CHAPITRE XII, — TRIBUNAUX ET JURISPRUDENCE
peu la fureur qui entraînait la jeunesse de Naples vers les procès et les tribunaux. De là date le règlement qui soumet les avocats à un examen ', et contre lequel s'élevèrent iai prudemment ceux qui y étaient soumis.
Mais la mémoire de plusieurs hommes remarquables qui illustrèrent le barreau napolitain et se rendirent particulièrement utiles à leur patrie, dure encore, leurs noms sont consignés dans l'histoire : nous allons en citer deux qui méritent une attention toute spéciale.
En 1547, au mois de mai, la ville de Naples était profondement émue par la crainte de voir établir dans son sein l'inquisition espagnole. Le peuple s'était assemblé et menaçait le gouvernement qui, à son tour, menaçait le peuple. Les députés de la ville, mal reçus par le vice-roi don Pierre de Tolède , se réunirent à Saint- Laurent avec tous les avocats et docteurs âe la ville , parmi lesquels tenait la première place Jean*Ange Pisanello , comme plus instruit et plus courageux que les autres ; après mûre discussion, tous convinrent que la ville devait prendre les armes contre le vice-roi , non pour se soustraire à la domination espagnole, mais pour se conserver fidèle à son roi ^. Cette délibération qui respectait le droit en présence de l'effervescence des passions, honore celui qui en fut le promoteur.
François d'Andréa fut un jurisconsulte de grand renom et mérita bien de sa patrie. Auteur d'un prpgrès véritable dans les études analogues à sa profession, il élargit le champ des idées et facilita l'étude.
* Pragmatique du duc d'Alcala de 1609. Voy. Grimaldi, histoire des lois et de la magistrature du royaume de Naples, t. X, p. 421 et suiv. ^ Summonte, histoire de Naples, liv. IX.
Los concitoyens de d'Andréa rcpondircnt à l'imiiulsion qu'il avait donnée, et, comme le fait observer M.'inna , ce (\\i'\ d'al)ord était presfjiie involontaire et inobservé , devint [)ar la suite un progrés libre, vobmlaire et désiré *. On cite avec éloge, parmi les ouvrages de d'Andréa, deiix écrits sur la succession de Flanrlre et sur celle d'Espagne, une discussion féodale sur les successions collatérales, enfin sa Dissertation à la prtstérité^, où il expose la condition dans laquelle il avait trouvé de son temps, les études de l'éloquence du barreau dans les tribunaux de Naplcs.
Dans l'ordre des avocats de Naples se recueillit, pour ainsi dire, la plus grande vitalité intellectuelle du royaume, sous le gouvernementdes vice-rois; on trouve souvent chez eux l'ardeur de l'étude et la puissance de la parole; leurs relations avec les familles puissantes étaient fréquentes; les occasions nombreuses qu'on leur donnait de nuire au gouvernement ou de lui être utiles, obligeaient les gouvernants à beaucoup d'égards pour le barreau.
Nous ne saurions quitter ce sujet sans nommer une autre fois Jean-Vincent Gravina , maître d'éloquence classique dans les études historiques de la jurisprudence, et qui ouvrit l'accès à de nombreuses investigations dans le sanctuaire de la science du droit ^
Peut-être les livres de Gravina n'ont-ils pas produit un effet sensible sur la législation de son époque en Italie ; il n'en est pas moins vrai cependant que cet
^ De la jurisprudence et du barreau napolitain, p. 141.
^ Rfigijwnamenti ai nepoti.
^ Voy. le I^'' volume de cette histoire.