CHAPITRE XII. — TRIBUNAUX ET JURISPRUDENCE
vengeance, fit mettre sous les yeux de son mari, la tête sanglante de sa rivale *.
11 serait impossible de dire le scandale produit à Florence, parTénormité de cette lâcheté ou de cette négligence des juges. On cria alors (nous répétons les paroles du chroniqueur contemporain) « que la justice, si » toutefois elle m^érile ce nom, pour disculper les plus » puissants, et charger les plus faibles, et jeter, comme » on dit, un peu de poussière aux yeux de la populace, )) avait fabriqué deux procès; le vrai resta secret, Tauj) tre fut publié. »
En somme, c'est triste à dire, mais il ne faut pas le dissimuler, l'administration de la justice était négligée ou abandonnée de mille manières en Italie, On aurait peu à ajouter sur les procès civils, parce que ces matières pe passent pas à la postérité ; mais même sur cela , il court de mauvais bruits. Nous tirerons des révélations importantes d'un manuscrit du sénateur Jean-Baptiste Visconli, qui posséda la confiance du gouvernement, et qui connaissait à fond la condition du Milanais, au commencement du xvii^ siècle.
(( La justice, écrit-il, pourrait être mieux adminis- D trée qu'elle ne l'est de nos jours , car les partis qui » gouvernent la république, manquent des officiers dont )) ils auraient besoin, et il n'est pas surprenant que les y> procès s'expédient avec lenteur. Les juges s'écartent » sans respect des lois et des statuts, et jugent presque » uniquement d'après leur manière de voir.
^ Voy. la chronique de la ville de Florence de 1548 à 1562,publiéQ par M. Charles Morbio. Milan, 1838, p. 69 à 77.
412 I)K LA LKGISLATJON ITALIh.N.NE.
)) L'aulorilé des lois et de la doctrine ne scrl souvent » de rien, puisqu'on triomphe par la ruse et par les ar- » tifices, plutôt (juc par la droiture et la justice •. >»
Un témoii,mafçe analogue de ce qui se passait à Rome dans la dernière moitié de ce siècle, nous est fourni par une autorité incontestable. Nous en rapportons les termes précis.
En 1663 le cardinal Sacchetti se sentant proche de sa fin, voulut écrire quelques observations au pape Alexandre VU; il le fit avec une telle vivacité, et, à ce qu'il paraît, avec une telle connaissance des faits , que peu de documents historiques pourraient leur être comparés ^
Dans cet écrit, le cardinal peint sous des couleurs sombres la manière dont on administrait la justice à Rome, à cette époque; il supplie le pape de mettre un terme aux lenteurs sans fin apportées dans r expédition des procès j lenteurs qui, outre la ruine des familles , ne peuvent qu'être d'un grand discrédit pour les tribunaux de Rome, quand on les voit faire durer des années et des lustres, des jjrocès qui pourraient être vidés en peu de jours. Et dans le cours de ses observations, le cardinal
^ Histoire de Milan du comte Pierre Verri. Milan 1825, tom. IV, p. 147.
^ Cette lettre se lit en entier dans le recueil des Mémoires pour servir à l'histoire de Christine, reine de Suède, compilés par Arckenholtz, et dédiés au cardinal Alexandre Albani, vol, IV, p. 395 à 40-i. La lettre est datée de Casale, le 17 juin 1663.
Le cardinal Sacchetti avait été secrétaire de la. congrégation du concile et nonce en Espagne ; élevé à la pourpre par Urbain Vlll en 1625, il avait été évêque de Gravina, Frascati et Sainte-Sabine, et préfet de la signature -de justice. 11 mourut en 1625 , à l'âge de 76 ans.