CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES
du xvi^ siècle et le commencement du xviie. Les Uscoques, de nation dalmate, étaient une réunion originaire de réfugiés de tous les pays. Ils se tenaient dans Segna, sur les bords de l'Adriatique, et de là faisaient des incursions sur mer; c'étaient des pirates audacieux, cruels, pervers, se nourrissant de rapines et se vautrant dans le sang. Segna était sous la domination de l'archiduc d'Autriche, duc de Carinthie, lequel ne protégeait pas ouvertement les Uscoques dans leurs pirateries , mais ne les réprimait pas non plus avec la rigueur méritée.
Les Vénitiens auxquels ces forbans causaient de graves préjudices, songèrent sérieusement à s'en défaire.
Au danger causé par la présence des Uscoques, se joignait une vieille querelle qui, dés 4563, avait porté l'empereur à se plaindre de ce que les Vénitiens imposaient des droits aux navires des sujets impériaux, et quelquefois les forçaient à toucher à Venise, contrairement aux régies de la liberté de la navigation. Les Vénitiens soutenaient, au contraire, que la navigation devait être libre en effet, mais que cela n'empêchait pas que la république usât de la faculté d'imposer des droits sur les navires qui naviguaient dans l'Adriatique, dont ils avaient la souveraineté ' ; ils alléguaient que la
* La discussion qui eut lieu sur cette matière aux conférences de Frioul, en 1563, entre les commissaires impériaux et ceux de la république vénitienne, est rapportée par frère Paul Sarpi, dans la dernière partie de VHistoire des Uscoques. Les débats furent principalement soutenus par le docteur André Rapicio pour l'empereur, et par le docteur Jacques Chizzola pour Venise;.
véritable liborlé i\('s nn;r.s n'exclut ni la jinjlection ni 1.1 supériorité de ceux qui maintiennent cette liberté, pas plus f(ue la soumission envers ceux qui ont le domaine d'un(; étendue de mer. Les commissaires impériaux n'insistèrent pas beaucoup sur la question de domaine, et se bornèrent à demander à la république une modération des droits et quelques égards. Cependant la controverse ne finit pas là. Les Uscoques continuaient leurs déprédations, et s'enhardissaient en raison de l'impunité dont ils jouissaient, tandis que l'archiduc, pour maintenir intacte sa juridiction sur la navigation de cette mer, laissait les pirates se livrer à leurs incursions.
Frère Paul Sarpi écrivit un traité sur les bases fondamentales de la domination de la mer Adriatique par la séré/iissime république de Venise, et il soutint que la preuve de cette dominatior^ résultait de sa liberté même, de sorte qu'à sa naissance, par une même cause, elle naquit libre, et eut l'empire des mers, et cette cause était qu'elle avait été bâtie et élevée sur la mer qui n'appartenait à personne alors. Quoi qu'il en soit de la solidité de ce raisonnement qui, aujourd'hui, ne trouverait probablement pas grâce auprès des publicistes, l'écrit de frère Paul, étayé de plusieurs citations de faits historiques, et d'opinions d'auteurs, reste toujours comme un important document de droit public en Italie ^
L'affaire des Uscoques se termina par des actes mieux
* Même pour cette question il fut publié beaucoup d'écrits de part et d'autre.