CHAPITRE XI. — CONCILE DE TRENTE
voquer un certain ressentiment chez les Pères, et si d'un côté Ferrier, dans son discours, se montrait très jaloux de conserver les droits du roi de France, Charles de Grossi, évêque deMc^ntefiascone, à son tour, appelait ce discours intercessionem quasi tribunitiam qua in seditionihus popularibus utehantur ethnici.
A l'ardeur qu'on mettait à la discussion vint se joindre le feu des protestations, plus tempérées en la forme, mais générales et résolues, que faisaient les autres princes.
Ainsi, le 2 octobre de la même année, l'empereur Ferdinand I^r écrivait au cardinal Morone, l'un des présidents du concile, et les ambassadeurs impériaux demandaient du temps pour réfléchir, ajoutant que ce chef (celui des réformes proposées) embrassait des matières tout à fait neuves^ ayant trait à l'état et à la tranquillité du monde chrétien, principalement à la liberté souveraine et aux droits du Saint-Empire romain, des royaumes et provinces de Sa Majestés Les orateurs de la république de Venise protestaient dans le même sens le 4 du même mois, et se fondaient sur les mêmes motifs, en déclarant que la sérénissime Seigneurie n'avait pas donné la moindre occasion de faire la proposition 35 de la réforme des princes -.
» bus, bono vitœ exemple, et assidua puraque verbi praedicatione. Sic M boni illi patres curn se prius Ambrosios , Augustinos et Chrysos- » tomos formassent et praestitissent, Ecclesiampurgarunt, et principes « Theodosios, Honorios et ArcaJios, Valentinianos et Gralianos effe- » cerunt, idque et vos facturos esperamus, etc. »
^ « Cum illud caput talia complectatur, qua plane nova sunt, et » statum ac quietem universi Chrisliani orbis, et in priuiis sacri Ro- » mani imperii, regnorum et provinciarum M. S, eminonliamliberta- » lis et iura concernunt. »
^ « Serenissimum dominium noslrum minime occasionem dédisse ut
344 r)K L\ IJÔMSLATIO.N ÎTALIENNK.
Lo roi d'Ivsp.i^^iio à s(jii luur ne se iiionlrait pas plus condescendant rjiie les antres princes, !)ien que l'opposition (pie le comte de Luna faisait au nom de ce monarque, fût plus modérée et plus couverte.
La protestation française étant la plus circonstanciée, fut celle ((ui produisit la plus forte impression. Le cardinal Morone s'en émut vivement, et l'on raconte qu'il répondit à Ferrier et le censura pour avoir avancé que les lois françaises défendaient aux évêques de s'opposer au roi , s'il voulait se servir des biens des églises * ; et par suite, ajoutait-il, le concile sans s'arrêter à la protestation de l'orateur français, respectera les droits des princes, conservera et défendra les libertés de l'Eglise gallicane comme celles de toutes les églises 2.
Toutefois cet orage de réclamations grossissant tous les jours, porta le concile à surseoir sur cette réforme et à en renvoyer l'examen à un autre moment. Après mûre délibération les présidents du concile, pour nous servir des paroles de Pallavicino, tf afm de ne pas perdre un grand bien possible, en demandant un autre bien impossible, arrangèrent le décret concernant les princes, de manière que le concile n'allât pas se briser contre un écueil insurmontable ^ »
Le concile tirant vers sa fin, les dernières matières
)) caput Reformationis XXXV, quod de principibus vocatiir propo- ;) nenduni cunficerctur. »
^ (( Prohiber! ut niiUus episcopus possit régi contradicere si velit » omnibus bonis Ecclesia uti. »
2 Le Plat, tome XI,- p. 243-4445.
^ Histoire du Concile, liv. XXIII, chap. iv à xi.