CHAPITRE IX. — TRIBUNAUX ET PROCEDURE
Ces juges eurent pleins pouvoirs d'instruire le procès, et d'appliquer la torture au comte, à son secrétaire et à quiconque serait convaincu d'avoir tramé contre l'honneur et l'Etat de la République.
On fit plusieurs interrogatoires, et selon l'usage, les chefs des Dix interrogeaient, et le greffier écrivait les réponses.
Après une courte suspension , occasionnée par les fêtes de la semaine sainte, le procès fut repris et poursuivi de jour et de nuit.
Le 5 mai, l'affaire fut présentée au conseil; on y lut les dépositions des témoins et les actes de l'instruction; on conclut que Carmagnole avait commis des actions préjudiciables à l'Etat de Venise, et partant, s'était rendu coupable de trahison envers la République.
Conformément aux pratiques du conseil des Dix, l'accusé ne fut ni entendu ni défendu oralement.
Vingt-six boules blanches contre une verte * et neuf rouges, déclarèrent Carmagnole coupable de trahison. Ayant de nouveau, et selon, l'usage, voté sur la nature de la peine , le jugement fut rendu à la simple majorité de dix-neuf voix contre dix-sept. H portait que Carmagnole serait mené bâillonné et les mains attachées derrière le dos jusqu'au milieu des deux colonnes de la Piazetla, et que là, il aurait la tête tranchée.
Le riche patrimoine du comte fut dévolu au fisc,
^ Dans les conseils de la république vénitienne les résolutions étaient prises à la majorité des voix , au moyen de boules que l'on jetait dans une urne à trois compartiments ; la boule blanche était pour la condamnation, la verte pour l'acquittement; la boule rouge indiquait qu'il y avait doute.