CHAPITRE XVI. — ÉTUDES SUR LE DROIT PUBLIC
et blâme les associations tendant à ce but, en en désignant spécialement une entre toutes, connue sous le nom de confrérie de la Rose-Croix ^
Campanella, odieux aux Espagnols et persécuté par eux, écrivit ce discours en prison, sans doute pour les apaiser, mais il ne trouva le repos qu'en France, où il finit ses jours, protégé par Louis XIII et par le cardinal de Richelieu ^.
Les écrits de cet auteur n'exercèrent aucune influence sur les études en Italie.
L'état politique de la Péninsule, jusque vers la moitié du xviiie siècle, n'aidait pas à la diffusion des lumières. Il ne manquait pas d'hommes d'un grand jugement et d'un profond savoir, soigneux de déposer dans des livres les fruits de leurs méditations, mais ces écrits pouvaient être appelés des règles secrètes à l'usage d'un petit nombre d'élus. La société ne prenait aucun intérêt à ces publications. Les cas d'application manquaient, ou du moins étaient de courte durée et de peu d'effet.
Jean-Vincent Gravina, que nous avons déjà cité à plusieurs reprises, et dont le génie fut tant admiré de son- vivant, adressait un discours latin àPierre-le-Grand, empereur de Russie, pour lui recommander les lois romaines. Chargé de rédiger les lois de l'Académie des Arcades, il prit plaisir à y insérer les principes les plus
' Les illuminés ou frères de la Rose-Croix firent beaucoup parler d'eux, au commencement du XVIe siècle. Voy. le Diclionnairt historique de Moréry, article Rose-Croix.
^ Voy. les biographes de Campanella, Cyprien et le P. Echard. Les circonstances de la vie de ce moine so'nt curieuses; jusqu'à la mort il ne cessa pas de s'agiter lui-même et d'a£>iter les autres.
larges rlu gouvcrnorruml n''|jijl)licain ' ; il drossait en même temps, avec une exfjuise, élégance (Je style, les actes consistoriaux de Clément XI.
Un génie solitaire sans être misanthrope, libre sans être irréligieux, embrassant des doctrines dilïérentes pour les réunir dans une syntbèse sublime et nouvelle, Jean-Baptiste Vico, se prit à démontrer que la jurisprudence romaine était un art d'équité enseigné à l'aide de nombreux el minutieux préceptes de justice naturelle, trouvés par les jurisconsultes dans les motifs des lois et la volonté des législateurs. Il s'attache ensuite à prouver que la science du juste qu'enseignent les moralistes, procède d'un petit nombre de vérités éternelles, dictées comme principes métaphysiques par une justice locale. Cette justice organise la société, comme un architecte qui bâtirait une ville; elle commande aux deux justices particulières , commutative et distributive , comme à deux ouvriers divins qui mesurent l'utilité avec deux mesures éternelles, l'arithmétique et la géométrie, celles-ci étant deux proportions démontrées en mathématique.
Par suite Vico méditait un droit idéal , éternel , applicable à une société universelle, selon l'idée ou les desseins de la Providence, idée sur laquelle sont fon- I
' Le premier chapitre de ces lois écrites en lalin le plus pur, est conçu ainsi :
Pênes commune summa potestas esto. Ad idem cuilibet provocare ius esto.
Un discours clair et plein d'érudition sur les œuvres de Gravina, se lit dans les essais de science politico-légale du professeur Balthasar Poli. Milan, 1841, p. 127 et s. ; nous recommandons à nos lecteurs d'v avoir recours.