‹ Histoire de la législation italienne (volume 2)Chapitre 261 sur 284 · CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — LOIS DE VENISE

églises de Venise, leur prescrivirent de coniinuer leurs fonctions ordinaires, et de ne pas partir sans permission, et s'ils partaient, de ne pas emporter les objets sacrés du culte.

On fit, on publia et on afficha dans les lieux publics une protestation contre tout ce que contenait le monitoire.

Le nonce apostolique, les Théatins, les Capucins, les Mineurs-Réformés et les Jésuites quittèrent Venise; mais les aulres ordres réguliers restèrent, et l'on continua la pratique des actes religieux accoutumés.

La nature de la controverse fit paraître bientôt une quantité d'écrits pour et contre. Les docteurs romains soutenaient le monitoire ; les consulteurs de la République approuvaient la résistance de la seigneurie , et parmi ces consulteurs se distinguaient le frère Servite ; Paul Sarpi qui a laissé une Histoire particulière des démêlés entre le SouDerain Pontife Paul V et la sérénissime République de Venise. Cette histoire est écrite dans l'intention de faire fapologie de tout ce que les Vénitiens firent à cette occasion '.

* Il n'est certainement pas besoin que nous disions au lecteur ce qu'était frère Paul dont nous avons déjà parlé. Peu de noms sont aussi connus que le sien dans l'iiistoirc italienne.

Nul ne saurait lui refuser l'élévation de l'esprit ni la profondeur de la doctrine. La Seigneurie de Venise l'écoutail comme un oracle; il avait des opinions absolues en matière de gouvernement civil, il ne voyait rien au-delà de la capitale et il n'hésitait jamais à embrasser l'opinion qu'il croyait la plus avantageuse à la Seigneurie, dont il était le fidèle et dévoué serviteur. 11 fut consulteur de théologie et de droit de la sérénissime Répul)lique. 11 fut même consulté par des princes étrangers; nous n'oserions nflirmer l'exactitude de ce qui est dit dans une correspondance de Monseigneur Berlingherio Gessi, nonce à Venise de 1607 à 1617, publiée par extraits parM. Cicogna au tom. V

î)44 I)K LA LKGISr.ATlON ITALIKNNK.

Pcndanl (jii'oii discutait avec chaleur de part et d'autre, il survint une complication qui éveilla Tattcntion de toutes les puissances d'Italie et d'Europe.

Le roi d'Espagne faisait dire nu souverain pontife, par son ambassadeur à Rome, qu'il était prêt à passer la mer pour soutenir les droits du Saint-Siège.

Le roi de France prit ombrage, à cette offre , et son ambassadeur s'étant rendu auprès du pape, protesta hautement, au nom de son souverain, que si l'on faisait en Italie, les expéditions dont le public s'entretenait, la France ne resterait pas simple spectatrice.

On armait de tous côtés, et l'on concevait de justes craintes pour le repos de l'Italie. Mais le roi Henri IV, en prince habile et clairvoyant, proposa une solution qui finit par réussir. 11 envoya à Rome le cardinal François de Joyeuse, qui d'accord avec le pape s'offrit comme médiateur; il était assisté plus ou moins ouvertement par l'Espagne elle-même, l'empereur Rodolphe et le duc de Savoie Charles-Emmanuel I.

La contestation se termina en avril 1607, après de Ipngues conférences. Le décret du sénat vénitien était conçu en ces termes : « En même temps que Rome » lèvera l'interdit et les censures, la République retirera » ses protestations; on ne parlera pas de la restitution

des Inscriptions vénitiennes publiées et commentées, etc. Que le duc de Savoie aurait payé cent doublons à frère Paul pour qu'il écrivit en faveur de ses pi'étentions sur les terres soumises à ïévécké d'Asti: mais il esl inconteslable que frère Paul prit part à plusieurs affaires O'Etal.

M. Cicogna dans le toni. IV des inscriptions précitées, p. ^oi et s. on fournit un exemple curieux, tiré des écrits publiés pour el contre les parties, dans la question de l'interdit.

Page 1