CHAPITRE XIV. — ACTES, QUESTIONS ET DOCTRINES
solidarité des dangers; elle sema le vent et recueillit la tempête.
Machiavel et ceux que nous avons nommés avec lui, firent de la politique un art *, et non une science, et encore moins une étude de prospérité nationale. Tous servirent les intérêts de maîtres qu'ils avaient, ou qu'ils espéraient avoir, mais n'allèrent pas plus loin.
Machiavel entreprit, il est vrai, de soutenir la cause de l'indépendance et de la gloire de l'Italie, mais au profit de qui ? De la maison qui avait le plus contribué à faire disparaître celte liberté qu'il aimait tant poui sa patrie.
Un parti politique , quelque juste et national qu'il fût, n'obtenait pas pour cela la préférence de Machiavel sur un autre. « Je vais vous dire, écrivait-il à François » Guicciardini, le 45 mars 1525, une chose qui vous » paraîtra une folie. Je vais vous exposer un projet )) qui vous paraîtra téméraire ou ridicule; cependant » ces temps-ci exigent des résolutions audacieuses, inu- » sitées, étranges, et quiconque raisonne dans ce » monde, sait combien les peuples sont dissemblables )) et fous; néanmoins, tels qu'ils sont, ils disent par- » fois qu'on fait ce qu'on doit faire. Il y a peu de jours, » il était bruit à Florence que, Mgr Jean de Médicis » déployait un drapeau d'aventure % pour faire la » guerre là où il prévoyait une meilleure réussite. Ce » bruit m'a fait penser, que le peuple indiquait réelle- » ment ce qu'il était convenable de faire. »
Quelle opinion nous formerons-nous de ces théories?
* Machiavel et sa doctrine politique. Essai du savant professeur Pascal Stanislas Mancini , Turin, 1852.
* Un condottiere qui se met au service de qui le paye mieux.
504 I)K JwV LÉGISLATION ITALIENNE.
L'histoire ne les a (pie Irop jugées. L'Italie n'en a que
trop essuyé l'eiïet désastreux. |
Nous avons déjà parlé de Guicciardini etdeSarpi, et nous les avons vus très empressés à se servir de l'opportunité des temps au fjrofit, le premier du pape, le second de la Seigneurie; de sorte que ni l'un ni l'autre n'ont rien fait pour le bien de la patrie, ni pour la défense des principes généraux du droit public.
Aujourd'hui qu'on s'efforce par tous les moyens, de faire entrer l'empire turc dans ce qu'on appelle concert européen, on sera peut-être étonné de voir, qu'au xvi^ siècle, on examinait sérieusement la question de savoir s'il était permis à un prince chrétien, de contracter alliance avec les infidèles, et on donnait une solution négative. Cependant cela fut discuté par un célèbre jurisconsulte piémontais, Octavien Cacherano d'Osasco, qui dédia son livre à Thomas Langosco, chancelier de Savoie *. Cet écrivain ne se montre pas intolérant, au contraire, il conseille de ne point faire la guerre aux païens ni aux autres infidèles, qui ne gênent pas les chrétiens, mais il engage à rompre à tout prix avec les Turcs et les Sarrazins, principalement parce qu'ils occupent la Terre- Sainte, qui devrait appartenir de droit aux chrétiens.
Osasco écrivait ces considérations dans la seconde moitié du xvi^ siècle, ému qu'il était par l'alliance entre Etienne Voïvode et le Sultan -; mais déjà longtemps
* « Disputîitio an principi christiano fas sit pro sui, suorumque » bonorum tulela faedus inire ac amicitia infidelibiis iungi, ab eisque » auxilium adversus alios principes christianos petere. Octaviano » Cacherano comité Roch» Arazii secundo praeside excellentissimi se- » natus Pedemontani auctore, Venetiis I6i0, »
^ La dissertation d'Osasco tend à combattre principalement l'opinion de Roland qui distinguait le cas d'une guerre juste, et celui où