CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES
s'opérait une restauration dans la science gouvernementale ^
Si nous considérons le caractère des gouvernements, et la qualité des écrivains politiques de cette époque et de celle qui lui a succédé, nous ne pensons pas qu'il y ait eu une restauration, mais bien un affaiblissement. Ceux qui enseignaient, se lançaient dans les abstractions, et, avec des citations de vieux auteurs, et des déclarations de lieux communs de philosophie, n'instruisaient pas plus les peuples, qu'ils ne corrigeaient les gouvernements. Ceux qui agissaient, loin de s'en tenir à ces principes, peu concluants pour leurs fins, s'attachaient à des expédients, qui n'étaient pas toujours approuvés par la morale.
Nous citerons trois des principaux écrivains qui s'occupèrent de la science cjouvernementale à cette époque ; Paul Paruta^, Jean Botero 3, Octave Sammarco '^% et nous nous demandons quel fut l'effet de leurs doctrines sur le mouvement politique de l'époque ? force nous est de répondre qu'il fut nul. Venise ne se convertit pas, par les sages considérations de son procureur de Saint-Marc, qui révélait avec tant de candeur et d'onction sa pensée, dans son Soliloque ^ L'humeur turbu-
* Voy. « Considerazioni intorno alla restaurazione délie scienze di slato, seguita in Italia circa la meta del secolo XV. « Leçon académique du comte Jean-François Galéani Napione di Cocconato.
2 Discorsi polilici. Délia perfeziono délia vila politica, par Paul Paruta, noble vénitien, chevalier et procureur de Saint-Marc.
^ Ûella ragion di Stato, dix volumes avec trois volumes Délie cause délia grandezza délie cita, de Jean Eotero.
* Des changements des royaumes, par Octave Sammarco, gentilhomme napolitain.
^ Soliloque dans lequel l'auteur fait un examen succinct de toute sa vie, ajouté aux discours politiques. Edition de Venise 1599.
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lente (le Cliarlcr; Kmrnanuel i'=^, duc de Savoie, ne se modérait pas par les sages préceptes de raison d'Etat (|iic lui donnait son précepteur Botero, et il ne paraît [)as que Naples se ressentît des doctrines de Samrnarco. Loin de là, le savant panégyriste de cette prétendue restauration de la science politif[ue, dut avouer que : (( Botero, malgré sa grande célébrité, fut oublié. Sam- » marco ne fit aucun bruit de son vivant, ni dans son » siècle *. »
Il faut le reconnaître, Macbiavel, (juicciardini et frère Paul, furent les seuls qui firent école en Italie en matière de science politique -.
Dussions-nous ne pas nous rencontrer avec des hommes savants et éclairés, nous donnerons notre appréciation personnelle sur les enseignements que nous fournissent ces historiens. Nous exprimerons notre opinion dans toute sa sincérité et sans aucune présomption. L'école de ces trois grands génies, que peu d'écrivains étrangers ont égalés, ne servit ni à fonder ni à faire progresser les véritables intérêts italiens; elle manqua de foi en la morale publique, elle méconnut ces moyens de confiance réciproque, d'assistance mutuelle, qni auraient conduit les différents Etats italiens à se convaincre de la communauté des avantages, et de la
1 Napione L. C. p. 49-
^ Nous venons de citer seulement trois noms d'historiens de mérite, mais qui ne produisirent aucun effet. On pourrait en former encore une longue liste, sur laquelle figureraient les noms de Mathieu Palmieri, auteur d'un traité de la vie civile; Ansaldo Cuba qui écrivit Le citoyen de la république ; Jean-François Lottini à qui on doit le livre des Avertissements civils', Baptiste Guarini qui publia Le traité des libertés publiques: Paul Mathieu Doria, auteur du livre de V Education du prince, et plusieurs autres.