‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 243 sur 284 · CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE

Après celle courte notice de la condition des provinces, considérons tout au long le mécanisme compliqué du gouvernement central , lequel , solide sur sa base, quoique souvent modifié dans les accessoires, fournit un exemple d'une durée de puissance, qu'aucun autre peuple n'a atteint jusqu'ici.

Nous commencerons par la dignité ducale. Si l'on cherchait la réunion d'un faste sans valeur, d'une souveraineté sans pouvoir, on n'en trouverait pas d'exemple plus frappant que dans la dignité du doge de Venise , telle qu'elle fut réduite dans les siècles les plus rapprochés de nous.

L'élection du doge formait comme un tissu de complications, visant, il est vrai, à exclure la confusion, mais combinées de manière que le sort décidât du choix ^

* A la morl du doge les conseillers et les trois chefs de la Quaranlia criminelle prenaient en main les rênes du gouvernement, et allaient habiter le palais ducal. Le grand conseil s'y réunissait; on déposait dans une urne autant de boules qu'il y avait de patriciens présents au conseil (trente de ces boules étaient dorées, les autres étaient argentées); on appelait séparément chaque patricien, et on lui remettait une boule prise au hasard dans l'urne par le ballotino, sorte d'officier à ce destiné. Celui à qui était échue une boule dorée devenait électeur, et aussitôt tous ses parents quittaient le conseil aussi bien que ceux auxquels élait échue une boule argentée. On remettait de nouveau dans Fume trente boules, dont neuf dorées, les autres argentées ; on appelait séparément les électeurs, et le balottino leur remettant une boule, qu'il prenait au hasard dans l'urne, les neuf auxquels étaient échues des boules dorées , étaient proclamés électeurs. (]es neuf membres élisaient aussitôt quarante patriciens, c'est-à-dire les quatre premiers élus, en nommaient cinq chacun, les cinq derniers en élisaient chacun quatre. Le grand conseil se réunissait de nouveau, et on y publiait l'élection des quarante; ceux-ci à leur tour se réduisaient à douze, au moyen des boules dorées et argentées ;

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Le doge présidait tous les conseils, et pouvait proposer les aiïaires (ju'on devait traiter; mais dans la délibération, il n'avait que sa voix. Son nom était gravé sur toutes les monnaies , mais on n'y mettait ni son efïigie, ni les armoiries de sa famille. Les édits et les publications portaient l'intitulé suivant : Le sérénissime punncc fait savoir. Les lettres qui accréditaient les ambassadeurs de la République auprès des souverains étrangers, étaient écrites au nom du doge, mais il ne les signait

ces douze en clioisissaient vingt-cinq autres, savoir : le premier élu en nommait trois, les autres, chacun deux.

Après avoir publié ces vingt-cinq membres dans le grand conseil, par le tirage des boules dorées et argentées, ils étaient réduits à neuf, et ceux-ci en élisaient encore quarante-cinq, c'est-à-dire que chacun des neuf en nommait cinq, qui pouvaient être inclus, si sur les neuf, sept votaient pour leur conservation. On faisait connaître cette élection au grand conseil ; au moyen des boules et du scrutin, comme précédemment, on réduisait ces quarante-cinq électeurs à onze, et ces derniers choisissaient définitivement les quarante et un électeurs du doge.

Leur élection étant confirmée par le grand conseil, ils juraient de faire un choix consciencieux, entendaient la messe du Saint-Esprit, étaient enfermés en un conclave, et toute communication extérieure leur était interdite. Trois des électeurs du conclave étaient nommés présidents, et deux secrétaires; chaque électeur appelé séparément déposait dans l'urne un bulletin (Scheda) contenant son vote : les secrétaires ouvraient les bulletins et comptaient les voix. Le patricien ainsi nommé se retirait dans une salle voisine, et les présidents demandaient si quelqu'un croyait devoir s'opposer à la nomination; chaque électeur était libre d'accuser l'élu, lequel était alors introduit dans le conclave pour se justifier des griefs qu'on lui imputait; les électeurs, sous les peines les plus graves, devaient garder le silence le plus absolu à ce sujet, au moins pendant dix ans. Après avoir vidé la question des accusations, on procédait au vote au moyen de boules écarlates avec une croix jaune qu'on déposait dans une urne divisée en deux compartiments, l'un pour le oui, l'autre pour le non. Les présidents extrayaient les boules, au moyen d'une baguette, pour écarter tout soupçon; les secrétaires les comptaient, et si le personnage désigné obtenait vingt-cinq boules favorables, l'élection était terminée.

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