CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES
que par des paroles. En 1617, Venise fit sa paix avec les princes autrichiens, sous la médiation du pape et du roi de France, et l'on mit fin ainsi au travail multiforme qui avait ému l'Italie et rAUemagne '. La question de droit resta, comme d'habitude, sans solution formelle, prête à renaître si l'occasion se présentait.
Un livre sorti en 1613 des presses de la Mirandole, avec le titre (\' Examen de la liberté originaire de Vcnise"^^ devint tout à coup un épouvantail plus encore qu'un sujet de différend politique.
L'objet de la discussion était important, l'auteur, quoique anonyme, était réputé être une personne de considération, la doctrine était nouvelle, les sources du raisonnement peu ou point connues, et il en était ainsi de celles du parti contraire. Marc Foscarini, en disant qu'on avait attaché à cet opuscule plus d'importance que n'en méritait la nature d'une question vaine et de pure érudition % ne s'en montra pas moins assez préoccupé.
Le livre tendait à démontrer que les Vénitiens n'étaient pas aussi libres qu'ils le prétendaient, et qu'à leur origine, ils étaient sujets de l'Empire et d'autres princes.
Une phalange d'écrivains entreprirent de réfuter rjE"xamen; indice certain qu'il produisait de vives inquiétudes. ,
* On pourvut à la sûreté de la navigation dans l'Adriatique, en chassant lesUscoques de Segna et du littoral; en les transportant en grande partie à Carlstadt et sur les frontières littorales du côté de la Turquie.
^ Squittinio délia liherta originaria di Venezia.
^ De la littérature vénitienne, liv. I, p. 91, 92 et 93.
402 I)K LA LHjISJ.ATION ITALItNNK.
On croit ^(''npr;»lornont que co livre élail l'ouvrage du marquis (If; Bedmar, ministre liabile dont le nom s<; rattache à une conjuration vraie ou sup[)osée '. Ce rju'il y a de certain, c'est que les arguments qu'il développait tendaient à contester à la république la souveraineté à laquelle elle prétendait sur la mer Adriatique, et en outre, quelques possessions qu'elle avait dans le Frioul et la Dalmatie, et qui avaient appartenu originairement à l'Empire et à la couronne de Hongrie.
L'examen de la liberté florentine procéda de causes plus graves et produisit de plus grands effets.
Dans les premières années du wiii^ siècle le grand duc Cosme III , se sentant prés de sa fm, et ayant comme un pressentiment de l'extinction de sa race , conçut le projet de disposer les choses de manière que, si la maison des Médicis venait à s'éteindre , la liberté de la Toscane eût à en profiter; tandis qu'en Europe, au contraire on s'occupait du choix d'un prince qui succéderait aux Médicis. Le grand duc envoya le marquis Charles Rinuccini auprès d'Heinsius, grand pensionnaire de Hollande , pour demander les conseils et l'appui de ce gouvernement, aussi bien que ceux de la reine d'Angleterre, afin de pouvoir réaliser son projet, « et éviter que les bons Allemands ne s'avançassent » pour exiger la promesse formelle que le grand duc
Alphonse de la Cueva marquis de Bedmar, qui fut ministre de Philippe III roi d'Espagne près la république en 161 8, d'accord avec le duc d'Ossuna, vice-roi de Naples, et avec D. Pèdre de Tolède, gouverneur de Milan.
D'autres, avec des arguments plus vraisemblables, attribuent le livre de VExamen à Marc Velser.