‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 200 sur 284 · CHAPITRE XIII. — RÉFORMES LÉGISLATIVES. 42i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — RÉFORMES LÉGISLATIVES. 42i

plaintes et des objections de toute sorte. La volouté du roi fut inflexible, il recourut à l'expédient, souvent employé en ces temps-là, de déférer ces contestations à un tribunal extraordinaire , que le peuple appela Chambre ardente^ et bientôt il supprima les deux chambres des Comptes de Savoie et de Piémont, en créa une seule, à Turin, pour tout le royaume, et soumit à cette chambre toutes les contestations féodales qui venaient de surgir ^ Le domaine s'accrut considérablement par la vente des fiefs qui lui firent retour, et par les revenus qu'il recouvra, et de cette manière le roi put alléger les charges qui pesaient sur le peuple ^

L'établissement du cadastre, dans le but de classer avec exactitude et d'imposer avec équité les biens fonds, occupa pendant trente ans environ les soins infatigables de ce souverain. Ce travail fut continué par ses successeurs d'une manière également sage et raisonnable.

Victor-Amédée II avait conçu de grands projets à

* Voy. histoire du royaume de Victor-Amédée II, par M. Domenico Carutti, chap. xxi.

2 Rappelons à la louange de Victor-Amédée II, qu'à peine la paix de 1713 fut-elle signée, il abolit le jeu public de la loterie qui fut bientôt malheureusement ouvert et conservé. On entend par loterie cette espèce de banque établie par le gouvernement, dans laquelle les particuliers font des mises et courent la chance de perdre leur argent, ou de gagner des sommes plus ou moins considérables. Comme dans ces banques l'avantage reste du côté du banquier, et que la facilité des mises se transforme en moyen de surexciter la cupidité chez le peuple, l'immoralité de semblables établissements est évidente. Voy. sur les tristes effets des loteries, l'excellent livre de M. Petitti dont nous avons déjà parlé.

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l'avantage de la Sicile, mais la hrièvclé du lerrips pendant le(|in'l il posséda ce royaume, et les diflicullés de tout genre (jiii l'environnaient alors, ne lui permirent pas de les en'ectuer '. Los Siciliens n'oublièrent pas ces heureux augures, bien (pje la calamité des temps les ait rendus illusoires. Ayant obtenu la Sardaigne en échange de la Sicile, ce roi prépara les voies aux grandes améliorations que son fils Charles-Emmaniiellll y introduisit, avec l'aide sagace et persévérante de son illustre ministre Jean-Baptiste Bogino -.

Outre les réformes législatives, Victor-Amédée II recomposa l'administration de l'Etat sur des règlements plus énergiques.

Il introduisit les règles d'une sévère économie et son successeur les observa soigneusement. L'abdication, l'emprisonnement et la mort de ce prince forment l'un des plus intéressants épisodes de l'histoire de l'Italie pendant la première moitié du dernier siècle. Victor- Amédée fut plus craint qu'aimé pendant qu'il régnait, mais il sut accroître l'éclat de sa couronne et l'importance de ses Etats, et il laissa un souvenir durable

^ Dans le discours prononcé à l'ouverture du parlement convoqué à Païenne le 4 mars 1744, en présence de Victor-Amédée, le protonotaire du royaume dit au nom du souverain « que la pensée rovale » ne tendait qu'à accroître le bien de ce royaume, pour le remettre, « avec l'aide de Dieu, et du temps, dans son ancienne splendeur, et » dans l'état où il devrait être en raison de la fécondité de son sol, de » la beauté de son climat, des qualités de ses habitants etdel'impor- » tance de sa situation géographique. «

"^ Voy. le livre XIV de YHisloire de Sardaigne de M. le baron Joseph Manno. On y trouve enregistrés les divers règlements faits pour les besoins particuliers de Tîle. Nous ne pourrions les rappeler ici sans nous écarter du caractère sommaire de cette histoire.

de Tart de gouverner, dont il usa au profil de ses peuples.

L'historien Botta, dont les écrits brillent de couleurs si vives et si variées, nous présente Taspect du Piémont, sous les règnes de Victor- Amédée II et de Charles-Emmanuel III, comme triste et obscur.

Il y a beaucoup de vrai dans ce tableau, et si l'autorité du prince était guidée par une intention louable et une connaissance profonde de ses propres intérêts, on ne saurait nier qu'il alla, dans l'usage qu'il en fit, au-delà de ce qui est juste et convenable. On pourrait citer plusieurs faits à l'appui de ce jugement; nous avons déjà parlé de l'injuste punition infligée au marquis Graneri *, et nous ajouterons ici l'arrestation et l'emprisonnement tout à fait arbitraire et illégal de Pierre Giannone.

Ce n'est pas à dire pour cela que l'énergie des Piémontais en fut affaiblie, elle demeura, au contraire, ferme et inébranlable, et c'est là un trait à l'avantage du Piémont, quel que soit l'Etat de l'Italie auquel on veuille le comparer. Les peuples doués des vertus guerrières sont toujours les mieux disposés à obéir aux lois et à observer la discipline ; or, tel est le caractère distinctif des Piémontais.

Il faut accorder un mérite tout particulier à la législation piémontaise dans le siècle dernier; ce fut celui d'avoir favorisé l'égalité des droits dans les successions, et la disponibilité des biens, moyennant des restrictions apportées à l'institution et à la progression des fidéicommis et des droits d'aînesse.

* Voy. le chap. précédent.

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Si Viclor-Arnôdée II no fut pas le promior prince italien qui chercha à diminuer ces entraves, [)uis(jue son vaillant bisaïeul Charhîs-Ein manuel V^ , et deux souverains pontifes, Cl«?ment Vlil et Urbain VIII, y avaient déjà mis la main, il eut cependant l'honneur d'achever cette heureuse entreprise et de montrer le chemin à ceux qui auraient pu être tentés de l'imiter.

Une heureuse conséquence de la sévérité du gouver- l\ nement des princes de la maison de Savoie fut d'empêcher que les feudataires ne devinssent trop puissants en Piémont. On ne voit, dans l'histoire de ce pays, aucune trace des énormilés qui se commettaient dans les autres régions de l'Italie. Il est vrai qu9 le gouvernement pesait sur les sujets, mais c'était sur tous indistinctement, à quelque classe qu'ils appartinssent.

Charles-Emmamiel III, ayant succédé à Victor-Amédée II, marcha sur les traces de son père, en établissant graduellement une égale répartition des impôts, en brisant les liens qui entravaient la libre disposition des biens *, et en promulguant, en 4770, avec de légères modifications, des constitutions générales, comme avait fait son père. "Victor-Amédée III, fils de Charles-Emma- j

nuel III, ne ressembla ni à son père ni à son grand-père, mais il ne s'écarta pas cependant de la voie qu'ils lui avaient tracée. Sous ce règne on jouit trop du bonheur présent et on se préoccupa trop peu de la possibilité de malheurs futurs. La guerre de la révolution détruisit promptement ces illusions prolongées.

1 Voy. réJit royal du 5 mai 1731 relatif à l'égale répartition des impôts en Piémont, et les R... édits portant affranchissement de la taille personnelle, et des droits féodaux et emphytéotiques en Savoie, du 50 janvier 1762 et du 19 décembre 1771.

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