CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE
compense. Les harangues queCornaro prononça, comme simple citoyen et ensuite comme avocat de la commune, furent trçs-animées. Jean Sagredo, homme considérable et austère, lui répondit avec non moins d'énergie ; Cornaro répliqua en sa qualité d'avocat de la commune, et Michel Foscarini lui répondit. La cause fut confiée à l'inquisiteur François Trizzo. Morosini fut acquitté avec tous les honneurs , et bientôt après il fut appelé à commander de nouveau les armées de la république, dans une guerre remplie de périls; il ajouta victoires sur victoires, et mourut victorieux sur le champ de bataille ^
Le barreau de Venise jouit d'une longue et grande célébrité. La profession d'avocat fut à bon droit considérée comme noble, libérale, et l'on faisait grand cas de ceux qui s'y distinguaient.
Pour pouvoir exercer le ministère d'avocat, il fallait nécessairement être de la classe des patriciens , ou citoyen originaire de Venise, ou né à Venise même, où dans l'Etat, pourvu dans ce cas, que depuis dix ans on fût domicilié dans la capitale. Les condamnés pour délits graves étaient exclus du barreau. Les avocats de la commune surveillaient cette classe d'hommes qui , avant d'entreprendre l'exercice de leur profession, devaient leur être présentés ^.
\ Voy. « Les discours prononcés par Antoine Cornaro et Jean Sa- « gredo, au sein du grand conseil de Venise en 1670, » imprimés par les soins de B, Gamba de Venise, imprimerie d'Alvisopoli en
^ Pour exercer le ministère d'avocat en province on exigeait le titre de docteur en droit, il n'en élait pas de même à Venise.
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Los avucals vrnilions parlaionl (J'ahondanco, avec une éloquence toute spontanée et se servaient avec succès du dialecte populaire. Appelés à plaider devant de nombreux collèges, composes d'hommes de caractère diffèrent, jugeant plutôt d'après le bon sens naturel qu'aux termes de la loi, les avocats devaient recourir à des arguments variés; ils parlaient au sentiment, et ne refusaient pas de recourir à la plaisanterie. On cite encore des défenses célèbres où l'on employa les arlilices dont se servaient les anciens Athéniens.
(( On vante l'éloquence vénitienne, et l'imprimerie ne » nous en a pas conservé un seul trait, » écrivait, à la fin du siècle dernier, un célèbre avocat vénitien ' ; et même depuis, on n'a rien publié qui ait trait à l'éloquence vénitienne, et cependant on serait bien curieux d'en posséder quelques fragments 2.
Pour que la facilité de la parole ne dégénérât pas en discours superflus, on n'accordait aux avocats vénitiens qu'une heure et demie pour la plaidoirie; et le sablier posé sur la table du juge, réglait l'emploi du temps. On ne repoussait pas les éclaircissements écrits qu'on appelait du nom général d'imprimés [stampe).
La défense des accusés pauvres était confiée à deux patriciens, désignés parle grand conseil, et ceui-ci plaidaient gratuitement, parce qu'ils recevaient du gouvernement un traitement mensuel. On les appelait les
^ Marc Barb.iro.
^ Voy. l'intéressanl discours académique de notre illustre ami, dont nous déplorons la fin prématurée, le professeur chev. Pierre- Alexandre Paravia. De l'éloquence politique des Vénitiens. Turin,