CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE
dire , autant on avait de ressources pour écarter les inquiétudes de l'avenir.
Ce n'est pas l'imagination des romanciers, mais l'autorité des documents authentiques qui nous énumérérent ces exécutions effrayantes.
Dans un écrit qui figure parmi les ouvrages de frère PaulSarpi, mais qu'on attribue plus probablement à un autre auteur, contemporain de Sarpi, et qui renferme la substance des maximes politiques du gouvernement vénitien \ on parle de la manière de maintenir dans l'obéissance les habitants de terre ferme. Il y est recommandé que : sHl y a parmieux des chefs de parti, on doit les exterminer par quelque moyen que ce soit ; mais s'il s\iqit dhm chef d^ armée , il ne faut pas se servir de la voie des tribunaux ; on doit plutôt faire en sorte que le poison remplisse le rôle de bourreau; le r4mltat est le même et c'est moins odieux.
Ainsi procédaient les Dix et les Trois, se confiant au poison lent ou aux ondes ténébreuses des lagunes 2.
1 Opinion sur le gouvernement intérieur et extérieur de la République de Venise, pour conserver une autorité perpétuelle, etc., sounnise aux inquisiteurs d'Etat. Voy. Cicogna, Inscriptions vénitiennes, vol. m, p. 507. et s.
^ Voici les documents qui remontent à l'époque de la réforme du conseil des X.
« Très-illustres, très-excellents Seigneurs et maîtres respectés.
» Je suis informé par le très-illustre provéditeur, et par les illustres » recteurs de Vérone que : dans l'intérêt du service de la Seigneurie, » je dois m'occuper de faire mourir Octavien Avogadro. En ce mo- » ment môme, quelqu'un est venu s'offrir pour l'empoisonner, pourvu » qu'on lui garantisse la récompense de dix mille ducats et le pro- » duit des bans qu'il veut que je lui assure moi-même, sans qu'il )) ait affaire à aucun autre ; mais parce que je ne peux prendre de tels » engagements, sans l^assentiment de vos Seigneuries très-illustres et
5!2() IIK LA LKlilSI.ATION ITALIKNNK.
Nous avons pari»'; d*; la di^iiilé du do^ni, et de son peu d'aulorité; ajoutons (pi'il y avait auprès de lui (juelrjuos consoillors, doux d'aliord , six plus fard; et ceux-ci composaient le petit Collège (collegietto), ou plus exactement, le petit conseil du doge. Ces conseillers étaient changés tous les deux mois.
« très-excellentes, j'ai cru, par ces présentes, devoir les informer de
» ce qui se passe, et prendre leurs ordres. L'individu dont je parle
» s'engage à m'informer aussitôt de l'empoisonnement, afin que je
» puisse dire à notre illustre provéditeur, qu'Octavien est malide de-
)i puis vingt jours, et qu'on est sûr qu'il meurt de cette maladie.
» Ainsi, je ne dirai rien de plus à ce sujet à l'individu en question,
» m'en remettant à vos sages avis; mais je désire savoir le oui ou le
» non dans un bref délai, afin de me décider. N'ayant pas autre
» chose à communiquer à vos Seigneuries, je leur baise les mains,
» que Dieu les conserve et mette le comble à leurs désirs. De Li-
» gnano, le *25juin 1583. D. V. S. très-illustres et très-excellentes,
» le très-dévoué serviteur,
» PlERCONTE GaBUTIO. »
(( 1583, 27 juin. En conseil des X (legalis solus) : au provéditeur » de Legnano.
» Ce matin nous avons reçu des lettres du colonel Pierconte Ga- » butio, adressées aux chefs du conseil desX. par lesquelles il mande » qu'aysnt reçu l'ordre de nos recteurs de Vérone, et de nous-méme, » de s'employer pour le service de la Seigneurie, à faire mourir Oc- » tavien Avogadro, il a eu des entretiens avec un individu qui est )) allé le trouver dernièrement, et a offert d'empoisonner le dit Ocw tavien, si on veut lui assurer la récompense de dix mille ducats et » le bénéfice dos bans, sans avoir affaire à d'autres, et a promis aussi » de vous faire connaître le moment de l'empoisonnement, afin que » vous en soyez informé, et que vous puissiez faire savoir que le dit M Octavien est malade depuis vingt jours. Comme le colonel n'avait » pas autorité pour traiter seul cette affaire sans notre consenteu ment, d'accord avec le cirand conseil nous vous écrivons ceci, afin » que vous fassiez appeler le susdit colonel, lui disiez, et l'infor- » miez que, bien qu'en exécution des délibérations prises par le con- » seil et le sénat, délibérations que nous avons l'habitude d'observer, il » soit convenu que, quiconque ferait mourir Octavien Avogadro, au- » rait droit, sans l'interposition de personne, à dix mille ducats