ils tombaient au pouvoir de la commune ^ Les douze prieurs ne furent pas les seules victimes de ce tribunal révolutionnaire ; une
^ Delizie degli eruditi toscani, tom. X, p. 73.
^ Histoire littéraire d'Italie, tom. I, chap vii.
^ Voy. Tiraboschi, Histoire de la littérature italienne, liv. III, chap. II. L'illustre César Balbo dans son remarquable ouvrage sur la vie de Dante, au liv. î, chap. xil, pense que la seconde condamnation contre Dante, est postérieure d'une année, qu'elle est de 1303, et qu'elle fut provoquée par l'opposition que celui-ci fit à une provi-
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foule (i'iiornmes moins considcrablos subirent le même sort. Les vengeances des Noirs contre les Blancs ne se contentaient pas de peu, et comme l'a écrit Dino Compagni, plus de six cents citoyens durent quitter leur patrie et chercher au milieu des souffrances et des privations l' hospÀtalité dans une terre élranfjère.
Dante vécut errant, et malgré l'accueil empressé qu'il reçut dans son exil, le souvenir du berceau de sa jeunesse ne s'effaça jamais de son cœur. Dans la Divine Comédie, cette fidèle et illustre expression de ses pensées intimes , ce miroir de son âme , on ne trouve pas un mot contre les juges ou la sentence qui le condamnait à l'exil. Il y a bien la plainte d'un fils qu'on arrache aux bras de sa mère, il y a bien les reproches d'un citoyen d'une répubhque libre, mais pas un mot de rancune privée. La cause publique parle haut dans les écrits de Dante , l'intérêt privé se tait complètement.
Mais en revenant encore sur la nature des imputations faites à Dante et sur les présomptions de sa culpabilité , nous répéterons volontiers avec M. Balbo : «Des accusations non déterminées, ajoutées à une accusation principale, celle-ci fùt-elle vraie, ne sont pas, en bonne règle, considérées comme vraies dans les causes de déhts privés, encore moins dans ceux contre l'Etat. »
Des colères déchaînées parla fureur des partis politiques, comme à Florence, passons aux calculs intéressés et avides de la politique de Venise, où l'intérêt, ou,
sîon de subsides qui fut accordée à Charles, le 26 mars 1303. La question ne paraît, pas encore décidée, faute de documents ; nous avons suivi la chronologie la plus ancienne et la plus accréditée.