CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES. A9Çi
d'éloquence * , n'en reste pas moins au fond, une œuvre d'un esprit dépravé et d'un traitre infâme ; et le récit du sort de Pierre-Paul Boscoli et d Augustin Cappo7ii^ éc7'it par Luc de la Robbia, en 1518, qu'on peut citer comme l'un des morceaux les plus naïfs et les plus touchants de notre littérature, prouvent quelles étaient les opinions dominantes alors dans cette partie de l'Italie.
Les espérances des républicains de la Toscane furent ruinées par Gosme I^r, successeur d'Alexandre; Cosme, voulut que le peuple lut désarmé et indifférent aux affaires publiques; « c'était chose difficile à faire, di- » rons-nous avec l'illustre François- Forti ^, mais on
» l'obtint Les républicains, comme ceux qui se
» mêlaient des choses du gouvernement, manquaient gé- )) néralement des vertus morales. On représenterait à » tort comme une lutte de principes, ce qui n'était » qu'une lutte d'intérêts et d'ambition entre personnes D d'une moralité fragile ; tant sont trompeurs les noms » de liberté et de république, tant les idées d'un siècle » sont impuissantes à expliquer les affections d'un » autre siècle ! »
Il ne faut pas dire cependant que les aspirations des sujets et les jalousies des gouvernements s'apaisèrent entièrement en Italie; nous l'avons indiqué ailleurs. La république de Venise maintenait soigneusement ses peuples à l'abri de toute tentation contraire.
La seigneurie tolérait, il est vrai, la présence et les
* Voy. Pierre Giordani, lettre au marquis Gino Gapponi sur un choix de prosateurs.
"^ Institutions civiles, liv. J. cliap. m, § 6.
écrils (le Pierre l'Arétin, (ju'on appelait le Ihinu de?, princes, et qui se vantait a d'avoir dit la vérité dans le » palais et aux oreilles des {grands ' ; » mais elle avait peur de l'école de Machiavel, et elle empêchait avec le plus grand soin la publication des discours sur Tacite, de Trajan Boccalini '. Et il n'est pas difficile de se rendre raison de cette apparente contradiction. La critique de l'Arétin se sauvait sous le manteau de sa scurrilité, on la considérait comme un passe-temps obscène; celle que proclamait la voix de l'histoire se faisait craindre, parce que, se montrant dans sa simple aus térité, elle frappait juste.
En Italie, avant le xvP siècle, on publia peu de livres sur les principes du gouvernement ou le droit public ; nous en avons mentionné les principaux dans le cours de cette histoire. Mais à peine la domination espagnole et les différentes souverainetés de l'Italie se furent-elles raffermies, qu'on vit pleuvoir un déluge de publications, tendant à développer la raison d'Etat, le système des privilèges, les règles de juridiction impériale et royale ; on écrivit des discours politiques et des traités de perfectionnement de la vie politique.
L'exemple des livres espagnols ne fut pas perdu pour nos ancêtres.
Il parut à quelques-uns d'entre eux que, par l'abondance de ces écrits, d'un caractère tout à fait différent des anciennes opinions et traditions italiennes , il
* Dans la dédicace de la seconde parlie de ses Ragionamenii.
^ Ce trait curieux de l'histoire intime de la seigneurie de Venise se trouve consigné dans les -documents publiés par Cicogna au tom. IV, des Insertions vénitiennes.