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Cl avaient pour hnl (ra[)poIer los propriétaires à la culture de leurs biens, abandonnés par suite des charges onéreuses qui pesaient sur les immeubles, l'aulorité du duc de Sermoneta, de don Louis de Guzman Ponce de Léon, du comte de Melgar, du marquis comte de Pinto et d'autres gouverneurs qui s'attachèrent à cette besogne, ne suffit pas à guérir un mal qui avait des racines profondes ; le comte de Sirvela ne réussit pas mieux , en obligeant les familles qui restaient à la campagne plus que le temps limité, à se rendre à la ville, et en leur imposant des charges personnelles, si elles ne se conformaient pas à ses décisions'.
Faisons ensuite remarquer le défaut de garantie de la sûreté personnelle des habitants. Dans un pays couvert de troupes, on forçait souvent les paysans à monter la garde dans des clochers, le jour et la nuit, afin d'avertir, par le son des cloches, les habitants et les voisins de courir sus aux brigands et aux voleurs de grands chemins ^.
Mais la vigilance du gouvernement ne pouvait rien contre une vie corrompue et des habitudes perverses. Pendant que la pauvreté et l'oisiveté augmentaient d'un côté , les actes de tyrannie et les passions effrénées se multipliaient de l'autre. Des bandes de malfaiteurs s'appuyaient, comme on disait alors, à des gentilshommes, à des officiers ou à des marchands, et sous pré-
* Voy. les bans respectifs de ces gouverneurs dans ie registre susmentionné.
L'ordre du comte de Sirvela est du 16 mars 1643.
- Ban du cardinal Infant du 12 juin 1634. Registre général déjà cité.
texte de les accompagner ou de les défendre, se livraient à toute sorte de désordres.
Ces bandes ne se bornèrent pas toujours à exercer ce que quelques écrivains ont appelé profession (nous dirions, nous, crime habituel) de bravi^ c'est-à-dire à s'embusquer pour donner des coups de bâton ou insulter et blesser les gens', ils commettaient des crimes plus graves. Mais ce qui marque plus que la corruption des temps et les vices du gouvernement , c'est de voir des hommes d'une naissance illustre se mettre à la tête de ces bandits et devenir eux-mêmes assassins et brigands à leur tour.
Ainsi dans la série des bans, nous en trouvons qui attestent la scélératesse d'Annibal Porrone '^ , du chevalier de Malte Joseph Lampugnano % du marquis Jean-François Malaspina de Zerba *, du comte Jean Mariano ^ , et d'une foule d'autres qu'il serait inutile d'énumérer ici. Ni la sévérité des peines ordinaires et extraordinaires éditées par les constitutions , ni la rigueur de celles qu'on inventait tous les jours , ne suffit à arrêter leurs méfaits.
Les sources de ce mal croissant étaient dans les vices du gouvernement, de l'éducation et des habitudes de famille ; on s'arrêtait aux symptômes, sans
^ Charles Morbio, Histoire des Municipes italiens, illustrée, avec documents inédits, voK III, p. 112. On y cite quelques bans de 1598. Qui ne se rappelle ici les éloquentes pages d'Alexandre Manzoni?
^ Ban du i octobre 1659 du gouverneur comte de Fuensaldagna.
3 Ban du 28 février 1G47, du gouverneur connétable de Gastille.
* Ban du M décembre 1648, du gouverneur marquis comte de Pinto.
■' Ban du 23 août du môme gouverneur.
.'U)8 I)K LA LKIjISLATION italiknne.
pcruHror jusqu'à l.i source fin ifi;il (jui travaillail la société. De là la maladie iil dub proj^rés (jui se [)rolongérenl jusqu'au milieu du xviiic siècle.
Alors l'excellence du jugement du gouverneur et la sagesse du Sénat ne surent que recourir à ces remèdes que nous appellerions volontiers désespérés. On prononça la peine de l'exil contre tous ceux qui entraient armés dans le pays, au nombre de plus de deux, et l'on octroya au peuple le droit de les tuer impunément ; on confia la défense des sujets à la volonté de tous, au son du tocsin, à la fureur des rassemblements.
Mais, comme il était facile de le prévoir, le peuple, lacéré par l'offense, exténué par la défense, se découragea et devint une proie plus facile pour les brigands. Et le Sénat, usant de ses pouvoirs extraordinaires, inventa une nouvelle espèce de supplice, et au lieu de l'échafaud, il infligea à ces délinquants la peine des mains coupées, afin que la vie leur fut plus insupportable que la mort *.
Cette invention malheureuse manqua tout-à-fait son but. Le mal ne fit qu'empirer. Ce n'est qu'à l'avénement de Marie-Thérèse que la Lombardie commença à prospérer.
La protection de la domination espagnole rendait stérile au lieu de féconder; partout où elle s'étendait,
^ La description de ces tristes circonstances delà législation pénale en Lombardie a été faite en style cicéronien par le comte Gabriel Verri, avocat fiscal général de ce duché, dans son Prodromus de ortu et progressu iuris Me'diolanensis, p, 138-39-40. On ne saurait dire comliicn la forme classique afïiiiblit refficacilé de cet exposé.
elle tournait à l'avantage du petit nombre contre les masses.
Après avoir institué en 1593 à Milan, la banque de Saint-Ambroise, le gouvernement menaça de cent écus d'amende quiconque refuserait de faire honneur aux billets et autres titres émis par elle. On permit à cette banque de s'emparer des droits sur le pain, le vin, la viande , les moutures , le bois , les volailles et autres espèces de vivres. La ville , alimentée par la banque , créait d'autres droits , et les lui donnait en paiement. Ainsi, pour nous servir des paroles d'un écrivain aussi spirituel qu'instruit, la ville et les nobles constituaient une espèce d'autorité au-dessus du peuple, lequel était considéré comme soumis à ces derniers plutôt qu'au souverain K
Ce n'était plus le gouvernement d'un prince , mais bien celui du despotisme de l'épée et de la toge, puisque les plus grands intérêts de l'Etat étaient entre les mains d'un petit nombre; alors même qu'il s'agissait de fournir de l'argent pour les dons que le roi exigeait. A cet égard , les propositions se faisaient à Milan, à une Cameretta de soixante gentilshommes élus par la ville -.
Pour ne pas paraître trop excessif dans nos censures, nous n'oublierons pas de mentionner deux actes qui peuvent être cilés à la louange du gouvernement espagnol en Lombardie. Nous entendons parler d'abord
' César Cantu, L'abale Parini e la Lombardia, p. 193.
^ Voy. Relation de l'Etat de Milan vers 1560, existant au Musée de Trivulce, rapportée en partie par César Cantu dans la Scorsa d'un Lombardo negli archivi di Venezia, p. 52 et suiv.
,'HO i)h LA ij';(.isi,.\'ri()\ rr.MJKNNK.
(lu relus d'admellro dans l'Ktat lo Irihunal (Jr3 l'inquisition nspagnolc, rjue lo cardinal Pallavicino lui-uiTTrif, écrivain non suspect , n'hésita pas à qualifier (Vr'/jouvantahk^. L'honneur en revient au duc de Sessa, hien que la reconnaissance en soit due en grande partie à Pie IV et au cardinal Charles Borromée, lesquels en écartant ce danger, nnéritèrent hien de leurs concitoyens.
Nous indiquerons après quelques sages dispositions prises par les gouverneurs marquis de Velada , prince de Ligne et prince Charles de Lorraine, se rapportant au jeu de la loterie "-.
Nous avons prononcé le nom de Marie-Thérèse, mais nous devons y associer celui de l'illustre prince Eugène de Savoie , qui prépara les voies d'une administration sage et prévoyante dans le Milanais. A peine fut-il nommé gouverneur de cet Etat , qu'on vit disparaître les extorsions et les injustes répartitions qui se faisaient jusque-là pour les logements militaires, objet de tant de querelles au sein des administrations municipales.
Le règne de Marie-Thérèse, princesse douée des plus grandes qualités et d'une équité rare, produisit beaucoup de bien en Lombardie ^.
1 Histoire du concile de Trente, liv. XXII, chap. vu, num. 3.
^ Voy. l'œuvre posthume du comte Charles Hilarion Petilti de Roreto, Del giuoco del Lotto consideraio ne' suoi effetti morali politici ed économie}. Turin, 1853, p. 173 et suiv. Cet ouvrage, fruit de longues et graves études, peut s'appeler un beau livre et une bonne action.
^ L'équité de Marie-Thérèse brilla même à côté d'un acte de faiblesse, lorsqu'en signant un traité avec la Prusse le 4 mars 1772 sur le démembrement de la Pologne elle s'exprime ainsi :
« Placet, puisque tant d'hommes sages et savants veulent qu'il en » soit ainsi; mais longtemps après ma mort, on verra quelle sera la
Plus prudente que ses successeurs, elle donna à son gouvernement une direction que peu de gens pouvaient prévoir, que nul ne pouvait désapprouver.
La législation économique fut améliorée, et cette contrée que la violence et les abus semblaient avoir rendue stérile, revint à sa première et naturelle fertilité.
Laissons la parole à un homme d'une grande sagesse et d'une prudence consommée, dont les études et l'application furent, dans ces temps là, très-utiles à la Lombardie.
Nous indiquons Jean Renaud Carli qui prit lyie si large part à l'organisation du recensement ^ , opération remarquable dont on apprécie encore aujourd'hui les effets : « Comparons, dit-il, aux déplorables misères i> auxquelles fut exposé l'Etat de Milan, jusqu'au com- » mencement de ce siècle (xviiie), misères causées au- » tant par les fléaux de la peste et de la guerre, que » par la mauvaise administration des affaires par les » fonctionnaires publics, par l'arbitraire et l'inégale et » injuste distribution et l'exaction des charges; à cet » ancien état de choses, comparons les circonstances » présentes, où un tribunal, gardien de la commune et » de l'égale répartition des charges, ôte tout moyen de » fomenter les abus et l'arbitraire des hommes; où, par » conséquent, le possesseur sait d'avance le tribut qu'il » doit payer au prince, et le motif pour lequel il le paie,
» conséquence d'avoir ainsi violé tout ce qui, jusqu'ici, avait été tenu » pour juste et sacré. »
Lord Mahon, hislory of England, tom. V, p. 385.
^ Censimenlo, cadastre.
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ï> et. est sûr qu'il ne lombera pas dans une condition » inféiieure à celle des autres, où le peuple cessant » d'être soumis à l'arbitraire d'inexorables admini.-lra- » teurs, au lieu de vin^^t et vingt-cinq écus par tète, ne » paie plus que sept livres par an, etc. » Nous laissons le reste qui serait si intéressant à lire * si les limites de notre travail nous permettaient de le rapporter en entier.
Carli et le pbilosophe Pierre Verri présidaient le conseil suprême d'économie qui réformait graduellement et sagement les monnaies. A cet important travail prirent aussi part le célèbre jurisconsulte et économiste toscan Pompée Néri, et l'illustre ministre du roi de Sardaigne, comte Jean-Baptiste Bogino.
Cet homme d'Etat désirait que le bienfait d'une aussi avantageuse uniformité de monnaie s'étendît à toute la Péninsule : « Mais le mauvais destin de l'Italie, s'op- )) posa à ce que les traités qu'il avait entamés avec les » autres puissances italiennes pour rendre la monnaie » ^uniforme , atteignissent leur but -. )^ Et cette idée d'une utilité si manifeste restait encore, après un siècle, et après le progrès des lumières, à l'état de projet. Ce n'est qu'après les événements de 4859 et de 1860, que nous voyons ce système monétaire uniforme s'étendre à toute l'Italie.
* Dans Cantù, au susdit livre, l'abbé Parini, etc., p. 195.
2 Ainsi s'exprime le comte Prosper Balbo dans la vie du comte J. B. Bogino, insérée dans le recueil intitulé : Vite e ritraiti di famosi personaggi, etc. Milan, 1815-1816.
Presque deux siècles plus tôt, Gaspard Scaruffi, dans son livre sur la monnaie universelle, avait proposé une réforme monétaire égale et générale pour toute l'Europe.
César Beccaria enseignait l'économie publique avec une grande liberté et une grande énergie de principes, et dans son livre Des délits et des peines, il sapait les fondements du sanglant édifice de la vieille législation pénale.
Des progrès de cette nature, secondés par la sagesse de la souveraine et de ses ministres, tels que Pallavicini, Cristiani, Firmien et Wilzecb, furent dus en grande partie au concours et aux lumières des hommes illustres du pays même, lesquels usèrent de la confiance que le gouvernement leur témoignait pour en rendre fadministration nationale, et changèrent ce que nous continuerons à appeler avec Homère, des jours de servitude.
Joseph II étant monté sur le trône, la Lombardie eut à souffrir des brusques changements que ce prince voulait faire. Frédéric II de Prusse, définissait avec justesse la manière de procéder de l'empereur Joseph, en disant que ce souverain faisait le second pas avant le premier \ en effet, après avoir tout tenté, il ne réussit à rien fonder.
En Lombardie il supprima le Sénat de Milan, qui, comme nous l'avons vu, exerçait depuis si longtemps une autorité fort étendue; il créa à la place différents tribunaux, les uns de première instance, les autres d'appel; il promulgua un règlement de juridiction civile, et une série de dispositions en matière pénale, par lesquelles il restreignit le cas de peine de mort et de confiscation aux crimes de lèse-majesté, tandis qu'il ne ménageait pas la peine de la marque, du fouet, du jeûne et des fers aux crimes ordinaires.
La congrégation d'Etat, qui conservait sinon les attri-
billions, au moins Ins apparoncos (l(^ la ropiV'sontatifjn (les besoins du poupb;, l'ut sufipriinôe par rernprM'^îur Josej)h, (pii en fil autant de certaines autres institutions qu'il remplaça par un conseil d'Etat.
Les règlements relatifs à la police des églises, établis en Allemagne, passèrent en Lombardie.
Un pouvoir qui réunissait plusieurs éléments de force, et se nourrissait d'arbitraire, pouvoir que Pierre Verri censurait amèrement sous son nom originaire de police, s'étendit à tous les actes de la vie publique et privée des citoyens. On crut par ce moyen pouvoir empêcher plusieurs délits, et modérer à volonté la société civile.
Si nous portons nos regards sur le royaume de Naples, auquel était jointe la Sicile au xyi^ et au xviie siècle, l'aspect n'en sera guère différent. Là aussi les Espagnols ne firent pas de modifications sensibles aux lois civiles et criminelles qu'ils trouvèrent établies. On maintint de nom, et dans certains endroits, de fait, les sept charges du royaume ', et les tribunaux suprêmes existants, auxquels on fit quelques modifications sur leur manière de procéder -.
Mais le gouverneur du vice-roi, insuffisant pour doter le pays d'un régime équitable et tranquille, suffisait néanmoins pour tarir les sources de la richesse inté-
* Les sept charges du royaume qui jouirent longtemps d'une grande autorité, étaient le grand connétable, le grand justicier, le grand amiral, le grand chambellan, le grand protonotaire, le grand chancelier et le grand sénéchal.
2 Voy. les Pragmatiques du roi Ferdinand des 25 avril 1?09, 20 et 26 février 1510, renouvelées par Charles V avec ses Pragmatiques du 22 mars 1536. etc.
Heure el pour épuiser l'Etat au profit de la cour de Madrid et de ses favoris.
En admettant un calcul lait d'après des documents qu'on peut croire authentiques, les dons consentis par le royaume, de 1504 à 1732*, se seraient élevés à environ quatre-vingt-cinq millions cinq cent quatre-vingt-quatre mille ducats, el dans ces dons, il ne faut pas comprendre le produit des autres charges, que le gouvernement imposait de son propre gré, ni les cadeaux très considérables qu'on faisait au vice-roi 2.
Les dons étaient des largesses que la représentation nationale, désormais réduite à cett3 mission, faisait au souverain, lequel, selon l'expression d'un membre du barreau napolitain, nudalo ense siipplicabat ^, et bénéficiait par la force.
Mais, d'un peuple qui a le sang bouillant, à une époque peu civilisée, on ne pouvait attendre ni ordre ni repos, bien que le gouvernement fît peser sur lui une main de fer. Ainsi les actes tyranniques des barons excitaient la haine du peuple, le provoquaient, et devenaient un grave embarras pour le gouvernement luimême.
^ En 1733 commença à Naples le .règne des Bourbons. Qu'on tienne compte de la valeur des monnaies bien supérieure en ces temps-là à ce qu'elle est aujourd'hui.
'^ Winspeare, Histoire des abus féodaux, Naples 1811, tom. I, p. 89 et suiv. des notes. Winspeare nous relate un fait curieux sur les mœurs du temps. Dans le don de 1539 à Naples, figuraient 25,000 ducats pour les pantoufles de l'impératrice . Ce don fut voté par les Napolitains pour confondre les Espagnols, auxquels, dans la même année, Charles V avait demandé un don et ils l'avaient refusé, en disant qu'ils ne voulaient pas introduire chez eux une si mauvaise habitude.
■^ Suppliait, l'épée à la main.
.'{!<) I)K LA LKGISLATION ITALIF:NNE.
A peine voudrail-on croii'e aujoiiiiriiui aux excès de vengeance aux(juels se portait cette noblesse riche et eHrénée; eh! qui ne se sentirait pas pénétré d'horreui* à l'acte (hi baron de Nardo (jui, sous le gouvernement (lu duc d'Arcos, fit impunément trancher la tète à vingt-(piatre chanoines, par esprit de venjreance, et fil exposer leurs têtes sur les stalles de leur propre chapitre 1.
Le peuple avait donc raison de chercher à s'aiïranchir à tout prix de ces injustes et odieuses sujétions, en déclarant, comme le faisait la commune de Tortorella, dans une délibération du 20 août 1G46 -, qu'elle ne voulait plus de barons, « parce qu'ils ne se conduisaient » pas comme des seigneurs, mais comme des tyrans et )) des ennemis publics dont les mauvais traitements )) étaient devenus insupportables à leurs dépendants. »
Aux vengeances atroces, à l'audace inouie des feudataires , faisaient concurrence à Naples les mouvements populaires. L'histoire est remplie du récit de ces soulèvements instantanés qui n'aboutissaient, après un court intervalle, qu'à accroître les abus du gouvernement, et le nombre des opprimés. Souvent les ven-
^ Telle est la tradition conservée à Naples, Winspeare , 1. c, introduction, p. 68.
Dominique Antoine Parrino dans son Théâtre héroïque et politique des vice-rois, auquel se reporte Winspeare, ne répèle pas ces paroles, mais il dit : « Dans la province de la terre d'Otrante, les habitants de la ville de Nardo avaient pris les armes pour secouer le joug du comte de Conversano, baron de Tendroit ; plusieurs parmi lesquels des ecclésiastiques, eurent la tête tranchée par ordre du comte et payèrent ainsi leur insurrection. » Edit. de Naples, 1770, lom. Il, p. 111,
- Rapporté par Winspeare, 1. c, p. 116 et suiv. des notes.
geances populaires n'étaient ni plus mesurées ni plus justes que celles des barons.
Tout le monde connaît les soulèvements opérés sous la direction de Joseph d'Alessi en Sicile, et par Thomas Aniello à Naples. Sans répéter des choses étrangères au sujet de notre histoire, nous rappellerons la terrible catastrophe de Jean-Yincent Starace, Elu du peuple de Naples, lequel étant tout à fait innocent des griefs qu'on lui imputait, fut impitoyablement massacré par ce même peuple, le 9 mai 1585, et les lambeaux sanglants de son corps, vendus à prix d'argent ^
Tant d'énormités eurent pour pendant un procès instruit avec une solennité inusitée, contre la masse des coupables, et les condamnations sévères qui en furent la suite -.
De même lorsque don Juan d'Autriche vint réchauffer l'esprit d'insurrection, en octobre 164-7, le peuple
^ Voy. pour les détails de ce drame horrible, Histoire de In ville et du royaume de Naples, parle Napolitain Jean-Antoine Summontc, liv. Xll, chap. m.
^Sumnionle, l. c, donne certains renseignements relatifs à ce procès qu'il ne sera pas inutile de rappeler ici, parce qu'ils font voir les usages de ces temps en pareilles matières.
La coimaissance de cet attentat fut confiée à une commission spéciale nommée par le vice-roi duc d'Assuna : « Cette commission fit arrêter nuitamment, sans bruit, et en trois ou quatre nuits, 498 liommes et, en trois mois et demi, on expédia les 498 prévenus et 320 contumaces, et l'on instruisit 820 procès. On a fait un volume sur les débats et la défense des coupables, fait unique à Naples, et ce volume est de 275 pages. 270 accusés furent soumis à la torture, les autres furent détenus ; les frais de pain et de vin montèrent à un prix hors de mesure. L'avocat des pauvres eut toute latitude pour défendre ces accusés. Les frais pour les détenus, pour les greffiers, les capitaines et les garde;;, s'élevèrent à 780 ducats, etc.
',]\H 1)K F, A I.KGISLATION ITALIENNE.
(le Naplcs étondaril sa résistance, aljolissait les gabelles, faisait défense aux barons et aux personnes titrées de se réunir par* groupes, et offrait des milliers de ducats de récompense à quiconque mettrait à mort le duc de Maddaloni cl autres nobles '.
Deux événements très importants pour l'histoire de la législation, s'accomplirent sous le gouvernement viceroyal; tous les deux n'étaient que l'imitation de ce qui se faisait en Espagne. Ce fut l'expulsion des Juifs du royaume et la tentative d'y introduire l'inquisition espagnole.
En 1540, le vice-roi don Pédre de Tolède fit publier un édit par lequel il ordonnait à tous les Juifs habitant le royaume d'abandonner le territoire -.
L'épouvante qu'inspirait le tribunal de l'inquisition telle qu'elle existait en Espagne, et la résistance que le peuple napolitain mettait toujours à accueillir ce qui lui venait de ce pays, sont pour ainsi dire le thème d'un long drame qui comprend plus de deux siècles, et embrasse le règne de six princes qui se succédèrent sur le trône d'Espagne. Ce drame se compose de tortueux, détours et de résistances ouvertes, de supplices sévères et de séditions sanglantes. Cet état de choses empêchait à Naples le développement des bonnes études que l'on considérait, alors à tort, comme un péril pour la reheion.
^ Giannone, Histoire civile du royaume de Naples, liv. XXXVII, chap. III.
^ V. le recueil intitulé : Pragmatica Edicta, Décréta, Regiœque sancliones Regni Neapolitani, par N. J. D. Blasium Altinarum advocatum neapolitanum depufatuni per rerjium Collaieralem co/ici/mw. Neapolis, ex oflicin.T Buliloniana 1682 , ensemble les Pragmatiques de Judeis.
Sur ce terrain se rencontrent la résistance de la Lombardie , dont nous avons déjà parlé , et celle de Naples, toutes les deux couronnées du même succès, puisque dans les deux pays on empêcha l'établissement d'un tribunal si redouté.
Lorsque le grand capitaine Gonsalve de Gordoue prit possession du royaume, au nom de Ferdinand-le-Gatholique, il promit solennellement en 1504, aux peuples de Naples, qu'il n'y aurait jamais dans l'Etat, ni inquisition, ni inquisiteurs. Cependant, dans la suite, les rois d'Espagne ne manquèrent pas d'exprimer le désir d'y voir établir l'inquisition, très en usage dans leur pati'ie; mais le peuple à son tour ne manqua ni de fermeté ni de prévoyance pour faire échouer de semblables tentatives. A cet égard, on vit s'élever de graves difficultés^ sous les règnes de Ghaiies V, de Philippe II , de Philippe IV et de Gharles il ; et l'on ne croyait pas à un repos assuré lorsque Gharles VI, par un diplôme daté de Barcelone le 15 septembre 1709 , dissipa les craintes renaissantes, et exauça les vœux unanimes des populations.
En parcourant la nombreuse série des Pragmatiques du royaume de Naples, nous apercevons plusieurs causes des calamités auxquelles ce pays était soumis, et parmi ces causes, les moins importantes n'étaient certainement pas les bandes des malfaiteurs qui parcouraient le pays en le dévastant '. Nous citerons ensuite les
^ Les malfaiteurs infestaient le royaume, se réunissant par brigades nombreuses ; l'un des chefs de ces bandes dit Sciarra, en 1587, sous le gouvernement du comte de Miranda, conclut des traités avec les Vénitiens ot se fit longtemps redouter.
3ii() m: LA J,K01SLATI0N ITALIENNE,
incursions des Tiiics el des corsaires barharesfjues qui entraînaient après elles l'esclava^^e de tant de chrétiens de l'Italie.
On faisait de mauvaises lois sur le commerce des denrées de première nécessité. On redoutait la révolte de la capitale, et l'on sacrifiait les intérêts des provinces pour favoriser la ville de Naples. En 1679 on arriva au point de fixer dans les provinces le prix du blé et des autres denrées alimentaires, tandis (}ue l'abondance régnait à Naples.
Pour accroître les revenus du fisc, grâce aux arrendamention monopoles, la fabrication de la soie fut interdite dans tout le royaume, excepté une seule fabrique de velours à Catanzaro ', et ainsi pour le reste.
Le gouvernement se montrait cependant empressé à se débarrasser de toute intrigue et de tout ennui , à diminuer les dangers de la concurrence et des rivalités. Ainsi dans une pragmatique du 29 février 1620 -, on recommande au nom du roi , « qu'aucun habitant du )) royaume ne se rende en personne, ou n'envoie des » agents particuliers à la cour de Sa Majesté, pour ob- » tenir des emplois ou des charges; parce que tous î> ceux qui iront ou enverront des agents, seront exclus » de leurs demandes par Sa Majesté ^ »
* Voy. les Pragmatiques 51 et 52 , De annona civilatis Neapolis.
2 Recueil des Pragmal., p. 292.
^ La môme précaution pour s'affranchir des embarras des demandes se voit dans l'instruction donnée par Henri II, roi de France, le 10 juillet 1550, au maréchal de Brissac, envoyé comme gouverneur en Piémont. Elle est cependant restreinte aux personnes revêtues d'une charge ou d'un emploi public et par suite reste dans la limite des règlements hiérarchiques.
A de tels ordres pouvait servir de commentaire la réponse d'un gouverneur à un Milanais qui revenait de Madrid porteur d'une dépêche en sa faveur : Le roi commande à Madrid; moi à Milan K
Mais ce qu'il y avait de plus déplorable c'était l'inertie des agents du gouvernement. Alors même que l'intention du législateur était bonne, l'effet était rendu illusoire , et l'on vérifiait la remarque piquante de Giannone qui parle de lois sages et prudentes et auxquelles il ne manque que l' ohser-oation et V exécution -.
L'état du royaume mérite une attention toute particulière, si on le compare à celui des provinces de la Lombardie, soumises également au sceptre espagnol. Pendant qu'ici avait disparu tout signe de vie publique, et que tout y dépendait de la volonté du gouverneur et du sénat, Naples conservait les traces d'une plus libre représentation des intérêts du pays, traces que les soulèvements répétés de cette capitale ne permettaient pas d'oublier ^.
Ainsi vivante et efficace, bien que réduite la plupart du temps, comme nous l'avons vu, à la triste mission d'imposer des tributs honorés du titre de dons, survécut
^ Verri, Mémoires sur TEconomie politique de l'Etat de Milan , §4.
^ Histoire civile, etc., liv XXX, chap. ii,
'^ Voy. particulièrement « le Journal des soulèvements du peuple » napolitain contre les ministres du roi et la noblesse de la ville, » par le maréchal de camp D. François Capeccelatro , chevalier de » l'ordre de Saint-Jacques, vice-roi, gouverneur militaire des pro- » vinces de Calabre Citra, lequel en servant son roi, prit une grande » part dans les soulèvements populaires qui eurent lieu. »
Ce journal s'étend de septembre 1647 jusqu'au commencement de