CHAPITRE XIV. — ACTES, QIjESTIONS ET DOCTRINES
dans le cloître de Saint-Laurent afin de procéder activement à leur travail. Mais bientôt tout cet excellent appareil fut renversé. Un frère du doge, Frédéric Frégose, archevêque de Salerne, traversa cette belle entreprise; il craignait que le repos une fois rétabli, le crédit de sa famille ne vînt à s'affaiblir; il fit des remontrances au doge, qui ne l'écouta pas ; il recourut alors à la force, entra dans le cloître de Saint-Laurent, suivi de quelques vagabonds, en chassa les électeurs, leur défendit de se réunir de nouveau pour le même motif, et les menaça de mort en cas de résistance. On lui obéit, et la République eut à subir de nouveaux désordres.
Il ne s'écoula pas bien des années qu'on sentit plus vivement le besoin d'une réforme si intempestivement interrompue. En 1527, on nomma une nouvelle députation de Bailia, composée de douze citoyens, pendant que la ville était sous l'autorité de la France , exercée par Théodore Trivulce.
Mais pour afiranchir et réorganiser le gouvernement à Gênes, il fallut plus que la Bailia ; il fallut qu'André Doria, qui l'année suivante avait quitté le service de la France pour passer à celui de l'empire, se mît à l'œuvre, et que profitant de l'occasion, il délivrât sa patrie des armées étrangères, en affermît la puissance, et entreprît la réforme de son administration intérieure.
Le 13 septembre 1528, on convoqua à Gênes un grand conseil, composé de tous les citoyens capables de s'occuper des affaires du gouvernement. L'assemblée se réunit au palais public, et elle comptait à sa tête deux magistrats des Anciens et des Réformateurs, et les quatre
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cents du conseil ordinaire. Arnhroise Senarega, secrétaire de la République, (jui avait écrit les projets de réforme, par ordre du Sénat, en fit la lecture et y ajouta des commentaires '.
Requis de donner son avis, le chancelier Baptiste Lomellini émit l'opinion que les douze préposés à la réforme poursuivissent le travail commencé et l'aclievassenl le plus promplement possible; et qu'on invitât André Doria à mener à bonne fin la délivrance et la restauration de la patrie.
En effet, cette sainte entreprise, Doria l'exécuta avec une sagesse profonde. Dés l'époque ou il entra au service de Charles V, Doria nourrissait le projet de délivrer Gênes -. Et l'empereur qui se montrait si hostile
^ Voy. Annales delà République de Gênes au XV1<^ siècle, par Philippe Casoni, liv. III.
- La preuve se voit dans les capitulaires signés par l'empereur à Madrid, le 11 août 1528, à la suite de propositions que lui lit Erasme Doria» envoyé par André Doria à cette cour.
On lit dans le premier art. de ces capitulaires que « André Doria » demande à Sa Majesté Impériale que s'il plaît à Dieu de délivrer » Gênes de ses ennemis, elle soit déclarée libre, sous un gouverne- » ment républicain ; rétablie dans tous ses domaines et spécialement » dans la terre de Savone, dont l'empereur lui fera la concession, » sans autres charges que celles que Gênes voudra s'imposer volon- >» tairement, que S. M. lui accorde sa protection, et ordonne à tous ;» ses généraux en Italie de la conserver et la défendre contre toute » force ou violence qui viendrait à la troubler. » L'Empereur répond : Sobre este primer mpitulo plaze à su Majestad que assi se haga en buena, ampla y segura forma.
Ce capilulaire ayant pour titre : Pada ronvcnta, se Ut dans un appendice de Sigonius à la vie d'André Doria , publié par Argelati.
Au nombre des honneurs publics rendus à André Dori^i, on compte l'inscription posée sur la porte de la maison qui lui fut donnée par