CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE
Le gouvernement concentré entre les mains de Taristocratie, laissait au peuple une grande liberté dans l'exercice de la vie privée, pourvu qu'il ne s'occupât en rien de la politique. 11 en résultait des habitudes d'une vie gaie et nonchalante, qui absorbait dans les plaisirs toute l'activité de ces populations ^ Gela pouvait se faire alors qu'on cédait au privilège de la naissance, en posant une limite artificielle aux désirs de la vie et aux droits de l'intelligence; ce qui paraissait sans importance il y a un siècle , serait insupportable aujourd'hui.
Observons cependant que la sagesse vénitienne écartait les dangers qui pouvaient naître de l'aristocratie, en augmentant le nombre des familles patriciennes, et
De la littérature Vénitienne, de Marc Foscarini, chevalier et procurateur de Saint-Marc, Padoue, 1752.
Ouvrages de frère Paul Sarpi ;
Mémoires historico-civils sur les formes successives du gouvernement vénitien; œuvre posthume de Sébastien Crotta, Venise, 1818.
Dictionnaire vénitien, compilé pour faciliter la lecture de l'histoire ancienne de la république vénitienne et l'étude des documents qui y sont relatifs, du chev. Fabien Mutinelli , directeur des archives 1. et R. de Venise, Venise, 1852.
Des inscriptions vénitiennes recueillies et commentées par Emmanuel Cicogna, de Venise. Venise, de 1824 jusqu'à 1853.
L'ouvrage publié à Venise en 1847 à l'occasion de la réunion du congrès des savants, sous le litre de Venise et ses Lagunes.
^ Les promoteurs de l'aristocratie pourraient joindre à l'exemple des institutions vénitiennes la doctrine de Cicéron. « Sic inter infirmitatem unius temeritatemque multorum médium optimales possederunt locum, quo nihil potest esse moderatius ; quibus rempublicam tuentibus, beatissimos esse populos necesse est vacuos omni cura et cogitatione ; aliis permisso otio suo, quibus id tuendum est, neque comniitlendum ut sua commoda populus negligi a principibus pulet. »
De republica, lib. 1, chap. xxxiv.
on Ins soumell.'inl à l'oiiipire de ^c(5^'^lité , à l'ordre de la modéralion civile, et à la crainte de représailles terribles.
A Venise, ceux qui avaient l'apparence du pouvoir, n'en avaient pas la réalité , et ceux qui en avaient la réalité, ne In conservaient que peu de temps. Le besoin de tous et la crainte de tous était, pour les patriciens, le double lien de la société civile.
Le gouvernement public était concentré dans la ville dominante et entre les mains des patriciens de Venise exclusivement ; à Venise tout se faisait par Venise et pour Venise. Les provinces conservaient^eurs statuts, leurs coutumes. Pour ce qui avait trait au gouvernement civil, elles obéissaient à deux espèces de recteurs, le podestat et le capitaine. Le capitaine veillait à l'observation des concessions faites par le gouvernement aux différents pays et des ordres émanés des conseils, ainsi que sur l'administration municipale, qui n'avait été, le plus souvent, que légèrement modifiée à l'époque où ces pays s'étaient donnés à Venise. Le podestat était aussi cbargé , conjointement avec le capitaine et les juges, d'expédier les procès criminels de compétence ordinaire et ceux qui leur étaient délégués par le Conseil des Dix. Au capitaine appartenait la direction des affaires militaires, économiques et fiscales, et la sur- I
veillance du territoire hors de la ville. "
Les podestats et les capitaines étaient pour les pays de terre ferme; les régents qu'on envoyait dans les provinces maritimes, prenaient, le plus souvent, le tilre de provéditeurs ou comtes, et dans le royaume de Candie, celui de duc et de capitaine.