CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES
pays lui fournissait l'occasion de s'immiscer clans les plus importantes affaires politiques.
Mais pour exercer plus promptement l'autorité qui devait recomposer l'Etat et en préparer les destinées futures, Emmanuel-Philibert abandonna l'usage de convoquer les représentants du pays, divisés en trois ordres : le clergé, les feudataires et les communes, formant l'assemblée des trois Etats. Le principal but de ces convocations était d'obtenir du pays un don en argent, afin de faire face aux dépenses extraordinaires, tout autre système d'impôt étant fort restreint alors. Le prince n'obtenait pas toujours le don aussi fort et aussi prompt qu'il le désirait. Outre les exemples que lui fournissait sa patrie, le duc avait dû observer pendant qu'il gouvernait la Flandre, combien les affaires souffraient des résistances que faisaient les Etats avant d'accorder les subsides nécessaires. C'est ce qui fait supposer qu'il laissa tomber l'usage de la représentation nationale (dont la suppression formelle n'eut jamais lieu en Piémont), pour s'affranchir de tout ce qui pouvait s'opposer à ses desseins.
C'est ainsi que le jugeait Jean Correro, ambassadeur
I) munitatis cujuscumque qualitatis et tenons existant, quae omnia » sint salva, et observantur, et quod iJ quod faciebant coacti et metu » paenarum, et tnmultu arniigerorum existentium in eadem civitate » et non aliter nec alio modo, etc.»
Histoire de la ville royale de Turin, par l'abbé François-Marie Ferrero de Lavriano, partie 11, p. 686.
Il n'est pas étonnant, ainsi que le rappelle Boldu , ambassadeur de Venise auprès du duc de Savoie (1561-66), que, le pays, « opprime par l'étranger depuis plus d'un quart de siècle, après la conclusion de la paix de Cateau-Cambrésis, le peuple attendît ce prince avec le même enthousiasme que s'il eût attendu pour ainsi dire un Dieu. » Vol. III.
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(le Venise à la cuui" dd Savoie, dans une lelatiuri de sa
légation en 157/]. « Son Excellence traite les affaires
» comme il Tentend , dit-il, et c'est \i<)\\v faire preuve
» de ce pouvoir (ju'il veut rendre alisolu , que je dis
» qu'il n'a pas voulu assembler les trois Etats du pays,
)) à quoi il est obligé par les anciens pactes de la mai-
» son de Savoie avec ses confédérés, j)actes que tous •
» ses prédécesseurs ont observés jusqu'ici. Et j'ai en- j
» tendu dire h Son Excellence que ce qui l'avait déter- 1
» minée à ne pas convoquer les Etats, c'est que ceux-ci
» veulent toujours retenir pour eux plus qu'ils ne sont [
» disposés à accorder au prince '. » |
Après avoir indiqué les principaux cbanirements ap- *
portés à la forme des gouvernements en Italie au xvi^ siècle, nous allons parler de certaines questions de droit public qu'on traita avec beaucoup de chaleur et un grand apparat d'érudition. Nous en signalerons quatre : celle sur la domination de la mer Adriatique, l'examen de la liberté originaire de Venise, l'examen de la liberté de Florence, et le mode d'investiture du royaume de Naples. A peine est-il nécessaire d'ajouter que chacune de ces questions se rattachait à de grands événements politiques.
La première question fat soulevée par la guerre que la république de Venise fit aux Uscoques, entre la fin
* Cette question a été examinée par l'auteur de cette histoire dans un travail sur les Etnts généraux et auh^es institutions politiques du Piémont et de la Savoie, publié en italien, à Turin en 1851 (imprimerie royale). Voy. aussi une lettre du même auteur adressée à M. J. P. Vieusseux, le 15. juillet 1855, Insérée dains VArchivio storico italiano. Nouvelle série, tom. III.