CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE
L'hisloire de l'Italie fait mention de la célèbre contestation qui s'éleva en 1605 entre le pape Paul V et la seigneurie de Venise ; quelques-uns lui donnèrent le nom de guerre, parce que, de part et d'autre, on se prépara à la faire, comme si des questions juridictionnelles pouvaient être décidées par les armes. Mais sans en venir aux mains autrement que par de nombreuses protestations imprimées , d'échanges de notes diplomatiques et un conflit de censures et de protestations, on parvint à s'entendre ; on rendit le repos à l'Etat et la tranquillité aux consciences.
•La République avait prescrit en 1603 qu'on ne pourrait, sans le consentement du Sénat, bâtir des églises ni des oratoires, ni des monastères, ni introduire dans les Etats de nouvelles consTéofations ou communautés religieuses.
Ensuite, par une loi du 26 mars 1605, on avait renouvelé et amplié des ordonnances de 1276 et 1536, en vertu desquelles on défendait de donner des immeubles à titre perpétuel aux ecclésiastiques , par vente ou par testament, sans l'assentiment du Sénat; en même temps on disposait que, s'il se faisait quelque legs, transmission d'hérédité ou vente, ces biens ainsi donnés seraient, au bout de deux ans, vendus par le gouvernement, pour le prix en être attribué aux ecclésiastiques.
Vers cette époque, le gouvernement avait fait arrêter deux ecclésiastiques accusés de méfaits graves ; l'un était Scipion Saraceno, chanoine de Vicence, l'autre le comte Brandolino Valdimarino, abbé de Nervesa ; l'un et l'autre étaient détenus dans les prisons de l'Etat.
Paul V demanda avec instance la révocation des lois
542 I)K LA LEGISLATION ITALIKNNE.
sus-mcnlionnées cl rrlar^çissriirHînt des doux ccclésiasliqucs, on envoyant doux brefs au dogo Marino Grirnani fjuiclait mourant. DanscesbreCs, le pape déclarait nulles et d'aucune valeur les deux lois, comme étant con- Iraires à la liberté de l'Eglise, et demandait que Saraceno et Brandolino fussent renvoyés devant le nonce apostolique résidant à Venise.
La République à son tour, persistait à maintenir les deux lois et à détenir les prisonniers; elle invoquait l'autorité de tout ce qui s'était fait par le passé dans l'Etat, et alléguait pour exemple tout ce qui se voyait établi d'analogue dans les divers Etats de la chrétienté. Le pape se montrait inébranlable dans ses résolutions, et faisait [)ublier dans les lieux accoutumés à Rome, un monitoire contre la République.
Le monitoire adressé aux patriarches , archevêques , cvéques et à tout le clergé séculier et réguUer des Etals vénitiens, portait que l'excommunication serait encourue par le doge et le Sénat, avec leurs adhérents, si, dans le délai de vingt-quatre jours , à partir de la publication de ce monitoire, les lois n'étaient abrogées et les prisonniers remis au nonce.
Le gouvernement tenait bon cependant; il ordonnait avant tout des prières publiques , rappelait de Rome l'ambassadeur extraordinaire, qui y avait été envoyé pour traiter cette affaire; il y laissait l'ambassadeur ordinaire comme signe de son constant respect pour le Saint-Siège. On recommandait à tous les prélats ecclésiasliques, sous peine de mort, de ne pas publier la lettre monitoire. Les chefs du Conseil des Dix firent appeler les supérieurs des monastères et des autres